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assis là sur un banc


  • ressuscite en s’y baignant tous ceux qui noyés et noieront

      ta race et des lumières. bon, ta race.
      je m’apprête à enfourcher la version subliminale de moi, or ça ne va pas dans le même trou
      on voudrait se retourner contre soi que l’on se retournerait contre rien, rien étant encore trop
      et comment se vider la tête avec une seule langue, une si petite cuillère, ou jouir deux ou trois fois d’affilée dans ou hors d’un même trou tordu ou droit
      avec un seul doigt ?

      j’ai peur, tout l’temps j’ai peur, jamais vraiment de rien en particulier
      la mort me dit adieu je dis adieu à la mort, agitant mon mouchoir à carreaux, j’étais pas né encore
      que déjà j’étais mort, ou en tout cas presque mort, apparemment

      et alors quoi ? et puis pour qui ? et depuis quand ? il a bien fallu mettre des corps au bout de ces questions, et mettre ces corps en branle
      il y a des yeux qui ne regardent plus, des yeux qui pleurent sur leur propre sécheresse
      ou dans l’assiette creuse
      si un jour, ne serait-ce qu’un jour j’étais moi, peut-être qu’enfin je serais toi

      mon avion s’est écrasé, entre mes pieds s’est écrasé, entre mes jambes dévissé
      j’adore toujours un être, quel que soit l’être j’adore toujours un être, se déboîte
      tu m’aimes bien d’accord, et moi aussi je t’aime bien, la vie gratuite la mort ballante, je t’aime bien aussi

      il y a quelque chose. ou alors il n’y a rien
      tu comprends quelque chose. ou alors tu comprends rien
      il y a quelque part où marcher, ou alors tu fumes au funérarium
      t’encule un ch’veu, un ch’veu un clou, ou alors tu noies la mer
      c’est tellement loin la mer et tellement loin que la mer
      n’existe plus oh la mer
      n’existe pas.
      la rade

    20 août 2022

  • utérine. c’est quoi donc, utérine

      un chien vaut mieux que deux tu l’auras, mais en fait on a tout perdu
      le gazon sur la pelouse, la langue dans la bouche tout, on a tout perdu
      que tu t’attaches ou te rases les cheveux n’y changera rien – là comme partout tu t’es sentie perdue

      un chien m’approche un autre s’en éloigne attention, attention à faire bien attention, la nuque raide
      s’extraire d’une tombe pour entrer en ehpad, mais de quoi parle t-on enfin, et parle t-on encore ?
      je n’ai jamais mais j’ai jamais, et d’ici-là déjà n’ai toujours pas

      je viens les mains vides tu vois, et c’est ainsi le cœur à vide que je m’adresse à toi
      un peu de bleu aux lèvres tu vois, des traces d’orgasme au terme d’un sommeil agité, des fuites de ci, des fuites de ça
      et toujours quelque chose manque, afin de nous accoutumer au manque
      ordinaire et global

      on se demande comment mais en fait non, on se demande rien et presque, on se demande pas
      je ne tiens pas le plus pur d’un homme dans les mains, et moi-même ne sais que faire de ces mains
      j’attends qu’un jour se fasse jour, quoique cela ne me regarde
      définitivement plus

     

    utérine. c'est quoi donc, utérine

    17 août 2022

  • soleil d’entre les borgnes, plateforme ésotérique

      les gens ne m’intéressent qu’une fois s’être reconnus vaincus, définitivement irréparables, et font alors comme ils peuvent pour supporter le poids de leur inexistence
      je connais des endroits merveilleux dont on ne revient que sous forme de spectre, tant jamais rien ne disparaît tout à fait
      qu’en la mémoire de dieu

      je remonte le courant. je remonte le courant jusqu’au point très précis où le court-circuite le zénith, sous le nadir exactement
      c’est un pont, et quand bien même inversé il reste avant tout un pont – on y lèche et reliche avec avidité les os de la sentimentalité
      d’une faille on a fait un tremplin, et de ce tremplin un bond à temps plein dans le vide infini
      par essence infini

      ne la touche pas. surtout ne la touche pas. ou seulement là, là ou là. il dort toute la journée
      je me suis mis à jour. je me suis mis à nu. je me suis mis debout sur mon profond sommeil qui n’était qu’une forme aléatoire du néant
      pour que la mer se révèle enfin centre, il a fallu rouvrir les tombes, toutes les tombes et celles-mêmes
      dont nous avons du émerger pour de bon et cette fois

      entre souffrir et devenir cette immonde bête froide, d’une tangente l’oblique, d »un cul contemplatif le siège éjectable
      une vague entre les dents, une peur ancestrale, par où donc commencer ? revenir là d’où personne n’est jamais parti ressemble à ce miroir
      qui dégueule ma tête et me lâche un: « toi, je ne te reconnais pas »

    14 août 2022

  • les moulins dézingués, il se bat contre le vent

      j’apprends à nager. j’apprends à nager dans une mer de béton. et c’est avec des dents de merde que je mange du chien congelé
      je ne sauverai personne de ma propre noyade, et à l’instant fatidique personne ne se penchera sur moi pour s’enquérir de l’heure ou de la direction
      j’éjaculerai dans l’béton, point final

      on pleure jeune, puis on affûte ses larmes. un jour ou l’autre tu m’as bien compris, un jour ou l’autre j’ouvre grande la gueule
      en sort une hache, un gros ver gluant, en sort un rêve de mer – le rêve universel
      d’un bout de mer universelle

      j’attends là pour le coup. pour le coup j’attends là
      me fossilisant au fur et à mesure des passages, trépassages et outrepassages
      j’attends là pour la forme. pour le fond j’attends là tout pareil. je me manque la joue droite, je me manque la joue gauche aussi
      j’avance droit sur place. et même je saute, je bondis soudainement sur place

      tout de travers maudit la voie et moi qui n’entends rien moi n’y
      entends rien, je marche dans la ville, je marche
      sur les quais de la ville où les fougères
      ne pénètrent toujours pas les fougères, pour rafraîchir nos jambes les fougères
      non, les fougères ne remontent pas jusqu’ici – seul le béton
      de l’oubli et les rides du vécu s’incrustant dans
      le béton de l’oubli

     

    les moulins dézingués, il se bat contre le vent

    11 août 2022

  • casser la montagne

      notre vie sans manger, notre vie tout juste pourvue de ces yeux globuleux
      lorgnant sur un vide à courte échéance
      comme à longue distance, notre vie magnitude. et puis,
      la langue toute sèche, la langue
      rampante sous les ronces…

      apprendre à mourir, ma petite ceinture jaune
      des cernes sous l’aura, apprendre à maquiller un regard mal cadré
      – la chose défunte, là, c’est moi
      que j’ai tirée des eaux

      pour ce qui est du permanent, j’ai toujours aimé caresser une biche, toujours aimé
      branler le coquelicot, regarde comme il tombe, tombe
      et ne s’en relève pas – j’irai pisser contre ta cuisse, pense t-il,
      le temps d’un accent grave

      dieu n’est qu’un ciel parmi nous – échangeons
      donc nos trottoirs.
      débordant d’un manque d’air, d’un tas de jouets cassés, toutes couilles ballantes
      en sautant à pieds joints redresserons-nous la terre
      de ses torts, de ses ruineux travers ?

      ce qui reste quand il ne reste rien, le soupir d’un œil clos
      se trouver là sans solution, et d’abord encaisser – on aimerait tant
      retomber en flocons nous aussi, sur le pare-brise du néant
      on imiterait la mort et l’imiterait si bien qu’elle ne, n’y voyant que du feu,
      se reconnaîtrait plus en nous…

    8 août 2022

  • où donc le nord, par où le sud

      je me suis mis à l’accordéon. je ne savais pas quoi faire alors je me suis mis à l’accordéon
      comme d’autres prennent le sud, ou d’autres prennent le nord
      ou l’accent de là où ils vivent, en léger décalé
      mais l’accordéon c’est plus classe, même si l’accordéon c’est plus con

      tenir une nuit, j’ai juste tenu une nuit
      plus je n’aurais pu, plus c’était se retrouver le cul nu, je n’sais où, dans un genre de mauvais rêve
      on marche comme on le sent, droit devant soi, ou ce qu’on imagine être droit devant soi
      y croire en fera un bel objet

      j’ai du manger un mauvais truc. à moins que ce ne soit de ne m’être jamais habitué à moi
      j’ai du parcourir un néant infini avec mes p’tites brassières en forme de canards
      un cheveu collé sur ma langue ? nenni : toute ma langue collée à tes cheveux et rien ne sert, rien
      je n’éjacule pas

      toujours un petit ciel, un petit ciel en creux
      toujours un petit creux, un petit creux maudit
      je m’gave de pommes, je sais pas pourquoi de pommes, seulement je m’gave, je m’gave de pommes
      pas plus d’un côté que de l’autre ne m’endors, mais comment s’empêcher de se retourner, hein, comment ?

      tout doucement sans faire de bruit, plus doucement encore
      une vérité qu’on ne peut nier, une vérité qu’on ne peut pour autant affirmer
      je me fournis en clous, je me fournis en couteaux, le coq ne chante toujours pas
      par trois fois j’égorge le coq, toujours le coq se refuse à chanter…

     

    où donc le nord, par où le sud

    5 août 2022

  • nausée du paon

      toute la pluie est tombée en dehors, je veux dire en dehors de moi, comme par miracle
      des hommes s’accrochent à leur cuillère, tandis que d’autres se noient dans la soupe – il faut toujours un anneau
      à travers lequel passer le doigt

      tout ce qui compte dans la vie j’en ai fait un cheval mort mais n’exagérons rien, cela n’est que symbole
      symboles la porte qui grince, l’odeur du chien mouillé, le facteur qui n’apportera jamais la délivrance
      la vie tantôt à l’ombre tantôt au soleil, selon que l’on décide d’abattre un arbre ou pas

      je ne meurs plus
      et ce non seulement depuis que je suis mort effectivement, mais surtout depuis que je ne fais plus la différence
      j’encule un cheval mort et le cheval mort rechigne toujours à se métamorphoser, quand bien même en cheval mort
      du coup je me dis mais je vaux vraiment rien, et combien vaut vraiment rien ?

      j’achète un clou
      bon, je sais qu’un clou ne suffit pas, et donc j’achève un loup. et si cela ne suffit toujours pas , alors je me dis j’achève la louve
      bien plus dur que mourir, et peut-être au cœur-même de mourir, il faudra avoir vécu
      avoir vécu c’est rude

      il y a un petit écran noir à côté, et sur ce petit écran noir à côté, tout ce que nous nous refusons désormais de voir
      on se contentera de la mer, non, du bord de mer et sans les filles, se taire pour ne rien dire
      plutôt murer l’univers que répandre nos fluides…

    2 août 2022

  • l’heureuse en cette histoire

      une à une la mort
      me rend bonheur
      j’achète un jouet, je nique le jouet. je nique un jouet, je jette le jouet
      une à une la mort
      m’a rendue tant heureuse

      vivre c’est se suicider, mourir se conserver, un kamikaze dans mon lit
      les restrictions d’eau, les restrictions de tout, et la grande vagabonde
      j’arrive avec des bas troués des bas troués jusque sous le menton
      moi la juive d’un non-peuple

      entre toi et moi, il y a l’armée : nous ne manquons pas en effet
      de civilité.
      entre toi et moi croît le désert – on parle là d’un espace toujours plus réduit de la sensibilité.
      entre toi et moi tout un dieu se masturbe, et tant se masturbe
      que rien ne pousse…

      nous sommes dans la joie, nous sommes dans le décor, nous les enfants d’un quelconque quinze juillet
      tu me passes la savonnette et si tu me passes la savonnette, je te repasse la savonnette – ça glisse mieux, avec la savonnette

      sans ça c’est le néant
      quoi ça, le néant ? quoi sans ça le néant ? nous passerons-nous donc de méthode?
      je bois comme je respire, avec le trou devant, mais d’abord avec le trou dedans
      sans quoi c’est le néant

     

    l'heureuse en cette histoire

    31 juillet 2022

  • tu seras l’être au déni permanent

      et puis quoi, et puis le nombre, et puis la vie sur terre
      mon chien est le chien d’une autre planète, d’une autre galaxie, je ne sais toujours ni
      comment ni pourquoi je m’appelle

      il ne fait pas chaud, il fait juste un
      jour en dieu, une éclaircie dans le néant, et sur les plaques tombales remuent les ombres
      – t’es mort ou t’es pas mort ? bon et après, après t’es mort ou quoi ?

      il y a si peu d’amour qu’il y a si peu d’amour, d’où l’expansion des sables
      outre que précis me refuse, mes coordonnées je les ai bien cédées, qui s’éventent avec le temps
      suis-je donc celui-moi ou bien l’homme d’à côté, l’homme de l’autre côté ?

      quand ne reste que dieu et que rien égale rien, personne pour me gratter le dos
      je ne chante pas – d’ailleurs nul ne chante sur cette fréquence rare
      certains prennent l’habitude et d’autres pas, mourir vraiment ne ressemble t-à rien

      et je ne suis plus seul, et je ne suis plus un, d’avoir confondu l’arrivée d’avec le départ
      on les crucifie sans clous, les gens de ce genre-là
      on les crucifie même sans bras, sans croix par devers soi

    28 juillet 2022

  • il suffit d’inverser les pôles

      on a survécu certes, mais ça n’a pas suffi, alors on a survécu
      de bouts de carton en peaux de saucissons, nous abandonnant sans illusion au plus petit écart
      à se regarder courir derrière soi, on a manqué se rattraper

      c’est comme un toit et comme un toit percé, un ballon dégonflé
      voici venu le temps des noyaux de cerises, le temps de la bouche sur la bouche et de la langue dans la bouche
      le temps lourd des fossiles

      un homme ça ne meurt qu’une fois sur mille, un homme
      j’habite quelque part entre chez moi et nulle part, je mange sur le pouce
      une crotte de mon propre sang, un trou dont on perce le vide, comme ça, sans effusion…

      sortir des troubles, des chaînes puissantes, de la maladie des morts
      ou encore faire un tour dans la forêt sans arbres
      une pluie quand il pleut – qu’importe la façon dont on meurt…

      les os sont de lumière. ça ne pourrit pas, la lumière. ça ne couve pas de secret
      quelle que soit la taille de la couverture que l’on tire à soi, les pieds restent en-dehors, tâtent le vide
      d’ailleurs on dit du vide, et pas le vide. c’est ainsi qu’on s’appelle à souper, négligeant les fondamentaux

      je le vivrai sans émotion, et comme absent de ma douleur
      aucun signe de croix ne viendra ébranler ma poitrine endeuillée
      dans la débâcle on voit le mystère enlever sa culotte, les paysages impassiblement gangrener l’espace
      jusqu’à l’os et au-delà

     

    il suffit d'inverser les pôles

    26 juillet 2022

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