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assis là sur un banc


  • il suffit d’inverser les pôles

      on a survécu certes, mais ça n’a pas suffi, alors on a survécu
      de bouts de carton en peaux de saucissons, nous abandonnant sans illusion au plus petit écart
      à se regarder courir derrière soi, on a manqué se rattraper

      c’est comme un toit et comme un toit percé, un ballon dégonflé
      voici venu le temps des noyaux de cerises, le temps de la bouche sur la bouche et de la langue dans la bouche
      le temps lourd des fossiles

      un homme ça ne meurt qu’une fois sur mille, un homme
      j’habite quelque part entre chez moi et nulle part, je mange sur le pouce
      une crotte de mon propre sang, un trou dont on perce le vide, comme ça, sans effusion…

      sortir des troubles, des chaînes puissantes, de la maladie des morts
      ou encore faire un tour dans la forêt sans arbres
      une pluie quand il pleut – qu’importe la façon dont on meurt…

      les os sont de lumière. ça ne pourrit pas, la lumière. ça ne couve pas de secret
      quelle que soit la taille de la couverture que l’on tire à soi, les pieds restent en-dehors, tâtent le vide
      d’ailleurs on dit du vide, et pas le vide. c’est ainsi qu’on s’appelle à souper, négligeant les fondamentaux

      je le vivrai sans émotion, et comme absent de ma douleur
      aucun signe de croix ne viendra ébranler ma poitrine endeuillée
      dans la débâcle on voit le mystère enlever sa culotte, les paysages impassiblement gangrener l’espace
      jusqu’à l’os et au-delà

     

    il suffit d'inverser les pôles

    26 juillet 2022

  • couleur quai

      les hommes aux cheveux longs, on les peigne en gestes larges
      on les peigne avec douceur – une fois qu’on a viré tout ça on chiale tranquille
      récidiver ne porte à rien
      les hommes aux cheveux longs sont munis d’oreilles mystérieuses, clairs de lune à l’eau d’javel
      ou regards inversés

      il n’y a plus qu’une langue, il n’y a plus qu’un pays – où la marée s’embourbe
      la bouche collée à la vitre, tandis que le reste de mon corps, colin-maillard à qui crier pitié ?
      c’est comme crier pouce, time out, se toucher du genou en rêvant
      qu’un sexe y pousse, et allez qu’on s’bave dessus…

      quelqu’un s’est-il trompé de jour, ou le jour de personne ? j’ai pris congé
      infinitésimal et cependant, d’un congé maximal
      des choses continuent de tomber, d’autres de pousser, d’une tristesse ostentatoire
      le doigt disparaît dans l’anus ou similaire, pour ne réapparaître des siècles plus tôt sous une forme d’éden,
      de noyau mal craché

      j’ai la terre sous les ongles, l’eau de mer dans la cervelle, on fera mieux la prochaine fois
      on s’habitue si peu à soi, sans pouvoir s’en détacher pourtant, sans s’en débarrasser
      on a couché avec la femme au mouchoir
      on a couché avec le mouchoir
      on a couché avec la seule poussière

      plus un trou dans l’océan. l’océan ou la négation-même de l’homme
      le néant ne faisant que lui caresser la langue
      de la pointe à la racine de la langue, un clou résurrecteur
      – est-ce que ça va puer encore longtemps comme ça, la mer à la dérive,
      les algues à marée basse ?

    23 juillet 2022

  • septentrionales

      vers le plus d’être en moi, et peut-être une gouttière
      par laquelle s’évacue
      l’eau de pluie
      ou de toute autre chose, qui aurait quelque rapport avec l’impossibilité
      de se retenir
      ou de vivre une vie, ne serait-ce qu’ordinaire

      on n’est pas obligé
      de se coucher si tôt on n’est pas obligé, non plus
      si tôt du côté nord, la porte décousue
      on se donne un mal de chien, vraiment, on se gratte on se gratte
      et toujours pas d’alouette

      les morts sont morts et les vivants parlent tous seuls, bouche bée face à la bouche infiniment
      plus vaste qu’elle ou j’ai rêvé, oui, j’ai rêvé, définitivement ma mort me dit oui, t’as rêvé mon chou et je t’aime tel quel
      ou tel qu’elle
      semble m’avoir perdu de vue, durant tout un instant

      ta chatte elle a des os. je la secoue dans tous les sens, ta chatte
      elle a des os.
      le pont, l’araignée et la marée courante.
      un jour j’irai vers où pas de raison et un jour peut-être, serai-je heureux
      juste au souvenir de ne l’avoir jamais été vraiment

      il y a quelqu’un qui meurt et c’est toujours à côté de moi, mais jamais
      dans mes bras ou dans leur creux, il y a quelqu’un qui meurt et c’est comme on éjacule
      dans le vide ou du triste côté
      dans l’eau du port ou à contre courant
      va falloir s’y habituer, à arriver trop tard en se disant va falloir s’y habituer
      à venir les mains vides, la vertèbre flasque

     

    septentrionales

    20 juillet 2022

  • perséphone n’a plus de dents

      les humains détiennent des bâtons de toutes les couleurs, c’est pourquoi le mien est marron, résultat quelque peu décevant d’un mélange inconsidéré des couleurs
      c’est également pourquoi le bois, et le bâton en bois, devant mener je ne sais qui de je ne sais où à je ne sais quand, mais là je prends mon bâton
      plus pèlerin qu’un homme le vent vocifère dans la tête d’un homme et ressort par la bouche, mais là j’empoigne mon bâton

      j’ai beau avoir été ma vie durant un lecteur assidu de l’almanach, j’avoue maintenant n’y avoir rien compris, et n’y entendre rien
      je reconnais simplement cette équation, et j’entretiens cette aporie :
      que se disent donc et que réfléchissent l’un de l’autre deux miroirs se faisant rigoureusement face,
      sans voix, par conséquent sans objet – telle me paraît l’image de l’amour parfait, image d’un homme que la nature abandonne

      et quand la nuit prend feu un phare se chie dessus – c’est même ainsi que tout commence et ainsi que tout finit, entre les deux mon cœur balance
      la mémoire comme antidote au temps, va falloir trouver mieux. la pluie pour se protéger des parapluies, ça n’a pas marché non plus
      en fait on n’ose plus rien, et plus rien ne nous colle. on rapproche nos bouches, ravalant nos salives…

      la pluie d’un côté, la pluie de l’autre – entre les deux je meurs heureux
      on habite plus chez soi, on habite où un homme nous invite, un homme ou une femme, avec un peu de chance
      une mouche en pleine vitre
      je parle de mouche évidemment puisque c’est la saison des mouches et que la mouche s’est révélée la
      meilleure amie de l’homme, la plus fidèle inessentielle,
      son alibi à être malgré de n’être rien, ou l’allégresse de sa pure insignifiance
      très pure et très insignifiance

    17 juillet 2022

  • miroir aux oubliettes

      il n’y a plus d’habitants à ma porte. les habitants ont fui la guerre
      du coup la guerre elle aussi a déserté les lieux
      puis-je en déduire pour autant que me voilà tranquille ? non, ne me voilà pas tranquille
      : quelque chose hante les rues de cette ville, quelque chose rôde sans laisser de trace
      peut-être ne s’agit-il que de moi, ou peut-être attend-il que je parte à mon tour
      pour occuper la place

      quand ne restera plus personne pour lire ce message, alors le message prendra t-il tout son sens, et le sens son essor
      les oreilles du néant en frémissent à l’avance – j’ai même mis des photos, pour montrer qu’il est réellement question de quelqu’un, quelque part, et pas seulement d’une fable
      mais même une fable, il faut bien quelqu’un pour la rapporter, d’aussi proche ou d’aussi loin que ce soit

      d’aucuns prétendent que les morts sont dessous – je pense qu’ils entendent par là que les morts se trouvent au-dessous de nous
      d’autres et pas des moindres suggèrent que les morts au contraire sont au-dessus, et qu’ils pourraient, selon une météorologie toute métaphysique, pleuvoir – je pense qu’ils entendent par là  qu’il pourrait pleuvoir des morts
      entrer en soi, s’entendre, s’apparente au viol d’une morte, ce pur
      acte de fidélité

      je me sens tel un miroir posé là, attendant indéfiniment que ne passe devant lui le seul objet dont il puisse retenir ou refléter l’image
      quelle chance a t-il de voir cela se produire ? quasiment aucune, mais il n’a d’autre espoir de s’éveiller que cet improbable évènement
      c’est en ce sens que le miroir apparaît comme la frontière abstraite et intangible entre
      le pur néant et la lumière infinie…

     

    14 juillet 2022

  • quant à l’idée d’un homme

      dans la forêt quelqu’un se perd. quelqu’un se perd, dans la forêt
      et l’écho ne fait que s’amplifier, d’un silence intérieur, d’un silence bestial
      des arbres coupés de la forêt j’ai ramassé les ombres, et j’en ai fait un tas
      de la forêt ne reste donc que le ciel au sens strict, ou l’onde large d’un cri béant

      je reste tout au fond, tout au fond de l’envers d’un trou, mais tout aussi anonymement
      la pelle entre les mains, sans matière à creuser néanmoins, ni de sable à remuer
      il faut vite se mettre à l’ombre, d’un arbre n’ayant jamais poussé, et dont l’essence demeure inconnue
      – entends le hurlement du temps dans la gueule du loup

      l’amante a perdu quelque chose, comme le goût d’une peau, le goût d’une autre peau. elle baise en double file
      l’attente un peu plus loin, l’attente dure, d’un bout de ciel à ronger, d’une ondée passagère
      l’amante a penché de côté, du côté d’une mémoire dure, l’amante s’est roulée en boule tout au creux de l’attente
      elle a perdu quelque chose comme on perd quelque chose, par simple inconséquence. elle baise en panne sèche

    12 juillet 2022

  • posthume

      la nuit remonte de la cave oui, la nuit remonte de la cave
      mais elle descend également du grenier, la nuit
      oui, la nuit descend également du grenier

      se pose alors la question :
      nos yeux sont-ils donc faits pour voir aussi loin que la nuit le permet,
      c’est à dire à l’infini, ou presque ?

      après tout dieu n’est qu’un appel à dieu, et je m’en veux
      de n’avoir rien saisi, de n’avoir
      ouvert la bouche que pour
      creuser un trou

      la pluie soutient mon balcon mais pas vraiment :
      la pluie soutient ma détestation
      et la détestation de mon propre camp

      l’origine du flou et l’origine du nu se font face depuis
      l’éternité au moins. quand l’origine du flou
      rejoint celle du nu, s’élève la voix
      et quelque chose de très pur à l’intérieur de la voix

      mille branches de cassées, un arbre de tombé et cependant
      pas une feuille ne tremble, pas un nuage ne se déchire – c’est le silence absolu
      des limbes…

     

    posthume

    9 juillet 2022

  • dieu n’avait qu’un trou à faire

      c’est assez incroyable, ce qu’il se passe quand
      il ne se passe rien
      que la mer bascule
      d’un continent à l’autre, ou d’une lune à l’autre
      et que je reste, envers et contre tout le même exactement
      que je n’ai jamais été

      mais je me parle à qui là, précisément ?
      ces soirs qui traînent, qui n’en finissent pas, d’étés à la ramasse
      c’est parce que je ne supporte pas ce qui n’est pas essentiel que je me reconnais en la vanité pure
      celle qu’on ne récupère pas, qui ne justifie rien mais nous laisse pantois face au vide ou face à
      notre propre vide

      chacun perd sa poignée, sous-entendu de porte, chacun prend son congé
      chacun se rend malade d’une douleur universelle, et qui n’existe pas
      il y a un vide énorme et il y a un homme
      à partir duquel tout se déploie, et en lequel tout se résorbe, vide inclus

      certes je n’aime personne, mais pas moins l’un que l’autre
      et cependant j’aime passionnément, comme s’il manquait un dieu à ma substance
      une fois sur deux le jour tombait, une fois sur deux se relevait
      tandis que l’autre fois sur deux rien n’avait lieu ni s’il en restait
      ne prenait place

      mon premier métier consista à survivre
      mon dernier à m’en passer, et pour cela les dés ne suffisent ou ne suffirent pas
      j’ai donc organisé un chamboule-tout
      où l’on ne chamboule rien
      en souriant ou en crachant, peu m’importe à la fin et vu l’état des dents

      c’est un trou, mais c’est un dieu
      c’est un puits dans le ciel

    7 juillet 2022

  • le prix de mon repas

      la part de l’homme qui débordant de l’homme n’est plus tout à fait l’homme, n’est pas tout à fait dieu encore – c’est à dire un amour incongru, comme l’est tout absolu me diras-tu mais non, tu ne me
      le diras pas

      tu peux arpenter la ville en tout sens une vie durant sans jamais rencontrer personne, et la campagne également. tu fais l’zombie, un zombie planant au-dessus de
      sa crasse

      le terrain m’indiffère. je souffre d’un jaune plus jaune encore que le noir. j’accède à quoi j’accède à ça, la part inavouée voire inavouable de soi
      et ça m’occupe

      il y a soif de quelque chose. la bulle qui rentre dans la tête ressort de la tête – un cycle s’inaugure, une trajectoire indivisible. je mange du carbone à toutes les
      cantines

      moitié dehors trois quarts dedans, on va finir par y arriver. j’ai chanté tout l’hiver. j’ai chanté tout l’hiver, putain, il ne m’en est rien resté. et dire que c’est avec le réel qu’on appréhende le
      réel

      la pluie c’est comme on s’appartient, de très loin. être ne me fait plus de peine vraiment, un cheval sur la langue c’est la consigne. il suffit de dire tu, je, vous, il suffit de nager quand il n’y a nulle part ou trop peu d’eau
      où nager

     

    le prix de mon repas

    5 juillet 2022

  • luciole en ces contrées

      on passe
      d’un continent à l’autre et l’on ne ressemble à rien
      à l’autre et l’on ne ressent rien, on passe
      d’un je ne sais quoi à un je ne sais pourquoi, d’une vie latérale
      à pas grand chose de plus, on passe
      on passe et c’est à peine
      si on passe…

      quelque chose de vide ou alors je
      n’existe pas, tout simplement je
      n’existe pas
      on lui attache une clochette au cou pour ne pas le perdre
      on lui attache une clochette au cou pour l’arracher à son propre silence
      ou à pire encore, et de certainement moins propre
      d’ailleurs il se réveille
      le voici qui se réveille
      il se réveille de soi ou d’encore moins que soi on ne sait pas
      l’histoire ne nous le dit pas
      l’histoire ne nous dit rien

      ce que chacun peut voir
      ce que chacun peut constater, même en fuyant la mer
      les ponts couchés, les amours désaffectées
      ce que chacun n’emmène pas
      ce que chacun n’emmène pas, quand il rentre se coucher
      les ponts brûlés, les amours dissidentes
      un sens ne fait pas la différence

      s’écoulent les jours
      ou plutôt rampent les jours, se traînent dans les ronces ou le gravier
      la musique s’est tue – on n’entend plus que les injures du ciel à notre encontre
      quelque chose s’est tordu
      disons qu’à un moment donné, quelque chose s’est tordu et nous a tordu aussi
      nous a remis sur un chemin tordu

      c’est en ne se voyant pas soi-même que l’œil se rend capable de voir
      que s’agitent les ombres et que les cils
      tombant un à un finalement
      se délite le paysage…

    3 juillet 2022

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