on a marché ensemble, on a marché ensemble mais tellement longtemps qu’à la fin le chemin ne distinguait plus les pas de l’un de ceux de l’autre. alors on a eu une vision
je te touche les fesses, tu me touches les fesses – bon, jusque là tout va bien quand l’un mourut l’autre continua d’avancer un certain temps, poulet sans tête cil sans battre
donne-moi ta main, ta main est froide. tandis que s’affrontent à toute échelle l’obscur et le clair, sur le qui-vive et en attente : rouge, le bout de l’allumette
chauds, chauds les pissenlits, il y a du monde derrière ou comment s’en débarrasser. près de ma vie, plus près encore, encore plus au-dedans – repose en paix, lisse miroir
mon chien court après toi, mon chien court après moi, putain que grise est l’herbe mon chien court après soi on ne le rattrapera pas…
j’ai brûlé les vieux papiers, carnets d’adresses et ponts sur la drina ainsi me présenté-je, pieds nus et le cœur vide devant l’éternel bas de nuage mais franc du gland
les femmes choisissent leurs amants. les hommes, eux, restent là à prier pour que tombe la pluie et non seulement la pluie ne tombe pas mais pire : elle remonte la pente
les trous nous dévorent par en-dedans, les trous nous dévorent par au-dehors en chacun de nous s’enfonce un trou
puis un jour, manchette moucheron, ils disparaissent, les boutons les plumes d’ange ou de mésange
tout est bon dans le poisson – la tête les arêtes, la queue la confusion je meurs aussi à cause de ça
on finit par s’ennuyer chez vous, on finit par avoir la gerbe, racler du pissenlit rebondir sur le mauvais pied ne constitue pas en soi un départ flambant neuf
l’esprit hanté par dieu l’excavatrice, lumière annihilatrice, principe précédant le un et l’infini – quelqu’un aura t-il seulement l’obligeance de me rendre mon billet…
je me suis parlé. je me suis parlé et tout le temps que je me parlais, j’avais l’esprit ailleurs, ne m’écoutant pas vraiment j’écoutais la mer, et le bruit que la mer fait en se retirant
j’ai manqué de mourir, mais sur un terrain vague. sur un terrain vague mes feuilles ont jauni on aurait pu se dire au-revoir, sur la bouche ou ailleurs
la pluie c’est quand même pas serré. la pluie c’est quand même pas de dos on ne s’apporte rien, non vraiment, on ne s’apporte rien tant pis
une amie n’est pas nauséabonde. une amie a seulement fait semblant. des trous dans sa culotte sans pente à dévaler, je reste muet
la mort me trompe. la mort me trompe tout l’temps pendant que je conduis la mort me trompe, je ne trompe personne en ne conduisant pas que mort charrie à la mort mène, et je ne vois plus rien
j’ai tellement de peine, mais tellement de peine alors. d’autre part mieux vaut que tu le saches et avant toute chose : j’habite un nid de poule
j’ai une barre dans l’épaule droite. dans l’épaule droite j’ai une barre, aussi. je me demande ce que ça fait de rester assise ainsi toute la journée
toute la journée je reste assise. j’ai des fourmis dans la momie, aussi. je ne veux pas recommencer. je reste assise, voilà tout
un homme est en mouvement. on lui tire dessus, ça ne le fait qu’accélérer. il aurait fallu l’abattre même en rêve. un homme est assourdissant
occupe-toi de tout, moi je me noie dans la bassine. des plants, des gouttières qui gouttent, occupe-toi de mes obsèques, moi je m’occupe à rien
l’un est parti de ce côté, l’autre est parti de l’autre côté. peut-être se rejoindront-ils un jour, dans l’infini. de là où je suis on ne peut voir tout l’infini
une heure dans ma peau, c’est à peine plus qu’un ballon dégonflé. par ailleurs je n’ai pas de temps pour ça – je n’ai que le temps pour rien
mes enfants boivent de la bière. de l’aube jusqu’au coucher, mes enfants boivent de la bière. c’est dégueulasse, mais eux ils aiment ça
j’aurais voulu te tenir dans mes bras, si seulement j’avais eu des bras. j’aurais voulu te serrer contre moi, si seulement j’avais eu un moi. du coup je te lèche la fente
la nuit je reste assise. toute la nuit je reste assise. et j’attends quoi, j’attends que la nuit passe
des arbres devant la fenêtre. rêvés ou réels, on s’en fout à présent. comme on se fout des arbres, des arbres à la fenêtre
je comptais te sucer en échange. moi tout ce que je désirais, c’était te rendre heureuse. sinon on partagera les friandises – à nous deux, on aura vite fini l’paquet
heureusement qu’il y a un ciel. même si on ne le voit pas de là où l’on se trouve, heureusement qu’il y a un ciel. pédaler à reculons aura creusé son trou
quelque chose s’est cassé, quelque chose en cours de route. à moins d’un défaut de fabrication, mauvais départ mauvais pied – qui sait ?
charge mentale. suivie invariablement de quelque décharge mentale. un peu comme le trou qu’on remplit avec du vide. mais surtout pas d’amertume
la nuit graisse les gonds. si je vais où je veux c’est que je veux encore, et qu’existe quelque part. si je vais où je veux c’est que je vais encore
mal aux épaules, à force de nager sans doute. à force de nager c’est rien. je te réponds vas-y si tu veux – tu ne bouges pas d’un cil. pas d’un cil
penser ce qu’on voudra, penser n’aidera pas. d’ailleurs c’est pas le but
mes morts m’ont abandonné. conséquemment je traîne, je traîne toute la journée. d’un gras mégot me fais une fête
replie sous toi, tes jambes, ton paquet. ci-gît ton petit paquet de lettres
parle tout bas. même seul, même à personne, parle tout bas. en tout cas pour cette fois
un arbre s’est dérobé à la vue d’un arbre comment est-ce possible, comment respire t-il encore
mieux qu’un homme, mieux qu’une femme : un âne. un âne ou une ânesse. une allaitante
se casse un bras sur la colonne vertébrale. n’en revient pas mais ne sait d’où. toujours à l’heure quand l’heure inopinée. dresse un procès verbal de sa propre innocuité
pars sans moi, achète-toi un miroir. introduis ton bâton de rouge à lèvres dans un sexe ou dans l’autre
tous les hauts. et de plus en plus haut. la peau du crâne, on grattera la peau du crâne. jusqu’à l’écœurement
il rentre à la maison. à l’intérieur de la maison il ne reconnaît pas sa maison. il s’est trompé d’intérieur
j’allais à contresens. quelle que route que je prisse, j’allais à contresens. à contretemps ne durait si longtemps
nous d’où je viens, on n’a pas les moyens de la pudeur non on n’a pas les moyens de se planquer derrière un doigt d’honneur et cependant faut bien l’enfoncer quelque part ce foutu doigt, en faire quelque chose alors on le montre à ces messieurs ces messieurs nous disent, on le montre à ces dames ces dames nous renvoient aux principes premiers, aux formes élémentaires
ta butte elle a trois mètres de haut bon, mais en tenant compte de l’érosion, des dépressions… d’ailleurs existe t-il force supérieure à celle de l’inertie, la force sans la force, le vas-y-là-comme-ça-glisse ? ou bien la chute : tu tombes, et de ton propre poids tu tombes encore, simplement en pesant, grimpé sur tes propres épaules et appuyant…
un homme est toujours plus heureux chez lui que chez moi – il aurait fallu y penser avant, il aurait fallu y penser plus tôt elle se promène radicalement nue un savon à la main, juste pour m’humilier au fond un souvenir de marseille, ce savon
petit amour de soi. tu connais ces gens. tu les a vus, tu les a sentis quand l’un déversait un regard suppliant, cherchant ta main comme si t’allais le sauver, le remonter à la surface ou tout rabougri dedans, n’écoutant plus ce qu’on lui raconte, plus concerné par quoi que ce soit, parfaitement résigné l’autre encore, implorant la mort de venir le délivrer enfin de l’angoisse – l’angoisse de la mort je suppose, ou de toute souffrance ainsi soit-il et lui qui tombe et tombe, vois comme il tombe, creuse son propre gouffre et n’y comprend que dalle, avec cloué sur son visage ce regard hagard des bêtes à l’abattoir tout cela et d’autres choses encore ne font pas que remuer ta chair ou dans ta chair, c’est là toute ta chair, cariée au cœur
en chacun fermente un vieux, un pour qui no future mais par lequel arrive le scandale je l’ai embrassé à pleine bouche, ce trou vivant, ce rat crevé, mélancolique couinement je lui retrousse les jupes. toute ma vie je lui retrousse les jupes alors je me dis, je me dis ça pue du sexe et j’abdique
il tombe debout. il tombe debout tout l’temps ça reste sans effet il ne fait pas l’effort d’être moche il ne fait pas l’effort d’être mort, il tombe il tombe debout ce n’est pas anodin, ni vraiment grave
il y a des femmes on leur donne à manger. on donne à manger à ces femmes-là d’abord parce qu’elles ont faim d’accord, mais surtout pour les regarder manger on les regarde manger
j’emmagasine. j’ai l’air de rien comme ça je sais, mais mine de rien j’emmagasine elle pleure dans les recoins. si ça se trouve elle pleure dans les recoins. elle veut pas qu’on la voie c’est intime, c’est personnel – on veut pas que ça s’sache
on a tous quelque part quelque chose en attente. va savoir quoi. on a tous quelque part quelque chose en attente. ça ne s’arrête pas. je veux dire l’attente. c’est donc que ça s’arrête. que ça reste en suspens on a tous quelque part
à la mi-décembre on couve un bruit. on allume une bouteille. à la mi-décembre on tombe dedans on l’a recouvert de feuilles, son corps était tout froid. ses bas filés le jour le plus bas de sa vie
à la minute où je te parle, tu changes d’avis tu changes d’avis tu changes de disque, tu remets ton chignon de travers à la minute où je t’embrasse tu tournes la tête de l’autre côté voilà. comme ça. de l’autre côté c’est mieux