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assis là sur un banc


  • belette, musaraigne

       bon, vaut-il mieux s’abîmer ?
      d’exception en putréfaction, l’état des lieux ?
      mourir ne fait plus un combat
      mourir fait qu’il n’y a plus rien à perdre, que le faux se désolidarise de l’espoir
      de l’espoir creux, de l’espoir dur, de celui sans objet finissant par faire corps au réel ou à
      ce qui éventuellement ferait suite au réel

      la transparence se passe de sens
      elle caresse la joue, ou lèche une paupière de sa langue buissonnière
      et moi en attendant qui me touche la queue
      je me touche la queue comme si elle n’existait pas, singe mécanique
      loup chromatique

      il y a bien un homme et j’ai de la peine à le voir ainsi, du fil à le retordre
      on ne s’amuse pas. on ne s’amuse à rien
      pas même à ça, rien
      tu me tiens par la bichette oh ma bichette, ne t’excuse de rien
      toute façon c’est pas ton genre

      je ne t’accuse de rien. bien que tous coupables au fond, même si de rien en particulier – coupables par principe
      venant de nulle part, les choses rebondissent pour y retourner décidément
      rebondissent sur la simple conscience, ou l’effort de se rendre présent à sa propre absence

      elle ne devance rien
      moi non plus d’ailleurs, je ne devance rien
      et tout ce qui fait que je ne lui suis pas plus assimilable qu’elle ne me l’est s’effraie et se disperse comme un banc de moineaux à la détonation
      on finit par ressembler à ce qu’exactement nous ne sommes pas – ainsi débute la transparence

     

    belette, musaraigne

    8 mai 2022

  • la nuit je m’en baltique

      je ne me presse pas. et pourquoi donc je me presserai ? je chante les louanges. de qui ça je ne sais pas – du vide du néant, du temps cadenassé je chante les louanges
      ou, pour le dire autrement, je mastique un ver de terre

      chiantes, sont les ombres qui s’empilent, s’étendent, se répandent à découvert
      ma marelle a butté sur une pierre
      non, pas une pierre – à peine un caillou, le pépin d’une diarrhée
      donc l’ombre se faufile, roule des hanches, fait corps à mon absence. on croirait que c’est elle qui crie, quand elle dit qu’on croirait que c’est moi qui jouit

      je vais bien. je t’assure que je vais bien. ne pas morfler ne ma laisse aucun espoir
      coucher de neige ouverte. il faut dire que je me parle de moins en moins, je m’encombre peu de moi
      il y a un toboggan par là-bas, juste au-dessous de la neige. le toboggan reste vide, juste au-dessous de la neige

      tout ce qui n’est pas essentiel souille l’air, pollue le temps
      soit dit en passant il semble étrange l’essentiel, qui touche à peine le sol, tout juste frôle le ciel. en bref l’intériorité d’un nuage
      en long et en nuage
      ou la vapeur d’une introspection manquée, d’une intimité nique la digue

      tu marches à quatre pattes. deux sur les mains deux sur les g’noux. tu te traînes sur un pauvre miroir – y a des fois où l’on surgit comme ça, de soi
      une courge a fini dans mon ventre. puis un carrosse. le talon d’un soulier m’a défoncé l’estomac
      et la poussière enfin. toute la poussière. rien que la poussière.

    6 mai 2022

  • l’homme que n’accompagnait pas la petite musique de vivre

      bon, on s’arrête là. on ne vit pas ailleurs. on ne vit pas entre commodes et tiroirs. nos dames sont de triste compagnie
      quelque chose bégaie. ma langue peut-être, qui fourche, butte ou bredouille. j’espérais que quelqu’un m’attende. j’espérais que quelqu’un vienne me chercher. j’ai regardé la route
      mon regard était la route

      j’ai toujours l’air d’un cheminot, même sans casquette
      d’ailleurs les cheminots ne portent plus de casquette depuis belle lurette. d’ailleurs les cheminots sont morts – ils ont tous péri lors du dernier périssement
      d’ailleurs les rails à vide, qui ne frémissent plus, hurlant d’un silence qu’ils ne supportent plus

      ils font de petites bulles. il y a des lieux où l’on ne se rend qu’à pied, sautillant de caillou en caillou
      on a délaissé le charbon. on a délaissé le pollen. chaque nuit on éjacule dans un mouchoir de jade
      on est presque triste. pour être vraiment triste en fait ne nous manquerait qu’une ride, qu’une larme
      que des doigts de carton grattant nos couilles de carton

      on s’en prend un. on s’en prend deux, le temps est long. on fait la bise à jésus sur la croix, comme s’il n’avait que ça à faire, qu’une autre joue à tendre
      je m’emmêle les pédales. tellement qu’à la fin c’est moi qui sur mon dos porte le vélo, étrange croix
      croix à roulettes

      quelqu’un m’a mis au pas. il n’a pas eu besoin de dire hop, allez on marche au pas – mais juste de dire shut, allez maintenant shut, on couve la voix
      je n’ai jamais appris mon nom par chœur, du coup je ne réponds qu’une fois sur trois
      une fois sur trois j’oublie. une autre fois sur trois je confonds. reste la possibilité d’attraper froid
      mais vraiment froid

     

    l'homme que n'accompagnait pas la petite musique de vivre

    3 mai 2022

  • la chose dans la ville. premier décan

       qui domine la terre perd le ciel, que rien ni personne ne domine mais d’où la vue sur soi et toute chose
      est véritablement imprenable

      mon ennui. mon dieu est d’un ennui pur. une porte de sortie. de sortie verrouillée
      plus jamais je ne penserai qu’une femme fait de moi ce que je ne suis pas
      je n’ai d’autre vérité que l’absence idéale de vérité à laquelle me confronte la mort
      l’inodore

      toute la vie je suis resté sans boire un coup. d’où la langue sèche, la langue pâlotte
      je te fous un coup sur le nez tu me balances un coup dans les burnes, à la fin on ne sait plus distinguer le k.o. du coït
      et tout le jour je fulmine ainsi, bouche bée oreilles blètes, tout le jour je crache dedans

      un esprit vraisemblablement céleste m’a volé mon vélomoteur, et me voici qui rentre à pied, qui rentre à pied par les mille collines
      j’évite une mine sur deux
      c’est l’assomption
      et l’assomption me va comme un gant mité

      j’ai prié quarante mille lièvres pour un peu de tendresse. bon. quarante mille lièvres se sont dispersés, fusant de tous côtés, riant entre leurs dents
      tout ça pour à la fin se retrouver à la cave, sordide cave, à jouer aux dominos – pourquoi pas aux dominos

      il y a quelque chose de beau, vraiment quelque chose de beau au fond de rien
      toutefois, j’en ai marre de la pioche, et j’en ai marre de la pelle, un monde sans grâce n’est pas un monde mais le brut excrément
      et la grâce comme la foudre tombe là où elle veut, tellement à côté qu’on finit par les confondre, coup de grâce ou coup de foudre

    2 mai 2022

  • toucher du doigt les fines dentelles

       j’adore me déplacer dans le noir, comme un poisson dans l’noir
      et je garde la nostalgie de je n’sais quoi – peut-être d’un corps, peut-être d’une odeur, d’un bouleversement total
      je me déplace dans le noir comme si les barreaux de la cage avaient enfin sauté. le noir est peu sociable
      je garde la nostalgie d’un amour infini, que le réel a cessé de concerner

      mon petit doigt m’a dit, je suis le chef d’un orchestre sans voix, sans instrument, je me sens mal dès lors que je me sens
      d’où vient donc cette jubilation, cette vitalité, ce fond sabordant toute surface et qui fait que mourir finit toujours par balle à blanc, et que petit poucet finit toujours par jouir dans la gueule du loup
      d’ailleurs il s’agit d’un loup blanc, dont en échange on gratte l’échine ou l’encolure

      je décortique le temps et et découvre au-dedans l’absence de commencement, l’absence de fin
      je caresse une à une les vertèbres de l’enchaînement, il faudrait t’aimer plus, dans un sens ou dans l’autre
      à force de ne rien dire, une vérité finira bien par résonner

      il y a une façon d’être sur terre sans appartenir à la terre, sans même toucher sol, et de partager ce qui ne nous appartient pas, ou d’habiter un lieu qui définitivement nous fait défaut
      le trou en soi n’en finit pas de grandir, de s’élargir. et plus je te regarde plus le trou se creuse en moi – le miroir est un grand fossoyeur
      je n’espère pas trouver quelconque réponse, mais un corps réel, c’est à dire franchement dévoué

      une bulle. elle s’envole la bulle, ça va de soi, elle éclate. une bulle retombe, évidemment, comme on lèche les pieds d’un mort
      je ne suis plus pardonnable. je ne suis plus pardonnant non plus. rien ne me justifie
      je crois que je n’aurais dorénavant plus honte de mourir

     

    toucher du doigt les fines dentelles

    30 avril 2022

  • le dieu qui sans mission

      je creuse ma tombe dans l’air du temps – où regarder ailleurs que vers le ciel ?
      mais je voudrais parler d’autre chose, surtout depuis qu’il ne pleut plus. surtout depuis qu’il ne pleuvra plus, ou alors seulement pour engloutir
      engloutir, noyer, planer. sauter à cloche-pied, avaler tout un tube, décoller. voir insérer son nom dans les listes rouges, dans les listes noires
      je veux retrouver l’espace en moi de la possibilité de dieu, ainsi que de la négation de cette possibilité. je veux retrouver l’espace en moi de la possibilité de l’espace, qui m’enfanterait tout autant qu’il me renierait
      rien que de l’espace, de l’air – du cerf-volant nature

      c’est de la conscience dont j’ai soif, bonne ou mauvaise. de ciel dans la tête, couvert ou dégagé. mais comment faire sans les mères, bonnes comme mauvaises ?
      sans les pères, bon, on a tous appris ça, mais comment faire sans les mères, ces sangsues ?
      et comment ne pas devenir sangsue soi-même, outre avoir recours à une certaine forme de suicide ?
      et si l’on ne mourait au bout du compte que pour pouvoir s’échapper – échapper à tout, à soi, à la mort-même ?

      la poésie à la fin, on s’en fout radicalement. à la fin radicalement, on se fout de tout. mais quand on se fout de tout, de quoi finalement ne se fout-on pas ?
      c’est exactement là qu’émerge la poésie. quand ne reste plus rien, plus l’ombre même d’un dieu, surgit la poésie
      dieu certes est nécessaire, et c’est de sa propre nécessité qu’il succombe. puisque ne demeure que ce qui n’est là pour rien, délivré de toute nécessité comme de toute superfluité
      cette sensation ne distinguant plus l’être du non-être, l’impossibilité tant d’être soi que d’être deux, d’être deux tant que d’être tout : la poésie en quelque sorte, la gloire d’une absolue déréliction

      le beau est ce qui apparaît quand on ouvre les yeux pour la première fois. on ne meurt que pour cette raison-là : ouvrir les yeux pour la première fois, que la beauté nous subjugue
      la beauté nous avoue qu’il n’y a d’autre valeur à vivre que celle de vivre
      avec le chant des loups au loin, quoique de moins en moins loin, et le champ des orties aux pieds, ainsi que des pissenlits

    28 avril 2022

  • vitrification d’un mort debout

      dieu n’est qu’un homme parmi moi, et plus j’embrasse ton cul moins je recrache d’arêtes. le destin sert de faux alibi
      libre ne revient pas à se posséder, libre ne revient pas à se dominer – libre implique que rien ne possède rien mais se donne, que rien ne domine rien mais se rende. le néant ruine nos fumeux fantasmes
      et quand s’écroule le fantasme du néant, que faire encore de sa trique, que faire de ses lèvres, que faire d’un dieu debout, d’une femme en colère ?

      je ne vais pas verser de larmes sur mes propres pieds, sur mes propres cuisses, je ne vais pas verser de larmes sur ma douloureuse indifférence
      je ne dirai au revoir ni adieu à personne, je m’y refuse de près. je croiserai mes dents comme on croise les jambes, les pouces, je croiserai mon sexe
      cette haine que j’éprouve à l’égard de mon sexe, comme un instinct de nuit contre le jour qui se lève
      je reste incapable de m’habiter, incapable de me quitter. à quoi peut servir à celui que l’on tue de lui dire qu’on le lui ou qu’on se le
      pardonne ?

      un chien sur mon chien se trouvait allongé, érigé, l’un femelle et l’autre mâle, d’après ce qu’il me semblait
      nous incarnons chacun la mort de l’autre, de tous les autres à de rares exceptions près. nous ne nous reconnaissons vraiment l’un l’autre qu’en dieu, c’est à dire personne en personne
      c’est à dire tout en soi, en tant que nous ne sommes pas présents mais que la présence nous est, nous tient, et ne nous lâche pas
      comment dès lors mourir debout ?

      tout est possible, toujours, alors même que rien ne se passe, jamais
      un ciel est mort exactement, au moment même où la terre s’envole, cerf-volant cerf-tournant, cerf-brâmant à qui veut bien l’entendre
      qu’importe si je reste sourd à la voix si chétive, à de discrets toc-tocs – je n’ai pour m’opposer à l’absoluté du néant que le souvenir précis d’une dissolution béate
      – à quoi bon la nommer ?

     

    vitrification d'un mort debout

    26 avril 2022

  • que la lumière lave nos morts

      je ne peux pas différencier ma vie d’un esprit subjugué. je sasse et je ressasse un nom dans ma tête, et j’approuve le fait que mon existence ne veuille rien dire
      non, ce n’est pas ça: ne signifie rien, mais veuille tant et tant dire
      que je ne sais par quoi commencer, que je ne sais que dire

      avoir pitié c’est reconnaître la mort et le néant en l’autre comme en soi, alors qu’aimer c’est reconnaître le feu et la lumière en l’autre comme en soi
      on ne peut aller au-delà ni en-deçà de telles expériences. éprouver ces extrêmes nous fait connaître tout ce qu’il y a à connaître, le reste se réduisant à de fallacieux commentaires, ou à de piteux détails techniques
      j’ai du rater quelque chose pourtant
      et sur ce raté-là j’ai déconstruit ma vie, mon identité a chié sur mon identité
      c’est ainsi que j’ai vaincu la mort au moment-même où la mort me vainquait, comme tout le monde en somme…

      évidemment que je n’ai rien vaincu, et qu’il n’existait en moi rien à vaincre. c’est là d’ailleurs ma seule raison de causer, et de causer pour rien, de causer sans raison
      quand je dis chien tout le monde aboie, sauf le chien, qui n’a d’ennemi que son ombre inconstante. il existe un lien insécable entre la charogne et la lumière
      concevoir ce lien délivre le salut. il n’y a sur terre et dans le ciel d’autre nécessité que celle du salut
      et pis causer effeuille les pâquerettes 

      humanité canard boiteux, mais je n’endosserai pas le rôle de l’arracheur de dents
      je n’aurai fait qu’aimer en une seule fois, et pour toutes. n’étant qu’humanité, un truc qui pend à sa croix et qui cherche encore le sens de sa chute ou de la lumière qu’importe, alors que toute chute déclenche la lumière, l’irréelle,
      la quasiment éternelle…

    24 avril 2022

  • pigeon tout contre soi

      dieu c’est pas la porte à côté, à côté de quoi, à côté du trou, à rat
      mais quand même, quand même et malgré tout, on a beau dire et cependant, je me suis encastré
      dans une lumière irréelle, quasiment permanente

      j’embrasse les pieds des morts, même si c’est pas les miens, de morts
      quant à mes pieds je sais pas vraiment quoi en faire – j’ai pas les ailes de les faire s’envoler, pas les patins de les faire glisser
      pas davantage ne fais le toboggan qui sans pencher

      nous sommes éternels évidemment, et évidemment nous ne le supportons pas
      pas plus que nous ne supportons d’être mortels, puisque éternels par ailleurs, pris dans l’apparente et insoluble contradiction
      bref, de quelque côté que l’on se tourne ou même à rester figés sur nos crampes, nous voilà dans de beaux suaires…

      ta chatte elle a quinze ans, ta chatte elle a trente ans, quarante ans, ta chatte elle en a soixante, ta chatte
      pareil pour la mienne, on me l’a faite à l’envers
      je suis un homme par l’esprit – par quoi d’autre pourrais-je l’être ?
      et ça creuse une montagne – pire : un ciel ostensiblement vide

      je pense à mon radeau. rien n’est superflu, pas même un radeau
      quand on mange quelque part on lisse forcément tomber des miettes, sur ses genoux, par terre, sur la table ou son pull
      j’aurais tellement voulu que tu m’écoutes pleurer, mais sans que je le sache, et d’ailleurs sans que je pleure, pleurer restant à jamais défendu

     

    pigeon tout contre soi

     

    22 avril 2022

  • normal de vivre

      les gens sont de la terre
      les gens sont de l’eau
      les gens sont de la merde en cristaux

      les gens sont moi multiplié par tant
      divisés par autant

     

    20 avril 2022

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