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assis là sur un banc


  • sépulture-jouet

      les enfants coucou, coucou donc les enfants
      pendules à l’heure blète
      les enfants cou-

      on les enterre, les enfants
      à grands coups de pelle les enfants
      les enfants pâles

      je chevauche un néant, un néant pile
      drapé d’une décence je re-
      couvre un furoncle

      ne me regarde pas
      pense à autre chose
      à autre chose qu’à autre chose, pense
      simplement ne
      me regarde pas

      une cale
      sous le pied de l’idéal
      soutient la gorge et l’as pelvien
      dépouille pareille

      thé de mer
      la triviale ascension
      j’ai peur, absolument peur
      d’un ovale carré

      je ne m’avance
      à rien
      bon, dit comme ça, je ne m’avance
      à rien
      : une chambre, un réverbère
      dans cet ordre précis, immuable
      comme en l’homme la mort
      passe radicalement
      avant le reste

    21 mars 2022

  • tout sourire le néant

      une pluie
      d’aucun secours, une pluie
      vivre mouillé
      sous la ligne rouillée

      tu pleures un schlague
      tu m’accompagnes – non, tu t’accompagnes
      tandis que vivante je t’enterre
      dans l’air moite

      une pluie
      ce n’est qu’une pluie
      pas encore tout à fait l’ennui
      déjà presque la pluie

      ah ben là alors
      là alors ben
      j’y suis j’y reste
      non je me casse

      il sent mauvais, la tour
      il sent mauvais, le parcours également

      ainsi je m’habitue, à rien
      je me cède le passage
      merci me dit oh le passage

    c’est pas comme ça qu’on tombe, pourtant

      plus rien ne vient
      j’ai beau compter sur mes
      dix doigts plus rien ne vient

      l’espace infiniment
      ouvert vibre de mes
      non-exploits

      m’acharne sur ces doigts
      elle ne jouit pas
      tout c’que tu veux, elle ne jouit pas

     

    tout sourire le néant

    19 mars 2022

  • ne se jamais ceci, ne se jamais cela

      cris d’orfraie
      couinements
      cris d’orfraie partout dans sa douleur

      les entrants
      les sortants
      et tous ceux qui restant balisent leur douleur

      plus jamais je ne regarderai dans la direction de la mer
      je ne me nourris plus que de chiures de mouette
      à chaque inconnaissance équivaut une pelletée de terre

      si peu de distance
      entre le
      et la
      ou l’aiguille d’un chas

      ainsi donc avancé-je
      pour ainsi dire j’avance
      et j’avance
      en aveugle transi

      chien ne me
      lèche la plaie
      chien ne me douche
      ni ne m’aboie

      je rentre le
      je la sens là
      las de mort las
      rentre le se

    17 mars 2022

  • vivre au sens large

      l’homme qui jamais, oh grand jamais, ne s’est pris les pieds dans l’histoire du pays
      il a grandi parmi des boîtes de facture incertaine, dans l’ordre rigoureusement établi d’un cimetière militaire

      souffle, tornade, abats les vieilles branches
      je m’appelle emmanuelle, mais emmanuelle comment, emmanuelle-sors-du-bois
      qui fait ouh, ouh, voilà le loup, et le loup que fait-il
      il hausse les épaules, et rengaine sa salive

      espérer vivre encore, en réchapper de quelconque manière, relève du vulgaire. on touche là de près au sexe
      on lui fourre un doigt dedans on lui crève un tympan, etc…
      je ne me suis jamais senti si libre depuis que mère est morte, depuis que lit en braille

      le point de non-retour définitivement passé, le point de non-retour
      le sens du collectif est redevenu tel qu’un homme qui se suicide suicide l’humanité entière

      invite-moi
      ne me suggère pas ce qu’il faut dire, ce qu’il faut taire, invite-moi doigt sur la bouche
      désormais la seule stratégie praticable consiste à libérer de l’espace, à
      délester les paniques

     

    vivre au sens large

    15 mars 2022

  • un si petit voyage

      j’offre mon soutien-gorge, j’apporte toute ma mort
      au nain de ce comté, aux fleurs de mon jardin
      glander o galaxie, glander à perte d’âme
      rejoindre le convoi de nos libertés infondées…

      la pluie n’a même pas entamé mon visage
      je me suis finalement retrouvé un abri, un espace sans porte
      les animaux sortent la nuit. pour nous ce n’est que vendredi

      dieu répare les bagnoles
      dieu ne se soucie guère de l’entretien des routes
      mourir nous enfonce plus profondément dans l’être, débusque les alouettes dans les fonds de miroir

      je viens raser quelque chose de vieux
      je viens raser la tête pouilleuse d’un vieux
      je viens récupérer la salive d’un vieux
      un vieux à tous les étages, un vieux dans chaque dortoir

      donc un genou
      et plus haut qu’un genou, l’espoir d’un vie sans trêve
      des camions partout, des chariots, des locomotives
      des vélos et pour ceux qui n’ont plus leur fonction, ou dont les jambes molles ou la femme s’envole : une chaise
      encastrée dans le vide

      l’amour fait bien les choses, faut juste s’essuyer après, comme si ça nous avait sali
      j’ai un homme mort dans ma cabine. avec deux-trois accessoires et la curieuse invocation, j’en fais une pure femme
      quelque chose à l’unisson

    13 mars 2022

  • on attendait quelqu’un de l’étranger

      tu t’abrites derrière mon nom, mais est-ce encore un nom ?
      chaque jour une vie m’abandonne – faut dire que le temps n’arrange pas les choses, pourri par conviction, sans considération
      tu sais quoi : exploser ne tient pas la route, exploser ne tient pas l’espace
      ça explose et c’est tout

      pourquoi tu m’attends ? tu sais bien que jamais je n’arriverai
      même admettant que je sois un jour parti, il n’y a aucune chance que j’arrive jamais
      cependant tu m’attends – c’est vrai au fond, que faire d’autre qu’attendre
      que piétiner le temps
      que saigner du néant ?
      de ne pas avancer, je sais que tu m’attends

      froissé, jeté, méchamment, j’ouvre la bouche. j’ouvre la bouche malgré tout
      tu m’embrasses à moitié gauche, une âme se tient toujours au milieu, faut donc tordre la bouche
      tout ce que j’ai fait je l’ai fait pour rien, en appuyant dessus
      de toutes mes faiblesses

      quelque chose se broie au dedans. quelque chose de noir, d’indispensable
      nous forniquons vous forniquez, mais toujours à côté, toujours à la marge
      la seule question c’est comment supportons-nous, comment supportons-nous d’être, comme si de rien n’était ?
      comment consentons-nous à nous nourrir de cadavres ?

      j’ai mélangé les eaux usées et les eaux de source. au piquet le temps fait grève
      à soi tout seul un suicide collectif, tout au bout de la solitude un mort fait le guet
      tu me demandes mon nom, je te réponds comme je peux. je te demande le tien tu me réponds marie
      ou bien n’importe quoi d’autre

     

    on attendait quelqu'un de l'étranger

    11 mars 2022

  • la race des gens sans race, les chiens errants

      n’oublie pas. ou du moins fais semblant de ne pas oublier
      personne ne te dit allez viens c’est par là. personne ne te dit allez va jusqu’au bout
      on s’est trompé de maison, on s’est trompé de porte
      quelqu’un prétend t’avoir vu quelque part

      genre gare tes genoux
      genre caresse-moi les cuisses
      genre en tout genre, mais non
      je ne fais pas le poids face à l’apesanteur. je ne fais pas le poids face à mon propre poids
      je fais l’effort de m’envoler mais rien, je reste au sol, retenu au sol par deux guibolles et un maigre jet de pisse
      la terre d’abord. le lourd et le hideux

      tu m’abreuves un mystère
      et pourtant il n’y a pas d’autre mystère que celui de la mort, dont chacun de nous présente un visage suicidaire
      je m’épouse tu m’épouses. à force de s’épouser, peut-être finira t-on par m’aimer ?

      il y a quelqu’un dans mon berceau, et je crois qu’on s’acharne sur lui à grands coups de ciseaux
      pas franchement la saison des mirabelles, ceci dit
      en s’efforçant chacun de son côté, en persévérant dans son être comme on dit, voire en ressuscitant
      on en est arrivé à faire des trucs avec la langue, des trucs avec le sexe. ça nous laissait pas le temps de réfléchir

      à la fin c’est l’enclave, le kaliningrad de toute vacuité métaphysique, avec un peu de bleu au nez
      ça passera, se rassurait-on en reniflant
      autrement dit à quoi bon faire le ménage, quand tout n’étant que poussière
      raye le verre, ratisse le sable dans le fond des miroirs…

    10 mars 2022

  • arrêter de penser aux morts, dormir sur un tas de ronces

      un mort est né avant moi. devant moi se dressera toujours un mort
      la mort en poupe, le vent décollant les oreilles, et vice versa
      bon an mal an, alors tu choisis quoi – le côté pile ? le côté face ?
      quoi que je fasse, et pour autant que je respire, je reste à la remorque d’un mort-soit-il

      alléluia ma p’tite maison
      alléluia mes gros sabots
      j’ai vendu ma maison
      j’ai jeté mon cœur aux chiens, les chiens n’en voulurent pas
      traçant un cercle bleu sur ma temps, je me suis alors métamorphosé en une sorte de hibou
      puis en rien, avec des plumes autour, de hibou dépenaillé

      tu me parles
      sans doute ne t’attends-tu pas à ce que je parle aussi. aussi ou en retour
      or si moi je parle, c’est que déjà je suis mort. que déjà je ne suis plus moi, ni même autre que moi
      c’est de cette façon que l’on se tue les uns les autres, que l’on s’exclue
      en se parlant les uns les autres, d’une dureté de bouche

      je ne suis pas loin d’éprouver quelque chose
      après tout un homme est matière à émotion
      un homme est matière à tout ce qu’on voudra – c’est son salaire moyen et il est bas, à sarajevo comme à croix de chavaux
      plus bas que moi tu meurs, se vante la larme à l’œil
      c’est pourtant pas en suivant le courant qu’on remonte la pente, rétorque le dit œil

      mon entité est affamée, un insatiable trou
      je remets la caresse à demain, je remets la marée à demain, et la mort à plus tard
      on s’occupe comme ça, à s’entailler les paumes, à ne mourir qu’une fois sur deux
      à ne survivre qu’à la mort, à rien d’autre que la mort

    arrêter de penser aux morts, dormir sur un tas d'ronces

    8 mars 2022

  • chacun son treuil

      une universelle révolution se profile et toi tu joues encore au p’tit poucet, à chier des p’tits cailloux. t’as les épaules bien creuses, pour un marin

      il marche à l’envers. et quand il marche à l’envers, c’est pas toujours dans le bon sens. comme d’habitude, l’éternité fait fi du sens

      raccommode une chaussure, raccommode un pas. raccommode une manche, quelques pièces par le trou, de monnaie ou d’azur. raccommode un ciel pur

      chien. et quand j’avale un chien ce n’est que le début : suivent la queue du maître, les oreilles d’un lien. alors ne fais donc pas le chien

      on ira vivre ailleurs. dans la mort s’il le faut mais ailleurs. la mort puisqu’il le faut, ce soleil intérieur auquel nous demeurons dramatiquement aveugles…

      tu marches sur la nuit. et comme cela ne suffit pas, tu marches dans la nuit. elle répand en toi. elle se répand en toi à la manière d’un orgasme en négatif

      il y a le monde et quand on y remonte. on émane de nos tombes en existences brouillonnes, rugueux chemins de traverse, vivants charniers. là

    6 mars 2022

  • soupe populaire. popular soup

      dieu m’a fait sauter sur ses genoux – ça nous aura fait bien rigoler. puis la nausée, n’oublions pas la nausée…

      les manches parlent aux manches. les câbles passent sous le coude. je parle bien entendu de la mer entre deux rives. on se retrousse le câble. pauvres de nous…

      parle-moi de ta pitié. ne me dis pas que tu n’as rien à dire au sujet de ta pitié. c’est quand s’entrouvre l’obscur, et qu’en émane comme un relent de sexe

      le sens de l’éternité c’est moi. tout se resserre autour de l’axe, du foyer : les hommes les bêtes, l’herbe, les femmes aussi. et même les insectes

      il n’y a pas de point de non-retour. le point de non-retour est déjà le retour. le retour tout craché

      disons qu’il ne manque rien. on saute à pieds joints dans le néant et quelque chose fleurit en nous, dont nous n’aurons été que le fumier, la bouse nourricière

      tout mon feu s’est frigorifié, couille morte de dieu. j’allège j’allège, mais la douleur me plante. je continue à alléger quand même

     

    soupe populaire. popular soup

    4 mars 2022

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