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assis là sur un banc


  • du pur, du blanc, d’la neige

      enchevêtrés dans nos racines, soudés à nos déracinements, on va pas loin
      on va pas loin on vole pas haut, coincés dans la cuvette, épinglés au vent glacé
      le paradis perdu dans une blague malabar

      on s’embrassera comme ça, en secret. comme ça et tellement en secret qu’on ne comprendra même pas
      que l’on s’embrasse
      et pourtant c’est là nulle part ailleurs, et pourtant c’est là nulle part en soi
      c’est comme dieu tout à coup apparu
      où il n’y avait rien

      la solitude de l’homme devant dieu l’a rendu moitié débile, aux trois quarts dépressif
      je n’étais pas présent où la bombe tomba. j’étais en vacances quand la bombe tomba
      ou en grève, illimitée
      ou alors parti rejoindre mon amour en quelque hiroshima
      je ne l’ai pas trouvée

      rêve donc seul, permafrost
      ou va danser au milieu des cochons, avec un mouchoir et pour un samedi soir
      rêve donc seul, permafrost. range ta vie dans un tiroir à double fond, une boîte à triple tour
      il y aura des lézards et on les mangera, ces lézard, on les dévorera
      ils rendront leur âme sous nos dents, en même temps et de la même manière que nous

      chacun sa peau, la mienne est morte
      la mienne se replie en un rouleau bien sage, un rouleau qui néanmoins fuit
      elle est morte mais quand on appuie dessus, oh my lord, quand on appuie dessus…

     

    du pur, du blanc, d'la neige

    7 janvier 2023

  • s’embarque dans la nuit sans confondre

      je raconte ma vie sur l’monocorde, soit, mais si je racontais la vie de mon bébé mon bébé en crèverait
      ça me laisse pantois
      que j’adore ces départs définitifs, ces allers châtrés de leur retour, ces nausées nauséeuses tandis que le vide implacablement
      ouvre large ses cuisses à notre
      chute fatale

      il n’y a plus d’homme en moi. ne reste en moi que l’homme, celui de l’origine
      celui qui ne se dérobe pas, celui qui se brûle à
      son propre feu
      – le con

      bien sûr que si, il y a un dieu – si timide d’ailleurs qu’il se présente comme un dieu, et non comme dieu
      en toute démolition je l’entends. en toute allégresse également, je l’entends
      je lui ai apporté des chamallows ainsi que du baume du tigre, pour la cicatrisation…

      et là tout recommence
      du néant au néant la boucle tubéreuse
      plus le bas s’abaisse et plus le haut s’élève, suffit de ne pas choper l’virus vois-tu
      la mort te décolle les paupières vois-tu, toi aussi t’as droit à un petit quelque chose
      un semblant de destin
      le quignon d’un possible

      je viens de quelque part éventuellement. je suis passé par ci par là, et peut-être par hasard
      j’ai bouffé le poisson par la tête, alouette. à part ça j’espère que tu vas bien, que tu te beurres le bulbe
      de temps en temps, mais n’anticipons pas. j’ai appris des langues étrangères en outre
      pour que ça ne m’arrive pas

      si un dieu parle à un dieu alors ce n’est pas un dieu, mais pourquoi un dieu s’adresserait-il la parole si ce n’est
      à travers nous, chacun de nous, et pour se dire quoi ?
      je n’sais pas – j’ai pas vraiment fait attention, j’avoue…

    5 janvier 2023

  • mal dans sa peau, mal dans sa douleur, il fulmine

      désolé de vous déranger madame, mais j’ai perdu mon chat – vous n’auriez pas vu mon chat, par hasard ?
      si oui, appuyez sur le bouton. n’importe quel bouton fera l’affaire
      du moins j’espère

      ne pas être seul s’apparente à un sport de combat, quoi qu’on prétende
      éjaculer par terre ne refleurira pas le béton, les tombes ne s’ouvrent qu’un fois par dieu
      jour de déréliction, les bars restent fermés

      cette vie nous malmène, la morfondue. allez j’arrête.
      j’irai cueillir des trèfles à sept feuilles aux lèvres de l’impossible s’il le faut, mais que pourrait l’impossible avoir à faire
      de mes baisers ?

      seul le désespoir peut réunir fidèlement deux êtres que sépare le néant, et ça se passe à Gijon où la mer pue ou je n’sais quoi, mon nom ne s’inscrivant que comme un clou dans la mémoire de dieu – mais est-ce encore de dieu qu’il s’agit
      ou d’un état déjà suffisamment avancé
      de sa décomposition ?

      j’ai dessiné des moustaches sur la lèvre supérieure de mon amie, et je l’ai regardée sourire
      elle avait l’air d’un trou du cul, avec ce sourire moustachu
      je couve des œufs d’phénix. en cachette de tous, en cachette du phénix bien entendu, je couve des œufs d’phénix

     

    mal dans sa peau, mal dans sa douleur, il fulmine

    3 janvier 2023

  • à la croisée de trois impasses

      l’harmonie de deux en un
      m’a fait tombé mon pantalon, bouffé mon slip, l’harmonie de deux en un
      est passée tout près de moi, comme la sidérale profondeur du silence lorsque
      tout se fige et le temps

      l’inéluctable m’a toute désintégrée – l’inéluctable, mister
      je me suis penché sur la carte et le doigt aimanté fixa ma raison d’être
      élire le lieu de sa dissolution, n’est-ce pas désigner de fait le lieu de sa
      réunification ?

      j’avais des rêves en mille morceaux j’avais des rêves, j’avais un rêve plutôt, en un million de morceaux
      et autant de morsures
      j’ai pris mes clous et mon marteau – miroir gentil miroir tiens, prends ça dans l’œil

      une fée se penche sur mon berceau chaque fois que je quitte une femme. une fée un peu dark je crois, atteinte de troubles sévères de la personnalité
      et ma personnalité s’en accommode comme elle peut, la chiure

      non je ne vais pas me mettre à raconter des histoires, à me déboutonner à sortir mon nombril et plus pervers encore, gigotant en dessous
      je me laverai les dents et j’astiquerai l’étoile – j’ai toujours rêvé
      d’astiquer une étoile…

    1 janvier 2023

  • du bout du bout du bout des lèvres, on s’embrasse pas

      on a marché ensemble, on a marché ensemble mais tellement longtemps qu’à la fin le chemin
      ne distinguait plus les pas de l’un
      de ceux de l’autre. alors on a eu une vision

      je te touche les fesses, tu me touches les fesses – bon, jusque là tout va bien
      quand l’un mourut l’autre continua d’avancer un certain temps, poulet sans tête
      cil sans battre

      donne-moi ta main, ta main est froide.
      tandis que s’affrontent à toute échelle l’obscur et le clair,
      sur le qui-vive et en attente : rouge, le bout de l’allumette

      chauds, chauds les pissenlits, il y a du monde derrière
      ou comment s’en débarrasser.
      près de ma vie, plus près encore, encore plus au-dedans – repose en paix, lisse miroir

      mon chien court après toi, mon chien court après moi, putain que grise est l’herbe
      mon chien court après soi on ne
      le rattrapera pas…

     

    du bout du bout du bout des lèvres, on s'embrasse pas

    30 décembre 2022

  • elle vent debout sur son violon

      j’ai brûlé les vieux papiers, carnets d’adresses et ponts sur la drina
      ainsi me présenté-je, pieds nus et le cœur vide devant l’éternel
      bas de nuage mais franc du gland

      les femmes choisissent leurs amants. les hommes, eux, restent là à prier pour que tombe la pluie
      et non seulement la pluie ne tombe pas mais pire : elle remonte la pente

      les trous nous dévorent par en-dedans, les trous nous dévorent par au-dehors
      en chacun de nous s’enfonce un trou

      puis un jour, manchette moucheron, ils disparaissent, les boutons les plumes d’ange
      ou de mésange

      tout est bon dans le poisson – la tête les arêtes, la queue la confusion
      je meurs aussi à cause de ça

      on finit par s’ennuyer chez vous, on finit par avoir la gerbe, racler du pissenlit
      rebondir sur le mauvais pied ne constitue pas en soi un départ flambant neuf

      l’esprit hanté par dieu l’excavatrice, lumière annihilatrice, principe précédant
      le un et l’infini – quelqu’un aura t-il seulement l’obligeance
      de me rendre mon billet…

    28 décembre 2022

  • plaie contre plaie, corps d’une seule tombe

      le meilleur de moi-même reste à venir et dans l’éternité
      oh dieu, dieu d’une flagrante fausse couche…

      de tes dents jaunes l’amour la chimérie, et j’en passe. j’en passe toutes les nuits

      du sommet à l’hébétude sans doute ai-je perdu l’habitude. j’ai perdu quelque chose en tout cas, du genre ne t’avise pas
      à la recommencer

      ta vie ton petit cheval mort. bouf, un gros coup sur les reins bouf, ta vie un cheval creux

      peu s’en souviennent, et peu s’en débarrassent. ils font des ponts avec leurs jambes, et si par mégarde tu coules dessous, prends soin de ta douleur

      concomitants (les premiers les derniers). on s’appelait comme ça, on s’appelait les dents. par conséquent j’ai soufflé fort dans ta bouche

      bougeons de là. du peu de nuit restante ou de la flore intestinale, bougeons de là. de là comme d’autre part

      des gens des coups d’ciseaux, des coups d’ciseaux encore. des plumes d’oie. sous toi d’un coup les plumes d’oie

     

    plaie contre plaie, corps d'une seule tombe

    26 décembre 2022

  • phobie du jour et de la nuit

      je me suis parlé. je me suis parlé et tout le temps que je me parlais, j’avais l’esprit ailleurs, ne m’écoutant pas vraiment
      j’écoutais la mer, et le bruit que la mer
      fait en se retirant

      j’ai manqué de mourir, mais sur un terrain vague. sur un terrain vague mes feuilles ont jauni
      on aurait pu se dire au-revoir, sur la bouche ou ailleurs

      la pluie c’est quand même pas serré. la pluie c’est quand même pas de dos
      on ne s’apporte rien, non vraiment, on ne s’apporte rien
      tant pis

      une amie n’est pas nauséabonde. une amie a seulement fait semblant. des trous dans sa culotte
      sans pente à dévaler, je reste muet

      la mort me trompe. la mort me trompe tout l’temps
      pendant que je conduis la mort me trompe, je ne trompe personne en ne conduisant pas
      que mort charrie à la mort mène, et je ne vois plus rien

      j’ai tellement de peine, mais tellement de peine alors. d’autre part mieux vaut que tu le saches et avant toute chose :
      j’habite un nid de poule

    24 décembre 2022

  • des clous dans les pieds

      j’ai une barre dans l’épaule droite. dans l’épaule droite j’ai une barre, aussi. je me demande ce que ça fait de rester assise ainsi toute la journée

      toute la journée je reste assise. j’ai des fourmis dans la momie, aussi. je ne veux pas recommencer. je reste assise, voilà tout

      un homme est en mouvement. on lui tire dessus, ça ne le fait qu’accélérer. il aurait fallu l’abattre même en rêve. un homme est assourdissant

      occupe-toi de tout, moi je me noie dans la bassine. des plants, des gouttières qui gouttent, occupe-toi de mes obsèques, moi je m’occupe à rien

      l’un est parti de ce côté, l’autre est parti de l’autre côté. peut-être se rejoindront-ils un jour, dans l’infini. de là où je suis on ne peut voir tout l’infini

      une heure dans ma peau, c’est à peine plus qu’un ballon dégonflé. par ailleurs je n’ai pas de temps pour ça – je n’ai que le temps pour rien

      mes enfants boivent de la bière. de l’aube jusqu’au coucher, mes enfants boivent de la bière. c’est dégueulasse, mais eux ils aiment ça

      j’aurais voulu te tenir dans mes bras, si seulement j’avais eu des bras. j’aurais voulu te serrer contre moi, si seulement j’avais eu un moi. du coup je te lèche la fente

     

    des clous dans les pieds

     

    22 décembre 2022

  • des clous dans les mains

      la nuit je reste assise. toute la nuit je reste assise. et j’attends quoi, j’attends que la nuit passe

      des arbres devant la fenêtre. rêvés ou réels, on s’en fout à présent. comme on se fout des arbres, des arbres à la fenêtre

      je comptais te sucer en échange. moi tout ce que je désirais, c’était te rendre heureuse. sinon on partagera les friandises – à nous deux, on aura vite fini l’paquet

      heureusement qu’il y a un ciel. même si on ne le voit pas de là où l’on se trouve, heureusement qu’il y a un ciel. pédaler à reculons aura creusé son trou

      quelque chose s’est cassé, quelque chose en cours de route. à moins d’un défaut de fabrication, mauvais départ mauvais pied – qui sait ?

      charge mentale. suivie invariablement de quelque décharge mentale. un peu comme le trou qu’on remplit avec du vide. mais surtout pas d’amertume

      la nuit graisse les gonds. si je vais où je veux c’est que je veux encore, et qu’existe quelque part. si je vais où je veux c’est que je vais encore

      mal aux épaules, à force de nager sans doute. à force de nager c’est rien. je te réponds vas-y si tu veux – tu ne bouges pas d’un cil. pas d’un cil

    21 décembre 2022

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