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assis là sur un banc


  • la petite annonce à marie. ou l’annonce à la petite marie – j’hésite

      non je ne représente rien, même pas l’homme dans un homme, la pichenette dans une bille
      je crois que je n’ai pas envie de mourir, mais sans comprendre pourquoi, quand tout me convainc du néant
      comme l’irrésistible pulsion de pisser contre un arbre, persuadé qu’il en partage le tendre soulagement
      la générosité finira par nous achever

      le baume on entend ça – suffit de s’être brûlé une fois, comme ça à l’occasion, entre deux braises et un ficus
      parfois périt la forme, parfois le contenu, mais jamais les deux ensemble, à notre grande joie
      je ne sais toujours pas dire les mots qu’il faut quand il le faut – je ne parle donc que pour rien dire, tant énoncer le rien offre la seule issue potable à l’absence d’eau, à l’improbabilité d’un souffle continu

      chercher creuse l’impossibilité manifeste de trouver, comme si je ne cherchais qu’afin d’échapper à toute certitude
      je ne découvre conséquemment que mon absence, laquelle j’affuble du nom doux de marie, valérie, ou d’orchestre sans souffle
      sans corde
      sans résonance

      mon toit me protège des flèches, des indiens dans les arbres ainsi que de toute nation
      or qui me protégera de moi, trou béant
      et par quel point traverser la Loire dans un sens radicalement transcendantal
      c’est comme s’allonger sur un sol tout en soupir
      ou parler à sa mère alors que sa mère est morte avant même de nous avoir enfanté

      cheval ardu, cheval néanmoins.
      j’apporte quelque chose que tu ne recevras ou n’accepteras sans doute pas
      j’apporte mon dos aux griffes de femmes faussement sages
      faut dire que je m’y prends comme un pied, et que je ne suis par ailleurs pas vraiment pratiquant
      je sème au vent mais je sème quoi, cathédrale périphérique

     

    la petite annonce à marie. ou l'annonce à la petite marie - j'hésite

    23 mai 2022

  • boîte dans la boîte, et le diable en l’esprit

      sous le sol la mer est basse. la mer est basse, c’est comme ça
      à part ça tout semble normal, et même pire : tout semble définitivement normal
      seul le chaos manifeste encore quelque velléité de briser la glace, mais glace se brise t-elle ?
      et bris s’enlace t-il ?
      crevure, va

      tu nages vers la mer.
      on ne peut à proprement parler de contre-courant, à partir de là tu nages
      dans le sens de la mer.
      je dis la mer puisqu’une mer ne suffit pas, une mer ne suffit à rien, tandis que la mer me foule aux pieds
      pieds sur lesquels se dresse, patiemment endolori, l’équivalent ontologique d’un peigne édenté

      seulement quand tu tournais la tête seulement
      quand détournais le nombril
      – sur quel pied tanguer, quel principe endémique ? il en va de nos vies comme
      du saut à l’élastique. tu pleures dans tes mains
      finalement ça, tu pleures entre tes larmes, le reste se décline
      à la rubrique psychologique d’un quelconque magazine féminin
      masculin
      féminin

      elle se masturbe dans les coins, non, elle se
      masturbe sur ou contre les coins – de table, de tout ce qui fait mine, ou angle
      j’ai tellement peur d’un engin de fortune. après je me rattrape, avec
      je me rattrape avec ce que je peux, ce qui me passe par la main, l’esprit, se mire dans l’as de pic
      – t’as pas la tête à ça, me répond-elle acerbe

      change de visage. d’odeur. change de visage tant que tu y es
      remets bout à bout les décombres, jusqu’à constituer une chaîne de remords permanent
      de déboire sentimental
      que les crucifiés se touchent du doigt, de la planche, bref se côtoient et communient dans la douleur
      un piment pour tout zizi

    22 mai 2022

  • pense au cure-dent

      l’horreur qu’inspire à la conscience la disparition de cette même conscience. ce n’est pas propre
      tu parles comme tu veux tu parles dans ta bouche tu remues la langue et ce n’est pas propre
      le propre reste derrière, ou en-deçà, venté parmi les camélias
      ta bouse remonte aux origines

      en quel dieu ferons-nous donc l’amour ?
      mais surtout, que ferons-nous après l’amour, ou que ferons-nous sur le cadavre de dieu ?
      après l’amour, après la pluie
      après avoir joui entre ses mains de suie ?
      il est rassurant de se savoir humain, humain consistant à se savoir
      mais de quoi parle t-on après l’amour, et parle t-on encore ?

      l’homme à travers un homme, personne ne l’a gagné
      ou la voix qui remonte
      chien sur la croix, croix en pleine bourrasque, l’être grince au-dedans
      ça nous aura servi de taudis. entre ça et le ciel si vieux

      à chaque fois qu’un mort debout, une tombe en plein air
      à chaque fois qu’un homme en sueur, un animal vient le lécher, le laver – parfois même une femme
      la part lécheuse, la part laveuse d’une humanité inguérissable, d’une humanité larvée
      sociale kamikaze

      on s’embrasse dans le vide, dommage, on a raté les lèvres
      on a raté les lèvres, soit, on a tremblé les lignes, on a
      frôlé l’mirage
      il y a quelque part un instinct drôle, un instinct mortsatile, une faim se nourrissant de l’homme
      le l’homme comme un silence en bout de souffle

      plus tu meurs et plus tu meurs, à la fin meurs quand même, mais quand même
      et puis il y a la litière aussi, du rat, de l’idéal
      on s’assied dessus. on s’assied sur le rat. on le montre à ces messieurs
      messieurs, zis is my rat. mesdames, désolé pour le désagrément
      partir de là la débandade

     

    pense au cure-dent

    16 mai 2022

  • pleurer sur tout c’qui tombe

      sous ma vie la vie morte. pluss une tranche de pain d’épice
      attila rutilant ou averse locale, j’étire mon visage ou ça flanche, je le mets à chambrer
      mon visage tente de faire l’amour à ton visage, je veux dire à son propre visage, d’abord il commence par tirer la langue
      d’abord il commence… bon… par lui tirer la langue

      vitre-boomerang, je le dis comme je le pense
      un loup en moi n’a pas encore hurlé. c’est pas qu’il se retient c’est que ça ne sort pas – du coup le hurlement lui déchire tout l’intérieur
      l’avait qu’à être sage
      l’avait qu’à manger le p’tit cochon, le rouge-gorge ou cendrillon
      l’avait qu’à pisser partout aux quatre coins cardinaux
      l’avait qu’à dégueuler sa queue, une bonne fois pour toutes

      pichenette, mon monde c’est pichenette, ainsi donc tout s’effondre, mais à l’ultra-ralenti
      ou carrément à l’immobile
      je suis fier d’être un carrément à l’immobile, pour l’occasion j’ai arrêté de me raser
      je ne me représente plus
      j’ai misé et déposé toute ma mort sur le dos d’un christ harassé et je me suis barré
      barré cassé
      foulé au pied

      il n’y a pas de neige par ici
      pas de neige en cette saison
      ni ici ni en cette saison, même si ça arrive de temps en temps, de temps en temps même si rarement
      en d’autre saison, et un peu plus loin
      oui, en d’autre saison et un peu plus loin, il neige certainement
      même si rarement, ceci dit

      c’est la dernière fois que j’écoute ma chanson
      les autres fois aussi c’était la dernière fois que j’écoutais ma chanson mais cette fois-ci
      est bien la dernière des dernières fois que j’écoute ma chanson
      pour la simple et mauvaise raison que désormais je n’entendrai plus rien
      j’écouterai toujours certes, mais je n’entendrai plus rien
      ma chanson sera définitivement devenus muette, sans rime ni raison
      j’ai dit sans rime
      ni raison

    14 mai 2022

  • wu wei en mode avion

      traduire quoi, d’où, en quelle langue ?
      tant de vulgarité à prétendre modifier un destin, déplacer un caillou, dire bonjour à la dame
      quelque part un homme travaille, et c’est précisément sur lui que la foudre s’abat
      tout cela au son clinquant d’une poignée de clous, doux jésus

      ne me parle pas. garde seulement ta main ouverte pour moi
      ou plutôt : garde ta main ouverte, et pour moi seul
      c’est marcher en funambule sur un fil large comme la terre, fondamentale, et tranchant comme l’horizon
      l’équilibre n’étant pas vraiment mon truc, cahin-caha ou trébuchant, non, définitivement, l’infini est trop fin, comment dire, si frêle…
      : je rebrousse destin

      manger des papillons. faudrait manger des papillons, carrément se goinfrer de papillons
      à la tombée du jour, du soir ou de la nuit, bref je sais pas comment dire, je deviens vert bouteille
      là cessent les correspondances. radicalement.

      manque de masque
      alors je me fous des baffes, pour compenser
      les rougeurs feront illusion, pour un moment du moins, quelques secondes
      après quoi on verra, on verra quoi on verra rien, refaire surface
      un match de foot sans les joueurs, sans ballon, sans les buts
      par contre repoussent les pissenlits

      je demeure fidèle à mon oubli. vraiment, j’y tiens
      à part ça faire l’antenne parabolique ça va bien un temps, voire une vie, mais pas plus
      surtout que je ne capte pas
      surtout que je ne capte rien
      que des sourires indus, quelques sourires indus, très vite ravalés

     

    wu wei en mode avion

     

    12 mai 2022

  • un homme dont le silence l’allume

      la nuit perdure la chatte. on se réfère à l’odeur. au nombre de pas dans le sens mort
      je me chercher un passé comme on se cherche un alibi – pauvre débile
      ma chatte s’en cherche un autre, je me pique le doigt pour une unique goutte de sang
      il pleure tout l’temps. on a beau lui gueuler d’sus, il pleure tout l’temps

      la moitié du jour revient vers moi, me demande pardon. s’allume un homme
      plus exactement l’idée d’un homme. pas encore une femme, mais tout de même
      à quatre sous j’achète un jouet. à quelques sous de plus une bouteille
      pourtant je n’aspire pas à jouir…

      un ciel plus grand. cordial à sa façon
      les détails finissent par disparaître. puis peu à peu se perd de vue l’ensemble
      on maquille le vide, dans le genre de ceux qui rajoutent une moustache à la joconde
      puis on lui lave les fesses
      je me rappelle plus à qui précisément – soit le vide soit la joconde

      carnet d’oublis
      n’avoir pour se réchauffer qu’un mort contre lequel se serrer. se dire qu’on est ce mort, pour simplifier
      non, finalement ne rien se dire
      n’avoir rien à se dire
      en toute humilité, fermer la parenthèse

      il y a un jeu auquel on ne joue pas
      une marelle dont la pierre reste fermement dans la main, et ne la quitte pas
      un sexe ne pouvant se résoudre à l’orgasme, retenu dans ses cordes
      un vide supposant un récipient imagine, une fois seulement imagine, un vide hors récipient
      un vide certes, mais pas de récipient

    10 mai 2022

  • belette, musaraigne

       bon, vaut-il mieux s’abîmer ?
      d’exception en putréfaction, l’état des lieux ?
      mourir ne fait plus un combat
      mourir fait qu’il n’y a plus rien à perdre, que le faux se désolidarise de l’espoir
      de l’espoir creux, de l’espoir dur, de celui sans objet finissant par faire corps au réel ou à
      ce qui éventuellement ferait suite au réel

      la transparence se passe de sens
      elle caresse la joue, ou lèche une paupière de sa langue buissonnière
      et moi en attendant qui me touche la queue
      je me touche la queue comme si elle n’existait pas, singe mécanique
      loup chromatique

      il y a bien un homme et j’ai de la peine à le voir ainsi, du fil à le retordre
      on ne s’amuse pas. on ne s’amuse à rien
      pas même à ça, rien
      tu me tiens par la bichette oh ma bichette, ne t’excuse de rien
      toute façon c’est pas ton genre

      je ne t’accuse de rien. bien que tous coupables au fond, même si de rien en particulier – coupables par principe
      venant de nulle part, les choses rebondissent pour y retourner décidément
      rebondissent sur la simple conscience, ou l’effort de se rendre présent à sa propre absence

      elle ne devance rien
      moi non plus d’ailleurs, je ne devance rien
      et tout ce qui fait que je ne lui suis pas plus assimilable qu’elle ne me l’est s’effraie et se disperse comme un banc de moineaux à la détonation
      on finit par ressembler à ce qu’exactement nous ne sommes pas – ainsi débute la transparence

     

    belette, musaraigne

    8 mai 2022

  • la nuit je m’en baltique

      je ne me presse pas. et pourquoi donc je me presserai ? je chante les louanges. de qui ça je ne sais pas – du vide du néant, du temps cadenassé je chante les louanges
      ou, pour le dire autrement, je mastique un ver de terre

      chiantes, sont les ombres qui s’empilent, s’étendent, se répandent à découvert
      ma marelle a butté sur une pierre
      non, pas une pierre – à peine un caillou, le pépin d’une diarrhée
      donc l’ombre se faufile, roule des hanches, fait corps à mon absence. on croirait que c’est elle qui crie, quand elle dit qu’on croirait que c’est moi qui jouit

      je vais bien. je t’assure que je vais bien. ne pas morfler ne ma laisse aucun espoir
      coucher de neige ouverte. il faut dire que je me parle de moins en moins, je m’encombre peu de moi
      il y a un toboggan par là-bas, juste au-dessous de la neige. le toboggan reste vide, juste au-dessous de la neige

      tout ce qui n’est pas essentiel souille l’air, pollue le temps
      soit dit en passant il semble étrange l’essentiel, qui touche à peine le sol, tout juste frôle le ciel. en bref l’intériorité d’un nuage
      en long et en nuage
      ou la vapeur d’une introspection manquée, d’une intimité nique la digue

      tu marches à quatre pattes. deux sur les mains deux sur les g’noux. tu te traînes sur un pauvre miroir – y a des fois où l’on surgit comme ça, de soi
      une courge a fini dans mon ventre. puis un carrosse. le talon d’un soulier m’a défoncé l’estomac
      et la poussière enfin. toute la poussière. rien que la poussière.

    6 mai 2022

  • l’homme que n’accompagnait pas la petite musique de vivre

      bon, on s’arrête là. on ne vit pas ailleurs. on ne vit pas entre commodes et tiroirs. nos dames sont de triste compagnie
      quelque chose bégaie. ma langue peut-être, qui fourche, butte ou bredouille. j’espérais que quelqu’un m’attende. j’espérais que quelqu’un vienne me chercher. j’ai regardé la route
      mon regard était la route

      j’ai toujours l’air d’un cheminot, même sans casquette
      d’ailleurs les cheminots ne portent plus de casquette depuis belle lurette. d’ailleurs les cheminots sont morts – ils ont tous péri lors du dernier périssement
      d’ailleurs les rails à vide, qui ne frémissent plus, hurlant d’un silence qu’ils ne supportent plus

      ils font de petites bulles. il y a des lieux où l’on ne se rend qu’à pied, sautillant de caillou en caillou
      on a délaissé le charbon. on a délaissé le pollen. chaque nuit on éjacule dans un mouchoir de jade
      on est presque triste. pour être vraiment triste en fait ne nous manquerait qu’une ride, qu’une larme
      que des doigts de carton grattant nos couilles de carton

      on s’en prend un. on s’en prend deux, le temps est long. on fait la bise à jésus sur la croix, comme s’il n’avait que ça à faire, qu’une autre joue à tendre
      je m’emmêle les pédales. tellement qu’à la fin c’est moi qui sur mon dos porte le vélo, étrange croix
      croix à roulettes

      quelqu’un m’a mis au pas. il n’a pas eu besoin de dire hop, allez on marche au pas – mais juste de dire shut, allez maintenant shut, on couve la voix
      je n’ai jamais appris mon nom par chœur, du coup je ne réponds qu’une fois sur trois
      une fois sur trois j’oublie. une autre fois sur trois je confonds. reste la possibilité d’attraper froid
      mais vraiment froid

     

    l'homme que n'accompagnait pas la petite musique de vivre

    3 mai 2022

  • la chose dans la ville. premier décan

       qui domine la terre perd le ciel, que rien ni personne ne domine mais d’où la vue sur soi et toute chose
      est véritablement imprenable

      mon ennui. mon dieu est d’un ennui pur. une porte de sortie. de sortie verrouillée
      plus jamais je ne penserai qu’une femme fait de moi ce que je ne suis pas
      je n’ai d’autre vérité que l’absence idéale de vérité à laquelle me confronte la mort
      l’inodore

      toute la vie je suis resté sans boire un coup. d’où la langue sèche, la langue pâlotte
      je te fous un coup sur le nez tu me balances un coup dans les burnes, à la fin on ne sait plus distinguer le k.o. du coït
      et tout le jour je fulmine ainsi, bouche bée oreilles blètes, tout le jour je crache dedans

      un esprit vraisemblablement céleste m’a volé mon vélomoteur, et me voici qui rentre à pied, qui rentre à pied par les mille collines
      j’évite une mine sur deux
      c’est l’assomption
      et l’assomption me va comme un gant mité

      j’ai prié quarante mille lièvres pour un peu de tendresse. bon. quarante mille lièvres se sont dispersés, fusant de tous côtés, riant entre leurs dents
      tout ça pour à la fin se retrouver à la cave, sordide cave, à jouer aux dominos – pourquoi pas aux dominos

      il y a quelque chose de beau, vraiment quelque chose de beau au fond de rien
      toutefois, j’en ai marre de la pioche, et j’en ai marre de la pelle, un monde sans grâce n’est pas un monde mais le brut excrément
      et la grâce comme la foudre tombe là où elle veut, tellement à côté qu’on finit par les confondre, coup de grâce ou coup de foudre

    2 mai 2022

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