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assis là sur un banc


  • humide, il ne crie même plus

      je souris et tu penses que c’est par simple désespoir, comme s’il restait en moi de la place pour un quelconque désespoir
      mais tu te trompes. et je te trompe aussi, souriant ainsi, sans raison de sourire, ni de raison aucune

      les cheveux blancs les cheveux courts, le crâne blanc souci. j’ai posé mes mains dessus pour cacher mes pensées, confondre l’existence
      j’ai tendu ma main dessous parfois, pour en soutirer je ne sais quoi, quelques centimes d’horizon

      dans l’hémisphère nord on trouve des hommes. on trouve des femmes également, aux cheveux longs, le plus souvent attachés de telle ou telle façon
      ou tirés en arrière

      la tolérance commence à trois, la passion naît de deux, la vérité rentre en l’un
      alors qu’est-ce que tu fais là toi, perdue dans l’infini, te frottant le clitoris jusqu’à ce que mort s’ensuive
      or mort ne s’ensuit pas

      elle parle de sa chatte. elle n’arrête pas de parler de sa chatte. quoi qu’elle dise, c’est de sa chatte qu’elle parle
      on finira tous par y passer, par cette chatte. jusqu’à la dernière neige

      je ne relève la tête qu’une fois par an. le temps de jeter un coup d’œil au paysage, d’en mesurer l’étendue, estimer la puissance du vent
      puis je replonge d’instinct vers des fonds plus fétides, des choses de dessous le paysage, ses racines entre autres, racines entre lesquelles
      des poupées démembrées, des fétiches à pompons – le rouge à lèvres des morts…

     

    humide, il ne crie même plus

    3 octobre 2022

  • la mer jusqu’aux genoux

      je suis allé voir le peuple et j’ai masturbé le peuple. cela lui a fait du bien, au peuple, d’être ainsi masturbé
      cela a rabaissé le son du monde, et le volume du son

      avec les yeux du froid nous avons regardé le froid (nous réservons l’angoisse
      pour les grands jours de gel)
      et quand nous disons « nous », nous entendons les hommes, les grands hibernants

      en tassant bien, j’ai pu faire entrer toute la forêt en moi
      la queue du loup et les poils dans la soupe, toutes les nuits je rêve que
      je te suce l’amour

      des montagnes des prés, des montagnes encore, mais jamais vraiment la mer
      non, la mer ne remontera pas jusqu’à nous, la mer jusqu’aux genoux

      il pleut d’énormes quantités, et c’est par quantités plus énormes encore
      qu’il ne pleut pas.
      du coup nous ne nous noyons pas, les eaux pluviales ayant le temps de
      s’évacuer
      de s’évacuer

    1 octobre 2022

  • corbeau treize

      les cheveux gras. les cheveux gras les cheveux ras, il faut choisir. les cheveux las
      les cheveux las aussi, mieux vaut les raccourcir

      les rats
      m’ont sauvé du navire les rats
      m’ont montré le chemin par où, la corde tendue en équilibre sur laquelle, les rats
      ne font pas de chichis

      je m’illuminai parfois, mais je m’illuminai d’un rien
      d’un rien si rare, d’une moue mécanique, presque mélancolique

      ma bouche s’est retirée d’un centimètre ou deux, marée suivant la mauvaise pente
      ma bouche n’est plus qu’une fente ébréchée, en laquelle rebroussent une à une les vagues
      et se retranchent

      seul est sans nom. il a beau pisser à droite à gauche afin de délimiter quelque espace intime, un territoire à soi mais non
      car seul est sans appel

      beaucoup d’hommes sont venus vers toi. beaucoup d’hommes se sont approchés de toi
      beaucoup d’homme t’ont touché le sexe. beaucoup d’hommes t’ont introduit un doigt dans le vagin avant de le porter à leur bouche
      beaucoup d’hommes en effet sont sortis de ta chambre comme s’ils n’y étaient jamais entrés

     

    corbeau treize

    28 septembre 2022

  • tomber les vieux morceaux

      je ne me régale pas je me dis simplement qu’on aurait pu croire en soi, à commencer par l’un en l’autre or tandis que l’un mettait les bouts, l’autre se pétait l’genou que dire de plus ?

      la joie c’est pas pour tout de suite, tout de suite tirait la gueule. de mon instinct métaphysique ne me restait à peine la raie sur le côté

      une fois la chose échappée de la boîte on ne peut rien. les moustiques te bouffent les jambes, ton sexe explose à Lisvori. la meute rameute la meute il ne s’agit plus de soi ni de rien. alors n’en parlons pas veux-tu

      on s’aime d’un trait. d’un trait commun. n’appartenant plus au même monde, la fin du monde commun. un seul dieu nous répare, au slip large, à la couille distendue

      on ne va pas crever tous en même temps. l’un après l’autre ça suffira. veiller l’un sur l’autre, l’un l’autre s’inhumer, se refiler d’une bouche à l’autre les petits poissons ronds

      abandonner va mieux, comme au départ de toute fidélité. n’avoir où revenir qu’au bûcher primordial, ramassis de bouts de bois flottés, de palettes récupérées sur les chantiers concomitants

      je sais bien qu’on n’aime qu’une idée, étant beaucoup trop laid pour aimer tel qu’on est, et que ce n’est jamais par pitié que tombe la pluie – mais je tiens tellement au mal que cela me fait…

      inexorablement d’ailleurs, avec des pots de fleurs autour et cætera. suffit d’les arroser de temps en temps. de marcher sur nos propres décombres, dénommées traces pour faire illusion. d’ébaucher un genre de sourire rachitique avec des dents d’appoint

      je prends la main d’un mort et il ne m’arrive rien. un peu d’orage c’est tout

    25 septembre 2022

  • d’elle ou d’une autre

      à l’avant-garde du monde, le monde. les gens derrière. plus ou moins loin derrière

      la nuit elle se promène tranquille, c’est à dire tranquille, entre deux rangées d’hommes assis, d’arbres transis

      je m’envole parfois, quoique jamais bien haut, je m’envole à mi-temps. convaincu qu’il ne faut en aucun cas faire quoi que ce soit de sa vie

      je n’avais rien d’autre à faire de ma vie que de l’attendre, sachant qu’elle ne viendrait pas. par contre personne ne se faisait la bise en ce temps-là, ce qui nous laissait respirer…

      mes petits baisers se sont levés en horde, en bancs compacts. c’est ce que j’aurais du mentionner tout d’abord sur mon c.v. d’irréconciliable

      la position inconfortable je la tiens. j’ai donc fixé un trou au plafond bas, si bas qu’en lui le trou prenait toute la place

      l’âme pur sexe. le reste tombe à côté, retombe. d’un côté ou de l’autre. jusqu’où ne nous ressemblerons-nous pas ?

      s’il pleut c’est parce qu’il pleut. s’il ne pleut pas parce qu’il ne pleut pas, sur la côte comme ailleurs. ailleurs plus à l’intérieur

     

    d'elle ou d'une autre

    22 septembre 2022

  • un judo

      parler d’un vieux monsieur. un vieux monsieur ça sent toujours un peu mauvais. c’est fait pour ça un vieux monsieur
      la mer pue

      un homme n’a pas de corde à son arc. sa flèche va sans but
      – peut-on pour autant affirmer qu’elle le rate ?

      je me suis mis à parler dans une langue que je ne connaissais pas. peut-être n’en serais-je pas arrivé là si seulement tu m’avais pissé sur tout le corps

      quelque chose que je ne comprends pas. quelque chose qui me tourne le dos. quelque chose que j’épie dans un miroir riquiqui que je tire de ma cuisse$

      tu aurais pu me prendre pour quelqu’un d’autre. ou ne pas me prendre du tout. mais voilà, tu as gobé mes testicules, comme ça d’un coup

      il n’y a pas d’aveu dans ce que je te révèle là. ni de tableau des départs, avec leurs horaires et leurs numéros de quai
      il n’y a qu’un quai, à jamais quai

      la mort a les cheveux longs, très longs
      on lui rase la tête, on lui rase la couenne, la mort a les cheveux en tas d’un côté
      la boule à zéro de l’autre

    19 septembre 2022

  • se raconter une femme

      je ne me souviens pas en avoir fait autant, je baisse la garde. je baisse la garde ainsi soit-il
      si à travers moi s’effondre le monde, le néant quant à lui obtempère

      je me caresse la tête. faute de mieux je me caresse la tête. avec le concours de doigts crochus
      je ne te demande pas ce que tu vas faire de moi, afin que tu ne te demandes pas ce que tu vas faire de moi. et ainsi n’en fasses rien

      il y a un malade en moi, que je me dois toujours d’aider à se persécuter
      au cas où il penserait à penser à une autre, on a mis des herbes dans sa chaussure. on n’est jamais trop prudent

      tour à tour je t’ai prise dans mes bras, les bras allant s’élargissant tandis que rétrécissait l’espace
      j’ai aspiré toute la chaleur d’un corps jusqu’à le laisser froid

      toute la nuit je rêve. le jour je m’interromps, le jour c’est quand je n’ai plus de rêve, le rêve quand je n’ai plus de jour
      pendu à l’arbre qui n’existe pas. pendu au vent ou je n’sais quoi. pendu à un mince poil de chatte

      je n’arrive plus à distinguer l’os du cheveu, il me faudra plus d’un doigt pour te séduire
      dans s’illuminer d’un baiser l’essentiel ne consiste pas en l’illumination, mais en le baiser-même…

     

    se raconter une femme

    16 septembre 2022

  • un homme avec trois femmes dedans

      la nuit mange-moi partout. il y a des petits scoubidous partout et en effet, il y a des petits scoubidous partout. on s’en débarrasse pas

      de mal-être tu parles, comme d’un non-être qui aurait mal tourné, ou tourné tout court. de mal-être qui s’étale non mais la barre au sol

      elle me mange dans la main. parfois elle me la lèche un peu, la main. se nourrir d’un homme engendre de graves conséquences. mais ça passera

      ou pas. dans le pire des cas, ça ne passera
      pas. je n’arrive toujours pas à croire au pur jus de son sexe, à la légitime clarté de son esprit. je me romps l’os là

      je ne m’attachais pas à ta petite culotte : j’errais pied bot dans les couloirs sans vent, j’éjaculais sans m’en vanter sur ton paillasson. ton paillasson ta douille. ton paillasson c’est la question

      c’est récurrent, je perce le panier
      je t’aime aussi sans doute, de l’autre côté d’la bande. trois trous auront eu raison d’la boule
      et puis il fallut en finir avec ce pour ou sans lequel on était né

    13 septembre 2022

  • dieu sans lequel on boit

      la nuit s’est déclarée, facile, expansive
      transposant nos pulsions chagrines en purs élans de joie
      imagine alors, imagine un instant
      le sort de nos ovaires…

      mécaniquement plus le corps s’enfonce, plus l’âme se soulève
      entre coups de foudre et paresse atavique, je tire de moi-même
      sucres lents et
      dents longues de famine

      une neuvaine. doux comme telle
      âpre comme un nom dont on ne se souvient que du prénom
      et d’un crachât de ville.
      entre le temps et l’éternité faire pont, vielle tristesse,
      paradis de pacotille…

      me retenir à autre chose qu’à mes dents, pomme confuse
      entrer dans la mémoire d’un mouche, ressortir par la vulve
      n’être jamais né n’être jamais mouru, sucer caillou, caillou sucé
      un jour hors dieu

      ta mère aura des nœuds. tu prendras la forme et la substance d’un âne, d’une mule
      je mange dans ma main les lignes de ma main, je m’essuie sur ta bouche
      n’ayant rien d’autre à faire de ma vie, je m’essuie
      sur ta bouche

      je me lève
      ça fait longtemps que je me lève – je me lève au moins depuis
      que je m’écroule
      : mes jouets tournent en boucle…

     

    dieu sans lequel on boit

     

    10 septembre 2022

  • fleur au canon sabre au clair, j’achève ma terre

      entre deux rêves j’éteins ma bite, entre deux rêves cénobite, et demi je crache mon style
      il n’y paraîtra pas, ni en moi ni en soi, il craint que soulevant la main nulle ombre ne s’ensuive
      tout ce qu’on n’est pas viendra nous caresser la tête

      au fur et à mesure que croît le manque, crève l’abcès
      j’ai plus d’une figue dans mon sac, également plus d’un parachute sur mon dos
      post-historique ne semble pas de tout repos…

      la mer aura tout confondu : les poulpes avec les couilles, l’œil-de-bœuf avec l’œil-du-veuf
      pas évident dis-moi d’avoir un lieu sacré et de s’en trouver fort dépourvu, définitivement privé
      j’ai quand même découvert une pierre à l’entrée de chaque paysage, la ramassant pour fracasser la vitre
      de chaque paysage, humain fut-il…

      trois fois la vie deux fois la mort, ce qui me laisse une longueur d’avance
      une fois le chemin parcouru, comment le reparcourir et comment de surcroît
      ne pas le reparcourir ?
      quelques dents en moins peut-être, un cœur tout à son esprit de vengeance
      – de grêles queues de cerises ?

      ma gamelle d’aimée, mon esprit rassassin
      je me violente environ toutes les trois minutes, et personne ne vient nettoyer ni recoudre les plaies
      je ne sais pas de quoi je parle et d’ailleurs j’ignore au fond quoi parle
      j’attends juste que tu viennes me gifler
      ou déposer le baiser sacré sur ma joue mal rasée

      elle parle dans la nuit car c’est un enfant rare. un enfant c’est ultra rare
      elle sue sous les aisselles d’où mon regard en coin, mon coin à l’angle mort
      touche-la d’où qu’elle sorte, elle sorte de mon doigt
      elle abrège comme ça, elle abrège tout l’temps. c’est moi qui coule dedans.

    7 septembre 2022

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