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assis là sur un banc


  • P4, tu te désoles avec la vie

      pire que le vide y a le bouchage de vide, le feu n’prend pas. grattoir mouillé, molle allumette, le feu n’prend pas. agrippine antigone, le feu coule au-dedans

      l’amour c’est quand on fait l’amour – le reste du temps nenni, nenni que dalle. le reste du temps l’amour n’en branle pas une, ni queue ni cierge, ni vue ni vierge. la nuit venue toute en douceur…

      passé le temps le temps s’endigue. de quoi se plaint-on, et de qui se moque t-on. quand l’infini est à portée de souffle, quand. passé le temps le temps s’entiche. d’une toute autre odeur

      berck-plage où le bonheur fait rage, un si petit métier. charrier tout l’océan gerber par-dessus bord, mon dieu, que me frôle le bord

      chacun sa gueule de mort, sa queue gave la morue. chacun sa walkyrie, kyrie éléison, éléison kyrie. chacun sa crotte de mort mais chez moi madame, entre deux averses ne tombe rien

      l’impersonnel danse avec moi, décante un ch’val. décante un ch’val décante un âne, queue d’âne. queue d’âne et corps, peau d’âne. s’il y a un mort c’est sue ce mort que reposent le chemin, les ordures jalonnant le chemin.

     

    P4, tu te désoles avec la vie

    11 juin 2022

  • le seuil critique. l’amant bâtard

      ce qu’il faut dire. ce qu’il faut dire pour que tu me croies, pour que tu me couches. quel rêve sacrifier.

      il va se coucher. il pense qu’il va se coucher, alors qu’il ne fait que creuser. creuser comme un barge. comme on introduit du vide dans le plein.

      une pluie me réveille tous les dix ans, il faut quelqu’un pour s’allonger dessus. c’est en s’allongeant dessus qu’on pense vraiment ressusciter.

      il ne sait pas de quel côté pouvoir décline. et quand tu me regardes avec ces yeux-là je sens qu’un mort suscite en moi. et se répond.

      toute la tendresse nous rassemble en cet instant décrépi. d’abord je rêve, après tu coupes. ce qui dépasse, tu le rases. ce qui repousse, le trépane.

      juin juillet août. c’est comme ça qu’on réfléchit maintenant. juin juillet août. la mort. je te lèche avec les dents.

    9 juin 2022

  • j’ordure ton champ

      la peur nous vient de loin. la peur nous vient de l’autre bout. que l’autre bout est loin
      l’autre bout nous regarde à travers l’œil désourcillé de la peur

      elle pleure en tout petit. en tout petit c’est rien. et trois fois rien presque rien
      mais quand même
      quand même elle pleure

      à la base on n’avait qu’un atout de lumière. une sorte de picardie suspendue, caravane interstellaire
      quelques coquelicots, par ci par là…

      la corde a rétréci. la chèvre aussi. je régresse en nuage
      je crois je régresse en nuage, selon le sens du sens, le temps du vent

      t’en souviens-tu. il. se mord le bras, il. me mord le bras. t’en souviens pas
      m’en souvient-il. s’accouple aux oubliées

      le reste de la fuite en avant. d’un. orgasme mal placé. ou mal interprété. j’ignore lequel
      je me dis tout c’que je veux mais au final, j’ignore lequel

      le plus pur du silence
      les uns les autres, la tache, se tachent, mais. le plus pur du silence
      c’est pas comme le microbe – ça ne s’attrape pas ça ne. se repasse pas

      la fin est tout de même triste. ‘même triste. la fin
      dehors les gens s’ennuient, dedans se déshabillent. dehors. les gens se déshabillent aussi. encore. toujours plus nus

     

    j'ordure ton champ

    7 juin 2022

  • prête-moi ton animal, ton animal me dit je t’aime

      on c’est on, et personne d’autre
      on comme on le sent, on comme on s’en accommode, on comme on tourne en rond
      autour du même fond

      il est quand le corps. il n’aboutit à rien. il. se répand liseron

      une rage très précise. on pourrait dire qu’elle me mine. on pourrait dire qu’elle m’adore
      on dira juste qu’on ne l’a pas vu venir

      un peu d’eau. si peu d’eau. un peu d’eau de traviole
      il. remonte à la source des âmes. comme si c’était sans âge

      du non-négociable, du non-rétroversible j’ai fait une cocotte. la cocotte a bondi

      tout ce que l’amour me donne, je le rends à l’amour
      il me dit grand merci, puis se foule la ch’ville
      au moins la ch’ville

      je n’embrasse pas la bouche du belzémort. je n’écrase pas mes lèvres sur les lèvres du belzémort. je ne suce pas la langue ni les dents du belzémort. à peine si je lui arrache la mauvaise herbe d’une promesse…

      il. s’en va à reculons. puis à reculons. encore un peu… là.
      il. tombe à l’eau.
      il tombe à l’eau

    5 juin 2022

  • oh les hommes, les femmes de courte durée

      il ne pleure jamais comme il faut. un peu trop à droite, un peu trop à gauche, il ne pleure jamais quand il faut. seulement quand il a fini de souffrir

      je ne me rappelle rien. je sais seulement qu’il a fait jour, un jour. que les dents ne faisaient que tomber, dont les trous prendraient la place. dont les trous formeraient la substance

      quand elle bave c’est sur toi qu’elle bave alors ne te plains pas, tant qu’elle bave et c’est sur toi. le reste du temps retourne-toi, dans l’autre sens ou dans ton sang retourne-toi

    quand fond la neige, fondent les bonhommes. ta mère elle a tout cassé. ton père il a tout cassé. tout le monde il a tout cassé. va falloir passer outre. passer d’abord. outre par surcroît

      se noyer dans l’absence d’eau, l’absence de mer, la marre à sec. se maintenir longtemps comme ça, sous l’absence d’eau, la pierre au ventre. se disant que l’éternité ne fait que commencer

      s’il y a un homme c’est qu’il y a déjà quelque chose qui traîne derrière lui. je montrais tellement à montrer que j’ n’existais pas, ériger un monument à toute inexistence

     

    oh les hommes, les femmes de courte durée

    3 juin 2022

  • la mort en bouteille, le soleil en veilleuse

      qu’est-ce que tu bouines, je bouines rien : je chante, je chante à l’oreille d’un mort

      s’attendre à quelque chose, on se serait peut-être attendu à quelque chose. or plein était le vide, tandis que vide était le plein

      j’ai frotté des lilas sur le pourtour de mes lèvres, enfoncé des lilas tout au fond de ma gueule – que s’est-il donc passé ? quel rendez-vous ai-je encore manqué ?

      tes lèvres balbutient mes lèvres. je ne parle même pas des langues. les langues demeurent toutes étrangères

      quand on t’incruste un œil, fut-ce dans le front, c’est tout le paysage qu’on te dérobe. un vide au fond du crâne, lumineuse absence d’être

      tu brûles, tu brûles de plus en plus, et pourtant l’objet tant à trouver
      n’existe toujours pas

      il n’y a plus d’eau dans le port – on dirait la marée définitivement basse. je revends ces vieilles maisons à des fantômes surendettés

      ton chien ta puce océane, ton chien ta puce océane, mais quand même pas tous les jours. parce qu’il y a des jours-sans, sans le chien sans la puce océane. sont-ce encore des jours vraiment ?

    1 juin 2022

  • l’amour à blanc

      les crampes, elles te prennent dans la nuit, les crampes
      tu te réveilles alors, tu arpentes la pièce, tu te dis que dieu parle si bas il faudrait que tu te baisses un peu, encore un peu
      ou modifies la courbe de l’équation

      il y a des choses on n’les dit pas, il y a des choses on n’en meurt pas – errant le juif, une forme tout à la fois grave et aiguë de la mélancolie, sentinelle blême

      la barbe d’un homme pousse toujours vers le nord, et j’en ai marre du méandre, et j’en ai marre du droit – je veux redevenir l’adolescent au cœur en croix

      pourquoi tu pleures. mais je pleure pas. oui mais pourquoi tu pleures. je pleure parce que
      parce que la lune trop haute pour moi, l’ortie pas si blanche que ça
      je pleure juste de ne pas pleurer, de ne pas m’y trouver

      une touffe ébouriffée. on dit une touffe
      ébouriffée. un gel ne de neige
      tout le mal qui se dépose en moi et bouche le fond. tout le mal un tas de poils
      faut que j’m’épile la chatte c’est clair. la chatte de l’esprit

     

    l'amour à blanc

    30 mai 2022

  • quelqu’un

      plus la lune s’aperçoit, et s’aperçoit de moi
      or qui suis-je pour mourir avant moi, avant que moi-même ne meure ?

      on va pouvoir se dire bonjour. on va pouvoir se dire adieu. et triste éternité
      on va pouvoir se marcher dans les ch’veux l’un de l’autre, s’emmêler les barettes

      je n’ai plus de raison de dire vous. je n’ai plus de raison de dire je. ni d’invoquer. donc je brûle ton sapin
      autrement dit, je te crame le sapin

      le sol est à hauteur de plante, à peine de cheville, tout juste de genou
      je pisse sur le sol, le sol ne pousse pas

      il n’y a aucune raison d’être et en cela consiste la seule raison d’être, tant l’être ne finit pas, et crie par-dessus la barrière : assez, assez – recule, marée !

      un chien est juste ce qui se présenta à moi quand je lâchai la laisse

      on croirait qu’on s’embrasse bien qu’on ne s’embrasse pas. des lèvres écrasent des lèvres des lèvres
      ne savent pas dire non

      un chien pour tout rempart je te l’avais bien dit
      que ça durerait pas longtemps ou en tout cas, pas si longtemps que ça

    28 mai 2022

  • mécréant

      le ventre est mou le ventre est dru, qu’allons-nous chier du ventre

      entre l’espoir et le désespoir d’un amour infini, là gît mon infini

      non, je ne suis pas celui que je suis mais bien plus, tout à la fois bien moins

      ton mouchoir blanc, torche-toi avec – la paix viendra d’en-bas, la paix remontera par les pieds, coulera des gencives

      quand on meurt on ne fait pas semblant, c’est la mort
      qui tout ce temps fait donc semblant qu’on soit vivant

      ta guerre est forcément la mienne – je ne prends plus la peine de lever les mains, plus la peine de m’agenouiller
      plus la peine de mourir

      ne m’a pas trahi le seul qui m’ait absolument menti. peut-être bien qu’il avait les dents jaunes

      je n’ai rien partagé d’autre que l’inaudibilité d’être soi. tu ne sauras jamais à quel point m’écœure l’odeur des lilas

      dieu est le père du néant. chaque jour j’en lèche la plaie, chaque jour j’en r’crache un clou
      chaque jour j’lui r’liche un pied, chaque jour j’lui r’crache une dent, dieu mécréant

     

    mécréant

    27 mai 2022

  • n’en venant pas à bout

      j’ai peur tout l’temps – je me tends un bout de miroir et ne m’y reconnais ni dedans, ni dedans
      je mords dedans

      sinon appelle l’ambulance. dis-lui qu’il y a un blessé quelque part, on sait pas où, on sait pas quand, mais qu’on l’entend gémir, ou qu’on l’entend même pas, on sait pas s’il est mort, on sait pas si il vit
      on sait pas qui il vit
      on a juste peur de le rappeler à soi, des fois qu’on aurait plus de soi

      une frontière intime, un fleuve aspirant les dunes
      jusqu’à l’intérieur des terres, et charriant la terre jusqu’en pleine mer or qu’est-ce que la mer, tant qu’elle ne roule rien tant qu’elle
      n’ouvre pas le bon œil, n’écarte pas les cuisses, et qu’est-ce que ma jambe droite
      fait par-dessus ma jambe gauche, et moi prétendument vivant, vivant de le prétendre
      je suce un simple cheveu, et c’est tout un cheval qui me sort de la bouche…

      heureusement je n’aime personne
      paratonnerre, j’absorbe toute la foudre d’un ciel intrinsèquement figé, j’attrape une puce
      je marche dans la ville la ville se couche en moi, me dit serre-moi contre toi joli garçon, et donc je lui rétorque crache ton moignon, putain de ville
      et d’abord chuis pas joli garçon

      tout ton corps il est maudit, tout ton corps ce qui, d’un bout à l’autre, commence à faire beaucoup
      ton dieu s’appelle d’un rat, or c’est toujours le même rat
      qui lui morde la queue
      le reste bave juste à côté de ce qu’il aurait rêvé d’être

      puisqu’à la fin on n’arrive à rien, il faut bien comprendre le rien comme une porte ouverte, l’entrebâillement sur l’infini d’un porte-à-faux
      ce qui s’ensuit le coasse la grenouille, ou se mêle à l’encens des obsèques
      des mères succombant à nos saints désespoirs

    25 mai 2022

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