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assis là sur un banc


  • heureux ou pas, les simples d’esprit

      penser ce qu’on voudra, penser n’aidera pas. d’ailleurs c’est pas le but

      mes morts m’ont abandonné. conséquemment je traîne, je traîne toute la journée. d’un gras mégot me fais une fête

      replie sous toi, tes jambes, ton paquet. ci-gît ton petit paquet de lettres

      parle tout bas. même seul, même à personne, parle tout bas. en tout cas pour cette fois

      un arbre s’est dérobé à la vue d’un arbre comment est-ce possible, comment respire t-il encore

      mieux qu’un homme, mieux qu’une femme : un âne. un âne ou une ânesse. une allaitante

      se casse un bras sur la colonne vertébrale. n’en revient pas mais ne sait d’où. toujours à l’heure quand l’heure inopinée. dresse un procès verbal de sa propre innocuité

      pars sans moi, achète-toi un miroir. introduis ton bâton de rouge à lèvres dans un sexe ou dans l’autre

      tous les hauts. et de plus en plus haut. la peau du crâne, on grattera la peau du crâne. jusqu’à l’écœurement

      il rentre à la maison. à l’intérieur de la maison il ne reconnaît pas sa maison. il s’est trompé d’intérieur

      j’allais à contresens. quelle que route que je prisse, j’allais à contresens. à contretemps ne durait si longtemps

     

    heureux ou pas, les simples d'esprit

    19 décembre 2022

  • chomutov le dimanche

      il s’en fait pas. il meurt une fois ou deux. une fois ou deux c’est tout

      que les choses soient claires, que les choses soient troubles, on n’y reviendra pas

      on dit manquer un rendez-vous. et tout cela faute d’en avoir connu l’heure, le lieu

      rien à craindre, je disparais par le haut. il y a une trappe dans le fond du chapeau

      marcher à côté de soi. non pour s’accompagner – juste pour ne pas s’emmêler les pinceaux

      j’expulse le paysage de ma chambre. durcissent les murs sous ma caresse

      un trou dans un trou. jusqu’à faire disparaître le dedans, disparaître le dehors. écarter les bras aux dimensions de l’infini

      une bombe ça marche comment, une bombe ça marche à pile. sauf qu’elle n’explose pas. la pile morte ou je n’sais quoi

      il n’y a plus rien à déplacer. sur le calendrier les jours eux-mêmes restent bloqués

      manger toute la journée, tout dégueuler le soir. entre-temps creuse le jeûne, trois jours durant creuse le jeûne

      si tu regardes où ça tombe, cela ne tombe pas. le regard amortit toute chute, quand bien même il se remet à pleuvoir

      il ou elle. revient vers toi. sans trop y croire revient. revient vers toi le ventre vide

    17 décembre 2022

  • j’ai parlé à mes dents, clac clac

      nous d’où je viens, on n’a pas les moyens de la pudeur non on n’a pas les moyens
      de se planquer derrière un doigt d’honneur et cependant
      faut bien l’enfoncer quelque part ce foutu doigt, en faire quelque chose alors
      on le montre à ces messieurs ces messieurs nous disent, on le montre à ces dames ces dames nous renvoient
      aux principes premiers, aux formes élémentaires

      ta butte elle a trois mètres de haut bon, mais en tenant compte de l’érosion, des dépressions…
      d’ailleurs existe t-il force supérieure à celle de l’inertie, la force sans la force, le vas-y-là-comme-ça-glisse ?
      ou bien la chute : tu tombes, et de ton propre poids tu tombes encore, simplement en pesant, grimpé sur tes propres épaules
      et appuyant…

      un homme est toujours plus heureux chez lui que chez moi – il aurait fallu y penser avant, il aurait fallu y penser plus tôt
      elle se promène radicalement nue un savon à la main, juste pour m’humilier au fond
      un souvenir de marseille, ce savon

      petit amour de soi. tu connais ces gens. tu les a vus, tu les a sentis
      quand l’un déversait un regard suppliant, cherchant ta main comme si t’allais le sauver, le remonter à la surface
      ou tout rabougri dedans, n’écoutant plus ce qu’on lui raconte, plus concerné par quoi que ce soit, parfaitement résigné
      l’autre encore, implorant la mort de venir le délivrer enfin de l’angoisse – l’angoisse de la mort je suppose, ou de
      toute souffrance ainsi soit-il
      et lui qui tombe et tombe, vois comme il tombe, creuse son propre gouffre et n’y comprend que dalle, avec cloué sur son visage ce regard hagard des bêtes à l’abattoir
      tout cela et d’autres choses encore ne font pas que remuer ta chair ou dans ta chair, c’est là
      toute ta chair, cariée au cœur

      en chacun fermente un vieux, un pour qui no future mais par lequel
      arrive le scandale
      je l’ai embrassé à pleine bouche, ce trou vivant, ce rat crevé, mélancolique couinement
      je lui retrousse les jupes. toute ma vie je lui retrousse les jupes alors je me dis, je me dis ça pue du sexe
      et j’abdique

     

    j'ai parlé à mes dents, clac clac

    15 décembre 2022

  • j’abhorre les réconciliations

      il tombe debout. il tombe debout tout l’temps ça reste sans effet
      il ne fait pas l’effort d’être moche il ne fait pas l’effort d’être mort, il tombe
      il tombe debout ce n’est pas
      anodin, ni vraiment grave

      il y a des femmes on leur donne à manger. on donne à manger à ces femmes-là
      d’abord parce qu’elles ont faim d’accord, mais surtout pour les regarder manger
      on les regarde manger

      j’emmagasine. j’ai l’air de rien comme ça je sais, mais mine de rien j’emmagasine
      elle pleure dans les recoins. si ça se trouve elle pleure dans les recoins. elle veut pas qu’on la voie
      c’est intime, c’est personnel – on veut pas que ça s’sache

      on a tous quelque part quelque chose en attente. va savoir quoi. on a tous
      quelque part
      quelque chose en attente. ça ne s’arrête pas. je veux dire l’attente. c’est donc que ça s’arrête. que ça reste en suspens
      on a tous quelque part

      à la mi-décembre on couve un bruit. on allume une bouteille. à la mi-décembre on tombe dedans
      on l’a recouvert de feuilles, son corps était tout froid. ses bas filés
      le jour le plus bas de sa vie

      à la minute où je te parle, tu changes d’avis
      tu changes d’avis tu changes de disque, tu remets ton chignon de travers
      à la minute où je t’embrasse tu tournes la tête de l’autre côté
      voilà. comme ça. de l’autre côté c’est mieux

    13 décembre 2022

  • pousse pousse, la route

      la vérité commence là où je suis vrai, en position vrai. c’est toujours bon à savoir
      un ami me transperce la joue avec une aiguille à tricoter – est-ce encore un ami, vraiment ?
      j’appelle les pompiers les pompiers ne viennent pas. j’appelle à tout hasard le hasard ne répond pas
      faut se lever quand même

      il y a toujours quelqu’un, chez moi, qui me rend quoi ?
      je ne me souviens pas avoir jamais été amoureux. on me rendrait mes dents c’est tout
      claquant au vent
      je rentre chez moi je tombe sur le la première venu e, me tend les clefs me dit tu te souviens de moi ?
      non

      j’ai déambulé au hasard, j’ai même fait demi-tour. un chat crevé dans les poubelles
      je passe ma main dans tes cheveux tu n’as plus de cheveux – les as rasés ou la chimio ?
      j’appréhende. j’appréhende quelque chose mon tour viendra et pourtant non, mon tour ne viendra pas
      il est déjà passé

      derrière les statistiques de mortalité infantile je me réveille un peu
      tourne la tête à gauche, tourne la tête à droite, je me réveille un peu
      on croirait que je tiens une bête mais non, j’ouvre à peine les yeux
      vraiment. les yeux. à peine

      quiconque passe parmi moi aura une baffe. un gros coup de talon. un suçon
      je m’allonge quelque part tombe le vent. de tout mon long crève la séance
      dieu ressuscite là-bas ça ne me regarde pas. il fait jour tout à coup progressivement il fait jour ça ne me regarde pas
      ou si ça me regarde, moi je ne le regarde pas. je me tourne de l’autre côté

     

    pousse pousse, la route

    11 décembre 2022

  • pas de lait, pas de lard, rien qu’un ami c’est moi

      les entre deux choses, les entre deux villes, et la mort au milieu
      en alternance je te souris, tu me souris – c’est le choc des dents
      ultimes paroles qu’on laisse sur le répondeur avant de partir forever, ou simplement pour dire
      qu’il est minuit, qu’il neige à Argentan

      on en connaît tous, de ceux pour qui mourir constitue un immense soulagement
      on envie un tel soulagement. on retourne la main côté paume, on retourne la main côté dos
      mes ondes sont froides. de plus en plus de bestioles qui piquent dans la chambre
      elles grimpent dans mon lit

      je n’ai parlé de mes cheveux à personne. un jour j’attrape quelqu’un
      par la gorge ou le bras, un jour quelqu’un se fige, là en moi, terrifié
      car convaincu du pire
      finalement on ne prête attention à quiconque ni à rien. on se contente de suffoquer au fond d’une piscine sans eau

      j’ai soufflé toutes les bougies. toutes les bougies sont mortes. on me touche le bras je n’ai pas le temps de voir qui c’est
      qui ce n’est pas
      à tour de rôle on entonne une chanson. je n’ai jamais été très doué pour les chansons
      les chansons ça finit mal

      mon dos n’a plus toute sa visière. il semble avoir opté pour la psychologie du veuf, à son insu cela va sans dire
      maman n’a plus toute sa raison. plus rien ne m’évoque l’amour
      je me demande à quel âge on commence à perdre les poils du pubis

    9 décembre 2022

  • oublie les pissenlits

      toute amoureuse que je fus j’ai du compter mes pas, maîtriser ma démarche, assurer mes arrières
      le bonheur de se jeter dans le vide réside dans le parachute – à part se faire l’amour à quoi bon se parler ?
      je m’étire. les muscles l’un après l’autre, je m’étire. j’assouplis l’immobile. autrement dit je bande à blanc

      certains en possèdent neuf et d’autres à peine le quart d’une – si je t’effleure la joue à qui te plaindras-tu ?
      on finit inévitablement par rentrer chez soi, ne le reconnaissant tel d’une fois sur place, c’est comme ça
      les yeux plantés dans les yeux avoue-le donc, c’est comme ça

      je vais m’allonger tout contre mon cadavre. j’ouvre la bouche et rien n’en sort, pas même un ver
      si je n’ai pas d’espoir c’est par crainte de le trahir, ou crainte de ne pas être à la hauteur si je n’ai pas d’espoir,
      c’est que je ne le mérite pas

      à quel point je me sens vivant m’inflige la douleur
      aller sur trois pattes oui, cela me gêne. danser sur un seul pied me gêne tout autant. n’évoquons pas le bec cassé
      si je ne pleus pas c’est que la pluie ne tombe pas, incidemment

      je ne me marie plus, je jette des mauvais sorts. et peu importe si ça marche au fond
      les choses qui ne se réparent pas on va éviter de les casser pour cette fois – on va se contenter de les mettre dans une boîte et attendre que ça passe
      attendre qu’elles crèvent

     

    oublie les pissenlits

    7 décembre 2022

  • jours sans vent

      je ne pleus pas. j’ai beau pousser, râler, me balancer d’un pied sur l’autre, je ne pleus pas
      une existence à caresser la tête d’un mort, puis le crâne d’un mort, puis l’idée morte d’un mort
      ai-je vraiment grandi, entre-temps ?

      donne des baisers, donne des baisers partout, et surtout ne reprends rien. ne réponds pas non plus
      l’âme repousse évidemment – s’il est une âme c’est qu’elle repousse, si l’âme repousse c’est qu’est une âme, et l’âme repousse évidemment
      on sait pas trop pour quoi, mais l’âme repousse à tout bout d’champ

      tu n’as pris qu’une bouchée de mon sandwich, j’ai fini tout le reste
      des lampadaires jusqu’au fond du port, jusqu’au bout de la jetée, le long des quais. ils restent allumés toute la nuit, pour quasiment personne
      quoi d’autre brille ainsi pour rien ni pour personne ? cette fuite irréelle ne t’évoque donc rien ?

      j’ai perdu quelque chose je ne sais pas trop où, je ne sais pas trop quoi
      le chien qui aboie trop on le pique, celui qu’on n’entend pas aussi on le pique. on se retrouve parfois à faire l’amour à une lampe de chevet, sans rien avoir demandé, sans même l’avoir cherché
      imagine seulement que quelqu’un te cherche, imagine un instant…

      représente-toi la mort comme une porte. ouverte puisque porte
      comme une issue à soi, une issue vers soi. une issue à soi vers soi
      il manque toujours un bouton à ma chemise, celui du haut en l’occurrence
      peu importe que manque ou non celui du bas – celui du bas ne compte pas

    5 décembre 2022

  • où de la queue où de la tête, je rame à reculons

      lâche-moi l’intelligence, lâche-moi le gland, rénove un espace à la fois infini et clos
      après quoi nous sortirons les pailles, secouerons nos déroutes, prendrons un raccourci pour nous rendre d’ici-même
      à là-bas n’importe où

      caresser la crête du coq puis lui trancher le cou, tout est amour en ce bas-monde
      j’ai fait l’amour à mon dentiste. selon une version plus conséquente on m’a passé le râteau sur tout le dos, pour le débarrasser des feuilles mortes, des coquilles
      vides d’escargot

      je sors dehors une dernière fois avant d’aller me coucher
      le sol blanc, d’un blanc crémeux, d’un presque-gris
      ce n’est pas parce qu’il y a quelque chose qu’on revient, mais parce qu’on revient qu’il y a quelque chose auquel revenir
      du coup on ne sait plus s’il faut prier pour que ça marche
      ou bien pour que ça foire

      du hibou sur la planche. plus grand chose à becqueter…
      on se promène de long en large, puis de large en long une fois qu’on a fini – ça dure disons un bon bout d’temps
      tu me peignes je te peigne: même à trois même à onze, on ne sera jamais plus de deux…

      parfois je trais la chèvre. représente-toi l’univers sous l’aspect d’une chèvre
      représente-toi cette chèvre comme figure du grand vide, parfois je trais le vide. je tire sur les mamelles
      parfois j’oublie de m’ennuyer ou plutôt, j’oublie que je m’ennuie – mais tout cela revient au même, à si peu de chose près…

     

    où de la queue où de la tête, je rame à reculons

    2 décembre 2022

  • le jour des encombrants

      parce que la vérité ne se trouve pas au-dessus, mais en dessous
      tant qu’elle ne signifie rien, ou signifie ce rien de son insignifiance
      ce qui change, c’est que cela ne change rien si ce n’est qu’au-dessous
      du dessous flotte désormais l’azur bleu

      tout ce qui est sorti de mon ventre est rentré dans mon ventre et pourtant
      je ne suis la baleine ni rien de tel, tout ce qui est entré dans mon ventre y
      a surnagé un moment, m’a regardé fixement dans les yeux. je souffre de
      la calvitie du cœur, je crois

      après avoir réalisé que je n’étais pas celui que je pensais ou étais sensé être, je suis allé me changer les idées
      et changer de caleçon, en toute estime et par la même occasion
      mes rides sont mes rides et feront le tour de mon front avant de faire celui du monde
      que ce soit par précaution ou par inertie, dieu merci, le monde ne se rendait nulle part

      tu ne reconnais d’espoir, ni en moi ni dans le vermicelle des soupes populaires
      tout ce qui chante chante en mon nom, tout ce qui danse danse à mon son, range donc tes ciseaux
      à rebours de toute une existence, je ne me sens dorénavant en sécurité que dans l’obscurité totale, le silence béant

      le prunier n’a rien donné cette année et je n’ai pas baisé. quelque chose me dérange
      je ne saurais dire quoi, quelque chose me dérange. imagine que sous l’effet de l’ombre ce soit une clarté que nous projetions sur le sol, et que nos mains s’avérassent incapables de s’y poser, de la toucher…

    29 novembre 2022

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