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assis là sur un banc


  • danube

      bouffée de chaleur. et ce dans le contexte d’un soi minimal
      rien de plus libre que le néant, ce qui nous incite à penser que le néant ne suffit pas
      et de cette insuffisance nous ne prétendons certes pas faire un miracle – non, un miracle c’est beaucoup trop, et beaucoup trop gâte le peu –
      mais quelque chose, même pas : presque rien, à peine plus que le rien, c’est à dire radicalement quoi, qui reverdirait le désert s’enfonce

      j’embrasse le couteau. comme s’il se constituait de deux lèvres qu’il faudrait entrouvrir
      faire le grand écart ne suffira pas à enjamber le danube je crains, je ne fais pas le pont je ne fais pas
      l’abri sous le pont, ni en levant les bras et en joignant les mains au-dessus de ma tête
      demeure la chance, unique et miséricordieuse, que les choses nous échappent – peut-être définitivement peut-être momentanément, peut-être
      asymptomatiquement

      soif de bois
      soif de charbon dans le bois. de cendre dans le fer et la lumière
      j’habite un cheval, et ne compte pas sortir de ce cheval, même par une nuit obscure. même au petit galop. au pas de loup
      le système des morts consiste à les élever le plus haut possible, tant il est encore temps

      j’allais dire il n’y a plus d’homme en moi, et puis j’ai pensé non : il n’y a plus que l’homme en moi, l’homme de moi
      d’une façon ou de l’autre, il s’agit bien d’une seule et même chose insinuée là, à savoir l’impossibilité d’être plus que ce que je ne suis pas, et qui tire vers l’ultraviolet
      ou vers la transparence, un genre de bleu sans le bleu, de vent dénué de souffle
      c’est comme imagine un jour de neige, un jour vraiment
      où il neige

    16 février 2022

  • morte saison

      quand il ou elle tombe à l’eau, on le rattrape
      on l’attrape par la peau du cou, et on le sort de l’eau
      c’est la moindre des choses
      la moindre des choses que ne pas le ou la laisser se noyer
      on aurait pu lui balancer un tuba, une bouée, ou encore assécher l’océan mais non, on a préféré l’arracher
      lui soumettre une toute autre douleur

      j’ai un manteau trop long. j’ai un manteau trop noir. je ne sais plus comment déboutonner ce manteau
      une couleuvre viendra à bout de toutes les souris. il y en a une à la cave. il y en a une sous les combles
      je tâte dans le noir le voile de la mariée. je le tâte et le retâte. mes doigts finiront par s’y user
      c’est dans le noir qu’ça s’passe

      un homme est mort par ma faute, mais la mort n’est pas la mort par ma faute
      j’ai beau faire défiler les annonces immobilières jusqu’à la fin des temps, je ne trouve pas chez moi
      supposé que chez moi existe bien quelque part, je ne le trouve pas
      je jette une pierre pour fonder mon foyer là où elle retombera, or aucune pierre jamais
      n’est retombée
      jamais
      même si jamais n’est pas toujours

      j’ai carrément effacé les couleurs
      en plus, j’ai diminué les contrastes – on ne sait jamais
      il pleut par intermittence, et donc il ne pleut pas par intermittence également
      il va falloir supporter de vivre
      et une fois qu’on aura fait ça, ou peut-être simultanément, la nécessité faisant loi, il va falloir
      supporter de mourir
      c’est le froid. mais d’où vient tant de froid ? et comment malgré tout ce froid littéralement étouffé-je ?

      il y a peut-être un air que je n’aurais pas du fredonner, un air qui m’a traversé l’esprit sans que j’y pense
      je me suis surpris à me caresser la joue – surpris de me découvrir une joue, une main,
      une inconsistante caresse…

     

    morte saison

    14 février 2022

  • l’abandonné l’abandonnant

      un homme, un tout petit homme, est mort
      c’est à dire que non, c’est à dire qu’il s’est
      simplement cassé le nez. et d’ailleurs même avec un nez cassé on continue de respirer
      si on ne respire plus, on est mort. même avec un nez cassé on est mort, si on ne respire plus
      un nez cassé ne sert à rien si l’on ne respire plus, et respirer sert d’autant plus que l’on respire mal
      un nez cassé récupère l’air

      j’ai mangé ma taupe
      d’abord je l’ai faite cuire, très longtemps cuire, sous la terre cuire
      j’ai préparé le feu – un feu ça sert toujours. à cuire sa taupe notamment
      un feu ça sert toujours, même quand un feu ça sert à rien
      je ne suis pas une taupe. juste enceinte d’une taupe. point central une taupe

      il ne faut pas tout l’temps manger
      il ne faut pas tout l’temps dire « à quoi bon »
      il faut laisser au temps une
      respiration complète. complète ça veut dire le cycle complet. le tour total
      il ne faut pas tout l’temps sourire, ou vomir. ou compter et recompter ses doigts et sur ses doigts le nombre de fois où… le nombre de fois qu’elle…
      et tant pis si l’on n’a jamais aimé que l’idée qu’on s’en faisait – on se fait tellement d’idées
      qu’à la fin la réalité se réduit à ce qui reste quand il n’y a plus d’idée
      cette déchéance-là…

      une femme m’a mordu
      je ne lui avait rien fait, et pourtant elle m’a mordu. comme ça, sans raison, apparente ou quoi
      alors j’ai grillé le feu rouge
      j’ai pris mon temps, soit, mais j’ai grillé le feu rouge
      je me suis réveillé d’un homme mort. ou d’une femme morte. ça reste indéterminé
      on se réveille et on n’a pas forcément la tête aux détails, aux effets secondaires ou autres
      dommages collatéraux. on naît la bouche ouverte

    13 février 2022

  • amours tombales

      j’ai un homme et j’ai le degré zéro de l’homme – quel est le degré zéro de l’homme ?
      je mords un chien. comme je ne sais pas quoi faire je mords un chien. j’écoute une femme
      me parler de la fois où un chien l’a mordue au visage – ce n’était pas mon chien puisque je n’en ai pas
      ce n’était pas moi non plus, en tout cas pas cette fois

      j’ai peur de quelqu’un d’autre. pas de moi : de quelqu’un d’autre
      de moi face au néant, ou du néant en moi. de moi face à l’autre, ou encore de l’autre en moi
      il y a toute une inaction et de cette inaction on fera une montagne, un sapin sans les boules
      ni les guirlandes

      le dé vas-y, caresse-moi le dé
      dis-moi que tu n’as jamais rien vu rouler comme ça
      et tomber de côté

      un homme est nu. on soutient donc qu’un homme est nu. on souille sa nudité
      sa nudité qui voudrait se cacher, se rendre invisible, afin de parachever cette nudité, de la parfaire
      on appuie sur un cheval qui sort et effectivement c’est le cheval qui sort, mais si on appuie sur l’homme nu alors ce n’est plus l’homme, mais seul le cri qui sort

      on ne l’entend pas. on a beau tendre l’oreille on ne l’entend pas, le cri
      on ne peut pas parler de cri, même étouffé, mais d’une explosion de stupeur, d’un éclat d’étouffé
      j’ai mangé ma serviette. tout le temps que tu me torturais le sexe, je bouffais ma serviette
      j’ai comme le hoquet là, j’ai comme la vase
      qui me déborde de partout

     

    amours tombales

    11 février 2022

  • impasse issue. séjour exil. un lit gonflable

      j’ai fini tous les livres, du coup, j’les recommence
      dans le même ordre, j’les recommence
      que la fin rattrape le début, j’les recommence
      c’est une barque qui fait le tour du monde, et encore le tour du monde, jusqu’à ce qu’un mur se dresse devant elle
      ou que s’ouvre l’abîme

      ne t’absente pas trop longtemps s’il te plaît : t’absenter me rend présent à moi-même, m’y livre sans défense
      et lors je coule…
      et puis il faudra remettre cette moustiquaire – je sais bien qu’on n’a pas de moustiques par chez nous, et que la moustiquaire ne protège de rien mais il faudra
      malgré tout
      réinstaller la moustiquaire. j’y tiens

      j’ai l’impression d’être à la fois la mer
      et celui qui ne sait pas nager, et duquel les rivages sournoisement s’écartent
      tu tombes à l’eau tu portes des bas. quand tu refais surface c’est que l’eau a fléchi, ou que l’un de vous a renoncé
      à prendre l’autre pour miroir

      n’y pense plus. dis-toi bien que ça ne marche pas, et n’y pense plus
      la chose est morte. sur un lit d’herbes froides, la chose est morte
      ça se voit par la fenêtre. ça se sent non ça sent rien, ouvre en grand la fenêtre
      d’un départ d’oiseau ou d’un retour de flamme il n’est pas ici question, referme la fenêtre

      quelqu’un m’a mis au lit. je ne sais pas quel lit, et je ne sais pas qui
      je crois bien que je dors déjà, et que cela ne change rien à ma condition d’effaré
      le fait d’être endormi depuis toujours ne m’a pas échappé – d’ailleurs j’ai scellé les barreaux
      de mon lit (prétendons qu’il s’agisse de mon lit)
      de ma perpétuité
      ainsi que de mon agonie

    10 février 2022

  • tu vas cramer tes nénuphars

      au bout du compte n’importe quoi. il ne
      se retourne même pas sur son propre passage, on le verrait se faire de la main
      un simple signe d’adieu. la séparation cause la déchirure, la déchirure
      un certain saignement

      cela n’a plus d’importance. on se raccroche à son vélo, son vélo aux trois quarts enterré
      debout sera content. debout pliera. debout ploiera. puis debout tombera
      un sourire renaissait sur ses lèvres. c’est émouvant voir un sourire renaître
      sur des lèvres gercées

      cela fait froid dans le dos
      il ne se passe rien sans que j’aie froid dans le dos
      où que je tourne le dos, je ne parviens pas à en détacher l’ombre
      j’ai beau frotter, frotter, le froid perdure, pénétrant
      que dire d’autre du froid si ce n’est pénétrant

      j’ai des sous le matin. j’ai des sous chaque matin. je ne sais
      que faire de ces sous. je reste assis à ma table. il vaut mieux que je reste assis à ma table. je ne sais
      que faire du matin, que faire assis là à ma table, que faire de la table
      j’y pose mes sous. pas tous : des sous. de quoi payer la consommation, je suppose. nous savons de source sûre cependant
      que je ne consomme pas, ou si peu. que je suis et demeure là à simple titre
      d’indication

      je ne me noierai pas. cette fois je ne me noierai pas
      je ne tousserai même pas
      mes jambes deux rames. mes bras deux rames. mon sexe une rame
      ma tête un tuba
      pas question dans ces conditions de se noyer ou quoi que ce soit de ce genre, je resterai fidèle à la surface
      je resterai fidèle à l’air ambiant
      je ne rentrerai plus chez moi

     

    tu vas cramer tes nénuphars

    8 février 2022

  • soleil-cloporte, chien ricanant

      du temps à l’état pur, du temps que rien n’occupe, néant sans
      contradicteur.
      planète morte, miroir aveugle, du temps s’écoule à vide, dure en pure perte.
      même pas la mort : rien que la pensée
      nue de la mort

      objet dur, épingle longue
      mollet. fesse. sein.
      c’est comme le vide au centre de la roue, n’être femme qu’autour d’un trou, qu’au contact d’un trou
      où vis versa. on ne
      se constitue véritablement être que face au néant, qu’au contact du trou
      de l’éternel trou en nous

      le jour venu, je jette l’éponge – je jette l’éponge j’engrosse un cheveu
      les mains posées à plat sur un ciel clandestin, choisir l’émigration
      un cheveu châtain de préférence, la ligne impure, commun fuyant
      le jour venu j’essuie l’orage, je rase les murs – les mains
      librement consentantes au toucher des confins

      le temps apporte aux choses la distance nécessaire à l’éclosion de leur conscience, c’est à dire à leur différenciation
      dans le miroir, l’image trahit le visage qui n’est plus sien en propre, mais la transgression de toute identité
      étranger à soi-même, et désormais soi-même en tant que l’on s’en découvre l’étranger – soi de son étrangeté
      l’Un révélant à l’ébahissement de tous son sexe clair intégral

      l’homme jamais vraiment parti, mais jamais tout à fait revenu non plus – comment veux-tu qu’il vive ?
      que ferait-il d’autre que vivre néanmoins ? à quelle totalité recourir quand à un bout du vide on se souvient de soi à l’autre bout ?
      l’éternité ne fait pas de saut périlleux : c’est le saut périlleux qui
      engendre l’éternité

    7 février 2022

  • soleil de nos rond-points

      la pluie imite l’homme qui chavire, ou bien qui boite
      il faut partir d’ici, absolument d’ici, de partout ailleurs il faut se défausser
      champs laissés en jachère, affections clandestines, il faut d’abord s’enfuir
      après quoi on verra où

      braire. tiens braire à tue-tête, sinistre. braire à mi-bouche
      je ne m’appelle pas. tu ne t’appelles pas. ne nous appelons pas, sauf une fois, pour une angine de poitrine
      je me sers d’un homme un homme ne me sert à rien, de rien
      je reste vide de nom, de pronom, aphone face au cri, adossé à la nuit

      clashe-mi d’dans. peur entretemps, peur
      je veux bien te chercher pou, ou dent, t’accompagner un ch’val vivant mais je crains, je crains de n’être rien pour vous je crains
      de n’être rien pour moi – ni celui que l’on croit
      ni celui selon soi

      ça fait des plombes que je marche et je n’arrive que là, jamais plus loin que là
      je pensais être né de quelqu’un, de quelque part, je croyais être là au présent
      je fais mes exercices pourtant. je supporte la nuit pourtant
      pourtant. et pourtant non

      vaste l’envergure
      vaste l’envergure après le décollage
      tout comme si je naissais d’une pluie fine entre les dents
      il vacille, or de quoi vacille t-il ?
      il est d’un homme en sorte, en quelque sorte un homme
      – un homme de nulle sorte…

     

    soleil de nos rond-points

    5 février 2022

  • équarrissage d’une pomme

      ton terrain va, qui a bu ton terrain va
      ce n’est certes pas ta femme, ton ex ni ton ex-ex-femme, qui a bu ton terrain va, va
      dans la nuit tout de même, quelque chose a sonné, un cimetière s’est levé

      il y a un homme, et puis il y a un homme encore – nous n’y sommes pour quasiment rien
      j’achète un mouchoir. je me mouche dans un coin de ce même mouchoir mais rien n’en sort, je pense n’avoir plus d’âme
      je pense avoir épuisé toute l’âme disponible, ainsi que celle de mes bêtes
      esseulé je m’agrippe à ce pauvre mouchoir

      on se reconnaîtra les uns les autres, les uns des autres au minimum
      on ne sait pas encore que désormais l’un va sans l’autre, quoique l’autre, celui-là qui pédale, continue de s’appuyer sur l’un
      on se tâte le sexe, on dit ça sent bizarre, on passe outre
      on passe outre, c’est tout ce qui importe

      je m’approche. je le sens pas. je m’approche encore un peu. je le sens toujours pas, ou à peine plus
      je t’attends à la gare routière, la gare glauque et routière, je médite un trou noir
      par avance un trou noir

      un jour j’étais pas prêt. le jour d’après guère plus, dorénavant
      je travaille pour rien, je travaille même pas, je suis un homme à reculons
      je compte pour rien, je ne compte même plus, je tire une carte, bouge un genou
      mauvaise pioche mauvaise carte, tombé sur le mauvais g’nou

      il y a un homme et il est mort, il y a un homme il crie encore
      il y a des ports pourris aussi – comme gijon, cherbourg
      cherbourg ou encore le pirée
      enfin un truc du genre

    3 février 2022

  • les larmes du pangolin

      dieu ne fit-il
      qu’une croix, qu’un vague signe
      de croix sur la poitrine, la mer sous le niveau
      du poisson triste
      on en a attrapé un
      on en a attrapé deux
      on n’a jamais attrapé que notre queue, elle glissant rouge
      d’entre les dents

      une valve. un tronc.
      ce n’est pas la même chose. la même chose est une valve, un tronc.
      je veux bien qu’on me décapite, mais cela soulagera t-il
      l’ennui vraiment ?

      vivre est une dame. vivre est une
      dame entre nous. j’allais au restaurant, désormais je ne vais plus
      au restaurant
      le restaurant est partout
      le restaurant est en tout
      il n’y a que la dame d’une part, nulle part de restaurant

      ça y est je sais, je sais enfin je sais
      de quoi je suis né, de quoi suis-je l’infraction, de quel
      crime et le coupable, et le châtiment
      je t’embrasse dans le mille, soit, j’espère te rende heureuse
      ton chien ta mère tout ça tout ça, ta mère ton chien – on n’en est plus
      à un os près, n’est-ce pas

      dieu d’un grand oui-non, d’un grand oui-non oui tout un dieu
      ne m’adresse plus la parole faut dire que
      j’lui ai volé sa femme faut dire que
      j’lui ai volé ses gosses, son chien, son jardin
      son chien dans son jardin, ses gosses
      sa femme à la fenêtre…

     

    les larmes du pangolin

    2 février 2022

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