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assis là sur un banc


  • un judo

      parler d’un vieux monsieur. un vieux monsieur ça sent toujours un peu mauvais. c’est fait pour ça un vieux monsieur
      la mer pue

      un homme n’a pas de corde à son arc. sa flèche va sans but
      – peut-on pour autant affirmer qu’elle le rate ?

      je me suis mis à parler dans une langue que je ne connaissais pas. peut-être n’en serais-je pas arrivé là si seulement tu m’avais pissé sur tout le corps

      quelque chose que je ne comprends pas. quelque chose qui me tourne le dos. quelque chose que j’épie dans un miroir riquiqui que je tire de ma cuisse$

      tu aurais pu me prendre pour quelqu’un d’autre. ou ne pas me prendre du tout. mais voilà, tu as gobé mes testicules, comme ça d’un coup

      il n’y a pas d’aveu dans ce que je te révèle là. ni de tableau des départs, avec leurs horaires et leurs numéros de quai
      il n’y a qu’un quai, à jamais quai

      la mort a les cheveux longs, très longs
      on lui rase la tête, on lui rase la couenne, la mort a les cheveux en tas d’un côté
      la boule à zéro de l’autre

    19 septembre 2022

  • se raconter une femme

      je ne me souviens pas en avoir fait autant, je baisse la garde. je baisse la garde ainsi soit-il
      si à travers moi s’effondre le monde, le néant quant à lui obtempère

      je me caresse la tête. faute de mieux je me caresse la tête. avec le concours de doigts crochus
      je ne te demande pas ce que tu vas faire de moi, afin que tu ne te demandes pas ce que tu vas faire de moi. et ainsi n’en fasses rien

      il y a un malade en moi, que je me dois toujours d’aider à se persécuter
      au cas où il penserait à penser à une autre, on a mis des herbes dans sa chaussure. on n’est jamais trop prudent

      tour à tour je t’ai prise dans mes bras, les bras allant s’élargissant tandis que rétrécissait l’espace
      j’ai aspiré toute la chaleur d’un corps jusqu’à le laisser froid

      toute la nuit je rêve. le jour je m’interromps, le jour c’est quand je n’ai plus de rêve, le rêve quand je n’ai plus de jour
      pendu à l’arbre qui n’existe pas. pendu au vent ou je n’sais quoi. pendu à un mince poil de chatte

      je n’arrive plus à distinguer l’os du cheveu, il me faudra plus d’un doigt pour te séduire
      dans s’illuminer d’un baiser l’essentiel ne consiste pas en l’illumination, mais en le baiser-même…

     

    se raconter une femme

    16 septembre 2022

  • un homme avec trois femmes dedans

      la nuit mange-moi partout. il y a des petits scoubidous partout et en effet, il y a des petits scoubidous partout. on s’en débarrasse pas

      de mal-être tu parles, comme d’un non-être qui aurait mal tourné, ou tourné tout court. de mal-être qui s’étale non mais la barre au sol

      elle me mange dans la main. parfois elle me la lèche un peu, la main. se nourrir d’un homme engendre de graves conséquences. mais ça passera

      ou pas. dans le pire des cas, ça ne passera
      pas. je n’arrive toujours pas à croire au pur jus de son sexe, à la légitime clarté de son esprit. je me romps l’os là

      je ne m’attachais pas à ta petite culotte : j’errais pied bot dans les couloirs sans vent, j’éjaculais sans m’en vanter sur ton paillasson. ton paillasson ta douille. ton paillasson c’est la question

      c’est récurrent, je perce le panier
      je t’aime aussi sans doute, de l’autre côté d’la bande. trois trous auront eu raison d’la boule
      et puis il fallut en finir avec ce pour ou sans lequel on était né

    13 septembre 2022

  • dieu sans lequel on boit

      la nuit s’est déclarée, facile, expansive
      transposant nos pulsions chagrines en purs élans de joie
      imagine alors, imagine un instant
      le sort de nos ovaires…

      mécaniquement plus le corps s’enfonce, plus l’âme se soulève
      entre coups de foudre et paresse atavique, je tire de moi-même
      sucres lents et
      dents longues de famine

      une neuvaine. doux comme telle
      âpre comme un nom dont on ne se souvient que du prénom
      et d’un crachât de ville.
      entre le temps et l’éternité faire pont, vielle tristesse,
      paradis de pacotille…

      me retenir à autre chose qu’à mes dents, pomme confuse
      entrer dans la mémoire d’un mouche, ressortir par la vulve
      n’être jamais né n’être jamais mouru, sucer caillou, caillou sucé
      un jour hors dieu

      ta mère aura des nœuds. tu prendras la forme et la substance d’un âne, d’une mule
      je mange dans ma main les lignes de ma main, je m’essuie sur ta bouche
      n’ayant rien d’autre à faire de ma vie, je m’essuie
      sur ta bouche

      je me lève
      ça fait longtemps que je me lève – je me lève au moins depuis
      que je m’écroule
      : mes jouets tournent en boucle…

     

    dieu sans lequel on boit

     

    10 septembre 2022

  • fleur au canon sabre au clair, j’achève ma terre

      entre deux rêves j’éteins ma bite, entre deux rêves cénobite, et demi je crache mon style
      il n’y paraîtra pas, ni en moi ni en soi, il craint que soulevant la main nulle ombre ne s’ensuive
      tout ce qu’on n’est pas viendra nous caresser la tête

      au fur et à mesure que croît le manque, crève l’abcès
      j’ai plus d’une figue dans mon sac, également plus d’un parachute sur mon dos
      post-historique ne semble pas de tout repos…

      la mer aura tout confondu : les poulpes avec les couilles, l’œil-de-bœuf avec l’œil-du-veuf
      pas évident dis-moi d’avoir un lieu sacré et de s’en trouver fort dépourvu, définitivement privé
      j’ai quand même découvert une pierre à l’entrée de chaque paysage, la ramassant pour fracasser la vitre
      de chaque paysage, humain fut-il…

      trois fois la vie deux fois la mort, ce qui me laisse une longueur d’avance
      une fois le chemin parcouru, comment le reparcourir et comment de surcroît
      ne pas le reparcourir ?
      quelques dents en moins peut-être, un cœur tout à son esprit de vengeance
      – de grêles queues de cerises ?

      ma gamelle d’aimée, mon esprit rassassin
      je me violente environ toutes les trois minutes, et personne ne vient nettoyer ni recoudre les plaies
      je ne sais pas de quoi je parle et d’ailleurs j’ignore au fond quoi parle
      j’attends juste que tu viennes me gifler
      ou déposer le baiser sacré sur ma joue mal rasée

      elle parle dans la nuit car c’est un enfant rare. un enfant c’est ultra rare
      elle sue sous les aisselles d’où mon regard en coin, mon coin à l’angle mort
      touche-la d’où qu’elle sorte, elle sorte de mon doigt
      elle abrège comme ça, elle abrège tout l’temps. c’est moi qui coule dedans.

    7 septembre 2022

  • au doigt mouillé, à l’ongle sale

      je ne veux pas partir avant de dire oui, et partir posera peut-être ultimement ce oui
      ce que je veux néanmoins dresse de fait un non. que je parte ou demeure, j’entérine ce non tant au départ qu’au demeurant
      simple crotte de bique sur le chemin tordu

      la crainte de l’oubli m’a claqué les bretelles. la paille faisant défaut, on tirera son sort au plus court poil de chatte
      au doigt mouillé, j’affirme que la mort se trouve de ce côté – d’ailleurs colle encore le sable
      entre les orteils et sous les plantes

      du pus sort du miroir, on soignera ça avec la peur au ventre
      ou des panneaux bilingues annonçant quelque pauvre hameau au bout d’une route désormais peu fréquentable
      au point où on en est, c’est décidément celui qui dit qui n’y est pas

      tout peut arriver, absolument tout, n’importe où à n’importe qui n’importe quand
      et cependant rien n’arrive vraiment, à quiconque et sans les impuretés
      entre les deux navigue à vue un désir de quoi un désir de rien, qui te répondrait moi non plus ou y a pas d’quoi
      de rien je vous en prie

      encore faudrait-il déterrer la pioche pour entamer enfin le chemin du retour, ou de cet éternel départ pour lequel nous tressons
      depuis quelque temps déjà nos couronnes de fleurs, de frêles nattes serpentant le long du cou, des notre-dames apparues sur un tas de galets
      profonds les courant bas. et plus profond encore, endormi le dragon

     

    au doigt mouillé, à l'ongle sale

    4 septembre 2022

  • jasmin tranquille

      la terre c’est un peu comme la terre, sauf qu’on y rajoute un ciel
      et un p’tit square, qu’on affuble du nome de parc, sans en avoir l’air
      j’embrasse une bouche cette bouche est occupée, je parle d’un être vaguement humain cet être humain vaguement mort
      – vraiment pas mon jour, en effet

      j’ai vu un loup. j’ai vu un loup se balader sur ma crête ou comment dire,
      en lisière d’un champ beugle.
      je suis l’amour mais si je ne suis l’amour pour personne à quoi ça sert ?
      aveugle, afin qu’elle ne me voie…

      tout ce qu’on casse, il faudra le re-casser, médite le miroir
      j’aurais voulu décoller haut or je n’ai plus de bulle, me décoiffer or n’ai plus de cachets libres – je cesse là où commence une histoire en laquelle je ne me reconnais pas
      pour le dire autrement, j’embrasse ma joue gauche alors que ma droite fane déjà
      pauvre de qui, pauvre de soi

      un puits mobile, un puits creusé vers le ciel, j’ai tenté cette histoire
      pour être sincère, je n’ai vécu que le temps de le dire
      version alternative, je n’ai vécu que le temps d’en mourir
      rince-moi les yeux de cette histoire, s’il te plaît remets-moi dans l’urne droite

    1 septembre 2022

  • derrière la vie les grandes marées

      les gens sont gentils, ils font gaffe
      il font schlaf quand on les écrase en leur marchant dessus
      parce qu’on ne regarde pas où on met les pieds quand on marche, absorbés que l’on est à marcher droit devant soi tout en préservant
      un semblant d’équilibre

      quelqu’un souffle dans mes oreilles, le contraire m’eut étonné
      mon pays de terre cuite, mon pays de pâte molle
      tu nais tu prends l’bâton tu cours tu l’passes à l’autre, bâton crotteux passe le relais
      mais moi quand j’ouvre les yeux je ne vois qu’éternelle lumière
      par le trou du néant ustensile indocile, éternelle lumière

      mes amis ne sont pas revenus, je suis donc resté seul as-
      sistant à ma propre déflagration. ce fut propre en effet on se passa
      de musique, de filles bref, on se passa de tout
      je n’ai qu’un seul amour, n’y suis que tout amour, resplendissant dès lors que je
      n’existe pas

      on marche comme on ne marche pas, sur place dans l’immensité des flaques
      qui pleure et ne pleure pas, va falloir tracer claire la ligne de partage des eaux
      . je hais mon nom. j’embrasse mon nom. je crois que je suis enceinte de mon nom.
      qui l’aime le fuie

      il y a un dieu, et même ce dieu-là ne regarde qu’en-haut, hors-sol tournesol, traces de gras sur des lunettes noires
      sans quoi je rêve, mais rêve encore, priant que le rêve ne me réalise pas, ni même en rêve
      il y a les dents aussi, j’allais presque oublier, qu’on jette par la fenêtre quand fenêtre s’entrouvre, fenêtre faisant froid
      d’où le pieux frisson froid

     

    derrière la vie les grandes marées

    29 août 2022

  • le parallélisme des dents, de la pensée, des éjaculations forcées

      un jour ballon. l’autre moitié roule-boulant dans l’infini. intrinsèquement, je borde.
      quelqu’un ne me reconnaît pas je le salue d’un geste rare cela ne donne rien, tandis que cela
      obstinément ne donne rien

      je me suis mis à courir or courir ne sert à rien, là où simultanément cesse le temps
      et commence l’espace.
      je parle de la mer comme on parle d’une morte et de ces pulsions érotiques qui par vagues
      nous livrent nus à elle
      et à nulle autre qu’elle

      il y a un nihiliste en dieu, intégral forcené, fainéant en substance. je lui procure un cheval.
      on a parcouru du chemin ensemble moi et moi et lorsque tombe l’un, qui distinguera l’autre du néant ?
      doigts entortillés dans leurs poches en berne, me reste un vague à l’âme, une nausée montante

      trois fois la courte échelle n’en feront pas de longue.
      elle m’offre de très vieux bonbons dans leur bleu excentrique, je mange l’un d’entre eux aurais-je donc perdu tout sens
      de la reconnaissance ?
      venir de nulle part, fixant l’infini d’un doux regard de pomme tombée…

      et se sentait comme outragé par l’immensité des lits.
      elle lui parlait de l’œil, de la terre jaunie, d’un homme qui n’aurait jamais du naître – mais qui reconnaît son devoir ?
      « il est mes yeux pour ce que je ne puis voir
      il est mes oreilles pour ce que je ne puis entendre
      il vit d’une douceur éteinte,
      d’un presque-mort en grès ».

    26 août 2022

  • la nuit tancar jolie

      la nuit me sert de rideau, de rien d’autre, je n’ai jamais été devant.
      parfois dedans, baver, glousser, parfois au pied pour une nuit plus dense
      une hypnose profonde

      c’est un tour radical, une racine qui plane, cerf-volant en manque de
      méconnaissance – ou même de dé-naissance, comme s’émoussent les aiguilles au contact d’un vent obscurément contraire.
      j’allai faire un tour par derrière, m’assurer que ce temps-ci resterait
      bien sans suite

      on ne se rend pas vraiment compte. ou alors pas tout de suite, ou pas tout d’un coup. on ronge à ses côtés.
      d’abord on s’attaque à l’os, à la sève de l’os. et de là jusqu’au cœur, à la moelle du cœur
      et cela jusqu’au bout – que se trouve au-delà du bout, à partir de quel bout me sentis-je enfin libre

      la braise à toute épreuve. je lui ai même arraché le cordon. on aurait pu tout me faire avouer, juste en posant regard.
      très bravement tombe la pluie, selon la triste oblique, très bravement ramasse le gant – il y aura toujours un tendre ou un tordu
      pour se moucher dedans

      enclos. enclos dans la méconnaissance de soi. enclos dans le jour se rabougrit, aussi. enclos.
      à l’écoute de l’âme du monde et le silence me vide les poumons. mourir à petites doses la dosette
      mourir à rebrousse-poil

     

    la nuit tancar jolie

    23 août 2022

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