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assis là sur un banc


  • la flemme de vivre

      surgi d’un corps, surgi d’une boue. puis peu à peu rongé par le grand territoire. j’aurais voulu avoir un son, te savonner toute entière sans jamais lever le gant, jamais baisser la garde

      bon alors, je me nage. je me nage dans quelque chose qui n’est plus mien. je fais le mort dans un lit dont on a retiré le fond, et ne fait plus de vagues…

      quand on mange on mange avec les doigts, ou avec une cuillère. les gens ne succombent pas à leur première histoire c’est vrai. ils se plantent

      on se met avec qui on se remet, on ne dort pas. nul n’est dupe. à force de coucher avec son ombre elle a fini par éclater. ça n’a rien éclairer pour autant

      la pluie marque son territoire. on ne m’apprend pas à nager. j’avais rendez-vous sous le tableau des départs mais pas avec le départ. je ne pouvais m’arrêter de lui sucer le lobe de l’oreille, ça n’avait pas de sens

      la nuit du grand sommeil, j’ai dormi plus d’une heure, à peine plus d’une heure. j’ai embrassé ma femme sur une seule joue et je lui ai dit adieu. c’était plus court comme ça

     

    la flemme de vivre

    25 janvier 2023

  • minimales du chagrin

      j’apporte les yeux rien d’autre. j’apporte les yeux et tu te démerdes pour le reste. tu prends la louche. tu prends la louche c’est ton métier. tu prends la louche j’urine dedans

      on va manger des allumettes, et seulement après prendra t-on feu. il n’y a plus de façon d’être – il n’y a que l’être sans façon

      changer de compas. pointer un autre centre tracer un autre cercle. cul-de-jatte je redéfinis le réel. émasculé je redresse le nord. ou c’est tout comme

      il manque un peu de soi. il manque un peu de soi en tout, un peu de soi en soi. et donc marche avec moi. de toute manière tu n’as nulle part où aller toi non plus, alors marche avec moi

      ils font grise mine, les petits corps congelés. par ailleurs personne ne te manquera. tu leur griffera le visage avec les ongles. tu t’enfonceras des petits animaux morts dans le vagin. et personne ne te reconnaîtra, ni dans la rue, ni dans l’éternité

      on ne lâche rien de soi, pas une larve pas un clou. monté si haut qu’on n’en redescendra pas, tombé si bas qu’on ne s’en relèvera pas. il y a un début il a une fin, absolument rien entre les deux

    23 janvier 2023

  • il s’en balance. stricto sensu, il s’en balance

      j’enjambe mon ombre, ainsi que le suggère le récit ou selon la nécessité de percer les heures creuses. en d’autres termes, j’allège le contenu

      parapluie parasol, les hommes habitent leur défaite. qu’on leur propose un lit deux places ou une occupation quelconque, ils rechignent à tout confort, déclinent l’artifice. puis, les yeux embués de nature morte, finissent par s’endormir…

      outre que tout lui paraît merveilleux et le merveilleux tout naturel, on reconnaît un saint à sa parfaite et scandaleuse inutilité, seule apte à réellement défier la gravité

      le miracle de n’avoir pas trouvé, ni su s’y prendre. sans sourciller je me regarde dans les yeux – pour y voir quoi : que quelqu’un me regarde en écho, tout aussi abasourdi, tout autant consterné

      bêlement, surendettement. bêlement, surendettement. ainsi allait le monde, le pois de vulve en vulve, tandis qu’inexorablement la précarité de notre sommeil nous vouait à la clandestinité

      qu’un homme en mourant accouche de dieu, délivre l’æterna lux ou lui cède la place, personne ne lui en voudra. faire la planche sur le vide, sexe en berne et l’esprit au demeurant – voilà tout ce qu’il aura retiré du sentiment inné de son insuffisance…

     

    il s'en balance. stricto sensu, il s'en balance

    21 janvier 2023

  • je marche à travers la famine

      je n’me suis pas timbré dans l’bouc. allez, je me dépêche de rebattre les cartes, essuyer les taches de sperme dans le carnet d’adresses. trois de moi pour un seul os

      il ploie le genou, celui qui sans un baise. on lui tient la main, pour pas qu’il tombe. ou par commisération même, avant de replonger dans le liquide amniotique de l’indifférence globale

      d’une puissance déchirante le petit joujou, le casse-tête à la noix. il reste un peu de sucre sur les lèvres – tu veux encore un peu de sucre sur les lèvres ? ou faudra t-il à son tour jeter le bébé par dessus-bord

      enfant d’un grand malaise. garniture, pourriture. on ne pensait pas se revoir sous de telles conditions, morceaux de soi sur grand écran. on ne pensait pas se revoir du tout mais du tout sur la page occupait tout l’espace, emplissant chaque case d’une croix malveillante…

      cheville foulée de l’araignée, bras cassé de shiva – petits moments privilégiés de la courant humiliation. quand rien ne vient du côté pile, quand rien ne vient du côté face, alors seulement tenteras-tu la traversée

    19 janvier 2023

  • chose pas oiseau

      je réagis au dernier moment de ma vie et je lui dis non, tu ne peux pas entrer comme ça, rase ton trou

      on leur doit le silence, on leur doit toute la vie, on se retrouve au final avec une brique de lait périmé et un disque rayé – et que veux-tu qu’on fasse d’un disque rayé ?

      j’abîme le haut : si je regarde en haut, j’abîme le haut. j’éclaircis le bas si je regarde en bas, jusque là aucune difficulté. mais là où je ne regarde pas gloussent les orques, poussent les pissenlits

      les bras font office de paradis à qui se mouche dedans. s’ouvrent se referment, respiration ambiante. laissent leur chance aux âmes sans fonction

      la vie n’aura plus de sens quand je serai heureux. ta main se faufilera et je fondrai par le milieu – mais comment me le pardonnerai-je ? et comment dès lors me pardonnerais-je quoi que ce soit ?

      on se parle à l’interphone, c’est tout. c’est qui c’est moi, c’est toi t’es là. rien de plus à disposition pour reconditionner la possibilité d’une existence qui ne soit condamnée à l’indigence

      et le sens de l’harmonie derrière l’aléatoire tu le perces, ou tu lui éclates les dents? à chaque arrivée, à chaque sortie correspond une rémission sans condition, point

     

    chose pas oiseau

    17 janvier 2023

  • le vertige je l’ai eu, maintenant je l’ai plus

      on s’est abstenu de se dire et moi et toi et soi. on est bien rentré chez soi
      chez soi là où l’on dort, seul ou avec un trou, un clou
      il y a n’importe qui chez moi, sauf moi

      la terre elle vagabonde. oh dis-moi comme la terre elle vagabonde
      elle vagabonde partout, la terre
      elle vagabonde jusqu’en corée
      et moi qui perdais espoir, sombre connard. et moi qui dimanches et jours de fêtes m’amusais à
      crucifier les canards…

      february march february, april. ah, april enfin. on va pouvoir crever tranquille
      j’ai mangé ma serviette, j’ai mangé ma cuillère. j’ai mangé mon tampon, j’ai mangé ma sucette. je ne me retrouve plus
      je cherche je cherche, je ne te retrouve pas non plus

      chien lourd, mais carrément lourd. qui nous écrase tous
      tout va bien ? tout va comme il faut ?
      on peut changer vos couverts, ou mettre un autre disque ?
      où je m’en vais, je m’en vais pour de faux. pour de faux pour de bon, je m’en vais en caleçon

      il ne médite plus, la chair le sol, il ne médite plus. il s’éjacule droit dans les yeux
      j’ai couru vers l’amour je lui ai dit suzanne ouvre-toi. elle a dit je m’appelle pas suzanne
      mais qu’est-ce qu’on en a à foutre

      noyons le peuple dans le peuple il en subsistera toujours
      quelque spécimen d’individu. individu quel est ton nom. individu quel est ton fluide. individu arrache ta dent crame un fusible tu fais pitié
      en même temps tu parles pas

    17 janvier 2023

  • le petit pont m’a dit, pont m’a dit

      on s’échange les prénoms, on s’échange les sexes, les adresses
      quand je lève la tête un château d’eau s’effondre, quand je lève la tête
      je ne crois plus en rien

      la lampe, il faut éteindre la lampe maintenant. cracher dessus si besoin est
      la pluie remarque tout nu, virgule, la pluie remarque tout nu le point virgule

      quoi j’ai vécu deux ans, trois ans avec toi puis je t’ai pissé dessus
      tu m’as pissé dessus, je t’ai pissé dessus. alors tu m’as re-pissé dessus
      le sens de la mesure c’est ça

      le pire dans tout ça n’est que le pur dans tout ça. on s’en remettra
      pas
      on s’en remettra, ou pas, mais plus probablement qu’on s’en remettra
      pas
      le néant ne vieillit pas

      tu beugles avec ta mère. ton père est mort alors tu beugles avec ta mère, ta mère morte
      il faut des yeux pour voir et des yeux encore pour ne pas voir
      de toute façon des yeux, des yeux tout l’temps – yeux sans paupières

      dis-moi que tu ne leur parlera pas, dis-moi que tu me parleras juste à moi
      et qu’avec des piques, des cœurs et des trèfles on finira par
      entrer l’un en l’autre

     

    le petit pont m'a dit, pont m'a dit

    14 janvier 2023

  • rien ni la pluie

      chacal courant. je n’essaie rien je me mouche
      dans ta manche, dans ton slip je me mouche
      où je peux. tu ne remarques rien ? moi non plus je ne remarque
      rien ni la pluie

      à la fin t’es toujours aussi nul. tu t’mords la couille
      les hommes ils ont coutume de dire, les femmes elles ont coutume de dire, moi aussi moi aussi, j’en veux
      mais y en a pu

      petite tape dans le dos, sale manie d’arriver toujours en avance, et d’attendre
      parce qu’attendre nous retire toute consistance, attendre nous suce la moelle ce qui fait qu’on
      n’a plus de moelle

      c’est psycho, ça ne passera pas
      l’ennui avec dolores, c’est que c’est quand c’est quoi
      psycho je te dis, et ça ne passera pas
      une fois mort, tu rebrousseras chemin

      toute la nuit je m’élance, et toute la nuit je me retiens. m’élance et me retiens. toute la nuit
      mon histoire s’arrête là mon histoire
      ne va pas plus loin. plus loin que ça laisse songeur…

      j’ai manqué de tout
      tonneau des danaïdes, petite tumeur sur le flanc gauche
      t’aurais pu embrasser le sol, t’aurais pu embrasser la vague, il en resterait la poussière
      ta mère la poussière

    13 janvier 2023

  • les siens. les nôtres. les leurs

      manger à côté de ses dents. manger à côté de sa bouche. manger à côté de sa table
      je ne dors pour personne
      un jour ou l’autre ça arrivera. quoi exactement je l’ignore. étant donné qu’un jour ni l’autre
      n’arrivera

      bave un peu sur ma chemise, essuie-toi la bouche
      et le reste
      le premier endormi réveille l’autre ou je n’sais quoi, je ne sais plus compter
      j’ai mal dans tout le corps ce n’est rien, j’entends l’écho des clous,
      des clous dans l’âme

      je ne survis qu’abandonné, m’abandonnant. je t’ai même fait répéter les paroles toute la matinée
      un peuple est nain, un peuple reste nain
      je m’endors et quand je m’endors ça se passe sans dieu. je m’endors et quand je m’endors ça se passe
      de l’autre côté, du côté mûr

      romps-moi les os. petit à petit l’un après l’autre, romps-moi les os
      mesure la vague, devant
      touche-toi l’anus, devant
      parle-moi comme à ton doigt sinon je te bouffe la chatte, parle-moi comme à travers
      je lui dis va-t’en, grande ourse long vehicle, mais elle ne s’en va pas

      surtout ne pas faire de bruit
      s’habiller sans un bruit
      fermer sans bruit la porte, puis l’autre porte
      une autre porte encore
      partir sans faire de bruit, laisser de mot
      non, ne pas partir : disparaître
      radicalement disparaître
      plus que mourir encore, disparaître
      disparaître encore plus

     

    les siens. les nôtres. les leurs

    10 janvier 2023

  • aller tranquille, le mal de mer

      il mordait sans son chien, or il mordait partout
      abandonné de dieu ne lui a pas rendu vraiment service. abandonné de dieu a récupéré les clous qui traînaient là
      et qu’on a mis de côté, pour le suivant…

      Langham est un tout petit village
      j’ai grandi dans ce tout petit village
      puis j’ai quitté ce tout petit village
      pour une vie, n’importe quelle vie, pour n’importe où, où je suis morte finalement et donc ne
      retournerai pas à Langham, ce tout petit village

      majuscule traînait une minuscule virgule, j’ai laissé pousser mes cheveux
      mon dieu avait une jambe de bois. je l’ai frottée, rabotée, sucée – aurais-je une langue de bois ?
      de bambou ?
      de chêne qu’on écorce pensant débouchonner la lumière mais la lumière se tait
      elle ne fait en effet plus de bulles, la lumière…

      j’étais toujours d’ailleurs, je venais d’autre part, saignant du nez un peu
      tournant de l’œil, le droit le gauche, chacun son tour. j’ai fini par me confondre à mon âme au point où
      ne resta que mon ombre, plus rien ne faisant ombre
      bref de ces trucs qu’on chope, quand on aime sans précaution…

      amoureuse d’une autre vessie, hors bord de soi
      hors bord de moi
      carte postale à la dérive
      j’ai un chien il me mord au visage j’ai un chien, je ne connais pas son nom
      il ne connaît pas mon nom
      un ami m’héberge en attendant

      bavures, morsures, et autres claquements de langue
      un pêcheur a repêché, un slip s’est retranché
      j’ai mal aux dents. ça arrive ça, d’avoir mal aux dents. on n’y peut pas grand chose. allez,
      va tranquille, le mal de mer…

    9 janvier 2023

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