Aller au contenu

assis là sur un banc


  • au doigt mouillé, à l’ongle sale

      je ne veux pas partir avant de dire oui, et partir posera peut-être ultimement ce oui
      ce que je veux néanmoins dresse de fait un non. que je parte ou demeure, j’entérine ce non tant au départ qu’au demeurant
      simple crotte de bique sur le chemin tordu

      la crainte de l’oubli m’a claqué les bretelles. la paille faisant défaut, on tirera son sort au plus court poil de chatte
      au doigt mouillé, j’affirme que la mort se trouve de ce côté – d’ailleurs colle encore le sable
      entre les orteils et sous les plantes

      du pus sort du miroir, on soignera ça avec la peur au ventre
      ou des panneaux bilingues annonçant quelque pauvre hameau au bout d’une route désormais peu fréquentable
      au point où on en est, c’est décidément celui qui dit qui n’y est pas

      tout peut arriver, absolument tout, n’importe où à n’importe qui n’importe quand
      et cependant rien n’arrive vraiment, à quiconque et sans les impuretés
      entre les deux navigue à vue un désir de quoi un désir de rien, qui te répondrait moi non plus ou y a pas d’quoi
      de rien je vous en prie

      encore faudrait-il déterrer la pioche pour entamer enfin le chemin du retour, ou de cet éternel départ pour lequel nous tressons
      depuis quelque temps déjà nos couronnes de fleurs, de frêles nattes serpentant le long du cou, des notre-dames apparues sur un tas de galets
      profonds les courant bas. et plus profond encore, endormi le dragon

     

    au doigt mouillé, à l'ongle sale

    4 septembre 2022

  • jasmin tranquille

      la terre c’est un peu comme la terre, sauf qu’on y rajoute un ciel
      et un p’tit square, qu’on affuble du nome de parc, sans en avoir l’air
      j’embrasse une bouche cette bouche est occupée, je parle d’un être vaguement humain cet être humain vaguement mort
      – vraiment pas mon jour, en effet

      j’ai vu un loup. j’ai vu un loup se balader sur ma crête ou comment dire,
      en lisière d’un champ beugle.
      je suis l’amour mais si je ne suis l’amour pour personne à quoi ça sert ?
      aveugle, afin qu’elle ne me voie…

      tout ce qu’on casse, il faudra le re-casser, médite le miroir
      j’aurais voulu décoller haut or je n’ai plus de bulle, me décoiffer or n’ai plus de cachets libres – je cesse là où commence une histoire en laquelle je ne me reconnais pas
      pour le dire autrement, j’embrasse ma joue gauche alors que ma droite fane déjà
      pauvre de qui, pauvre de soi

      un puits mobile, un puits creusé vers le ciel, j’ai tenté cette histoire
      pour être sincère, je n’ai vécu que le temps de le dire
      version alternative, je n’ai vécu que le temps d’en mourir
      rince-moi les yeux de cette histoire, s’il te plaît remets-moi dans l’urne droite

    1 septembre 2022

  • derrière la vie les grandes marées

      les gens sont gentils, ils font gaffe
      il font schlaf quand on les écrase en leur marchant dessus
      parce qu’on ne regarde pas où on met les pieds quand on marche, absorbés que l’on est à marcher droit devant soi tout en préservant
      un semblant d’équilibre

      quelqu’un souffle dans mes oreilles, le contraire m’eut étonné
      mon pays de terre cuite, mon pays de pâte molle
      tu nais tu prends l’bâton tu cours tu l’passes à l’autre, bâton crotteux passe le relais
      mais moi quand j’ouvre les yeux je ne vois qu’éternelle lumière
      par le trou du néant ustensile indocile, éternelle lumière

      mes amis ne sont pas revenus, je suis donc resté seul as-
      sistant à ma propre déflagration. ce fut propre en effet on se passa
      de musique, de filles bref, on se passa de tout
      je n’ai qu’un seul amour, n’y suis que tout amour, resplendissant dès lors que je
      n’existe pas

      on marche comme on ne marche pas, sur place dans l’immensité des flaques
      qui pleure et ne pleure pas, va falloir tracer claire la ligne de partage des eaux
      . je hais mon nom. j’embrasse mon nom. je crois que je suis enceinte de mon nom.
      qui l’aime le fuie

      il y a un dieu, et même ce dieu-là ne regarde qu’en-haut, hors-sol tournesol, traces de gras sur des lunettes noires
      sans quoi je rêve, mais rêve encore, priant que le rêve ne me réalise pas, ni même en rêve
      il y a les dents aussi, j’allais presque oublier, qu’on jette par la fenêtre quand fenêtre s’entrouvre, fenêtre faisant froid
      d’où le pieux frisson froid

     

    derrière la vie les grandes marées

    29 août 2022

  • le parallélisme des dents, de la pensée, des éjaculations forcées

      un jour ballon. l’autre moitié roule-boulant dans l’infini. intrinsèquement, je borde.
      quelqu’un ne me reconnaît pas je le salue d’un geste rare cela ne donne rien, tandis que cela
      obstinément ne donne rien

      je me suis mis à courir or courir ne sert à rien, là où simultanément cesse le temps
      et commence l’espace.
      je parle de la mer comme on parle d’une morte et de ces pulsions érotiques qui par vagues
      nous livrent nus à elle
      et à nulle autre qu’elle

      il y a un nihiliste en dieu, intégral forcené, fainéant en substance. je lui procure un cheval.
      on a parcouru du chemin ensemble moi et moi et lorsque tombe l’un, qui distinguera l’autre du néant ?
      doigts entortillés dans leurs poches en berne, me reste un vague à l’âme, une nausée montante

      trois fois la courte échelle n’en feront pas de longue.
      elle m’offre de très vieux bonbons dans leur bleu excentrique, je mange l’un d’entre eux aurais-je donc perdu tout sens
      de la reconnaissance ?
      venir de nulle part, fixant l’infini d’un doux regard de pomme tombée…

      et se sentait comme outragé par l’immensité des lits.
      elle lui parlait de l’œil, de la terre jaunie, d’un homme qui n’aurait jamais du naître – mais qui reconnaît son devoir ?
      « il est mes yeux pour ce que je ne puis voir
      il est mes oreilles pour ce que je ne puis entendre
      il vit d’une douceur éteinte,
      d’un presque-mort en grès ».

    26 août 2022

  • la nuit tancar jolie

      la nuit me sert de rideau, de rien d’autre, je n’ai jamais été devant.
      parfois dedans, baver, glousser, parfois au pied pour une nuit plus dense
      une hypnose profonde

      c’est un tour radical, une racine qui plane, cerf-volant en manque de
      méconnaissance – ou même de dé-naissance, comme s’émoussent les aiguilles au contact d’un vent obscurément contraire.
      j’allai faire un tour par derrière, m’assurer que ce temps-ci resterait
      bien sans suite

      on ne se rend pas vraiment compte. ou alors pas tout de suite, ou pas tout d’un coup. on ronge à ses côtés.
      d’abord on s’attaque à l’os, à la sève de l’os. et de là jusqu’au cœur, à la moelle du cœur
      et cela jusqu’au bout – que se trouve au-delà du bout, à partir de quel bout me sentis-je enfin libre

      la braise à toute épreuve. je lui ai même arraché le cordon. on aurait pu tout me faire avouer, juste en posant regard.
      très bravement tombe la pluie, selon la triste oblique, très bravement ramasse le gant – il y aura toujours un tendre ou un tordu
      pour se moucher dedans

      enclos. enclos dans la méconnaissance de soi. enclos dans le jour se rabougrit, aussi. enclos.
      à l’écoute de l’âme du monde et le silence me vide les poumons. mourir à petites doses la dosette
      mourir à rebrousse-poil

     

    la nuit tancar jolie

    23 août 2022

  • ressuscite en s’y baignant tous ceux qui noyés et noieront

      ta race et des lumières. bon, ta race.
      je m’apprête à enfourcher la version subliminale de moi, or ça ne va pas dans le même trou
      on voudrait se retourner contre soi que l’on se retournerait contre rien, rien étant encore trop
      et comment se vider la tête avec une seule langue, une si petite cuillère, ou jouir deux ou trois fois d’affilée dans ou hors d’un même trou tordu ou droit
      avec un seul doigt ?

      j’ai peur, tout l’temps j’ai peur, jamais vraiment de rien en particulier
      la mort me dit adieu je dis adieu à la mort, agitant mon mouchoir à carreaux, j’étais pas né encore
      que déjà j’étais mort, ou en tout cas presque mort, apparemment

      et alors quoi ? et puis pour qui ? et depuis quand ? il a bien fallu mettre des corps au bout de ces questions, et mettre ces corps en branle
      il y a des yeux qui ne regardent plus, des yeux qui pleurent sur leur propre sécheresse
      ou dans l’assiette creuse
      si un jour, ne serait-ce qu’un jour j’étais moi, peut-être qu’enfin je serais toi

      mon avion s’est écrasé, entre mes pieds s’est écrasé, entre mes jambes dévissé
      j’adore toujours un être, quel que soit l’être j’adore toujours un être, se déboîte
      tu m’aimes bien d’accord, et moi aussi je t’aime bien, la vie gratuite la mort ballante, je t’aime bien aussi

      il y a quelque chose. ou alors il n’y a rien
      tu comprends quelque chose. ou alors tu comprends rien
      il y a quelque part où marcher, ou alors tu fumes au funérarium
      t’encule un ch’veu, un ch’veu un clou, ou alors tu noies la mer
      c’est tellement loin la mer et tellement loin que la mer
      n’existe plus oh la mer
      n’existe pas.
      la rade

    20 août 2022

  • utérine. c’est quoi donc, utérine

      un chien vaut mieux que deux tu l’auras, mais en fait on a tout perdu
      le gazon sur la pelouse, la langue dans la bouche tout, on a tout perdu
      que tu t’attaches ou te rases les cheveux n’y changera rien – là comme partout tu t’es sentie perdue

      un chien m’approche un autre s’en éloigne attention, attention à faire bien attention, la nuque raide
      s’extraire d’une tombe pour entrer en ehpad, mais de quoi parle t-on enfin, et parle t-on encore ?
      je n’ai jamais mais j’ai jamais, et d’ici-là déjà n’ai toujours pas

      je viens les mains vides tu vois, et c’est ainsi le cœur à vide que je m’adresse à toi
      un peu de bleu aux lèvres tu vois, des traces d’orgasme au terme d’un sommeil agité, des fuites de ci, des fuites de ça
      et toujours quelque chose manque, afin de nous accoutumer au manque
      ordinaire et global

      on se demande comment mais en fait non, on se demande rien et presque, on se demande pas
      je ne tiens pas le plus pur d’un homme dans les mains, et moi-même ne sais que faire de ces mains
      j’attends qu’un jour se fasse jour, quoique cela ne me regarde
      définitivement plus

     

    utérine. c'est quoi donc, utérine

    17 août 2022

  • soleil d’entre les borgnes, plateforme ésotérique

      les gens ne m’intéressent qu’une fois s’être reconnus vaincus, définitivement irréparables, et font alors comme ils peuvent pour supporter le poids de leur inexistence
      je connais des endroits merveilleux dont on ne revient que sous forme de spectre, tant jamais rien ne disparaît tout à fait
      qu’en la mémoire de dieu

      je remonte le courant. je remonte le courant jusqu’au point très précis où le court-circuite le zénith, sous le nadir exactement
      c’est un pont, et quand bien même inversé il reste avant tout un pont – on y lèche et reliche avec avidité les os de la sentimentalité
      d’une faille on a fait un tremplin, et de ce tremplin un bond à temps plein dans le vide infini
      par essence infini

      ne la touche pas. surtout ne la touche pas. ou seulement là, là ou là. il dort toute la journée
      je me suis mis à jour. je me suis mis à nu. je me suis mis debout sur mon profond sommeil qui n’était qu’une forme aléatoire du néant
      pour que la mer se révèle enfin centre, il a fallu rouvrir les tombes, toutes les tombes et celles-mêmes
      dont nous avons du émerger pour de bon et cette fois

      entre souffrir et devenir cette immonde bête froide, d’une tangente l’oblique, d »un cul contemplatif le siège éjectable
      une vague entre les dents, une peur ancestrale, par où donc commencer ? revenir là d’où personne n’est jamais parti ressemble à ce miroir
      qui dégueule ma tête et me lâche un: « toi, je ne te reconnais pas »

    14 août 2022

  • les moulins dézingués, il se bat contre le vent

      j’apprends à nager. j’apprends à nager dans une mer de béton. et c’est avec des dents de merde que je mange du chien congelé
      je ne sauverai personne de ma propre noyade, et à l’instant fatidique personne ne se penchera sur moi pour s’enquérir de l’heure ou de la direction
      j’éjaculerai dans l’béton, point final

      on pleure jeune, puis on affûte ses larmes. un jour ou l’autre tu m’as bien compris, un jour ou l’autre j’ouvre grande la gueule
      en sort une hache, un gros ver gluant, en sort un rêve de mer – le rêve universel
      d’un bout de mer universelle

      j’attends là pour le coup. pour le coup j’attends là
      me fossilisant au fur et à mesure des passages, trépassages et outrepassages
      j’attends là pour la forme. pour le fond j’attends là tout pareil. je me manque la joue droite, je me manque la joue gauche aussi
      j’avance droit sur place. et même je saute, je bondis soudainement sur place

      tout de travers maudit la voie et moi qui n’entends rien moi n’y
      entends rien, je marche dans la ville, je marche
      sur les quais de la ville où les fougères
      ne pénètrent toujours pas les fougères, pour rafraîchir nos jambes les fougères
      non, les fougères ne remontent pas jusqu’ici – seul le béton
      de l’oubli et les rides du vécu s’incrustant dans
      le béton de l’oubli

     

    les moulins dézingués, il se bat contre le vent

    11 août 2022

  • casser la montagne

      notre vie sans manger, notre vie tout juste pourvue de ces yeux globuleux
      lorgnant sur un vide à courte échéance
      comme à longue distance, notre vie magnitude. et puis,
      la langue toute sèche, la langue
      rampante sous les ronces…

      apprendre à mourir, ma petite ceinture jaune
      des cernes sous l’aura, apprendre à maquiller un regard mal cadré
      – la chose défunte, là, c’est moi
      que j’ai tirée des eaux

      pour ce qui est du permanent, j’ai toujours aimé caresser une biche, toujours aimé
      branler le coquelicot, regarde comme il tombe, tombe
      et ne s’en relève pas – j’irai pisser contre ta cuisse, pense t-il,
      le temps d’un accent grave

      dieu n’est qu’un ciel parmi nous – échangeons
      donc nos trottoirs.
      débordant d’un manque d’air, d’un tas de jouets cassés, toutes couilles ballantes
      en sautant à pieds joints redresserons-nous la terre
      de ses torts, de ses ruineux travers ?

      ce qui reste quand il ne reste rien, le soupir d’un œil clos
      se trouver là sans solution, et d’abord encaisser – on aimerait tant
      retomber en flocons nous aussi, sur le pare-brise du néant
      on imiterait la mort et l’imiterait si bien qu’elle ne, n’y voyant que du feu,
      se reconnaîtrait plus en nous…

    8 août 2022

Page précédente Page suivante