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assis là sur un banc


  • posthume

      la nuit remonte de la cave oui, la nuit remonte de la cave
      mais elle descend également du grenier, la nuit
      oui, la nuit descend également du grenier

      se pose alors la question :
      nos yeux sont-ils donc faits pour voir aussi loin que la nuit le permet,
      c’est à dire à l’infini, ou presque ?

      après tout dieu n’est qu’un appel à dieu, et je m’en veux
      de n’avoir rien saisi, de n’avoir
      ouvert la bouche que pour
      creuser un trou

      la pluie soutient mon balcon mais pas vraiment :
      la pluie soutient ma détestation
      et la détestation de mon propre camp

      l’origine du flou et l’origine du nu se font face depuis
      l’éternité au moins. quand l’origine du flou
      rejoint celle du nu, s’élève la voix
      et quelque chose de très pur à l’intérieur de la voix

      mille branches de cassées, un arbre de tombé et cependant
      pas une feuille ne tremble, pas un nuage ne se déchire – c’est le silence absolu
      des limbes…

     

    posthume

    9 juillet 2022

  • dieu n’avait qu’un trou à faire

      c’est assez incroyable, ce qu’il se passe quand
      il ne se passe rien
      que la mer bascule
      d’un continent à l’autre, ou d’une lune à l’autre
      et que je reste, envers et contre tout le même exactement
      que je n’ai jamais été

      mais je me parle à qui là, précisément ?
      ces soirs qui traînent, qui n’en finissent pas, d’étés à la ramasse
      c’est parce que je ne supporte pas ce qui n’est pas essentiel que je me reconnais en la vanité pure
      celle qu’on ne récupère pas, qui ne justifie rien mais nous laisse pantois face au vide ou face à
      notre propre vide

      chacun perd sa poignée, sous-entendu de porte, chacun prend son congé
      chacun se rend malade d’une douleur universelle, et qui n’existe pas
      il y a un vide énorme et il y a un homme
      à partir duquel tout se déploie, et en lequel tout se résorbe, vide inclus

      certes je n’aime personne, mais pas moins l’un que l’autre
      et cependant j’aime passionnément, comme s’il manquait un dieu à ma substance
      une fois sur deux le jour tombait, une fois sur deux se relevait
      tandis que l’autre fois sur deux rien n’avait lieu ni s’il en restait
      ne prenait place

      mon premier métier consista à survivre
      mon dernier à m’en passer, et pour cela les dés ne suffisent ou ne suffirent pas
      j’ai donc organisé un chamboule-tout
      où l’on ne chamboule rien
      en souriant ou en crachant, peu m’importe à la fin et vu l’état des dents

      c’est un trou, mais c’est un dieu
      c’est un puits dans le ciel

    7 juillet 2022

  • le prix de mon repas

      la part de l’homme qui débordant de l’homme n’est plus tout à fait l’homme, n’est pas tout à fait dieu encore – c’est à dire un amour incongru, comme l’est tout absolu me diras-tu mais non, tu ne me
      le diras pas

      tu peux arpenter la ville en tout sens une vie durant sans jamais rencontrer personne, et la campagne également. tu fais l’zombie, un zombie planant au-dessus de
      sa crasse

      le terrain m’indiffère. je souffre d’un jaune plus jaune encore que le noir. j’accède à quoi j’accède à ça, la part inavouée voire inavouable de soi
      et ça m’occupe

      il y a soif de quelque chose. la bulle qui rentre dans la tête ressort de la tête – un cycle s’inaugure, une trajectoire indivisible. je mange du carbone à toutes les
      cantines

      moitié dehors trois quarts dedans, on va finir par y arriver. j’ai chanté tout l’hiver. j’ai chanté tout l’hiver, putain, il ne m’en est rien resté. et dire que c’est avec le réel qu’on appréhende le
      réel

      la pluie c’est comme on s’appartient, de très loin. être ne me fait plus de peine vraiment, un cheval sur la langue c’est la consigne. il suffit de dire tu, je, vous, il suffit de nager quand il n’y a nulle part ou trop peu d’eau
      où nager

     

    le prix de mon repas

    5 juillet 2022

  • luciole en ces contrées

      on passe
      d’un continent à l’autre et l’on ne ressemble à rien
      à l’autre et l’on ne ressent rien, on passe
      d’un je ne sais quoi à un je ne sais pourquoi, d’une vie latérale
      à pas grand chose de plus, on passe
      on passe et c’est à peine
      si on passe…

      quelque chose de vide ou alors je
      n’existe pas, tout simplement je
      n’existe pas
      on lui attache une clochette au cou pour ne pas le perdre
      on lui attache une clochette au cou pour l’arracher à son propre silence
      ou à pire encore, et de certainement moins propre
      d’ailleurs il se réveille
      le voici qui se réveille
      il se réveille de soi ou d’encore moins que soi on ne sait pas
      l’histoire ne nous le dit pas
      l’histoire ne nous dit rien

      ce que chacun peut voir
      ce que chacun peut constater, même en fuyant la mer
      les ponts couchés, les amours désaffectées
      ce que chacun n’emmène pas
      ce que chacun n’emmène pas, quand il rentre se coucher
      les ponts brûlés, les amours dissidentes
      un sens ne fait pas la différence

      s’écoulent les jours
      ou plutôt rampent les jours, se traînent dans les ronces ou le gravier
      la musique s’est tue – on n’entend plus que les injures du ciel à notre encontre
      quelque chose s’est tordu
      disons qu’à un moment donné, quelque chose s’est tordu et nous a tordu aussi
      nous a remis sur un chemin tordu

      c’est en ne se voyant pas soi-même que l’œil se rend capable de voir
      que s’agitent les ombres et que les cils
      tombant un à un finalement
      se délite le paysage…

    3 juillet 2022

  • d’un rayon, tu feras un bouton

      vraiment se vider la cervelle, le grand lavage de cervelle. manger du pain, la mie de pain
      pondre de l’eau, la mie de l’eau
      ne plus résister

      les gosses ont tout pourri, ils ont pourri le champ, les coquelicots sont morts
      ils ont pourri le champ, ils ont pourri le seuil
      et la chambre. comment ont-ils donc fait pour pourrir ainsi la chambre ?

      singulièrement je m’en vais
      singulièrement un peu, je me bave dans la barbe si on veut, je me rase l’envie
      universellement parlant aussi, je m’en vais
      ni pour le meilleur ni pour le pire, juste comme ça, tout simplement pour rien

      j’ai le dégoût de ma vie, comme un chien qui te mord quand tu vas pour le caresser. d’ici là ne me
      réveille pas. j’attrape les poissons avec la bouche
      et recrache toute la mer par la dite et même bouche

      d’une hypnose essentielle ne m’extirpe pas. d’une paillasse de clous, de gravats et de sueur ne me relève pas car c’est là qu’en-
      tre morsure et longue distance j’at-
      tends la fin du monde et j’attends là, après la fin du monde, l’air absolument pur d’après la fin du monde

     

    d'un rayon, tu feras un bouton

    1 juillet 2022

  • mon âme-triste. triste, mon âme

      c’est ce qu’on dit aux hommes. c’est ce qu’on dit aux hommes quand ils se couchent. c’est ce qu’on dit aux hommes quand ils se tournent sur le côté ou
      qu’ils ne peuvent pas dormir. qu’ils ne pourront pas dormir jusqu’à ce qu’ils meurent. ou qu’ils rêvent

      il ne pleut plus sur moi. où que j’aille il ne pleut plus sur moi. condamné au pain sec
      un jour un tatami

      je n’ai pas encore trouvé le lieu où mourir, le lieu de la confiance
      le lieu du temps dénoué
      je me suis arrêté au bar le bar était fermé, on peut le dire ainsi aussi
      les lignes tremblent

      je crois naturelle l’éternité, comme les feuilles ou le vent, ou encore la voix humaine
      le néant comme un cancer universel, j’ai réalisé ma propre biopsie
      j’étais à la fois le christ, le garde romain et le gitan qui apporte les clous

      on s’appelle par la mer, c’est loin
      aussi loin exactement que soi de soi. on s’appelle au ras du flot
      je creuse avec les doigts – je vais m’en foutre partout – je creuse avec tout ce qui me reste
      de doigts, ou s’il ne reste de moi que doigts

      à quel vide se pendre, à la corde d’un soupir continu
      je m’accroche à un rosier s’effondre le rosier, à un poil de chatte glisse le poil
      je m’accroche à une image le miroir ferme les yeux. la traversée du néant n’est pas de tout repos

    29 juin 2022

  • tous les animaux ont fui

      les tombes ne refleurissent pas
      les gens ne sourient pas
      on se gratte les mollets quand les orties nous piquent
      si seulement on pouvait être mort sans avoir à mourir…

      un jour, je n’étais pas comme ça
      un jour, c’était la glace qui se regardait en moi
      à partir d’une panne de moteur se déploie une paire d’ailes
      – qui donc a tué le paon ?

      je ne me sens pas très bien, là comme ça, tout verrouillé
      les oreilles recroquevillées
      il y a un mot tout au fond, disons très très au fond, un mot sans voix
      inépelé

      quelquefois j’ai peur d’un mort – jamais un mort n’a peur de moi.
      du mort en moi.
      j’achète tes dents, je me brosse tes dents, je me dis qu’on ramassera tout ça à la pelle, une fois la fête finie, l’amour en braille

      tu vas à la radicale
      tu dis non, non et non, non à tout et non à non, jusqu’au bout du non où dieu sans un slip
      j’ai failli pleurer, de quoi de rien je ne sais pas, j’ai bien failli pleurer, là juste au bord de moi

      tu me caresses la joue et tu ne caresses qu’une surface de plastique dur
      il n’y a pas d’animaux en moi, j’ai tué tous les animaux en moi
      puis je me suis tourné vers toi et j’ai tué tous les animaux en toi
      tous les animaux sont morts, ou bien ont fui

     

    tous les animaux ont fui

    27 juin 2022

  • un jour, à la maison

      il y avait un enfant et au-dessus de cet enfant une cascade de fusils, dont certains le pointaient à bout portant
      j’ai beau regarder par où la pluie il n’y a rien dehors, dehors ne respire plus, les chemins ont renoué leurs lacets jusqu’à étouffement complet
      je me suis donc assis et contenté de contempler un bout de rien, lequel remuait encore un peu

      à force d’abstraction, on tombe en couches
      les ombres font des animaux sur le mur et le mur lui-même finit par devenir un genre d’animal, ou du moins par recourir à l’animal en soi
      en moi nul ne boit
      en moi se dessèchent les animaux, dont ne me reviennent que les os
      la source reste pure, soit, où l’on ne trempe un pied !

      je rentre à la maison et me retrouve chaque fois dans la maison d’un autre, maison où l’on se sent voleur dès qu’on ouvre le buffet et qu’on se ressert un verre
      je te dis touche mon ventre et tu me touches le ventre. je ne sais pas à quoi je m’attendais mais cela n’a pas lieu
      quelque chose n’advient pas
      je rentre à la maison

      les gens s’habillent en bleu. de tout temps les gens s’habillent en bleu. il ne reste plus d’espace où se déshabiller
      plus d’espace où s’élancer jambes nues, cuisses nues, sexe nu – ne parlons pas du ventre…
      j’ai obtenu un congé maternité, moi qui ne suis mère que d’un veuf absolu

      la sincérité implique une identité ferme, c’est à dire le mensonge originel. être sincère exige de garder fermés les yeux sur l’imposture première. des fois les doigts m’en collent
      un jour à la maison, il n’y avait plus de pain. on a envoyé mon frère chercher du pain et mon frère ne revint pas. on a envoyé ma sœur chercher du pain et ma sœur ne revint pas. et ainsi de suite. quand il ne resta personne et que ce fut à mon tour d’aller chercher du pain, je pensai que je me passerais de pain tout aussi bien, et restai là, tout haletant

    25 juin 2022

  • j’ai donc fait ma valise

      tourner en rond
      tourner en rond dans le sens des aiguilles d’une montre, et quand ça nous prend, dans le contre-sens des aiguilles de la même montre
      tourner à contre-rond, lâcher la veuve et l’orphelin, les abandonner à leur triste sort, parler un peu
      parler un peu quand même

      se ronger les ongles
      on se ronge les ongles parce qu’on se ronge les ongles, et parfois jusqu’au sang
      on se ronge
      le bout des ongles et ça repousse
      on se dit que ça repousse, un moment ça repousse, on se dit qu’il n’y a plus d’homme au bout plus
      d’homme au fond

      je me suis endormi dans le sens du large, cependant tout au bord
      si tout au bord qu’au-dessous de moi nageait le vide, j’ai failli m’endormir
      en plein sommeil, j’ai failli m’endormir – que c’est triste
      tout est donc si triste, au bout du bord

      il y a les allemands
      il y a les allemands et il y a ceux qui ne sont pas les allemands, ou pas tout à fait les allemands
      et puis il y a ceux qui ne sont même pas ceux qui ne sont pas les allemands, et qui se nourrissent de baies, de racines, ou d’on ne sait trop quoi
      ce sont eux, semble t-il, qui font les plus beaux cerf-volants, et volant le plus haut

      si l’on fait un tour de manège, rien qu’un tour de manège et toujours le même
      tour de manège, c’est afin de ne pas oublier d’où l’on vient, ni vers quoi l’on revient
      c’est parce que l’on n’est ce que l’on est qu’à la condition de l’avoir été déjà, et que l’origine s’avère en soi pur produit de la répétition
      à partir de là, le large prend ses palmes…

     

    j'ai donc fait ma valise

    23 juin 2022

  • une âme au prix d’un RSA

      les piafs sont de branle
      les hommes sont de branle, eux aussi
      les femmes évidemment sont de branle
      les uns portent malheur, les autres un peu moins
      et penser dans tout ça que dieu n’a plus qu’une longueur d’avance…

      je ne suis pas l’ancêtre de ma maison – j’attends mon tour c’est tout
      un chien se souviendra de moi, un chien, dont la mémoire
      ne se distingue pas de celle de dieu

      n’avoir rien devant soi revient à ne pas avoir de barreaux devant soi
      à enlacer. il y a longtemps que mourir ne sert à rien, et pourtant nous continuons de mourir
      comme si de rien n’était
      ou pour passer le temps

      vivre est un ami à moi,il a perdu quelques dents
      il pense à la hongrie, ou à la bulgarie, à tous ces pays enfin
      auxquels on ne pense que quand on perd ses dents
      chacun crie vive la mort, sans le penser vraiment…

      j’ai remarqué que la nuit tardait à tomber,
      que le jour se rallongeait au nord suggérant je ne sais quoi, aux couleurs pastel
      bien que la mort reste au fond la seule chose qui puisse nous arriver, nous ne lâcherons rien

    21 juin 2022

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