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assis là sur un banc


  • d’un rayon, tu feras un bouton

      vraiment se vider la cervelle, le grand lavage de cervelle. manger du pain, la mie de pain
      pondre de l’eau, la mie de l’eau
      ne plus résister

      les gosses ont tout pourri, ils ont pourri le champ, les coquelicots sont morts
      ils ont pourri le champ, ils ont pourri le seuil
      et la chambre. comment ont-ils donc fait pour pourrir ainsi la chambre ?

      singulièrement je m’en vais
      singulièrement un peu, je me bave dans la barbe si on veut, je me rase l’envie
      universellement parlant aussi, je m’en vais
      ni pour le meilleur ni pour le pire, juste comme ça, tout simplement pour rien

      j’ai le dégoût de ma vie, comme un chien qui te mord quand tu vas pour le caresser. d’ici là ne me
      réveille pas. j’attrape les poissons avec la bouche
      et recrache toute la mer par la dite et même bouche

      d’une hypnose essentielle ne m’extirpe pas. d’une paillasse de clous, de gravats et de sueur ne me relève pas car c’est là qu’en-
      tre morsure et longue distance j’at-
      tends la fin du monde et j’attends là, après la fin du monde, l’air absolument pur d’après la fin du monde

     

    d'un rayon, tu feras un bouton

    1 juillet 2022

  • mon âme-triste. triste, mon âme

      c’est ce qu’on dit aux hommes. c’est ce qu’on dit aux hommes quand ils se couchent. c’est ce qu’on dit aux hommes quand ils se tournent sur le côté ou
      qu’ils ne peuvent pas dormir. qu’ils ne pourront pas dormir jusqu’à ce qu’ils meurent. ou qu’ils rêvent

      il ne pleut plus sur moi. où que j’aille il ne pleut plus sur moi. condamné au pain sec
      un jour un tatami

      je n’ai pas encore trouvé le lieu où mourir, le lieu de la confiance
      le lieu du temps dénoué
      je me suis arrêté au bar le bar était fermé, on peut le dire ainsi aussi
      les lignes tremblent

      je crois naturelle l’éternité, comme les feuilles ou le vent, ou encore la voix humaine
      le néant comme un cancer universel, j’ai réalisé ma propre biopsie
      j’étais à la fois le christ, le garde romain et le gitan qui apporte les clous

      on s’appelle par la mer, c’est loin
      aussi loin exactement que soi de soi. on s’appelle au ras du flot
      je creuse avec les doigts – je vais m’en foutre partout – je creuse avec tout ce qui me reste
      de doigts, ou s’il ne reste de moi que doigts

      à quel vide se pendre, à la corde d’un soupir continu
      je m’accroche à un rosier s’effondre le rosier, à un poil de chatte glisse le poil
      je m’accroche à une image le miroir ferme les yeux. la traversée du néant n’est pas de tout repos

    29 juin 2022

  • tous les animaux ont fui

      les tombes ne refleurissent pas
      les gens ne sourient pas
      on se gratte les mollets quand les orties nous piquent
      si seulement on pouvait être mort sans avoir à mourir…

      un jour, je n’étais pas comme ça
      un jour, c’était la glace qui se regardait en moi
      à partir d’une panne de moteur se déploie une paire d’ailes
      – qui donc a tué le paon ?

      je ne me sens pas très bien, là comme ça, tout verrouillé
      les oreilles recroquevillées
      il y a un mot tout au fond, disons très très au fond, un mot sans voix
      inépelé

      quelquefois j’ai peur d’un mort – jamais un mort n’a peur de moi.
      du mort en moi.
      j’achète tes dents, je me brosse tes dents, je me dis qu’on ramassera tout ça à la pelle, une fois la fête finie, l’amour en braille

      tu vas à la radicale
      tu dis non, non et non, non à tout et non à non, jusqu’au bout du non où dieu sans un slip
      j’ai failli pleurer, de quoi de rien je ne sais pas, j’ai bien failli pleurer, là juste au bord de moi

      tu me caresses la joue et tu ne caresses qu’une surface de plastique dur
      il n’y a pas d’animaux en moi, j’ai tué tous les animaux en moi
      puis je me suis tourné vers toi et j’ai tué tous les animaux en toi
      tous les animaux sont morts, ou bien ont fui

     

    tous les animaux ont fui

    27 juin 2022

  • un jour, à la maison

      il y avait un enfant et au-dessus de cet enfant une cascade de fusils, dont certains le pointaient à bout portant
      j’ai beau regarder par où la pluie il n’y a rien dehors, dehors ne respire plus, les chemins ont renoué leurs lacets jusqu’à étouffement complet
      je me suis donc assis et contenté de contempler un bout de rien, lequel remuait encore un peu

      à force d’abstraction, on tombe en couches
      les ombres font des animaux sur le mur et le mur lui-même finit par devenir un genre d’animal, ou du moins par recourir à l’animal en soi
      en moi nul ne boit
      en moi se dessèchent les animaux, dont ne me reviennent que les os
      la source reste pure, soit, où l’on ne trempe un pied !

      je rentre à la maison et me retrouve chaque fois dans la maison d’un autre, maison où l’on se sent voleur dès qu’on ouvre le buffet et qu’on se ressert un verre
      je te dis touche mon ventre et tu me touches le ventre. je ne sais pas à quoi je m’attendais mais cela n’a pas lieu
      quelque chose n’advient pas
      je rentre à la maison

      les gens s’habillent en bleu. de tout temps les gens s’habillent en bleu. il ne reste plus d’espace où se déshabiller
      plus d’espace où s’élancer jambes nues, cuisses nues, sexe nu – ne parlons pas du ventre…
      j’ai obtenu un congé maternité, moi qui ne suis mère que d’un veuf absolu

      la sincérité implique une identité ferme, c’est à dire le mensonge originel. être sincère exige de garder fermés les yeux sur l’imposture première. des fois les doigts m’en collent
      un jour à la maison, il n’y avait plus de pain. on a envoyé mon frère chercher du pain et mon frère ne revint pas. on a envoyé ma sœur chercher du pain et ma sœur ne revint pas. et ainsi de suite. quand il ne resta personne et que ce fut à mon tour d’aller chercher du pain, je pensai que je me passerais de pain tout aussi bien, et restai là, tout haletant

    25 juin 2022

  • j’ai donc fait ma valise

      tourner en rond
      tourner en rond dans le sens des aiguilles d’une montre, et quand ça nous prend, dans le contre-sens des aiguilles de la même montre
      tourner à contre-rond, lâcher la veuve et l’orphelin, les abandonner à leur triste sort, parler un peu
      parler un peu quand même

      se ronger les ongles
      on se ronge les ongles parce qu’on se ronge les ongles, et parfois jusqu’au sang
      on se ronge
      le bout des ongles et ça repousse
      on se dit que ça repousse, un moment ça repousse, on se dit qu’il n’y a plus d’homme au bout plus
      d’homme au fond

      je me suis endormi dans le sens du large, cependant tout au bord
      si tout au bord qu’au-dessous de moi nageait le vide, j’ai failli m’endormir
      en plein sommeil, j’ai failli m’endormir – que c’est triste
      tout est donc si triste, au bout du bord

      il y a les allemands
      il y a les allemands et il y a ceux qui ne sont pas les allemands, ou pas tout à fait les allemands
      et puis il y a ceux qui ne sont même pas ceux qui ne sont pas les allemands, et qui se nourrissent de baies, de racines, ou d’on ne sait trop quoi
      ce sont eux, semble t-il, qui font les plus beaux cerf-volants, et volant le plus haut

      si l’on fait un tour de manège, rien qu’un tour de manège et toujours le même
      tour de manège, c’est afin de ne pas oublier d’où l’on vient, ni vers quoi l’on revient
      c’est parce que l’on n’est ce que l’on est qu’à la condition de l’avoir été déjà, et que l’origine s’avère en soi pur produit de la répétition
      à partir de là, le large prend ses palmes…

     

    j'ai donc fait ma valise

    23 juin 2022

  • une âme au prix d’un RSA

      les piafs sont de branle
      les hommes sont de branle, eux aussi
      les femmes évidemment sont de branle
      les uns portent malheur, les autres un peu moins
      et penser dans tout ça que dieu n’a plus qu’une longueur d’avance…

      je ne suis pas l’ancêtre de ma maison – j’attends mon tour c’est tout
      un chien se souviendra de moi, un chien, dont la mémoire
      ne se distingue pas de celle de dieu

      n’avoir rien devant soi revient à ne pas avoir de barreaux devant soi
      à enlacer. il y a longtemps que mourir ne sert à rien, et pourtant nous continuons de mourir
      comme si de rien n’était
      ou pour passer le temps

      vivre est un ami à moi,il a perdu quelques dents
      il pense à la hongrie, ou à la bulgarie, à tous ces pays enfin
      auxquels on ne pense que quand on perd ses dents
      chacun crie vive la mort, sans le penser vraiment…

      j’ai remarqué que la nuit tardait à tomber,
      que le jour se rallongeait au nord suggérant je ne sais quoi, aux couleurs pastel
      bien que la mort reste au fond la seule chose qui puisse nous arriver, nous ne lâcherons rien

    21 juin 2022

  • fermer visage, ouvrir voix

      remuer son petit tas de sable, cracher contre le vent, toute une vie durant
      puis, le sable retournant au sable, le vent au vent, ne demeure finalement de soi
      que le large
      de paresse et d’oubli, le large
      en acte et en pensée, le large

      face à l’immense
      ou traversé de l’immense
      je veux dire habité par l’immense
      ne m’aura pas rendu les clés
      ni le sourire figé dans le cadre réduit
      de l’appareil photo

      ils ne meurent pas tous entre mes bras: ils s’obstinent parfois
      à confondre le moyen et la fin, le doigt la lune,
      le riz et l’orge
      et simultanément à distinguer le temps
      de l’éternité alors même qu’il pleut, dieu du néant ou encore
      le riz de l’orge…

      les choses évidemment, on les préfère quand elles ondulent
      comme on préfère penser, à l’aube d’une orgie de sang, de chairs calcinées, que croiser l’inconnu c’est donc un peu renaître
      et tu trouves ce moment opportun pour écraser tes lèvres sur mon
      indifférence à vif

      dans l’infini, le mouvement se confond donc à l’immobilité
      soit…
      je digère mal le café ce matin, je ne pense pas
      revenir jamais…

      identifier son propre corps à celui de l’humanité est un sport de prophète, or de prophètes on n’en trouve pas des masses, entre une averse et Ouistreham…
      on crève un pneu
      on respire à plein pot le néant infini

     

    fermer visage, ouvrir voix

    19 juin 2022

  • le vacuum cendrillon

      tristesse universelle, plus un mouchoir en papier
      un simple mouchoir
      en papier
      allez, en le déchirant pourra t-il servir trois fois tout au plus
      trois petits bouts pour éponger, essuyer, absorber la
      tristesse universelle

      on ne sait pas crier au mort, on ne sait pas
      crier alors, et donc
      et donc reprend son souffle, enchaîne ses mouvements
      se met à la remorque de je ne sais quel vide, croissant de tous côtés
      et en-dedans

      on ne sait pas quel bruit ça fait, de mourir
      quel bruit ça fait à l’intérieur, l’intérieur de
      celui qui meurt
      je me dis marche
      ôte tes grolles, enlève tes chaussettes et marche
      va nu-pieds, tant qu’il y vont

      un homme est malade
      il s’est tiré une bulle dans la tête, et maintenant il est malade
      c’est le monde entier qui en lui s’est alité, tandis qu’en lui aussi, mais un peu au-dessus, gonfle la bulle
      quand elle éclate sans un bruit, quand elle éclate sans un souffle dit-on, le cauchemar prend fin

      comme on crève l’abcès, comme en claquant des dents, à corps perdant
      des sentinelles cloutées, des sentinelles sans voix ne se répondent pas, ne donnent pas l’alarme
      le vide est bien le vide de quelque chose, ou de quelqu’un. cela finit par se savoir

    17 juin 2022

  • être personne, aller nulle part

      j’ai été là
      quelque part ou ailleurs j’ai été là, témoin de soi
      rien qu’un méchant panneau devant la mare obscure, d’une laconique prévention
      : « baignade interdite »…

      il y a des restes d’os
      entre les dents que veux-tu que j’te dise il y a des restes d’os
      sous les bras. je n’y peux rien
      je m’emmure enfin

      je n’suis pas moi si près de moi que j’en meurs à vau-l’eau
      à vau-l’eau comme je te tords, à vau-l’eau comme je te mords
      un coing dans l’agonie

      éternelle dit-elle, pas immortelle
      d’où ce grain de beauté à l’épaule gauche de la méduse
      d’où cet air total déconnecté qu’on prend en descendant du train ou en sortant du bain
      l’abîme en neuf dimensions, dit autrement…

      recevoir un miroir en retour
      un peu comme l’image d’une gifle avant qu’elle n’atteigne sa cible
      … il faut manger
      on ne sait pas pourquoi, il faut manger
      quitte à manger son âne quitte à
      le manger cru

      quand il pleut, je sors mon parapluie
      j’ouvre mon parapluie, j’attends
      j’attends que la pluie cesse pour fermer mon parapluie
      éventuellement rentrer mon parapluie
      restent les flaques…

      jambes nues, à quoi sert d’aller nues, nues de ronces et de fourbes orties
      et qui à mon oreille susurre cette malédiction :
      qui n’est pas mort sept fois
      n’a pas ouvert encore un œil…

     

    être personne, aller nulle part

    15 juin 2022

  • toute panique adolescente

      plus qu’un homme. plus qu’un homme et c’est la fin. l’homme-clôture. j’ai enlevé les poils de sus ma langue, recraché le pistil. plus qu’un homme et c’est la fin

      nulle bitte à l’horizon, le port détache. cherbourg en pleine brousse, poème sinon quoi ? j’accent premier. j’accent comme il se penche allez là, je rebrousse. allez là je reviens, minable éternité

      il ne m’appartient pas de rendre nécessaire. le cerf-volant pris dans les branches. tous les temps en éventail dans la main et c’est promis à trois, j’arrête de faire le malin

      un plein de boue, un vagin de cristal – je pleure beaucoup mais ce n’est pas suffisant. un insensé fragile peut-être nous délivrera. nous. guérira de la peste. nous euthanasiera

      fessi fessa tou-
      te honte bue, tous ces
      héroïques absents, douleurs amnésiques – je ne veux d’aucun monde
      : il n’y aura
      plus d’être au monde

    13 juin 2022

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