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assis là sur un banc


  • mourir d’aplomb

      d’la pluie entre les dents, et elle veut pas partir
      j’incarne chaque fois la pensée d’un nouveau-né, les morts se mangent entre eux
      soulage-moi de la guerre – je sais pas moi, un massage aux épaules ou quoi
      soulage-moi de moi-même

      la bête elle s’en défend, la bête – elle mord à même le fer
      on ne m’embrassera jamais assez, on me crach’ra d’sus tant qu’il faudra. la mort ressource universelle
      les gens abritent un arbre sous le bras. on aime au fur et à mesure que l’on coule

      la tête la première. un joli champ de blé
      ou d’orge
      ou d’avoine
      je crois que c’est la fin du mon car seule la fin du monde peut me sauver, me sortir de ce merdier, pensent-ils
      au-dessus de nos têtes pend le panier. c’est fait exprès pour ça

      il ne restera rien
      pas même ce silence essoufflé, que plus rien ne sous-tend
      je te caresse la joue tu m’empoignes la queue – qu’a t-on donc de commun, toi et moi ?
      à défaut de vivre j’ai acheté un paquet de biscuits
      friable consolation…

      un homme est mort mais la tête à l’envers. la tête à l’envers
      du coup j’ai les pieds dans la gloire. du coup les pieds à fleur de terre, à fleur de tombe
      à quel point dois-je maigrir pour que tu aies enfin pitié de moi, c’est à dire être aussi nue que moi ?
      un jour peut-être on s’embrassera, là ou sur la bouche

      je ne sais pas quand j’avais joli, j’ai plus le temps pour ça
      j’ai plus longtemps pour rien, petit crachât de mépris aguerri
      les heures oisives, tellement oisives même qu’arrivées à expiration, elles récidivent
      et alors là tu fumes la lune…

    12 avril 2022

  • mon amour, mon ambulance

      la nuit supporte la nuit, l’amour l’amour, et le cintre mon fantôme…
      un là naît là de moi. un homme aussi, quand bien même il se tait. on l’entend pas se taire ce qui n’empêche
      son silence de nous percer les tympans

      à la cantine aujourd’hui, c’est macchabée
      tournent les choses dans le sens d’un drame ultime. je ne réponds de rien
      je ne réponds à rien. c’est toi que je vois dès que je me penche sur le miroir
      toi le mazout, toi l’ardoise
      toi le temps mis à se compter nu

      décapite le son
      un immeuble entier. tel je me sens dépossédé
      et dans la caresse ce besoin de proximité, de reconnexion, bouchonner la racine
      oh mon être, oh mon malêtre, oh ces résurgences irrépressibles de salpêtre
      mange entre ami, mange ton ami, mon ami se réveille de la mort

      les hommes nus dans ma patrie. mon père est mort. même pas parvenu à la résurrection
      les hommes nus ratiboisent ma patrie. j’ai pris mon sac, ou ma besace. la douleur dans mon sac
      on tiendra bon

      chaque nuit j’amorce un peu. chaque nuit je rêve
      d’abroger le je qui me gouverne, de ne plus dire je, l’abolir dans un silence plus large. chaque nuit je
      superpose les billes, me demandant
      comment les faire tenir en équilibre l’une sur l’autre, les billes…

     

    mon amour, mon ambulance

    10 avril 2022

  • mettre le monde en veille

      les hommes sont morts, mais pas tous. ou pas tous en même temps
      il arrive que l’on parte. il arrive que l’on arrive aussi sans doute, sans savoir vraiment où
      ainsi font les petites oubliettes…

      la nuit venue j’écrase pas nue. je me mets à l’écart
      et l’écart entre deux, mort d’œuf, repère d’ovipares
      je crois que ce que j’aime en dieu ma cuisse ce n’est pas dieu, mais la soutenabilité d’un au-delà

      ventre-chemise, et tu m’en diras tant
      le chien te suit de loin, et de moins en moins loin. je te dis gare au chien
      gare au chien non pas tant qu’il aboie, mais quand il se met
      à te parler dans ta langue, ta propre langue, ta langue purulente
      ta bénie langue de pute

      tu ne me rattraperas pas. nul ne me rattrape désormais
      j’ai pas la verge de cette chanson-là, je m’omni-bulle
      et si tu veux on se caresse le ventre, la naine blanche le trou noir, et d’ailleurs
      je suis mort entretemps, comme on meurt entretemps, à l’intention de
      va savoir quoi, va savoir qui

      chien méchant n’engrange pas lune. il hurle à la foule du vent
      on va crever comme ça, tous à genoux et les mains sur la nuque, sagement sur la nuque
      à force de lécher le miroir peut-être y fera t-on naître un visage…

    6 avril 2022

  • qui vole l’obole de la bouche des morts

      je marche au travers d’histoires courtes
      sur une route sans fin puisque intégrant son au-delà, ou d’un au-delà duquel elle n’est que la trace ou dont je
      ne suis que la trace, écrite
      c’est grave, mais peut-être pas tant que ça, finalement

      la voie est libre
      cela signifie qu’il existe une issue, pas forcément heureuse mais issue toutefois
      quasiment une échappatoire
      une échappée belle quand bien même laide, puisqu’avant tout échappée
      ce qui se dit tel que cela s’entend dans la langue des signes

      il y a l’un
      et plus un encore que l’un, l’ombre de l’un, dont on peine à discerner les limites
      et qui puise en mon esprit ses pensées défectueuses, ses réminiscences tronquées
      j’admire un homme noyé de haut en bas, malgré tout persistant à s’enfler d’un air incroyablement pur

      j’enfile des pas de loup
      je me fais le ventriloque d’un loup
      mon hurlement glace tout un bois, et gèle la distance qui me sépare de ma profonde raison d’être
      à moins qu’il n’existe à mon être nulle raison, tant profonde que superflue
      et que tout cela ne soit que mots, brouillon d’un poème équivoque

      c’est bizarre mais une fois transpercé, le chemin le plus court consiste à traverser toute la lance
      mon sommeil git en mille morceaux sur le miroir de l’éveil
      je dis miroir comme je pourrais tout aussi bien parler de mer selon toutes ses coutures
      et sous un œil rond

      l’homme du bout du monde ressemble à une femme, une femme qui
      regarderait dans l’autre sens, n’importe
      quel autre sens, mais d’où remonterait
      le mugissement des fonds

     

    qui vole l'obole de la bouche des morts

    4 avril 2022

  • rue paillasson

      maître Zhuang pioche allègrement dans mon sac de cacahuètes, ce que je finis je l’avoue par regarder d’un mauvais œil. parce qu’on a beau dire, il y a des choses qui ne se font pas. il y a des choses qui portent atteinte à la dignité c’est clair
      j’ignore si maître Zhuang ne s’aperçoit de rien ou s’il fait mine de ne s’apercevoir de rien – toujours est-il qu’il essuie ses doigts gras sur son pull
      un pull de grosse laine

      dès le réveil, j’ouvre les hostilités : je balance le chat par la fenêtre, je ne dis pas bonjour à ma bite, je jure en me brûlant à la casserole d’eau bouillante
      ça pleure de tous côtés – ça pleure du fond des êtres, du fond des choses, du fond des murs. ça pleure jusqu’en-dedans de mon propre corps, de la plante des pieds à la fontanelle
      et va donc savoir pourquoi, ça s’arrête juste derrière les yeux

      les hommes s’ouvrent les veines. les hommes s’ouvrent les veines en toute circonstance, heureuse comme malheureuse
      au fil des ans le temps s’étiole, l’éternité tremblote. j’ai un animal dans la poitrine – parfois un rat,  parfois une bergeronnette
      on s’enivre comme on peut, on s’enivre avec ce qu’on trouve. avec rien quand on ne trouve rien. je sais pas si ça en vaut vraiment la peine

      dans ma rue traîne tout un tas de choses, outre les courants d’air
      dans ma rue ne meurent que les enfant qui meurent, les autres leur marchent dessus, sans penser à mal
      dans ma rue les uns pourchassent les autres, souvent les mêmes d’ailleurs. de temps en temps une nouvelle, timide, délicate, fait corps à la propre ombre
      dans ma rue les chiens pissent dans les coins, les hommes sur les cuisses des femmes, tous pissent quelque part en somme
      et finissent par se pardonner les uns les autres, notamment faute d’énergie. faute d’énergie probablement

    2 avril 2022

  • radeau céleste l’acédie

      passe l’éponge sur tout le corps, et finis par les pieds
      d’abord le pied droit, le gauche ensuite
      essuie enfin les pieds avec la serviette prévue à cet effet et à portée de main sur le dossier de la chaise. essuie moi donc
      d’abord le pied droit, le gauche ensuite. et tout c’qui fuit

      venir depuis très longtemps lui dire. venir depuis très longtemps me dire. on se dit on, on se dit tu, on se touche les bouts de chacun quelque chose
      c’est avec ça qu’on vit, débordant légèrement du passé sur le présent, du présent sur l’absence, de l’absence sur autre chose qui ne dit pas son nom

      l’étranger s’est assis à ma droite. c’est chaque fois la même chose. et dans le même ordre. l’ordre qui stabilise un tant soit peu le néant, évitant par là un basculement, voire carrément une chute, laquelle lui serait fatale
      ainsi donc l’étranger s’est assis à ma droite. et nous avons roulé longtemps comme ça, la nuit durant, sans dire un mot

      sur chaque jour la mort s’acharne. quelque chose résiste et scintille dans la gueule du loup, ou perce dans la nuit
      les yeux du loup peut-être, d’un désir pernicieux. d’une irrépressible concupiscence. d’une fièvre vénérienne
      quoi qu’il en soit sur chaque jour la mort s’acharne. elle ne s’arrêtera donc jamais
      donc jamais

      du jus pour les enfants. les grands on les trouera de mémoire, on leur fera bouffer leurs tripes. mais les enfants non : pour les enfants, ça sera du jus à volonté
      eux qui ne reconnaissent ni la mort ni son prix



    31 mars 2022

  • il n’est qu’un chien parmi les loups

      il est trop tard, définitivement trop tard
      trop tard pour quoi on s’en fout désormais, puisqu’il est de toute façon défi-
      nitivement trop tard
      t’as comme l’impression d’arriver là quand la fille est repartie déjà, sans laisser ni nom ni adresse
      et qu’elle ne repassera évidemment pas

      ton soleil inexistentiel, ta vertu matricielle
      c’est pour t’entraîner à la mort
      s’il y a un miracle il y en a mille, un miracle soulignant que tout est possible, et donc le possible nécessaire
      sauf pour les mineurs en basquettes ou les chiens en déshérence

      le pain devenu dieu, on s’en partage les miettes, on en ramollit l’croûton
      dans un bouillon d’eau tiède
      c’est tous les quatre ans la même chose, il neige
      il neige et c’est là tout
      l’art de la chute

      parle-moi avec ta bouche, parle-moi avec tes mains, parle-moi tout c’qui bouge
      errer sans but, sur le chemin qui mène de la maison à la maison, vaste plaine
      trou béant

      d’abord tu me dénoues les doigts et ensuite tu me panses les paumes
      tu pourrais leur pisser dessus, les genoux écartés et accroupie dessus
      je m’y parviens pas. il y a tout ce silence et je n’y parviens pas
      le silence me dépasse

    29 mars 2022

  • les bêtes quand il pleut

      concentre-toi sur la pluie, et ne dis rien
      ton moulin ton moulin va
      si lentement…
      arpente sous la pluie, et ne dis
      toujours rien

      je m’embrasse le genou, or je m’embrasse le coude
      que je me torde que je m’endorme, je n’arrive pas à m’embrasser le sexe
      mon sexe n’est pas pour ces lèvres-là
      d’abord ce n’est pas le mien, mais moi le sien
      ensuite je m’embrasse le genou, voire le coude
      dans une tentative désespérée de ressembler à quelque chose
      ou à quelqu’un

      la nuit commence avec moi, la nuit commence dès moi
      la nuit commence et nul ne la retient, sur la grève d’une mer hostile
      le verre tremble entre mes mains

      tu penses à ce que tu dis, alors que tu ne dis rien
      ça monte ça descend, ça redescend plus loin
      sous la feuille de papier, l’abîme est représenté par un tas de cailloux

      là il se passe quelque chose, là je vis quelque chose
      un marron glacé, peut-être
      la mort sur ordonnance
      il pleut mais ça c’est parce qu’il pleut, un jour sur deux

     

    les bêtes quand il pleut

    27 mars 2022

  • si elle se promène, c’est que les cyclamens

      elle panse un nénuphar, tout froissé dans le slip
      la vente du grand pigeon gris n’aura pas suffi à éponger ses dettes
      sur le chemin du retour, le sens unique était en sens interdit

      je lui découvre deux grains de beauté sur le visage, et le visage s’ouvre
      on dirait le miroir soudainement pris d’une crampe
      je vais pour lui caresser le visage et n’en retire que carpes, métacarpes, arêtes d’un désir avorté

      la fille d’un beau salopard sait faire le grand écart
      si je n’accomplis rien, je ne suis rien. je tente ma dernière chance de n’être rien
      je m’en vais mourir trois pas plus loin – qu’elle me recouvre d’une pincée de sable, d’une
      sous sa jupe nappe phréatique

      les traces de ma faim sur le dos de ma voisine – j’y laissais et les dents et la salive
      ne pleure pas, ne pleure pas pourtant, et la salive
      s’il faut une échelle on y grimpera, s’il faut une pente on la dévalera
      discontinuons

      bien calé sur une chaise vide, disons que je prêche l’attente
      les cordes du violon ont pété l’une après l’autre, pas d’embrouille s’il te plaît
      s’il te plaît supporte-moi encore le temps de jouir, le temps de rentrer la chaise à l’abri
      d’une pluie tout aussi vide

    25 mars 2022

  • comme une odeur de femme

      elle ne rencontre rien – que les gens d’en haut, les gens d’en bas
      leurs noms fleurissent de pauvres tombes
      elle s’en va à cloche-pied, elle fait le tour du monde, à cloche-pied

      sur sa joue traînent des traces, de sable ou de pas dans le sable
      l’ennui s’ennuie de moi, quelquefois, et donc je défriche une feuille vierge
      sur sa joue coléoptère, pigeon, la route débandade…

      elle ne naît pas n’importe où, n’importe quand, à n’importe quel moment
      elle naît dans la douleur, elle naît d’un enfant dur
      elle naît de la douleur, si dure

      ferme la porte derrière moi, ferme la porte aux anges
      le temps se désagrège, le chemin fait bien cinquante mètres
      attache-moi les poignets, attache-moi les chevilles – que le reste prenne son envol, s’il lui reste des ailes

      j’ai le cœur propre, pour ça dis j’ai le cœur propre
      elle s’accroche aux signaux, les signaux clignent des yeux
      elle s’accroche à la vie, la vie change de trottoir

     

    comme une odeur de femme


    23 mars 2022

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