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assis là sur un banc


  • il s’est pendu à la grue non pour le spectacle, mais pour la vue

      les choses sont bizarres quand on y pense les choses sont étranges, elles ne
      vont pas de soi
      dans la stricte évidence elles ne
      vont pas de soi

      c’est qu’à la fin il ne reste personne à qui parler, pas même à soi
      c’est qu’à la fin il ne reste rien à dire, pas même soi
      devenu le témoin muet d’une scène indéroulable, ou qui se trame au loin dans
      un espace définitivement autre et hermétique
      à toute supplique

      c’est la dernière nuit et que fais-tu de la dernière nuit ? tu joues et tu rejoues en ton esprit la scène originelle de ta déflagration, jeu dont rien apparemment
      ne saurait venir à bout
      d’ailleurs dans quelque sens qu’on te tourne, on ne te trouve aucun bout

      ils se méfient de toi comme de l’eau claire, alors remue la vase
      remue la vase que l’eau s’en trouble, et se trouble le reflet jeté là
      il est dans l’ordre des choses que l’on ne discerne nul ordre dans les choses

      je mange dans ta boîte et tu me regardes faire. je sais l’après-nous déjà présent en nous
      vers où se tourner, plongé au centre d’un miroir neutre, presque éteint ?
      ne me regarde plus

      le poisson
      a cessé de tourner. il flotte ventre à l’air et c’est le ciel entier désormais
      qui stagne dans son œil

     

    il s'esr pendu à la grue non pour se donner en spectale, mais pour la vue

    31 octobre 2022

  • peu importe que le clou n’y soit plus, le trou lui ne s’est pas rebouché

      s’il y a la mort c’est que n’est que la mort
      une, et éternelle
      un peu comme les gens qui changent d’avis quand on ne les contredit pas
      on saute en bas on saute en haut, sauf
      que ça ne rebondit pas

      c’est le matin qui tue le jeu il ne faudrait
      jamais se réveiller, ni jamais s’endormir, vibrant d’une
      insomnie permanente
      j’introduirais ma langue dans ta bouche ça ne
      s’avale pas

      il n’y a plus qu’un homme et cet homme est mort, c’est à dire
      qu’il n’est plus que le résidu d’un homme et même pas, qu’il en est
      la désintégration
      il n’y a plus qu’un homme et cet homme n’est pas
      ou alors fait le mort, fait semblant de
      n’être pas

      cent chiens m’ont mordu
      à la cheville, à la gorge, au visage
      cent chiens ne servent à rien
      plus près de moi je vais, je déambule
      sans cheville, sans gorge, sans visage
      j’aspire à quoi, j’aspire à l’air

      j’absorbe la pénombre, bon, j’aspire la pénombre
      les bras sont nus. tu peux vérifier les bras sont nus
      et propres
      j’aspire la pénombre tandis que la lumière
      irradie mon squelette je ne sais par où fuir
      la pénombre la lumière je ne sais comment fuir

      j’arrive quelque part, et je n’arrive nulle part
      c’est cela être là
      là où l’on ne l’est pas

    28 octobre 2022

  • tout ce qu’on sait du corps de la vache

      si un jour j’avais la tête d’un homme si un jour j’avais la tête d’un porc
      son sourire post-apocalyptique
      j’ai cru qu’on m’aperçut j’ai cru
      qu’on me frôle la joue j’ai cru
      puis j’ai décru

      un homme
      n’est pas mort du premier coup un homme
      n’est pas mort du second coup, non plus
      un homme est mort de chaque coup, par millions chaque coup, un homme
      s’est déshabillé
      s’est déshabillé nu, comme ça en place publique
      s’est rendu nu

      j’ai fait un rêve étrange
      il s’agissait d’un visage, le visage d’une femme, très jeune
      puis, sans transition, ce même visage en moins jeune
      ce visage en plus vieux, encore plus vieux
      dégradés d’une vie, très triste
      ça m’a réveillé et je suis allé pisser
      comme je n’avais rien à faire, je me suis relevé et je suis retourné pisser
      levé trop tôt, toujours trop tôt – un rêve
      définitivement étrange en effet…

      la vérité prend la forme d’un objet métallique, percutant et traversant le crâne
      tout est affaire de trajectoire mais à la fin
      quand plus d’affaire, quand plus de trajectoire, quand plus
      qu’un long tremplin, seul face, au-dessus et au-dessous
      du gigantesque vide

     

    tout ce qu'on sait du corps de la vache

     

    25 octobre 2022

  • sans parader, sans faire de vagues

      je ne vais rien dire. je vais semer sur le chemin des petits cailloux et j’attendrai qu’ils germent
      qu’ils poussent
      plutôt que de rester là sans destin ni aptitude aucune
      à changer les hommes en visions hasardeuses, ces mêmes visions en cloques sous les ponts

      une fille m’a mangé dans la main
      elle aurait pu prendre un peu plus d’espace, mais certains ont besoin de peu pour contenter d’immenses rêves
      sinon prendre la seconde à droite, puis tout droit à l’infini

      à creuser à l’intérieur d’un homme que comptes-tu obtenir à la fin – un petit miroir dans l’œil duquel
      enfoncer son doigt, sa langue ? un panier de crabes aux noms à résonance étrangement intime ?
      ou seulement une corde à nœuds pour remonter, s’il n’est pas déjà trop tard ?…

      insensible à la beauté du monde, je m’coupe les ongles
      rognures… rognures…
      je me presserai tout contre toi je disparaîtrai. disparaître me semble tout à fait proportionné
      proportionné approprié et puis
      on ne ment pas quand on dort n’est-ce pas, sauf évidemment à
      simuler le rêveur…

    23 octobre 2022

  • une amie claire et nue

      ta peur n’est pas ma peur ta peur
      s’est juste superposée à ma peur. j’ai changé de maison. je le sais maintenant je n’aurai
      jamais de maison

      j’ai changé de métier : j’étais télégraphiste me voici désormais
      lampiste. mon dieu n’est définitivement
      pas le plus beau des hommes, tu porterais tes larmes entre deux doigts, tu me les offrirais
      pour que ça glisse mieux soi-disant, ou que ça me fasse de la peine j’hésite encore
      sur ta motivation finale

      il n’y a plus en moi qu’un ventre vide et comment transpercer
      un ventre vide ? de la terre plein la bouche cela n’avait certainement pas le goût
      d’un de tes seins – j’ai même du donner un rein pour m’inscrire aux
      dépressifs anonymes ou sur
      ta liste noire

      il y avait une corde, une poutre une chaise et il y avait moi
      donc je me suis pendu
      j’aurais pu m’en abstenir mais alors quoi ? on ne peut se résoudre une vie durant
      à ne rien faire, quoi qu’on prétende…

      je me retrouvai ainsi dans son cercle de vérité
      j’éjaculai par ci par là, pour la forme
      j’ai grogné tout l’été, l’automne venu je pensais conserver les châtaignes
      dans le sable

      on ne touche pas la main de celle qui dort non, on ne lui suce rien
      on attend que ça passe voilà tout, et si rien ne se passe, on répète l’opération jusqu’à
      ce que le décès soit constaté
      par un médecin légal

     

    une amie claire et nue

     

    20 octobre 2022

  • chien d’ancêtre. le viol originel

      le chien meure et tout s’éclaircira, tout s’éveillera
      comme au premier jour du temps, une aurore impeccable j’imagine, et deux roues à la dérive
      entraînées dans la quête tant désespérée qu’inconsistante de
      leur originel vélo

      il eut fallu le dire sans le dire, et le taire sans le taire, mais tu as planté dans le sol un piquet
      de pure violence
      délimitant autour de lui tout un espace en lequel était aboli
      le mensonge, et pire même : en lequel la vérité cessait soudainement de constituer
      une option parmi d’autres

      ils se sont arrêtés à mi-chemin, les hommes qui couraient à leur but et cherchaient un motif
      à leur sombre jouissance.
      je n’ai jamais regardé de ce côté-là j’écoutais ta voix c’est tout, sans tenir compte des paroles
      à force de nuit un point fixe en plein hasard finira bien
      par s’embraser, me disais-je

      les trous ont poussé sous mon manteau, je commence à ressembler
      à un boulevard à taupes. et faire comme si je riais, pour dissimuler le fait
      que je ne ris pas.
      les bouches restent fermées, hermétiques tant aux baisers
      qu’aux déchirantes vérités

      le son de la pluie piquant de mille baisers une plaque de tôle – pure prière ou hasard méthodique…
      quand j’ai réalisé que je ne voulais pas de dieu, et qu’une chatte borgne ne me rendrait pas la vue, j’ai pris la pince à épiler
      pour épiler quoi peu importe

    17 octobre 2022

  • rassemblez tous les petits animaux

      je marche avec sévérité. tout le long de ma nuit, je marche avec sévérité
      je me rends bien compte que l’un ne va pas sans l’autre, et que l’un va sans l’un
      je ne me regarde nulle part. dans la glace je ne me regarde pas. je ne me regarde pas quoi qu’il en soit

      j’ai mangé tout le bitume, à la petite cuillère. tu me croiras si tu veux
      je vendrais le ventre de ma mère pour un brin de chaleur. je vendrais même le cordon, par la même occasion
      on ne me plantera pas de croix dans le crâne. on me grattera la fesse jusqu’au pouls, dans mon rêve le plus doux

      un verre à pied, un verre à genoux, or je suis resté raide dans ma chute
      tu aurais pu me lécher le corps et le prendre pour de la confiture, mais je ne t’aurais pas crue
      je me suis réveillé débile marteau, sans le nom ni l’adresse
      après avoir épluché toutes les circonstances je suis allé pisser contre de l’ardoise
      l’ardoise noire

      on se marie d’ici un jour ou deux, on se marie au fond d’un jour sans date
      il me faut cette esclandre, cette esclandre ou une autre, il ma faut une esclandre
      je mâche la tige. tu me donnes toute la langue et moi je mâche la tige. je te dis que je mâche la tige
      tu t’en fous. tu me laisses là tu te barres. tu me laisses là avec la tige

      au fond de moi il y a un homme ou deux, peut-être un animal. au fond de moi il y a un homme ou pas
      carrément si je marche c’est que je marche encore. on ne peut pas en dire autant d’un pont, d’une grue, d’une verrue
      je n’ai plus que ma tombe où me planquer, cette tombe à la taille de ma vie, ainsi soit-elle

     

    rassemblez tous les petits animaux

    14 octobre 2022

  • le seul hasard, ce sont les âmes

      la mort des hommes, c’est son téléphone rose à lui, pauvre dieu
      parce que sans ça ils n’y penseraient jamais, ils flotteraient là telles des bulles
      à l’intérieur de bulles, elles-mêmes dérivant
      à l’intérieur de bulles…

      ma porte ne ferme pas. elle butte contre le corps mou de l’automne, ce tas malpropre, fétide avec des trous dedans
      aussi loin que je m’enfuie je retomberai toujours
      sur ces bouts d’ongles partout, ces séquelles d’amour

      on ne penche pas du bon côté on penche du côté
      où ça penche. je me sens l’âme d’une borne kilométrique et j’ai tenu
      bon jusqu là, implorant mon chemin à la route qui ne faisait que
      passer par là

      elle était belle, l’était jolie – d’aucuns prétendent même qu’elle était mignonne. alors on lui a coupé les avant-bras
      j’ai beaucoup pleuré. pas autant qu’elle assurément, mais j’ai beaucoup pleuré aussi
      j’aurais pu l’épouser et je ne l’ai pas fait : peut-être n’était-elle pas bonne cuisinière, à cause des bras
      ou d’autre chose

      je cherche en moi la vérité et je trouve un bébé. je sais, ça semble n’importe quoi
      dieu m’aime dans la mesure où moi je l’aime, alors de quel droit me plaindrais-je. je n’ai pas à espérer, non plus
      je pêche toute la rivière mais n’attrape qu’un poisson – et que voulez-vous que je fasse d’un poisson…

    11 octobre 2022

  • pleurer sur un corps sale

      tourner autour de la flaque, plusieurs fois d’affilée, voir si on n’y aurait pas laissé tomber quelque chose – genre un briquet, un rendez-vous manqué
      il a du pleuvoir pendant mon sommeil, au matin l’herbe était toute mouillée, l’air saturé d’humidité

      ma vie c’est comme ma vie, on oublie et on passe à autre chose – avec toutes les chaussettes, tous les slips, toutes les serviettes et tous les gens qui vont dedans
      le reste se perd à travers champs, dans les clips du passé, ou à gros traits sur un visage décomposé. on s’y penche sans vraiment s’en soucier

      place à l’esprit saint, à celui qui depuis ne tentait rien. on s’en est frotté un peu les bras et les épaules, nulle raison d’aller plus loin
      on aurait pu donner à boire à l’ange, de l’eau de pluie ou simplement un verre d’eau du robinet, on n’y a pas pensé. à vrai dire on n’a pensé à rien. on l’a retrouvé déshydraté

      le rouge a jauni sur ma chanson, je n’ai donc plus chanté. et puis j’ai cessé de parler aussi
      avant tout la pluie s’écoute. elle s’écoute alors même qu’elle ne dit rien, qu’elle ne se prononce pas. qu’elle révèle en taisant, comme par transparence. on l’écoute du fait même qu’elle demeure sans voix

      je refuse de mélanger mes mots à d’autres mots. je refuse de mélanger mon sang à un autre sang. je ne veux pas me mélanger
      porter secours à un enfant ne lui rendra pas sa mère. une deux trois loup y es-tu ? le jour de son suicide, j’avais piscine

     

    pleurer sur un corps sale

    8 octobre 2022

  • profaner bouche bée

      il mange peu
      il balaie la cour, plus ou moins tous les jours
      il n’a pas appris à reconnaître les signes dans le ciel, ni sur terre
      et par « terre » nous entendons le paysage, ou tout au moins les parages

      il suffit d’un homme à la fenêtre
      d’un homme ou d’une femme
      d’un homme qui se prendrait pour une femme, ou vice versa
      disons un homme pour faire simple, un homme
      qui ne se prendrait pour personne, assis là à la fenêtre
      ou sur un banc
      un banc fera tout aussi bien l’affaire, après tout

      beaucoup se sont réveillés nus, complètement nus
      étonnés certes mais ne prenant pas le temps vraiment de se poser de question
      certains se sont réveillés sans même se rendre compte
      qu’ils étaient nus
      mais peut-être ne l’étaient-ils pas, au fond…

      quelqu’un est passé par là
      et que cela ne semble pas avoir laissé de trace quelconque dans le paysage n’y change rien, quelqu’un
      est bel et bien passé par là
      ça se sent. on ne saurait dire à quoi précisément, ça se sent c’est tout

      il se lave peu
      les jours de pluie, il laisse le balai à sa place, avec la pelle rangée au pied de celui-ci
      une pelle en plastique vert
      on ne peut tout de même pas passer ses journées à regarder la pluie tomber, pense t-il
      sans réelle certitude concernant ceci plus que cela, ceci
      plutôt que cela

    6 octobre 2022

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