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assis là sur un banc


  • j’ai plutôt rentré mes poules

      voilà – tant qu’une voix résonne c’est que quelqu’un habite encore, la plaque n’est pas scellée
      personne ne voudra mourir avec toi, et d’autant moins pour toi
      mourir ensemble soulage un peu, mais de pas grand chose au demeurant, et d’à peine plus que l’inessentiel, semblerait-il
      quoiqu’il ne semble pas
      quoiqu’il ne semble rien
      c’est l’impression qu’ça donne

      comment un être assez pur pour redonner confiance pourrait-il échapper au massacre ?
      on se blottit tout contre nos animaux – on se blottit contre nos bœufs, nos chevaux, contre nos veaux ou nos perdreaux. maudit le froid
      un homme m’a parlé d’elle. m’a parlé d’elle à ce propos. mieux vaut éviter de parler de soi en général
      même si soi ne mage pas d’pain

      un chien m’a bavé d’sus – qu’est-ce que j’y peux ?
      je relève une barrière – un train m’a passé d’sus, ou était-ce la frontière ?
      je ne ressens aucun plaisir à traîner par ici, aucun plaisir à traîner l’innocence, à la souiller
      quand elle lève les yeux au ciel, je m’aperçois qu’il y a un ciel. alors je réalise que le ciel ne sera jamais assez profond

      je saigne des yeux. ça me prend dès que ça me prend, je saigne des yeux
      je m’avance jusqu’au bord, et qui me dit que je ne tomberai pas ?
      je sais que je ne tomberai pas, je me dis que je ne tomberai pas, je me dis que le vide est en moi et non moi dans le vide, ça ne me fait rien vraiment
      ça finit par m’être égal
      un dieu n’a plus que ça en poche, que ça en poche comme c’est moche

      quelqu’un frappe à ma tombe
      ça serait quand même étrange en telle situation de craindre les fantômes
      quelqu’un se frotte le sexe contre mon visage. je ne comprends pas vraiment pourquoi moi
      quelqu’un – il s’agit sans aucun doute de quelqu’un – agite un petit mouchoir blanc dans ce qui semblerait être ma direction
      je ne vois pas comment j’aurais pu devenir la direction de quoi que ce soit
      j’habite une chambre, de la manière exacte que l’on abrite une tumeur sous son crâne

    3 mars 2022

  • la lutte finale, ou l’enfant-luge

      les oiseaux font les mariolles – n’oublions pas qu’ils restent en suspens dans les airs tant d’heures au cours de la journée
      et quand ils dorment donc, cessent-ils pour autant d’être mariolles ?
      je ne baise plus. je ne baise plus car je ne me compromets plus, le rapport est limpide
      limpide la distance séparant la voix de son écho propre, son écho triste

      au final il suffit de s’en référer à dieu, ou même à ce qui le surpasse et voilà
      le plus profond en moi n’est qu’abîme de lumière – comment dès lors ne succomberais-je pas ici-bas à l’exil, à la trahison, à la démangeaison ?
      mon cheval en est un faux, qui galope sur place. je fais semblant de le monter, semblant d’en être fier
      la chute, elle, ne ment pas. la chute recense les os

      virtuose. avec les genoux quelque peu détraqués
      j’attrape en plein vol la queue d’une comète, ça ne m’avance à rien mais bon
      ça ne m’avance à rien de baigner dans un bonheur ou dans l’acide gastrique – la moindre image en l’esprit constitue déjà une preuve d’extraversion
      tout se trouve en dehors, tout me prive du dedans, le dedans même m’arrache au dedans, lequel reste en dehors

      la pluie sur ton gazon, bon, on devra renoncer
      on reconstruit des ponts par-dessus le grand vide, des ponts ne reliant aucune rive à aucune autre rive, il n’y a pas de rive
      rien qu’un ou des ponts, en construction, ou en déconstruction que sais-je, ne reliant rien à rien
      en tout cas pas à moi, ni moi à soi

      un chien m’a dit pourquoi changer, et dans quel sens ?
      j’ai l’impression de tournoyer sur moi-même, un peu comme une danseuse sur son axe dans une désuète boîte à musique
      sauf que ferait défaut la musique
      nous luttons contre le froid, luttons tous contre le froid
      c’est ce auquel nous nous attelons en toute circonstance : nous luttons contre le froid

     

    la lutte finale, ou l'enfant-luge

    1 mars 2022

  • sexe d’un banc, d’un toboggan

      les yeux bandés. les yeux bandés j’ai essayé, mais ça n’a rien donné
      les yeux ouverts non plus, ça n’a pas marché
      la cloque ou la béquille – on avait le choix entre
      la cloque ou la béquille
      le sein ou l’églantier

      voilà les hommes. on n’était pas prêt. pas prêt pour les hommes, même pas
      prêt pour les accueillir à vrai dire
      on a conduit jusqu’à ce que la route s’enlise dans le sable d’une plage et peut-être que la mer n’y était pas
      imagine ça, imagine un instant : une plage à laquelle manquerait la mer, à jamais retirée…

      tout ma pourrit la vie, mais j’ai trouvé le graal
      peut-être pas le saint, ou pas si saint que ça, mais en tout cas le graal
      il y a un homme derrière tout ça, je ne souhaite pas d’un homme, juste derrière tout ça
      c’est comme la nature : qui a encore besoin de la nature ?
      qui a besoin d’un homme ?
      ou d’une planche à pain ?

      un animal bouffe mon toit
      un animal bouffe mon plafond, mes combles, mon grenier
      un animal c’est moi, et je veux tuer cet animal
      on fait partie des choses auxquelles on ne résiste pas, moi je veux tuer cet animal
      il me bouffe la bile, le sommeil, les ongles
      il me rappelle mon enfance

      je parlais dans le désert, ou me parlait le désert
      que raconte le désert de plus que ce que je lui raconte
      on se gratte. on finit par se gratter partout et en tout genre – se gratter jusqu’au sang, pour peu qu’on soit digne de saigner
      et même au-delà, qu’il serait si dégradant de préciser, ou seulement d’évoquer
      quand l’ennui nous rabote

    28 février 2022

  • tout ce qu’on meurt en soi

      j’abîme quelque chose en moi, quelque chose de précieux, quelque chose qui me greffe la profondeur, ou me creuse unilatéralement
      il me faudrait renouer – qu’importe à quoi, renouer c’est tout, rendre un axe à l’espace
      une amarre au néant

      des hommes se sont habitués à ce que je les vête de robes de poupée, et tant pis s’ils m’en gardent rancune tant que
      de plaisir crissent les miroirs, et rejoignent le sable – ses songes, sa solarité en quelque sorte
      quelque chose à peigner, accordez-moi seulement quelque chose à peigner

      à ce propos un être étrange
      m’a rappelé à moi, ou m’a claqué une bise, froide et désespérément sèche
      des armoires pleurent des cadavres, je tourne le dos à toutes les arêtes
      je tourne le dos à tous les poissons et de cent coups poignardé, d’un banc plus que de neige inondé, me réinvestit la nostalgie
      d’un espace clos, définitif
      d’un espace clos, en marge de toute marge

      c’est la dernière fois que j’habite une maison, si vaste fut-elle
      il y a des mains et je les pose à plat sur les cuisses, ainsi font les mains
      tout homme incarnant le dernier homme, je ne ferai pas exception, je me rincerai la bouche avant que de tirer la langue
      mais je ne m’habituerai jamais, jamais, à rien
      pas même à la douleur

     

    tout ce qu'on meurt en soi

    26 février 2022

  • la version longue

      il y a des morts. il y a des morts partout
      on finirait par s’y habituer si seulement nous étions en capacité de
      nous habituer à quoi que ce soit
      il y a des morts partout, et jusque dans ma bouche, et jusque dans ma couche
      on s’étouffe d’une arête, d’une touffe de poils broutée je ne sais où…

      mon chien agonise de la syphilis, on garde peu d’espoir
      j’essaie autant que faire se peut de chausser mes propres traces, avant qu’elles ne fondent
      j’espère conserver suffisamment de légèreté en moi pour m’évaporer, dès que la colle cessera de faire effet
      qui me rattache à moi-même ou à quelconque sol

      une fois les insectes décimés, il faudra tâcher de combler nos désirs, ou plutôt de satisfaire à nos pulsions de la manière la plus brute, la plus directe et la plus automatique possible
      il n’y a de politique ou de stratégie que de séduction, les miroirs brisés abattent nos coquetteries de comptoir
      au comble de notre vulnérabilité, sans pitié mis à nu, si dépourvus que le néant même ne saurait nous rassasier, nous abdiquons
      nous abdiquons la mort, la faim, le terme ultime tout autant que le bonheur présent, simple présage

      les souvenirs m’ont inventé, j’ai du essuyer les draps, voulu recoudre une plaie indélébile à la surface de l’océan
      puisque c’est ainsi qu’on le nomme, ainsi qu’on s’y soumet, nous délestant de toute grandeur intérieure, de toute dignité
      comme quand tout notre plaisir dépend exclusivement du plaisir que l’on procure à l’autre, joli dégât des eaux
      – l’autre, dont l’unique fonction consiste à ne pas être moi…

    25 février 2022

  • myriam dans le rouge

      tous les poèmes commencent par la nuit, le jour vient par surcroît
      ou disons-nous le jour s’ensuit. s’ensuit le jour
      or du jour et de la nuit qui tombe, qui se relève ? qui de sa béquille bat la mesure du chemin, remue le fond ?
      qui de son creux susurre des choses dont seul le creux retentira ?

      voici donc une abeille, voilà donc une histoire
      un homme entretemps n’a donc fait que passer
      on lui caresse un chou, on lui grattouille une couille, un homme entretemps grandit de son néant, c’est à dire
      d’être infiniment moins que soi

      je reste dans mon corps brûlé. je soufflerais sur les cendres, cela va de soi, si ne me manquait le souffle
      le ciel n’est pas un rideau que l’on tire à sa guise dans un sens ou dans l’autre – ni le jour ni la nuit ne s’y trompent
      passant de ceci à cela, un deuil perpétuel hante nos âmes, une fidélité amère

      je pourrais retracer les yeux fermés le plan de ma déroute – l’amarre, la bitte et la dérive
      une seule mort ne me suffira pas, je souffle dans un cercle pour des bulles provisoires
      et si j’enfante un songe ce n’est certainement pas dans l’espoir qu’un songe me délivre
      ni ne me prenne par le main pour franchir les barbelés et traverser le champ

      poussière, je m’invente un futur – je le ceins opportunément d’un pagne, ou le couvre d’un voile de mariée, gaze légère sur un serment de fer
      abstenons-nous de préciser toutefois que le fer rouille
      ou que le printemps qu’encule un soleil borgne
      accouchera d’un semblant d’hirondelle…

     

    myriam dans le rouge

    23 février 2022

  • le propre sens

      quatre fois le tour du jour et autant de la nuit. on fera tout, naturellement, pour éviter de ressusciter, ramier posant sur un tas de fumier

      depuis quelque temps je n’achète plus rien, je ne regarde même plus les prix. je ne regarde même plus les filles, depuis un certain temps je ne rêve de rien

      il y a du vent mais pas tout l’temps. avec des sceaux on fabrique une pluie et si tout effectivement n’est pas rêve, tout fait semblant d’un rêve

      il va falloir rentrer. de n’avoir où rentrer n’y pourra rien, ni toute voix levée. contre la nuit seul en la nuit trouvera  t-on refuge

      on se sait mort lorsqu’on n’a plus de larmes, une fois échoué dans le verre vide. deux épingles à linge deux, par les épaules…

      je marche dans le rond. je ne dis pas que je marche en rond, ni plus que dans le rang – je dis que je marche dans le rond, depuis qu’en rond ne tourne plus

    22 février 2022

  • la femme dans tes yeux, emmurée dans tes yeux

      la nuit on sauve les meubles, le jour on les revend, comment veux-tu comment veux-tu que je t’embulles…

      je suis noir de monde. j’ai beau frotter frotter, je n’arrive pas à m’effacer

      les hommes sont en papier, juste de quoi gribouiller dessus. et donc on froisse du papier

      la tristesse incommensurable on fait un nœud dedans. au passage rien ne passe, pour être franc. anguleux frauduleux

      marche-moi partout sur le corps. sous les vêtements et sous les bras, marche-moi partout. d’un cor à l’âme

      te souviens-tu de l’appareil ? non, tu ne te souviens pas de l’appareil. l’appareil a pris possession de ta mémoire – désormais l’appareil génère ta mémoire

      j’ai la main chaude, la main étouffe. je suis la mort d’un homme évidemment cet homme
      ne me le pardonne pas

     

    la femme dans tes yeux, emmurée dans tes yeux

    20 février 2022

  • les cendres de giordano

      pluie, l’amarre, pluie. bon, il pleut quand même

      on chercher à exprimer quelque chose, tout en prenant soin de préserver son indéfinition, sa nature ou sa façon d’être con

      ma nuit tranquille vadrouille. de plus elle n’a nulle part où se rendre. des yeux passe-partout, oui, mais nulle part où se rendre

      du coup la nuit. ça se passe entre nous, la nuit. entre chien et loup, une forme subtile de la nuit sur ses franges. une débâcle au cœur de la débâcle, terrible angoisse, extase funeste

      je suis l’amant d’un petit quart de tour. il ne reste de pureté qu’un néant auquel se raccrocher

      il pleut aussi entre le pull et la poitrine nue. je ne caresse personne sauf un os

      embrasse-moi comme ivre on embrasse un poteau tard en chemin. l’impact nous révèle

      le chef-d’œuvre de nul trou, le chef-d’œuvre de nulle race. j’ai juste perdu ma propre trace

    19 février 2022

  • le putois contre soi

      j’avais un peu, un peu de temps devant moi, d’amour à gaspiller

       la vie me ronge par les deux bouts, j’avoue, par les deux bouts la vie me ronge, et davantage

      une vie à gérer, drôle de responsabilité. les morts s’enlisent à mon contact, sans trop oser se plaindre

      une vie bien ordonnée, un trou à merde pour le dire autrement. ivre de rigueur spirituelle, d’aléas débraillés

      je viens rebattre tes lèvres avec ma langue de pute. tu ne dis rien. et tu fais bien. il y a des questions qu’il vaut mieux laisser là sans réponse

       ne pas se réveiller essoufflerait l’oreiller. on vide on vide et à la fin on vide rien, avec un homme dedans

      un homme cerné de toutes parts ne trouve qu’une issue, par le haut. un homme pressé de tous côtés sort du tube. ça lui fait des vacances à peu de frais

     

    le putois contre soi

    18 février 2022

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