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assis là sur un banc


  • une maille à l’envers

      dieu m’apprendras-tu
      à respirer sous l’eau, à faire pipi debout ? dieu m’aideras-tu
      à effacer tout cela, à disparaître, à ne jamais oh grand jamais
      avoir même existé ? dieu je t’en supplie, rappelle-moi qui je fus

      les gens ne m’aiment pas
      d’instinct ils sentent que je ne suis pas du quartier, pas des leurs, que je ne leur
      pardonne pas, que je
      ne trouverai femme parmi leurs filles à leur grand soulagement, et puis j’ai recherché
      des gouttes sous la pluie je crois je vais
      finir ma vie comme ça

      il y a peut-être une vérité mais ça ne me concerne pas
      il y a peut-être une vérité je n’en veux rien savoir
      il y a peut-être une vérité je refuse d’y prendre part il y a peut-être
      un peigne resté coincé dans ta tignasse je veux bien essayer comme au mikado de te
      le retirer sans te faire mal

      et si j’étais mort, je ne me présenterais pas ainsi, tel qu’à présent
      je me saperais un minimum, je veux dire je m’habillerais cool je t’appellerais
      par ton p’tit nom, parce qu’étonnement je me souviendrais
      de ton p’tit nom. je ressemblerais enfin à quelqu’un genre à celui qui se souvient
      au moins de ton p’tit nom

      fidèle au point d’un rendez-vous jamais donné ni pris, j’arrange ma robe
      je plie je déplie, je replie bref, j’arrange ma robe
      il ne faudrait pas que se lève le vent il ne faudrait pas que retombe le vent, au point d’un rendez-vous jamais donné ni pris j’attendrai là
      qu’un autre passe et prenne ma place

     

    une maille à l'envers

    27 novembre 2022

  • d’l’amour à r’vendre

      ma sœur est entrée dans la mort
      avec sa poupée, comme ça, tout cru
      et ses dents de travers.
      je suis mort avant elle. heureusement, je suis mort avant elle
      pour déblayer le chemin, ravaler
      tous les petits cailloux

      ma mère m’a porté en terre, petit cercueil minus trouduc petit cercueil tout blanc vernis – petit mais
      une blinde ceci dit, ma mère
      m’a porté en son sein neurasthénique, son sein siliconé ou dur de dur ma mère, enfin, c’était pas sa faute
      mais quand même

      ma femme
      tout à coup s’est crue nue tout à coup s’élança
      à travers champ folle furieuse, ophélie au rabais c’est alors
      qu’en ses yeux révulsés je m’apparus sous la figure désenchantée d’une
      penaude ménopause

      dieu fait le mort. ce qui ne m’empêche nullement de triquer dans mon sommeil enfin tout ce que tu voudras je chope
      un poisson là je chope
      un poisson ci je chope
      le rêve d’un être dont on n’a jamais pu déterminer vraiment le genre
      ni la raison

      ma fille m’a carrément enfoncé ses doigts dans le dos, jusqu’aux côtes j’ai du la supplier: « arrête ma fille arrête, retire tes doigts
      de dedans ma cage thoracique, lâche mes côtes retire-toi de
      mon corps »
      car j’avais un corps à moi – en tout cas ce qu’on peut appeler un corps: un tas
      d’ossements dans le sable, et très peu d’idées claires…

    25 novembre 2022

  • calvitie de l’aigle, psoriasis du serpent

      dieu s’est tué pour moins que ça, quoique je n’en fusse pas témoin
      et me voici frappant et refrappant à la même porte, comme si
      on allait me répondre comme si
      on m’entendait comme si quelqu’un se trouvait là
      là, ailleurs qu’ailleurs, autre part qu’en l’absence
      – surdimensionnée, l’absence…

      je m’en fous. je n’joue plus
      à la bouée à l’élastique, à la marelle ou au loup, je n’joue plus je ne fais que
      regarder jouer – la marelle le loup, l’élastique à mi-cuisses
      le hommes morts avant même d’être nés…

      plutôt qu’à une croix, je préférerais ressembler à une pierre
      pas un galet ni un menhir évidemment – disons une pierre-topinambour ou un truc du genre, tu vois ?
      non. tu ne vois pas. et pourtant on n’a que voir apparemment. alors imagine l’enfer dans lequel patauge et merdose
      tout ce qu’on ne voit pas, et tout ce
      qu’on n’est pas du fait de ne pas voir

      comme un poulet sans aile, comme un poulet sans peau, comme un poulet sans patte
      j’ai mordu dans le tas
      on a mangé ça comme on a pu, les doigts dans l’pot, les confetti circonvoletant
      on a pleuré dans l’ordre
      heureusement survint l’hiver, et tous ont soudainement cessé
      de se toucher les uns les autres, de faire semblant

      une pipe c’est une pipe. ça se fume, ça se crache, ça se tousse
      on rentrera l’un en l’autre, on en ressortira par l’un ou l’autre trou. ou on s’en
      expulsera de force, je ne sais pas
      je ne sais pas et quoiqu’en cet instant présent ça ait l’air d’une formule éculée là vraiment en cet instant précis je n’en veux
      rigoureusement rien savoir

      je n’ai été pur qu’au plus purulent de ma souillure, soit dit adolescent, adolescent pustule ardent
      toute pureté et salissure pour capital, je gonfle et cependant j’ai l’impression
      que ces bulles m’écrasent
      m’écrasent profondément
      profondément ça fait des trous

     

    calvitie de l'aigel, psoriasis du serpent

    22 novembre 2022

  • pause pipi

      tout mon corps est abîmé, tout
      et perclus d’abandon, de maigres nattes pendouillant de chaque côté
      tant qu’on a froid on peut se dire un homme n’est-ce pas, se réchauffant à l’idée de cette idée au moins tout en
      se serrant davantage contre soi

      j’ai trouvé une boîte en fer et je me suis enfermé dans cette boîte en fer
      l’humidité ambiante et la poussière de fer pourvoiront à ma quasi immortalité, je n’en doute pas, ventre mou du cloporte
      il eut fallu ne pas être là, ailleurs ni nulle part

      ton chat m’a mordu la langue, j’ai du crever
      ton chat, doigter la mère michèle aussi profond que le doigt était long
      un jour il y aura un grand écran et ce grand écran s’appellera l’océan
      tout simplement
      ce jour n’est pas venu, je le crains

      des bouts de langues, pincées par ci par là. sucées, raclées, roulées
      être devenu l’être que l’on est à force de creux dans les bras, de trous dans les bas, de colon gelé
      et la braguette béante – n’oublions pas de
      remonter notre braguette

      j’ignore si toutes ces heures passées à caresser la bête compteront comme points bonus face à dieu mais je garde la rage folle
      de vivre encore un peu, de souhaiter la bienvenue à autre part que moi, de faire du trampoline
      à l’endroit précisément
      où y a pas d’trampoline

    19 novembre 2022

  • il n’y a personne en mon cœur pour qui travaille mon cœur

      tombent les mots. comme une raison d’être que se chercherait la chute. tombe t-en mots. la chute
      redresse la chute. s’y efforce. si elle penche la tête c’est au moins deux vides qu’elle entrouvre
      le vertige en regardant vers le haut, ça existe

      je ne te prête
      pas de chaussures, même pas de pantoufles, je te laisse pieds nus
      entrer dans ma maison
      il doit bien me rester une paire de chaussettes quelque part, propres qui plus est je te
      les enfilerai

      certains souffrent de quelque chose, tu souffres de quelque chose, quelque chose
      souffre de nous, de moi. de tout. j’avale un yaourt. il n’y a qu’un seul yaourt, blanc, onctueux
      réparti dans mille pots

      on sortira on fera le tour du pâté de maisons on reviendra mais la maison
      aura disparu, on ne trouvera rien
      à la place de la maison, qu’un vague terrain vague
      et le panneau « à vendre »

      je suis descendu dans le fond de ma culotte : nulle trace de toi
      un homme ne ressort pas de moi
      pas de son vivant en tout cas
      on évite les drames, on meurt
      en petit comité

     

    il n'y a personne en mon cœur pour qui travaille mon cœur

    16 novembre 2022

  • tout est rouge. hormis le rouge, tout est rouge

      tu t’appelles comment tu t’appelles le petit sang ta mère
      c’est comme toi sans le sang et toi comme le sang sans ta mère on fait ce qu’on peut je le sais bien et de là
      on fait ce qu’on veut, amen

      t’es un mec ou t’es pas un mec, si t’es un mec.
      le tic-tac d’une horloge arrêtée.
      le mal loin derrière soi, le sang rouge à force d’être noir
      noire la couleur s’étant couvert la vue – la vue ne suffit plus
      s’endeuille le paysage

      j’habitais ma chanson, sans crier gare
      j’aurais pu vivre ainsi, me branlant l’ombre, me retournant la peau du visage
      il y a des moments comme ça où les choses ne voulant plus rien dire
      se révèlent exactement telles qu’elles sont

      la rage nous aura conduit à cette indifférence exacerbée, ce lieutenant assis
      j’eus l’impression de me tenir là sur le rebord du nombril universel c’est alors que
      je me pissai dessus, tout seul, comme un grand

      palpitent les tombes. urgent les vessies
      la mort ne résout rien. te souviens-tu de rien ?
      je me baisse et embrasse la ligne de toute frontière mais j’y peux rien j’éjacule, ça mouille j’ai pas de quoi essuyer je me sens
      si sale
      ou si triste

      n’ayant plus de raison d’en vouloir à qui que ce soit, j’arrache les bouts
      de tout temps, de toute hérédité, j’arrache les bouts
      des antennes aux racines j’arrache, j’arrache les bouts
      la lumière se replis sur dieu, le dégoût de soi ça va
      c’est bon, ça va

    14 novembre 2022

  • échos du bout du bout du monde

      noirs les ballons
      qu’on lâche dès qu’on ne peut soutenir davantage
      sa propre légèreté, écrasé d’apesanteur et du sentiment persistant de
      sinistre vacuité :
      noirs les ballons

      tomber, mais tomber où, sur la pointe des pieds
      tant tout est chute dans le vide, et vol toute chute
      planant de le penser mais
      chute à la pensée de penser ce plané
      – eh merde !

      dans la nature donc tout est rond, les nez de clown sont ronds
      les ronds ne s’ennuient pas, poissons dans leur bocal
      or si les ronds font des bonds, les bonds mouillent chemise : des ronds partout
      des ronds tout l’temps

      toute la nuit je rêve. ça fait passer la nuit
      je ne comprends pas la mort – pas plus mourir que d’être mort, pas plus pour soi que pour autrui
      je ne comprends rien
      par conséquent toute la nuit je rêve. ça fait passer le rêve,
      le goût du rêve

      cela fait de moi un homme qui marche, un homme qui
      ne se l’explique pas et c’est ce qu’on se dit quand on ne sait quoi se dire ou que
      mourir pour un poème mais non, ça ne
      décolle pas

      nous sommes les tombeaux de nos mères
      et en plus c’est nous qui apportons les fleurs
      ça sent bon, les fleurs
      ça nous innocente, en quelque sorte
      le reste se réduit à de larges trous observant tout cela
      d’un regard fade

     

    échos du bout du bout du monde

    11 novembre 2022

  • restaurer l’inespéré

      je pose mes mains sur un lapin mort, il ne ressuscite pas
      je décroche un pendu de sa poutre il s’éloigne sans un merci, comme si de rien n’était
      ce café froid. horriblement froid. je m’en ressers une tasse

      je l’embrasse dans les coins
      elle est grosse ou elle est maigre, selon les coins, ou sous l’angle duquel
      je frotte mon sexe sur tout son corps et j’arrête là. elle me demande si elle peut en faire autant je lui réponds pourquoi pas
      ou si tu veux, je ne sais plus
      un de ces deux je crois

      si mourir c’est se noyer en dieu, vivre se résume à subsister à l’état d’épave
      je n’invente rien. j’introduis des objets dans les trous
      aux formes correspondantes c’est tout

      le désommeil. se recroqueviller tout nu dans le désommeil
      ou se désommeiller, sans jamais cependant accéder à quelque forme d’éveil
      quelque forme d’éveil patauge à la surface

      ils vont nus. ils chantent nus. quelqu’un les affuble d’un prénom de fille
      il n’y aura pas de pitié. il n’y a jamais eu de pitié. quelqu’un viendra et te
      lavera les pieds

    9 novembre 2022

  • placage au sol

      toute cette tête, toute cette partie faisandée, tout ce monsieur qui sert à rien
      les maux entrent dans ma tête, par tous les conduits possibles
      alors je lui tends et lui retends
      mes photos d’infamille

      l’homme est comme un homme en moi, sauf qu’il n’est pas moi. il ne trouve sa place nulle part
      c’est près du pêcheur que je m’assois reste t-il une place
      assise auprès de ce pêcheur – et s’il s’agissait tout simplement
      d’un autre pêcheur encore ?

      j’ai eu un dieu, deux dieux, trois dieux puis le jour a cédé, sur la paille couché
      de quoi notre survie dépend-elle ? recouverte de bleus, des bleus la recouvre en entier
      des trous la minent

      je me suis embrassé. personne ne m’embrassant je me suis embrassé cela ne m’a
      pas procuré grand émoi. j’essaie donc autre chose. je ne sais pas encore quoi mais j’essaie de nouveau
      de nouveau je m’empile

      on s’attendra. ou on ne s’attendra pas
      il y a le dieu qui meurt et il y a le dieu qui ressuscite – entre les deux, il n’y a pas de dieu du tout
      entre moi et soi, il n’y a pas d’homme du tout j’espère
      ne pas avoir trop abusé de ton temps, de ton absence

     

    placage au sol

    6 novembre 2022

  • soupe aux frelons

      la ville dans la ville et les cheveux dans les cheveux, on s’appellera ce soir ou sinon demain soir
      on se verra plus tard

      les bulles se sont calmées. les bulles se sont calmées partout je n’ai pas eu le temps de
      finir mon pain d’épices, ou ce que je me plaisais à imaginer comme étant
      du pain d’épices

      les hommes s’embrassent comme ça, les hommes s’embrassent dans les coins les hommes s’embrassent partout
      alors on leur tire dessus, comme à la fête foraine sauf que là on gagne
      pas de nounours

      remonte ma ceinture, dis-moi comme j’étais belle, prends-moi sous tous les angles – quelqu’un se lassera de moi quelqu’un
      feindra de ne pas me reconnaître
      sur un bout de miroir

      tu crois qu’on vit dans la même tête, toi et moi, projections bâclées d’un même subconscient ?
      je me jette en premier tu me suivras de près – de si près qu’entre l’un la chute et l’autre le corps ne saurait subsister
      qu’un seul et infini vertige…

      nous les petits garçons, les inutiles, les affabulateurs du rang du fond – et tous ces secrets qui finiront par nous trahir, ces marques au cutter
      rageusement incisées sur le revers de qui nous prétendions être…

    3 novembre 2022

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