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assis là sur un banc


  • chien d’ancêtre. le viol originel

      le chien meure et tout s’éclaircira, tout s’éveillera
      comme au premier jour du temps, une aurore impeccable j’imagine, et deux roues à la dérive
      entraînées dans la quête tant désespérée qu’inconsistante de
      leur originel vélo

      il eut fallu le dire sans le dire, et le taire sans le taire, mais tu as planté dans le sol un piquet
      de pure violence
      délimitant autour de lui tout un espace en lequel était aboli
      le mensonge, et pire même : en lequel la vérité cessait soudainement de constituer
      une option parmi d’autres

      ils se sont arrêtés à mi-chemin, les hommes qui couraient à leur but et cherchaient un motif
      à leur sombre jouissance.
      je n’ai jamais regardé de ce côté-là j’écoutais ta voix c’est tout, sans tenir compte des paroles
      à force de nuit un point fixe en plein hasard finira bien
      par s’embraser, me disais-je

      les trous ont poussé sous mon manteau, je commence à ressembler
      à un boulevard à taupes. et faire comme si je riais, pour dissimuler le fait
      que je ne ris pas.
      les bouches restent fermées, hermétiques tant aux baisers
      qu’aux déchirantes vérités

      le son de la pluie piquant de mille baisers une plaque de tôle – pure prière ou hasard méthodique…
      quand j’ai réalisé que je ne voulais pas de dieu, et qu’une chatte borgne ne me rendrait pas la vue, j’ai pris la pince à épiler
      pour épiler quoi peu importe

    17 octobre 2022

  • rassemblez tous les petits animaux

      je marche avec sévérité. tout le long de ma nuit, je marche avec sévérité
      je me rends bien compte que l’un ne va pas sans l’autre, et que l’un va sans l’un
      je ne me regarde nulle part. dans la glace je ne me regarde pas. je ne me regarde pas quoi qu’il en soit

      j’ai mangé tout le bitume, à la petite cuillère. tu me croiras si tu veux
      je vendrais le ventre de ma mère pour un brin de chaleur. je vendrais même le cordon, par la même occasion
      on ne me plantera pas de croix dans le crâne. on me grattera la fesse jusqu’au pouls, dans mon rêve le plus doux

      un verre à pied, un verre à genoux, or je suis resté raide dans ma chute
      tu aurais pu me lécher le corps et le prendre pour de la confiture, mais je ne t’aurais pas crue
      je me suis réveillé débile marteau, sans le nom ni l’adresse
      après avoir épluché toutes les circonstances je suis allé pisser contre de l’ardoise
      l’ardoise noire

      on se marie d’ici un jour ou deux, on se marie au fond d’un jour sans date
      il me faut cette esclandre, cette esclandre ou une autre, il ma faut une esclandre
      je mâche la tige. tu me donnes toute la langue et moi je mâche la tige. je te dis que je mâche la tige
      tu t’en fous. tu me laisses là tu te barres. tu me laisses là avec la tige

      au fond de moi il y a un homme ou deux, peut-être un animal. au fond de moi il y a un homme ou pas
      carrément si je marche c’est que je marche encore. on ne peut pas en dire autant d’un pont, d’une grue, d’une verrue
      je n’ai plus que ma tombe où me planquer, cette tombe à la taille de ma vie, ainsi soit-elle

     

    rassemblez tous les petits animaux

    14 octobre 2022

  • le seul hasard, ce sont les âmes

      la mort des hommes, c’est son téléphone rose à lui, pauvre dieu
      parce que sans ça ils n’y penseraient jamais, ils flotteraient là telles des bulles
      à l’intérieur de bulles, elles-mêmes dérivant
      à l’intérieur de bulles…

      ma porte ne ferme pas. elle butte contre le corps mou de l’automne, ce tas malpropre, fétide avec des trous dedans
      aussi loin que je m’enfuie je retomberai toujours
      sur ces bouts d’ongles partout, ces séquelles d’amour

      on ne penche pas du bon côté on penche du côté
      où ça penche. je me sens l’âme d’une borne kilométrique et j’ai tenu
      bon jusqu là, implorant mon chemin à la route qui ne faisait que
      passer par là

      elle était belle, l’était jolie – d’aucuns prétendent même qu’elle était mignonne. alors on lui a coupé les avant-bras
      j’ai beaucoup pleuré. pas autant qu’elle assurément, mais j’ai beaucoup pleuré aussi
      j’aurais pu l’épouser et je ne l’ai pas fait : peut-être n’était-elle pas bonne cuisinière, à cause des bras
      ou d’autre chose

      je cherche en moi la vérité et je trouve un bébé. je sais, ça semble n’importe quoi
      dieu m’aime dans la mesure où moi je l’aime, alors de quel droit me plaindrais-je. je n’ai pas à espérer, non plus
      je pêche toute la rivière mais n’attrape qu’un poisson – et que voulez-vous que je fasse d’un poisson…

    11 octobre 2022

  • pleurer sur un corps sale

      tourner autour de la flaque, plusieurs fois d’affilée, voir si on n’y aurait pas laissé tomber quelque chose – genre un briquet, un rendez-vous manqué
      il a du pleuvoir pendant mon sommeil, au matin l’herbe était toute mouillée, l’air saturé d’humidité

      ma vie c’est comme ma vie, on oublie et on passe à autre chose – avec toutes les chaussettes, tous les slips, toutes les serviettes et tous les gens qui vont dedans
      le reste se perd à travers champs, dans les clips du passé, ou à gros traits sur un visage décomposé. on s’y penche sans vraiment s’en soucier

      place à l’esprit saint, à celui qui depuis ne tentait rien. on s’en est frotté un peu les bras et les épaules, nulle raison d’aller plus loin
      on aurait pu donner à boire à l’ange, de l’eau de pluie ou simplement un verre d’eau du robinet, on n’y a pas pensé. à vrai dire on n’a pensé à rien. on l’a retrouvé déshydraté

      le rouge a jauni sur ma chanson, je n’ai donc plus chanté. et puis j’ai cessé de parler aussi
      avant tout la pluie s’écoute. elle s’écoute alors même qu’elle ne dit rien, qu’elle ne se prononce pas. qu’elle révèle en taisant, comme par transparence. on l’écoute du fait même qu’elle demeure sans voix

      je refuse de mélanger mes mots à d’autres mots. je refuse de mélanger mon sang à un autre sang. je ne veux pas me mélanger
      porter secours à un enfant ne lui rendra pas sa mère. une deux trois loup y es-tu ? le jour de son suicide, j’avais piscine

     

    pleurer sur un corps sale

    8 octobre 2022

  • profaner bouche bée

      il mange peu
      il balaie la cour, plus ou moins tous les jours
      il n’a pas appris à reconnaître les signes dans le ciel, ni sur terre
      et par « terre » nous entendons le paysage, ou tout au moins les parages

      il suffit d’un homme à la fenêtre
      d’un homme ou d’une femme
      d’un homme qui se prendrait pour une femme, ou vice versa
      disons un homme pour faire simple, un homme
      qui ne se prendrait pour personne, assis là à la fenêtre
      ou sur un banc
      un banc fera tout aussi bien l’affaire, après tout

      beaucoup se sont réveillés nus, complètement nus
      étonnés certes mais ne prenant pas le temps vraiment de se poser de question
      certains se sont réveillés sans même se rendre compte
      qu’ils étaient nus
      mais peut-être ne l’étaient-ils pas, au fond…

      quelqu’un est passé par là
      et que cela ne semble pas avoir laissé de trace quelconque dans le paysage n’y change rien, quelqu’un
      est bel et bien passé par là
      ça se sent. on ne saurait dire à quoi précisément, ça se sent c’est tout

      il se lave peu
      les jours de pluie, il laisse le balai à sa place, avec la pelle rangée au pied de celui-ci
      une pelle en plastique vert
      on ne peut tout de même pas passer ses journées à regarder la pluie tomber, pense t-il
      sans réelle certitude concernant ceci plus que cela, ceci
      plutôt que cela

    6 octobre 2022

  • humide, il ne crie même plus

      je souris et tu penses que c’est par simple désespoir, comme s’il restait en moi de la place pour un quelconque désespoir
      mais tu te trompes. et je te trompe aussi, souriant ainsi, sans raison de sourire, ni de raison aucune

      les cheveux blancs les cheveux courts, le crâne blanc souci. j’ai posé mes mains dessus pour cacher mes pensées, confondre l’existence
      j’ai tendu ma main dessous parfois, pour en soutirer je ne sais quoi, quelques centimes d’horizon

      dans l’hémisphère nord on trouve des hommes. on trouve des femmes également, aux cheveux longs, le plus souvent attachés de telle ou telle façon
      ou tirés en arrière

      la tolérance commence à trois, la passion naît de deux, la vérité rentre en l’un
      alors qu’est-ce que tu fais là toi, perdue dans l’infini, te frottant le clitoris jusqu’à ce que mort s’ensuive
      or mort ne s’ensuit pas

      elle parle de sa chatte. elle n’arrête pas de parler de sa chatte. quoi qu’elle dise, c’est de sa chatte qu’elle parle
      on finira tous par y passer, par cette chatte. jusqu’à la dernière neige

      je ne relève la tête qu’une fois par an. le temps de jeter un coup d’œil au paysage, d’en mesurer l’étendue, estimer la puissance du vent
      puis je replonge d’instinct vers des fonds plus fétides, des choses de dessous le paysage, ses racines entre autres, racines entre lesquelles
      des poupées démembrées, des fétiches à pompons – le rouge à lèvres des morts…

     

    humide, il ne crie même plus

    3 octobre 2022

  • la mer jusqu’aux genoux

      je suis allé voir le peuple et j’ai masturbé le peuple. cela lui a fait du bien, au peuple, d’être ainsi masturbé
      cela a rabaissé le son du monde, et le volume du son

      avec les yeux du froid nous avons regardé le froid (nous réservons l’angoisse
      pour les grands jours de gel)
      et quand nous disons « nous », nous entendons les hommes, les grands hibernants

      en tassant bien, j’ai pu faire entrer toute la forêt en moi
      la queue du loup et les poils dans la soupe, toutes les nuits je rêve que
      je te suce l’amour

      des montagnes des prés, des montagnes encore, mais jamais vraiment la mer
      non, la mer ne remontera pas jusqu’à nous, la mer jusqu’aux genoux

      il pleut d’énormes quantités, et c’est par quantités plus énormes encore
      qu’il ne pleut pas.
      du coup nous ne nous noyons pas, les eaux pluviales ayant le temps de
      s’évacuer
      de s’évacuer

    1 octobre 2022

  • corbeau treize

      les cheveux gras. les cheveux gras les cheveux ras, il faut choisir. les cheveux las
      les cheveux las aussi, mieux vaut les raccourcir

      les rats
      m’ont sauvé du navire les rats
      m’ont montré le chemin par où, la corde tendue en équilibre sur laquelle, les rats
      ne font pas de chichis

      je m’illuminai parfois, mais je m’illuminai d’un rien
      d’un rien si rare, d’une moue mécanique, presque mélancolique

      ma bouche s’est retirée d’un centimètre ou deux, marée suivant la mauvaise pente
      ma bouche n’est plus qu’une fente ébréchée, en laquelle rebroussent une à une les vagues
      et se retranchent

      seul est sans nom. il a beau pisser à droite à gauche afin de délimiter quelque espace intime, un territoire à soi mais non
      car seul est sans appel

      beaucoup d’hommes sont venus vers toi. beaucoup d’hommes se sont approchés de toi
      beaucoup d’homme t’ont touché le sexe. beaucoup d’hommes t’ont introduit un doigt dans le vagin avant de le porter à leur bouche
      beaucoup d’hommes en effet sont sortis de ta chambre comme s’ils n’y étaient jamais entrés

     

    corbeau treize

    28 septembre 2022

  • tomber les vieux morceaux

      je ne me régale pas je me dis simplement qu’on aurait pu croire en soi, à commencer par l’un en l’autre or tandis que l’un mettait les bouts, l’autre se pétait l’genou que dire de plus ?

      la joie c’est pas pour tout de suite, tout de suite tirait la gueule. de mon instinct métaphysique ne me restait à peine la raie sur le côté

      une fois la chose échappée de la boîte on ne peut rien. les moustiques te bouffent les jambes, ton sexe explose à Lisvori. la meute rameute la meute il ne s’agit plus de soi ni de rien. alors n’en parlons pas veux-tu

      on s’aime d’un trait. d’un trait commun. n’appartenant plus au même monde, la fin du monde commun. un seul dieu nous répare, au slip large, à la couille distendue

      on ne va pas crever tous en même temps. l’un après l’autre ça suffira. veiller l’un sur l’autre, l’un l’autre s’inhumer, se refiler d’une bouche à l’autre les petits poissons ronds

      abandonner va mieux, comme au départ de toute fidélité. n’avoir où revenir qu’au bûcher primordial, ramassis de bouts de bois flottés, de palettes récupérées sur les chantiers concomitants

      je sais bien qu’on n’aime qu’une idée, étant beaucoup trop laid pour aimer tel qu’on est, et que ce n’est jamais par pitié que tombe la pluie – mais je tiens tellement au mal que cela me fait…

      inexorablement d’ailleurs, avec des pots de fleurs autour et cætera. suffit d’les arroser de temps en temps. de marcher sur nos propres décombres, dénommées traces pour faire illusion. d’ébaucher un genre de sourire rachitique avec des dents d’appoint

      je prends la main d’un mort et il ne m’arrive rien. un peu d’orage c’est tout

    25 septembre 2022

  • d’elle ou d’une autre

      à l’avant-garde du monde, le monde. les gens derrière. plus ou moins loin derrière

      la nuit elle se promène tranquille, c’est à dire tranquille, entre deux rangées d’hommes assis, d’arbres transis

      je m’envole parfois, quoique jamais bien haut, je m’envole à mi-temps. convaincu qu’il ne faut en aucun cas faire quoi que ce soit de sa vie

      je n’avais rien d’autre à faire de ma vie que de l’attendre, sachant qu’elle ne viendrait pas. par contre personne ne se faisait la bise en ce temps-là, ce qui nous laissait respirer…

      mes petits baisers se sont levés en horde, en bancs compacts. c’est ce que j’aurais du mentionner tout d’abord sur mon c.v. d’irréconciliable

      la position inconfortable je la tiens. j’ai donc fixé un trou au plafond bas, si bas qu’en lui le trou prenait toute la place

      l’âme pur sexe. le reste tombe à côté, retombe. d’un côté ou de l’autre. jusqu’où ne nous ressemblerons-nous pas ?

      s’il pleut c’est parce qu’il pleut. s’il ne pleut pas parce qu’il ne pleut pas, sur la côte comme ailleurs. ailleurs plus à l’intérieur

     

    d'elle ou d'une autre

    22 septembre 2022

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