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assis là sur un banc


  • mal de dent de l’immanence

      toujours toujours, le côté vide, le dur sans résistance
      après moi la bruine, le cheval sous la bruine, la danse du ventre mou
      il rigole. non vraiment c’est bizarre comme il rigole. il rigole sans les dents

      ne me parle pas
      tout comme tu me caresses le dos avec un gant de fer, ne me parle pas
      mais silencieusement
      en outre. et silencieusement
      outre un gant de silence, ne me parle pas : ne romps pas
      l’impossibilité pure

      j’entends mugir la nuit, la nuit
      torpiller mon essence.
      quelqu’un se met debout, se dresse sur les épaules du néant
      notre appel restera sans réponse, et nous-mêmes ne répondrons à rien
      à rien c’est déjà quelque chose, sauf si toutefois quelque chose n’est rien
      et rien pas grand chose, finalement

      caresse-moi le devant, ça m’occupera un peu
      je me peigne le devant, je me peigne le coude – je me frotte le pouce, pourtant
      quelqu’un ne me raccompagnera pas jusqu’à ma porte
      quelqu’un ne me raccompagnera pas jusqu’à ma chambre
      quelqu’un ne me dira pas son nom

      un monde inhabitable. tout juste hantable. avec une barbe de trois jours
      il manque un peu de table, il manque un peu d’assiette
      les habits du dimanche sont devenus trop courts. c’est factuel
      il manque un peu de hauteur, le ciel a fini par prendre ses distances. logique…

    31 janvier 2022

  • l’absence de frontière nord

      manger debout n’est pas un raccourci. vivre assis n’en fera pas un messie
      il vague à l’âme, il s’effondre sur le trottoir, se recroqueville où ça, dans un coin, du quotidien évidemment
      un coin devient vite son coin, son coin d’absence, de basse lutte
      il a la trouille du côté cour

      tel un trou où coule un homme : une âme
      tiens, j’ai dit une âme
      jacadi a dit tiens, j’ai dit une âme, tel un trou où coule un homme
      ça fait toujours ça de perdu
      et puis ça s’illumine, une âme
      il paraît même qu’à la fin, tout comme à la soi-disant origine, ça s’illumine une âme
      entre les deux flotte, se débat, ultimement coule un homme

      on aurait dit un homme, quoique ce fut en-dessous déjà
      d’un homme
      plus un enfant cependant – un enfant ça s’asperge, ça éclabousse partout
      l’un court dans un sens, l’autre dans l’autre sens, c’est comme ça
      il vont jusqu’à se cogner l’un contre l’autre et si cela n’arrive, ils poursuivront ainsi, à l’aveuglette

      un jour un testament. à ouvrir. se découvrir déshérité
      avancer mais comme à contre courant sur un tapis roulant, sans progresser d’un pas
      d’autre part, faire don de soi au paysage
      il y a comme une armée de poussière se soulevant contre le rien, et vive le vent d’hiver

     

    l'absence de frontière nord

    30 janvier 2022

  • comme on dit détache-moi

      vingt-sept morts, outre le mot de la fin, le fin mot de la désespérance
      te rase la joue droite, te rase la joue gauche
      à part ça je dirais que les marges m’obsèdent : ne flotte qu’une marge
      il faut voir grand, lorsqu’on ouvre les yeux en grand
      et tout petit, lorsqu’on fait les petits yeux

      elle gagne du terrain, machine arrière, elle gagne du terrain
      je cours à reculons, comme une bête dont on aurait échangé le cul et la tête
      il reste tant de vide à pourvoir, le vide envahit tout
      et le cœur, alouette
      et le bide, éloïse

      mauvais traitement, mauvaise résilience
      les pieds sur la croix, les coudes
      appuyés sur les épaules du christ en croix
      j’ai du mal à y voir clair, j’ai du mal à y voir trouble, de même
      j’y vois comme on n’y voit rien, d’un rien probablement clair

      je n’y pense pas
      que j’avance ou que je reste quoi, je n’y pense pas, c’est ça
      c’est ça ou bien je penche un peu, c’est ça dès lors je tangue, un peu
      un peu je n’y pense pas
      ou pas plus que ça
      dedans est tellement dehors qu’on ne sait plus où se foutre à l’abri de quoi

      c’est bon, ça va, va-t’en tranquille
      la nuit si faible, faible l’éternelle, ne te tracasse pas
      pas au milieu ni sur les bords, outre mesure la nudité
      un gros cache-col, apporte-moi un gros cache-col si tu peux
      la nudité m’en veut

    29 janvier 2022

  • ventre expérience. plus rien dedans

      penser qu’on avait pied, alors qu’on
      ne faisait que marcher sur l’eau
      ou sur le vide
      plus exactement piétiner le vide
      et c’était déjà miracle
      miracle que mirage

      tiens, il y a quelqu’un à l’intérieur
      quelqu’un qui s’ignore, certes, mais quelqu’un qui se tâte
      quelqu’un front au nord
      et dans la mer il boit un coup, deux coups
      et dans la mer il boit la tasse, entière
      pour ça c’est bien pratique, la mer

      patauger dans la bruine, ou juste à côté de la bruine – dans une mare au hasard
      tâtonner dans la brume, l’épais brouillard
      on aurait dit change de ton, comme on aurait dit baisse le son
      mais non

      c’est quand on n’a rien, quoi qu’il en semble
      et quand on n’a rien c’est qu’on n’a rien, quoi qu’on en pense
      qu’on pleure boutique, baisse paupières – ouvre les yeux c’est de ça qu’on fabrique
      le vide ambiant, et celui tout intime
      le vide intime

      retour à l’essentiel, comme quatre et quatre font deux, et deux et deux ne font plus qu’un
      manger du bus, toute la journée manger du bus, cracher du pneu
      je suis venu j’ai vu mais j’ai mal entendu, je crois
      je n’ai pas bien compris, je crois

      mesurer la famine à l’aune de nos dents
      de loup de lait, l’aune de notre langue, pendue pendante
      j’ai quelque chose à écrire dans un coin
      je t’écris quelque chose dans un coin

     

    ventre expérience. plus rien dedans

    27 janvier 2022

  • et n’oublie pas la puissance déclamatoire

      minuscule encombrant, petite fleur des temps
      millepertuis millepermuis, pisse-aigre des champs nus
      il y a une boîte dans la chambre et dans cette boîte un ciel
      un supposément ciel
      un ciel dont on ne tombe pas
      un soubassement ciel

      vertige mal ordonné. on commence par soi. par où donc commencer ?
      un paysage fait le mort. d’une misère la pieuvre, je n’ lui fais plus confiance
      j’ai simplement raté, par principe, le coche et la ricoche

      juste, le combat
      que l’on ne mena pas
      les ordres les contre-ordres, l’expresso du matin
      aucune accoutumance ne viendra à bout de mon angoisse d’être
      j’aborde le piton par le versant est
      m’assurant ainsi de demeurer à l’ombre
      presque éternellement

      un jour. un autre jour peut-être
      les ombres affleurant à la surface blême du paravent
      du paravent mais il somnole
      les rêves
      lui bavent dans la bouche

      j’étends mes jambes
      afin que
      tu puisses m’enjamber, me coller sexe sur la bouche, taper dans l’œil, arc-boutoire
      un grand frisson disons, vaste frémissement
      le manque d’éternité comme un soupçon d’éternité

    26 janvier 2022

  • vivre se tue, oh maybellene

      mon menu froc, ma terre sauvage, et cependant tu sens mauvais
      tu sens les plumes et le goudron – tu sens l’orange aussi
      amère

      dans l’obligation marie
      d’être tout autre que celui
      auquel tu as toujours accordé ta préférence
      et sauvegardant malgré tout les apparences
      les apparences malgré tout
      leur joie de se rendre à nos yeux neutres…

      je m’essaie à quelque chose, voire à quelque chose de trop
      le toboggan dans un parc, n’importe
      quel parc précisément
      toucher le fond
      de la culotte, du désespoir, troisième étage la porte à droite
      à panser des blessures jamais reçues…

      un chignon
      dans la vie, je me retrouve juste avec la couleur d’un chignon
      fidèle au rendez-vous manqué, aux pénibles jonquilles pataugeant dans l’eau saumâtre
      d’un vase
      on sait jamais quoi faire d’un vase

      dors de tout bord. ou sinon endors-toi
      retiens-toi
      redresse-toi face à la vague imbue de son vide intérieur
      pisse dans le miroir
      ça te changera les idées ou bonnement
      t’ôtera toute idée
      quoi de la tête

     

    vivre se tue, oh maybellene

    24 janvier 2022

  • la cave en altitude

      mordre avec les dents, grogner avec la voix – on fait comme on peut, on fait avec c’qu’on a
      que sont lointains les proches, et puis se retrouver assis à côté d’un vieux croulant sous le poids de son inanité
      j’ai peur de n’importe qui, à propos de n’importe quoi – et cela me rend invincible

      je porte le poids de mes os sur mes épaules. pour une issue à l’âme j’espère qu’il existe un tire-fesse
      je vis dans une vieille maison, une maison où probablement décédèrent un certain nombre de personnes
      je n’aime pas les trous. je ne creuse pas de trous. les trous prennent la pluie
      mais ne savent la recracher

      il y a des journées comme ça où l’on préfère se retourner sur le ventre
      peut-être sommes-nous chacun à notre manière les sushimis du premier homme
      une vision rétrospective du dernier homme
      en tout cas l’idée d’un être, mal calfeutré

      je n’ai plus l’âge d’avoir une famille. mon chat ne me reconnaîtrait pas dans la rue
      je ventre à tous les coups
      je rentre aussi de moins en moins souvent, alors même que je ne sors plus du tout
      j’attrape au vol un ruban rouge – je passe le temps à attendre qu’il tourne au blanc

      sans doute n’attends-tu rien de moi, comme moi je n’attends rien de rien, si propice au miracle
      au miracle je préférerai toujours le destin, qui lui intègre la mort, et ne varie pas d’une ombre
      à quoi bon rester là accroché à l’échelle, quand l’échelle soudain se met à voler?

    23 janvier 2022

  • ou carrément des coquillages

      l’âme s’allume au contact de l’âme, de nature érotique
      du coup je me suis mis à mâchouiller la racine de l’arbre, comme si l’arbre n’était pas déjà mort, de toute éternité mort
      je ne suis pas un homme je suis ce qu’il reste d’un homme, un jeudi sur deux le sac blanc
      un jeudi sur deux le sac jaune

      pas le temps d’avoir un bras en trop, ni même un bras en plus
      tandis que seul je danse le soir, surplombant l’improbable
      je réside sur la rive d’un fleuve étrange, ou je ne réside nulle part

      s’il y a si peu de liberté c’est que nous ne savons que faire de la liberté, alors que la liberté implique de ne savoir qu’en faire
      par exemple je chie sur la pelouse
      je trouve très belle la pelouse
      la pelouse est un lieu propice au hasard métaphysique

      il y a donc une vie après la mort, et elle consiste en la vie tout court, celle d’avant la mort officielle
      tandis que la mort effective évidemment précède toute forme d’expression, de contestation
      la mort, c’est l’état d’anarchie chimiquement pur

      faut tout de même que je me lave de temps en temps, histoire de me croire partie prenante encore d’une humanité supposée
      celle qui émergea dès les premiers rites, funéraires en l’occurrence
      avec de tout petits cailloux en guise de bijoux
      ou carrément des coquillages

     

    ou carrément des coquillages

    21 janvier 2022

  • d’un décor la triste confidence

      j’vais zoner. j’ai envie de zoner
      qu’il pleuve qu’il vente, qu’il gèle qu’il grêle, moi je veux zoner
      zoner contre tout soleil entourloupeur, ou restriction mentale
      en équilibre sur la croix, ivre de ma propre mort, universelle à mon échelle

      un à un ai-je perdu mes accents – de classe ou régional, de langue co-maternelle, poivrons braisés
      mon arménie à moi prend place sur un sommet pelé mon arménie à moi
      prend le large à tout bord

      j’ai le bord d’un homme – et où tombe t-on du bord d’un homme ?
      le vertige instituerait donc l’homme ?
      je m’assaille de nuit, je m’assaille de jour, quoique le jour je me repose

      je suis la femme d’un homme, plus exactement de cet homme sans femme, je suis une alouette
      frottée contre le bois mouillé
      je ne m’y ferai jamais – à quoi à rien, à rien ne m’assimilerai
      j’ai l’exil dans la peau, germe de toute dérive, du vent dans les barreaux

      hostilité ma pure hostilité. tu te laves pas les dents
      un être de comptoir – non. le triste confort du nénuphar – non.
      j’achète des dents. j’achète des dents cependant
      personne pour me rendre ma langue, me restituer le souffle

    20 janvier 2022

  • il y a des trous là, des trous dans l’avenir

      ils sont quelconque, tellement quelconque, sans même l’art d’être quiconque
      un dieu me bande les yeux, un diable me rend la vue
      parle à ma bouche. ou mieux, si tu jamais trouves la langue pour cela, parle dans ma bouche

      une fille seule, une fille aimée de son seul doudou
      j’échange ma rage contre une simple robe
      le temps oublie tout, qui oublie tout pour toujours recommencer le même oubli, la même tare
      j’échange ma tare contre un simple doudou

      être mort ne m’intéresse pas, seul mourir en vaut la chandelle
      je rase les murs, les aisselles. il faut penser à emporter de quoi manger
      on essaiera de ne pas trop faire le dégoûté, si ce n’est par empathie du moins
      par politesse…

      je ne sais pas le besoin le plus pressant, entre me protéger ou respirer, mon assiette pleine d’arêtes
      un train de nuit nous a fait passer la frontière, c’est toujours au petit jour que l’on perd pied
      il est devenu si naturel de ne se retrouver nulle part

      j’ai démoli ma maison, coup de pioche à coup de pioche, je n’ai rien laissé debout
      mon sexe rédige son testament
      si froide soit-elle, il nous faut traverser la rivière

     

    il y a des trous là, des trous dans l'avenir

    18 janvier 2022

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