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assis là sur un banc


  • où donc le nord, par où le sud

      je me suis mis à l’accordéon. je ne savais pas quoi faire alors je me suis mis à l’accordéon
      comme d’autres prennent le sud, ou d’autres prennent le nord
      ou l’accent de là où ils vivent, en léger décalé
      mais l’accordéon c’est plus classe, même si l’accordéon c’est plus con

      tenir une nuit, j’ai juste tenu une nuit
      plus je n’aurais pu, plus c’était se retrouver le cul nu, je n’sais où, dans un genre de mauvais rêve
      on marche comme on le sent, droit devant soi, ou ce qu’on imagine être droit devant soi
      y croire en fera un bel objet

      j’ai du manger un mauvais truc. à moins que ce ne soit de ne m’être jamais habitué à moi
      j’ai du parcourir un néant infini avec mes p’tites brassières en forme de canards
      un cheveu collé sur ma langue ? nenni : toute ma langue collée à tes cheveux et rien ne sert, rien
      je n’éjacule pas

      toujours un petit ciel, un petit ciel en creux
      toujours un petit creux, un petit creux maudit
      je m’gave de pommes, je sais pas pourquoi de pommes, seulement je m’gave, je m’gave de pommes
      pas plus d’un côté que de l’autre ne m’endors, mais comment s’empêcher de se retourner, hein, comment ?

      tout doucement sans faire de bruit, plus doucement encore
      une vérité qu’on ne peut nier, une vérité qu’on ne peut pour autant affirmer
      je me fournis en clous, je me fournis en couteaux, le coq ne chante toujours pas
      par trois fois j’égorge le coq, toujours le coq se refuse à chanter…

     

    où donc le nord, par où le sud

    5 août 2022

  • nausée du paon

      toute la pluie est tombée en dehors, je veux dire en dehors de moi, comme par miracle
      des hommes s’accrochent à leur cuillère, tandis que d’autres se noient dans la soupe – il faut toujours un anneau
      à travers lequel passer le doigt

      tout ce qui compte dans la vie j’en ai fait un cheval mort mais n’exagérons rien, cela n’est que symbole
      symboles la porte qui grince, l’odeur du chien mouillé, le facteur qui n’apportera jamais la délivrance
      la vie tantôt à l’ombre tantôt au soleil, selon que l’on décide d’abattre un arbre ou pas

      je ne meurs plus
      et ce non seulement depuis que je suis mort effectivement, mais surtout depuis que je ne fais plus la différence
      j’encule un cheval mort et le cheval mort rechigne toujours à se métamorphoser, quand bien même en cheval mort
      du coup je me dis mais je vaux vraiment rien, et combien vaut vraiment rien ?

      j’achète un clou
      bon, je sais qu’un clou ne suffit pas, et donc j’achève un loup. et si cela ne suffit toujours pas , alors je me dis j’achève la louve
      bien plus dur que mourir, et peut-être au cœur-même de mourir, il faudra avoir vécu
      avoir vécu c’est rude

      il y a un petit écran noir à côté, et sur ce petit écran noir à côté, tout ce que nous nous refusons désormais de voir
      on se contentera de la mer, non, du bord de mer et sans les filles, se taire pour ne rien dire
      plutôt murer l’univers que répandre nos fluides…

    2 août 2022

  • l’heureuse en cette histoire

      une à une la mort
      me rend bonheur
      j’achète un jouet, je nique le jouet. je nique un jouet, je jette le jouet
      une à une la mort
      m’a rendue tant heureuse

      vivre c’est se suicider, mourir se conserver, un kamikaze dans mon lit
      les restrictions d’eau, les restrictions de tout, et la grande vagabonde
      j’arrive avec des bas troués des bas troués jusque sous le menton
      moi la juive d’un non-peuple

      entre toi et moi, il y a l’armée : nous ne manquons pas en effet
      de civilité.
      entre toi et moi croît le désert – on parle là d’un espace toujours plus réduit de la sensibilité.
      entre toi et moi tout un dieu se masturbe, et tant se masturbe
      que rien ne pousse…

      nous sommes dans la joie, nous sommes dans le décor, nous les enfants d’un quelconque quinze juillet
      tu me passes la savonnette et si tu me passes la savonnette, je te repasse la savonnette – ça glisse mieux, avec la savonnette

      sans ça c’est le néant
      quoi ça, le néant ? quoi sans ça le néant ? nous passerons-nous donc de méthode?
      je bois comme je respire, avec le trou devant, mais d’abord avec le trou dedans
      sans quoi c’est le néant

     

    l'heureuse en cette histoire

    31 juillet 2022

  • tu seras l’être au déni permanent

      et puis quoi, et puis le nombre, et puis la vie sur terre
      mon chien est le chien d’une autre planète, d’une autre galaxie, je ne sais toujours ni
      comment ni pourquoi je m’appelle

      il ne fait pas chaud, il fait juste un
      jour en dieu, une éclaircie dans le néant, et sur les plaques tombales remuent les ombres
      – t’es mort ou t’es pas mort ? bon et après, après t’es mort ou quoi ?

      il y a si peu d’amour qu’il y a si peu d’amour, d’où l’expansion des sables
      outre que précis me refuse, mes coordonnées je les ai bien cédées, qui s’éventent avec le temps
      suis-je donc celui-moi ou bien l’homme d’à côté, l’homme de l’autre côté ?

      quand ne reste que dieu et que rien égale rien, personne pour me gratter le dos
      je ne chante pas – d’ailleurs nul ne chante sur cette fréquence rare
      certains prennent l’habitude et d’autres pas, mourir vraiment ne ressemble t-à rien

      et je ne suis plus seul, et je ne suis plus un, d’avoir confondu l’arrivée d’avec le départ
      on les crucifie sans clous, les gens de ce genre-là
      on les crucifie même sans bras, sans croix par devers soi

    28 juillet 2022

  • il suffit d’inverser les pôles

      on a survécu certes, mais ça n’a pas suffi, alors on a survécu
      de bouts de carton en peaux de saucissons, nous abandonnant sans illusion au plus petit écart
      à se regarder courir derrière soi, on a manqué se rattraper

      c’est comme un toit et comme un toit percé, un ballon dégonflé
      voici venu le temps des noyaux de cerises, le temps de la bouche sur la bouche et de la langue dans la bouche
      le temps lourd des fossiles

      un homme ça ne meurt qu’une fois sur mille, un homme
      j’habite quelque part entre chez moi et nulle part, je mange sur le pouce
      une crotte de mon propre sang, un trou dont on perce le vide, comme ça, sans effusion…

      sortir des troubles, des chaînes puissantes, de la maladie des morts
      ou encore faire un tour dans la forêt sans arbres
      une pluie quand il pleut – qu’importe la façon dont on meurt…

      les os sont de lumière. ça ne pourrit pas, la lumière. ça ne couve pas de secret
      quelle que soit la taille de la couverture que l’on tire à soi, les pieds restent en-dehors, tâtent le vide
      d’ailleurs on dit du vide, et pas le vide. c’est ainsi qu’on s’appelle à souper, négligeant les fondamentaux

      je le vivrai sans émotion, et comme absent de ma douleur
      aucun signe de croix ne viendra ébranler ma poitrine endeuillée
      dans la débâcle on voit le mystère enlever sa culotte, les paysages impassiblement gangrener l’espace
      jusqu’à l’os et au-delà

     

    il suffit d'inverser les pôles

    26 juillet 2022

  • couleur quai

      les hommes aux cheveux longs, on les peigne en gestes larges
      on les peigne avec douceur – une fois qu’on a viré tout ça on chiale tranquille
      récidiver ne porte à rien
      les hommes aux cheveux longs sont munis d’oreilles mystérieuses, clairs de lune à l’eau d’javel
      ou regards inversés

      il n’y a plus qu’une langue, il n’y a plus qu’un pays – où la marée s’embourbe
      la bouche collée à la vitre, tandis que le reste de mon corps, colin-maillard à qui crier pitié ?
      c’est comme crier pouce, time out, se toucher du genou en rêvant
      qu’un sexe y pousse, et allez qu’on s’bave dessus…

      quelqu’un s’est-il trompé de jour, ou le jour de personne ? j’ai pris congé
      infinitésimal et cependant, d’un congé maximal
      des choses continuent de tomber, d’autres de pousser, d’une tristesse ostentatoire
      le doigt disparaît dans l’anus ou similaire, pour ne réapparaître des siècles plus tôt sous une forme d’éden,
      de noyau mal craché

      j’ai la terre sous les ongles, l’eau de mer dans la cervelle, on fera mieux la prochaine fois
      on s’habitue si peu à soi, sans pouvoir s’en détacher pourtant, sans s’en débarrasser
      on a couché avec la femme au mouchoir
      on a couché avec le mouchoir
      on a couché avec la seule poussière

      plus un trou dans l’océan. l’océan ou la négation-même de l’homme
      le néant ne faisant que lui caresser la langue
      de la pointe à la racine de la langue, un clou résurrecteur
      – est-ce que ça va puer encore longtemps comme ça, la mer à la dérive,
      les algues à marée basse ?

    23 juillet 2022

  • septentrionales

      vers le plus d’être en moi, et peut-être une gouttière
      par laquelle s’évacue
      l’eau de pluie
      ou de toute autre chose, qui aurait quelque rapport avec l’impossibilité
      de se retenir
      ou de vivre une vie, ne serait-ce qu’ordinaire

      on n’est pas obligé
      de se coucher si tôt on n’est pas obligé, non plus
      si tôt du côté nord, la porte décousue
      on se donne un mal de chien, vraiment, on se gratte on se gratte
      et toujours pas d’alouette

      les morts sont morts et les vivants parlent tous seuls, bouche bée face à la bouche infiniment
      plus vaste qu’elle ou j’ai rêvé, oui, j’ai rêvé, définitivement ma mort me dit oui, t’as rêvé mon chou et je t’aime tel quel
      ou tel qu’elle
      semble m’avoir perdu de vue, durant tout un instant

      ta chatte elle a des os. je la secoue dans tous les sens, ta chatte
      elle a des os.
      le pont, l’araignée et la marée courante.
      un jour j’irai vers où pas de raison et un jour peut-être, serai-je heureux
      juste au souvenir de ne l’avoir jamais été vraiment

      il y a quelqu’un qui meurt et c’est toujours à côté de moi, mais jamais
      dans mes bras ou dans leur creux, il y a quelqu’un qui meurt et c’est comme on éjacule
      dans le vide ou du triste côté
      dans l’eau du port ou à contre courant
      va falloir s’y habituer, à arriver trop tard en se disant va falloir s’y habituer
      à venir les mains vides, la vertèbre flasque

     

    septentrionales

    20 juillet 2022

  • perséphone n’a plus de dents

      les humains détiennent des bâtons de toutes les couleurs, c’est pourquoi le mien est marron, résultat quelque peu décevant d’un mélange inconsidéré des couleurs
      c’est également pourquoi le bois, et le bâton en bois, devant mener je ne sais qui de je ne sais où à je ne sais quand, mais là je prends mon bâton
      plus pèlerin qu’un homme le vent vocifère dans la tête d’un homme et ressort par la bouche, mais là j’empoigne mon bâton

      j’ai beau avoir été ma vie durant un lecteur assidu de l’almanach, j’avoue maintenant n’y avoir rien compris, et n’y entendre rien
      je reconnais simplement cette équation, et j’entretiens cette aporie :
      que se disent donc et que réfléchissent l’un de l’autre deux miroirs se faisant rigoureusement face,
      sans voix, par conséquent sans objet – telle me paraît l’image de l’amour parfait, image d’un homme que la nature abandonne

      et quand la nuit prend feu un phare se chie dessus – c’est même ainsi que tout commence et ainsi que tout finit, entre les deux mon cœur balance
      la mémoire comme antidote au temps, va falloir trouver mieux. la pluie pour se protéger des parapluies, ça n’a pas marché non plus
      en fait on n’ose plus rien, et plus rien ne nous colle. on rapproche nos bouches, ravalant nos salives…

      la pluie d’un côté, la pluie de l’autre – entre les deux je meurs heureux
      on habite plus chez soi, on habite où un homme nous invite, un homme ou une femme, avec un peu de chance
      une mouche en pleine vitre
      je parle de mouche évidemment puisque c’est la saison des mouches et que la mouche s’est révélée la
      meilleure amie de l’homme, la plus fidèle inessentielle,
      son alibi à être malgré de n’être rien, ou l’allégresse de sa pure insignifiance
      très pure et très insignifiance

    17 juillet 2022

  • miroir aux oubliettes

      il n’y a plus d’habitants à ma porte. les habitants ont fui la guerre
      du coup la guerre elle aussi a déserté les lieux
      puis-je en déduire pour autant que me voilà tranquille ? non, ne me voilà pas tranquille
      : quelque chose hante les rues de cette ville, quelque chose rôde sans laisser de trace
      peut-être ne s’agit-il que de moi, ou peut-être attend-il que je parte à mon tour
      pour occuper la place

      quand ne restera plus personne pour lire ce message, alors le message prendra t-il tout son sens, et le sens son essor
      les oreilles du néant en frémissent à l’avance – j’ai même mis des photos, pour montrer qu’il est réellement question de quelqu’un, quelque part, et pas seulement d’une fable
      mais même une fable, il faut bien quelqu’un pour la rapporter, d’aussi proche ou d’aussi loin que ce soit

      d’aucuns prétendent que les morts sont dessous – je pense qu’ils entendent par là que les morts se trouvent au-dessous de nous
      d’autres et pas des moindres suggèrent que les morts au contraire sont au-dessus, et qu’ils pourraient, selon une météorologie toute métaphysique, pleuvoir – je pense qu’ils entendent par là  qu’il pourrait pleuvoir des morts
      entrer en soi, s’entendre, s’apparente au viol d’une morte, ce pur
      acte de fidélité

      je me sens tel un miroir posé là, attendant indéfiniment que ne passe devant lui le seul objet dont il puisse retenir ou refléter l’image
      quelle chance a t-il de voir cela se produire ? quasiment aucune, mais il n’a d’autre espoir de s’éveiller que cet improbable évènement
      c’est en ce sens que le miroir apparaît comme la frontière abstraite et intangible entre
      le pur néant et la lumière infinie…

     

    14 juillet 2022

  • quant à l’idée d’un homme

      dans la forêt quelqu’un se perd. quelqu’un se perd, dans la forêt
      et l’écho ne fait que s’amplifier, d’un silence intérieur, d’un silence bestial
      des arbres coupés de la forêt j’ai ramassé les ombres, et j’en ai fait un tas
      de la forêt ne reste donc que le ciel au sens strict, ou l’onde large d’un cri béant

      je reste tout au fond, tout au fond de l’envers d’un trou, mais tout aussi anonymement
      la pelle entre les mains, sans matière à creuser néanmoins, ni de sable à remuer
      il faut vite se mettre à l’ombre, d’un arbre n’ayant jamais poussé, et dont l’essence demeure inconnue
      – entends le hurlement du temps dans la gueule du loup

      l’amante a perdu quelque chose, comme le goût d’une peau, le goût d’une autre peau. elle baise en double file
      l’attente un peu plus loin, l’attente dure, d’un bout de ciel à ronger, d’une ondée passagère
      l’amante a penché de côté, du côté d’une mémoire dure, l’amante s’est roulée en boule tout au creux de l’attente
      elle a perdu quelque chose comme on perd quelque chose, par simple inconséquence. elle baise en panne sèche

    12 juillet 2022

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