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assis là sur un banc


  • fermer visage, ouvrir voix

      remuer son petit tas de sable, cracher contre le vent, toute une vie durant
      puis, le sable retournant au sable, le vent au vent, ne demeure finalement de soi
      que le large
      de paresse et d’oubli, le large
      en acte et en pensée, le large

      face à l’immense
      ou traversé de l’immense
      je veux dire habité par l’immense
      ne m’aura pas rendu les clés
      ni le sourire figé dans le cadre réduit
      de l’appareil photo

      ils ne meurent pas tous entre mes bras: ils s’obstinent parfois
      à confondre le moyen et la fin, le doigt la lune,
      le riz et l’orge
      et simultanément à distinguer le temps
      de l’éternité alors même qu’il pleut, dieu du néant ou encore
      le riz de l’orge…

      les choses évidemment, on les préfère quand elles ondulent
      comme on préfère penser, à l’aube d’une orgie de sang, de chairs calcinées, que croiser l’inconnu c’est donc un peu renaître
      et tu trouves ce moment opportun pour écraser tes lèvres sur mon
      indifférence à vif

      dans l’infini, le mouvement se confond donc à l’immobilité
      soit…
      je digère mal le café ce matin, je ne pense pas
      revenir jamais…

      identifier son propre corps à celui de l’humanité est un sport de prophète, or de prophètes on n’en trouve pas des masses, entre une averse et Ouistreham…
      on crève un pneu
      on respire à plein pot le néant infini

     

    fermer visage, ouvrir voix

    19 juin 2022

  • le vacuum cendrillon

      tristesse universelle, plus un mouchoir en papier
      un simple mouchoir
      en papier
      allez, en le déchirant pourra t-il servir trois fois tout au plus
      trois petits bouts pour éponger, essuyer, absorber la
      tristesse universelle

      on ne sait pas crier au mort, on ne sait pas
      crier alors, et donc
      et donc reprend son souffle, enchaîne ses mouvements
      se met à la remorque de je ne sais quel vide, croissant de tous côtés
      et en-dedans

      on ne sait pas quel bruit ça fait, de mourir
      quel bruit ça fait à l’intérieur, l’intérieur de
      celui qui meurt
      je me dis marche
      ôte tes grolles, enlève tes chaussettes et marche
      va nu-pieds, tant qu’il y vont

      un homme est malade
      il s’est tiré une bulle dans la tête, et maintenant il est malade
      c’est le monde entier qui en lui s’est alité, tandis qu’en lui aussi, mais un peu au-dessus, gonfle la bulle
      quand elle éclate sans un bruit, quand elle éclate sans un souffle dit-on, le cauchemar prend fin

      comme on crève l’abcès, comme en claquant des dents, à corps perdant
      des sentinelles cloutées, des sentinelles sans voix ne se répondent pas, ne donnent pas l’alarme
      le vide est bien le vide de quelque chose, ou de quelqu’un. cela finit par se savoir

    17 juin 2022

  • être personne, aller nulle part

      j’ai été là
      quelque part ou ailleurs j’ai été là, témoin de soi
      rien qu’un méchant panneau devant la mare obscure, d’une laconique prévention
      : « baignade interdite »…

      il y a des restes d’os
      entre les dents que veux-tu que j’te dise il y a des restes d’os
      sous les bras. je n’y peux rien
      je m’emmure enfin

      je n’suis pas moi si près de moi que j’en meurs à vau-l’eau
      à vau-l’eau comme je te tords, à vau-l’eau comme je te mords
      un coing dans l’agonie

      éternelle dit-elle, pas immortelle
      d’où ce grain de beauté à l’épaule gauche de la méduse
      d’où cet air total déconnecté qu’on prend en descendant du train ou en sortant du bain
      l’abîme en neuf dimensions, dit autrement…

      recevoir un miroir en retour
      un peu comme l’image d’une gifle avant qu’elle n’atteigne sa cible
      … il faut manger
      on ne sait pas pourquoi, il faut manger
      quitte à manger son âne quitte à
      le manger cru

      quand il pleut, je sors mon parapluie
      j’ouvre mon parapluie, j’attends
      j’attends que la pluie cesse pour fermer mon parapluie
      éventuellement rentrer mon parapluie
      restent les flaques…

      jambes nues, à quoi sert d’aller nues, nues de ronces et de fourbes orties
      et qui à mon oreille susurre cette malédiction :
      qui n’est pas mort sept fois
      n’a pas ouvert encore un œil…

     

    être personne, aller nulle part

    15 juin 2022

  • toute panique adolescente

      plus qu’un homme. plus qu’un homme et c’est la fin. l’homme-clôture. j’ai enlevé les poils de sus ma langue, recraché le pistil. plus qu’un homme et c’est la fin

      nulle bitte à l’horizon, le port détache. cherbourg en pleine brousse, poème sinon quoi ? j’accent premier. j’accent comme il se penche allez là, je rebrousse. allez là je reviens, minable éternité

      il ne m’appartient pas de rendre nécessaire. le cerf-volant pris dans les branches. tous les temps en éventail dans la main et c’est promis à trois, j’arrête de faire le malin

      un plein de boue, un vagin de cristal – je pleure beaucoup mais ce n’est pas suffisant. un insensé fragile peut-être nous délivrera. nous. guérira de la peste. nous euthanasiera

      fessi fessa tou-
      te honte bue, tous ces
      héroïques absents, douleurs amnésiques – je ne veux d’aucun monde
      : il n’y aura
      plus d’être au monde

    13 juin 2022

  • P4, tu te désoles avec la vie

      pire que le vide y a le bouchage de vide, le feu n’prend pas. grattoir mouillé, molle allumette, le feu n’prend pas. agrippine antigone, le feu coule au-dedans

      l’amour c’est quand on fait l’amour – le reste du temps nenni, nenni que dalle. le reste du temps l’amour n’en branle pas une, ni queue ni cierge, ni vue ni vierge. la nuit venue toute en douceur…

      passé le temps le temps s’endigue. de quoi se plaint-on, et de qui se moque t-on. quand l’infini est à portée de souffle, quand. passé le temps le temps s’entiche. d’une toute autre odeur

      berck-plage où le bonheur fait rage, un si petit métier. charrier tout l’océan gerber par-dessus bord, mon dieu, que me frôle le bord

      chacun sa gueule de mort, sa queue gave la morue. chacun sa walkyrie, kyrie éléison, éléison kyrie. chacun sa crotte de mort mais chez moi madame, entre deux averses ne tombe rien

      l’impersonnel danse avec moi, décante un ch’val. décante un ch’val décante un âne, queue d’âne. queue d’âne et corps, peau d’âne. s’il y a un mort c’est sue ce mort que reposent le chemin, les ordures jalonnant le chemin.

     

    P4, tu te désoles avec la vie

    11 juin 2022

  • le seuil critique. l’amant bâtard

      ce qu’il faut dire. ce qu’il faut dire pour que tu me croies, pour que tu me couches. quel rêve sacrifier.

      il va se coucher. il pense qu’il va se coucher, alors qu’il ne fait que creuser. creuser comme un barge. comme on introduit du vide dans le plein.

      une pluie me réveille tous les dix ans, il faut quelqu’un pour s’allonger dessus. c’est en s’allongeant dessus qu’on pense vraiment ressusciter.

      il ne sait pas de quel côté pouvoir décline. et quand tu me regardes avec ces yeux-là je sens qu’un mort suscite en moi. et se répond.

      toute la tendresse nous rassemble en cet instant décrépi. d’abord je rêve, après tu coupes. ce qui dépasse, tu le rases. ce qui repousse, le trépane.

      juin juillet août. c’est comme ça qu’on réfléchit maintenant. juin juillet août. la mort. je te lèche avec les dents.

    9 juin 2022

  • j’ordure ton champ

      la peur nous vient de loin. la peur nous vient de l’autre bout. que l’autre bout est loin
      l’autre bout nous regarde à travers l’œil désourcillé de la peur

      elle pleure en tout petit. en tout petit c’est rien. et trois fois rien presque rien
      mais quand même
      quand même elle pleure

      à la base on n’avait qu’un atout de lumière. une sorte de picardie suspendue, caravane interstellaire
      quelques coquelicots, par ci par là…

      la corde a rétréci. la chèvre aussi. je régresse en nuage
      je crois je régresse en nuage, selon le sens du sens, le temps du vent

      t’en souviens-tu. il. se mord le bras, il. me mord le bras. t’en souviens pas
      m’en souvient-il. s’accouple aux oubliées

      le reste de la fuite en avant. d’un. orgasme mal placé. ou mal interprété. j’ignore lequel
      je me dis tout c’que je veux mais au final, j’ignore lequel

      le plus pur du silence
      les uns les autres, la tache, se tachent, mais. le plus pur du silence
      c’est pas comme le microbe – ça ne s’attrape pas ça ne. se repasse pas

      la fin est tout de même triste. ‘même triste. la fin
      dehors les gens s’ennuient, dedans se déshabillent. dehors. les gens se déshabillent aussi. encore. toujours plus nus

     

    j'ordure ton champ

    7 juin 2022

  • prête-moi ton animal, ton animal me dit je t’aime

      on c’est on, et personne d’autre
      on comme on le sent, on comme on s’en accommode, on comme on tourne en rond
      autour du même fond

      il est quand le corps. il n’aboutit à rien. il. se répand liseron

      une rage très précise. on pourrait dire qu’elle me mine. on pourrait dire qu’elle m’adore
      on dira juste qu’on ne l’a pas vu venir

      un peu d’eau. si peu d’eau. un peu d’eau de traviole
      il. remonte à la source des âmes. comme si c’était sans âge

      du non-négociable, du non-rétroversible j’ai fait une cocotte. la cocotte a bondi

      tout ce que l’amour me donne, je le rends à l’amour
      il me dit grand merci, puis se foule la ch’ville
      au moins la ch’ville

      je n’embrasse pas la bouche du belzémort. je n’écrase pas mes lèvres sur les lèvres du belzémort. je ne suce pas la langue ni les dents du belzémort. à peine si je lui arrache la mauvaise herbe d’une promesse…

      il. s’en va à reculons. puis à reculons. encore un peu… là.
      il. tombe à l’eau.
      il tombe à l’eau

    5 juin 2022

  • oh les hommes, les femmes de courte durée

      il ne pleure jamais comme il faut. un peu trop à droite, un peu trop à gauche, il ne pleure jamais quand il faut. seulement quand il a fini de souffrir

      je ne me rappelle rien. je sais seulement qu’il a fait jour, un jour. que les dents ne faisaient que tomber, dont les trous prendraient la place. dont les trous formeraient la substance

      quand elle bave c’est sur toi qu’elle bave alors ne te plains pas, tant qu’elle bave et c’est sur toi. le reste du temps retourne-toi, dans l’autre sens ou dans ton sang retourne-toi

    quand fond la neige, fondent les bonhommes. ta mère elle a tout cassé. ton père il a tout cassé. tout le monde il a tout cassé. va falloir passer outre. passer d’abord. outre par surcroît

      se noyer dans l’absence d’eau, l’absence de mer, la marre à sec. se maintenir longtemps comme ça, sous l’absence d’eau, la pierre au ventre. se disant que l’éternité ne fait que commencer

      s’il y a un homme c’est qu’il y a déjà quelque chose qui traîne derrière lui. je montrais tellement à montrer que j’ n’existais pas, ériger un monument à toute inexistence

     

    oh les hommes, les femmes de courte durée

    3 juin 2022

  • la mort en bouteille, le soleil en veilleuse

      qu’est-ce que tu bouines, je bouines rien : je chante, je chante à l’oreille d’un mort

      s’attendre à quelque chose, on se serait peut-être attendu à quelque chose. or plein était le vide, tandis que vide était le plein

      j’ai frotté des lilas sur le pourtour de mes lèvres, enfoncé des lilas tout au fond de ma gueule – que s’est-il donc passé ? quel rendez-vous ai-je encore manqué ?

      tes lèvres balbutient mes lèvres. je ne parle même pas des langues. les langues demeurent toutes étrangères

      quand on t’incruste un œil, fut-ce dans le front, c’est tout le paysage qu’on te dérobe. un vide au fond du crâne, lumineuse absence d’être

      tu brûles, tu brûles de plus en plus, et pourtant l’objet tant à trouver
      n’existe toujours pas

      il n’y a plus d’eau dans le port – on dirait la marée définitivement basse. je revends ces vieilles maisons à des fantômes surendettés

      ton chien ta puce océane, ton chien ta puce océane, mais quand même pas tous les jours. parce qu’il y a des jours-sans, sans le chien sans la puce océane. sont-ce encore des jours vraiment ?

    1 juin 2022

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