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assis là sur un banc


  • l’amour à blanc

      les crampes, elles te prennent dans la nuit, les crampes
      tu te réveilles alors, tu arpentes la pièce, tu te dis que dieu parle si bas il faudrait que tu te baisses un peu, encore un peu
      ou modifies la courbe de l’équation

      il y a des choses on n’les dit pas, il y a des choses on n’en meurt pas – errant le juif, une forme tout à la fois grave et aiguë de la mélancolie, sentinelle blême

      la barbe d’un homme pousse toujours vers le nord, et j’en ai marre du méandre, et j’en ai marre du droit – je veux redevenir l’adolescent au cœur en croix

      pourquoi tu pleures. mais je pleure pas. oui mais pourquoi tu pleures. je pleure parce que
      parce que la lune trop haute pour moi, l’ortie pas si blanche que ça
      je pleure juste de ne pas pleurer, de ne pas m’y trouver

      une touffe ébouriffée. on dit une touffe
      ébouriffée. un gel ne de neige
      tout le mal qui se dépose en moi et bouche le fond. tout le mal un tas de poils
      faut que j’m’épile la chatte c’est clair. la chatte de l’esprit

     

    l'amour à blanc

    30 mai 2022

  • quelqu’un

      plus la lune s’aperçoit, et s’aperçoit de moi
      or qui suis-je pour mourir avant moi, avant que moi-même ne meure ?

      on va pouvoir se dire bonjour. on va pouvoir se dire adieu. et triste éternité
      on va pouvoir se marcher dans les ch’veux l’un de l’autre, s’emmêler les barettes

      je n’ai plus de raison de dire vous. je n’ai plus de raison de dire je. ni d’invoquer. donc je brûle ton sapin
      autrement dit, je te crame le sapin

      le sol est à hauteur de plante, à peine de cheville, tout juste de genou
      je pisse sur le sol, le sol ne pousse pas

      il n’y a aucune raison d’être et en cela consiste la seule raison d’être, tant l’être ne finit pas, et crie par-dessus la barrière : assez, assez – recule, marée !

      un chien est juste ce qui se présenta à moi quand je lâchai la laisse

      on croirait qu’on s’embrasse bien qu’on ne s’embrasse pas. des lèvres écrasent des lèvres des lèvres
      ne savent pas dire non

      un chien pour tout rempart je te l’avais bien dit
      que ça durerait pas longtemps ou en tout cas, pas si longtemps que ça

    28 mai 2022

  • mécréant

      le ventre est mou le ventre est dru, qu’allons-nous chier du ventre

      entre l’espoir et le désespoir d’un amour infini, là gît mon infini

      non, je ne suis pas celui que je suis mais bien plus, tout à la fois bien moins

      ton mouchoir blanc, torche-toi avec – la paix viendra d’en-bas, la paix remontera par les pieds, coulera des gencives

      quand on meurt on ne fait pas semblant, c’est la mort
      qui tout ce temps fait donc semblant qu’on soit vivant

      ta guerre est forcément la mienne – je ne prends plus la peine de lever les mains, plus la peine de m’agenouiller
      plus la peine de mourir

      ne m’a pas trahi le seul qui m’ait absolument menti. peut-être bien qu’il avait les dents jaunes

      je n’ai rien partagé d’autre que l’inaudibilité d’être soi. tu ne sauras jamais à quel point m’écœure l’odeur des lilas

      dieu est le père du néant. chaque jour j’en lèche la plaie, chaque jour j’en r’crache un clou
      chaque jour j’lui r’liche un pied, chaque jour j’lui r’crache une dent, dieu mécréant

     

    mécréant

    27 mai 2022

  • n’en venant pas à bout

      j’ai peur tout l’temps – je me tends un bout de miroir et ne m’y reconnais ni dedans, ni dedans
      je mords dedans

      sinon appelle l’ambulance. dis-lui qu’il y a un blessé quelque part, on sait pas où, on sait pas quand, mais qu’on l’entend gémir, ou qu’on l’entend même pas, on sait pas s’il est mort, on sait pas si il vit
      on sait pas qui il vit
      on a juste peur de le rappeler à soi, des fois qu’on aurait plus de soi

      une frontière intime, un fleuve aspirant les dunes
      jusqu’à l’intérieur des terres, et charriant la terre jusqu’en pleine mer or qu’est-ce que la mer, tant qu’elle ne roule rien tant qu’elle
      n’ouvre pas le bon œil, n’écarte pas les cuisses, et qu’est-ce que ma jambe droite
      fait par-dessus ma jambe gauche, et moi prétendument vivant, vivant de le prétendre
      je suce un simple cheveu, et c’est tout un cheval qui me sort de la bouche…

      heureusement je n’aime personne
      paratonnerre, j’absorbe toute la foudre d’un ciel intrinsèquement figé, j’attrape une puce
      je marche dans la ville la ville se couche en moi, me dit serre-moi contre toi joli garçon, et donc je lui rétorque crache ton moignon, putain de ville
      et d’abord chuis pas joli garçon

      tout ton corps il est maudit, tout ton corps ce qui, d’un bout à l’autre, commence à faire beaucoup
      ton dieu s’appelle d’un rat, or c’est toujours le même rat
      qui lui morde la queue
      le reste bave juste à côté de ce qu’il aurait rêvé d’être

      puisqu’à la fin on n’arrive à rien, il faut bien comprendre le rien comme une porte ouverte, l’entrebâillement sur l’infini d’un porte-à-faux
      ce qui s’ensuit le coasse la grenouille, ou se mêle à l’encens des obsèques
      des mères succombant à nos saints désespoirs

    25 mai 2022

  • la petite annonce à marie. ou l’annonce à la petite marie – j’hésite

      non je ne représente rien, même pas l’homme dans un homme, la pichenette dans une bille
      je crois que je n’ai pas envie de mourir, mais sans comprendre pourquoi, quand tout me convainc du néant
      comme l’irrésistible pulsion de pisser contre un arbre, persuadé qu’il en partage le tendre soulagement
      la générosité finira par nous achever

      le baume on entend ça – suffit de s’être brûlé une fois, comme ça à l’occasion, entre deux braises et un ficus
      parfois périt la forme, parfois le contenu, mais jamais les deux ensemble, à notre grande joie
      je ne sais toujours pas dire les mots qu’il faut quand il le faut – je ne parle donc que pour rien dire, tant énoncer le rien offre la seule issue potable à l’absence d’eau, à l’improbabilité d’un souffle continu

      chercher creuse l’impossibilité manifeste de trouver, comme si je ne cherchais qu’afin d’échapper à toute certitude
      je ne découvre conséquemment que mon absence, laquelle j’affuble du nom doux de marie, valérie, ou d’orchestre sans souffle
      sans corde
      sans résonance

      mon toit me protège des flèches, des indiens dans les arbres ainsi que de toute nation
      or qui me protégera de moi, trou béant
      et par quel point traverser la Loire dans un sens radicalement transcendantal
      c’est comme s’allonger sur un sol tout en soupir
      ou parler à sa mère alors que sa mère est morte avant même de nous avoir enfanté

      cheval ardu, cheval néanmoins.
      j’apporte quelque chose que tu ne recevras ou n’accepteras sans doute pas
      j’apporte mon dos aux griffes de femmes faussement sages
      faut dire que je m’y prends comme un pied, et que je ne suis par ailleurs pas vraiment pratiquant
      je sème au vent mais je sème quoi, cathédrale périphérique

     

    la petite annonce à marie. ou l'annonce à la petite marie - j'hésite

    23 mai 2022

  • boîte dans la boîte, et le diable en l’esprit

      sous le sol la mer est basse. la mer est basse, c’est comme ça
      à part ça tout semble normal, et même pire : tout semble définitivement normal
      seul le chaos manifeste encore quelque velléité de briser la glace, mais glace se brise t-elle ?
      et bris s’enlace t-il ?
      crevure, va

      tu nages vers la mer.
      on ne peut à proprement parler de contre-courant, à partir de là tu nages
      dans le sens de la mer.
      je dis la mer puisqu’une mer ne suffit pas, une mer ne suffit à rien, tandis que la mer me foule aux pieds
      pieds sur lesquels se dresse, patiemment endolori, l’équivalent ontologique d’un peigne édenté

      seulement quand tu tournais la tête seulement
      quand détournais le nombril
      – sur quel pied tanguer, quel principe endémique ? il en va de nos vies comme
      du saut à l’élastique. tu pleures dans tes mains
      finalement ça, tu pleures entre tes larmes, le reste se décline
      à la rubrique psychologique d’un quelconque magazine féminin
      masculin
      féminin

      elle se masturbe dans les coins, non, elle se
      masturbe sur ou contre les coins – de table, de tout ce qui fait mine, ou angle
      j’ai tellement peur d’un engin de fortune. après je me rattrape, avec
      je me rattrape avec ce que je peux, ce qui me passe par la main, l’esprit, se mire dans l’as de pic
      – t’as pas la tête à ça, me répond-elle acerbe

      change de visage. d’odeur. change de visage tant que tu y es
      remets bout à bout les décombres, jusqu’à constituer une chaîne de remords permanent
      de déboire sentimental
      que les crucifiés se touchent du doigt, de la planche, bref se côtoient et communient dans la douleur
      un piment pour tout zizi

    22 mai 2022

  • pense au cure-dent

      l’horreur qu’inspire à la conscience la disparition de cette même conscience. ce n’est pas propre
      tu parles comme tu veux tu parles dans ta bouche tu remues la langue et ce n’est pas propre
      le propre reste derrière, ou en-deçà, venté parmi les camélias
      ta bouse remonte aux origines

      en quel dieu ferons-nous donc l’amour ?
      mais surtout, que ferons-nous après l’amour, ou que ferons-nous sur le cadavre de dieu ?
      après l’amour, après la pluie
      après avoir joui entre ses mains de suie ?
      il est rassurant de se savoir humain, humain consistant à se savoir
      mais de quoi parle t-on après l’amour, et parle t-on encore ?

      l’homme à travers un homme, personne ne l’a gagné
      ou la voix qui remonte
      chien sur la croix, croix en pleine bourrasque, l’être grince au-dedans
      ça nous aura servi de taudis. entre ça et le ciel si vieux

      à chaque fois qu’un mort debout, une tombe en plein air
      à chaque fois qu’un homme en sueur, un animal vient le lécher, le laver – parfois même une femme
      la part lécheuse, la part laveuse d’une humanité inguérissable, d’une humanité larvée
      sociale kamikaze

      on s’embrasse dans le vide, dommage, on a raté les lèvres
      on a raté les lèvres, soit, on a tremblé les lignes, on a
      frôlé l’mirage
      il y a quelque part un instinct drôle, un instinct mortsatile, une faim se nourrissant de l’homme
      le l’homme comme un silence en bout de souffle

      plus tu meurs et plus tu meurs, à la fin meurs quand même, mais quand même
      et puis il y a la litière aussi, du rat, de l’idéal
      on s’assied dessus. on s’assied sur le rat. on le montre à ces messieurs
      messieurs, zis is my rat. mesdames, désolé pour le désagrément
      partir de là la débandade

     

    pense au cure-dent

    16 mai 2022

  • pleurer sur tout c’qui tombe

      sous ma vie la vie morte. pluss une tranche de pain d’épice
      attila rutilant ou averse locale, j’étire mon visage ou ça flanche, je le mets à chambrer
      mon visage tente de faire l’amour à ton visage, je veux dire à son propre visage, d’abord il commence par tirer la langue
      d’abord il commence… bon… par lui tirer la langue

      vitre-boomerang, je le dis comme je le pense
      un loup en moi n’a pas encore hurlé. c’est pas qu’il se retient c’est que ça ne sort pas – du coup le hurlement lui déchire tout l’intérieur
      l’avait qu’à être sage
      l’avait qu’à manger le p’tit cochon, le rouge-gorge ou cendrillon
      l’avait qu’à pisser partout aux quatre coins cardinaux
      l’avait qu’à dégueuler sa queue, une bonne fois pour toutes

      pichenette, mon monde c’est pichenette, ainsi donc tout s’effondre, mais à l’ultra-ralenti
      ou carrément à l’immobile
      je suis fier d’être un carrément à l’immobile, pour l’occasion j’ai arrêté de me raser
      je ne me représente plus
      j’ai misé et déposé toute ma mort sur le dos d’un christ harassé et je me suis barré
      barré cassé
      foulé au pied

      il n’y a pas de neige par ici
      pas de neige en cette saison
      ni ici ni en cette saison, même si ça arrive de temps en temps, de temps en temps même si rarement
      en d’autre saison, et un peu plus loin
      oui, en d’autre saison et un peu plus loin, il neige certainement
      même si rarement, ceci dit

      c’est la dernière fois que j’écoute ma chanson
      les autres fois aussi c’était la dernière fois que j’écoutais ma chanson mais cette fois-ci
      est bien la dernière des dernières fois que j’écoute ma chanson
      pour la simple et mauvaise raison que désormais je n’entendrai plus rien
      j’écouterai toujours certes, mais je n’entendrai plus rien
      ma chanson sera définitivement devenus muette, sans rime ni raison
      j’ai dit sans rime
      ni raison

    14 mai 2022

  • wu wei en mode avion

      traduire quoi, d’où, en quelle langue ?
      tant de vulgarité à prétendre modifier un destin, déplacer un caillou, dire bonjour à la dame
      quelque part un homme travaille, et c’est précisément sur lui que la foudre s’abat
      tout cela au son clinquant d’une poignée de clous, doux jésus

      ne me parle pas. garde seulement ta main ouverte pour moi
      ou plutôt : garde ta main ouverte, et pour moi seul
      c’est marcher en funambule sur un fil large comme la terre, fondamentale, et tranchant comme l’horizon
      l’équilibre n’étant pas vraiment mon truc, cahin-caha ou trébuchant, non, définitivement, l’infini est trop fin, comment dire, si frêle…
      : je rebrousse destin

      manger des papillons. faudrait manger des papillons, carrément se goinfrer de papillons
      à la tombée du jour, du soir ou de la nuit, bref je sais pas comment dire, je deviens vert bouteille
      là cessent les correspondances. radicalement.

      manque de masque
      alors je me fous des baffes, pour compenser
      les rougeurs feront illusion, pour un moment du moins, quelques secondes
      après quoi on verra, on verra quoi on verra rien, refaire surface
      un match de foot sans les joueurs, sans ballon, sans les buts
      par contre repoussent les pissenlits

      je demeure fidèle à mon oubli. vraiment, j’y tiens
      à part ça faire l’antenne parabolique ça va bien un temps, voire une vie, mais pas plus
      surtout que je ne capte pas
      surtout que je ne capte rien
      que des sourires indus, quelques sourires indus, très vite ravalés

     

    wu wei en mode avion

     

    12 mai 2022

  • un homme dont le silence l’allume

      la nuit perdure la chatte. on se réfère à l’odeur. au nombre de pas dans le sens mort
      je me chercher un passé comme on se cherche un alibi – pauvre débile
      ma chatte s’en cherche un autre, je me pique le doigt pour une unique goutte de sang
      il pleure tout l’temps. on a beau lui gueuler d’sus, il pleure tout l’temps

      la moitié du jour revient vers moi, me demande pardon. s’allume un homme
      plus exactement l’idée d’un homme. pas encore une femme, mais tout de même
      à quatre sous j’achète un jouet. à quelques sous de plus une bouteille
      pourtant je n’aspire pas à jouir…

      un ciel plus grand. cordial à sa façon
      les détails finissent par disparaître. puis peu à peu se perd de vue l’ensemble
      on maquille le vide, dans le genre de ceux qui rajoutent une moustache à la joconde
      puis on lui lave les fesses
      je me rappelle plus à qui précisément – soit le vide soit la joconde

      carnet d’oublis
      n’avoir pour se réchauffer qu’un mort contre lequel se serrer. se dire qu’on est ce mort, pour simplifier
      non, finalement ne rien se dire
      n’avoir rien à se dire
      en toute humilité, fermer la parenthèse

      il y a un jeu auquel on ne joue pas
      une marelle dont la pierre reste fermement dans la main, et ne la quitte pas
      un sexe ne pouvant se résoudre à l’orgasme, retenu dans ses cordes
      un vide supposant un récipient imagine, une fois seulement imagine, un vide hors récipient
      un vide certes, mais pas de récipient

    10 mai 2022

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