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assis là sur un banc


  • tout est rouge. hormis le rouge, tout est rouge

      tu t’appelles comment tu t’appelles le petit sang ta mère
      c’est comme toi sans le sang et toi comme le sang sans ta mère on fait ce qu’on peut je le sais bien et de là
      on fait ce qu’on veut, amen

      t’es un mec ou t’es pas un mec, si t’es un mec.
      le tic-tac d’une horloge arrêtée.
      le mal loin derrière soi, le sang rouge à force d’être noir
      noire la couleur s’étant couvert la vue – la vue ne suffit plus
      s’endeuille le paysage

      j’habitais ma chanson, sans crier gare
      j’aurais pu vivre ainsi, me branlant l’ombre, me retournant la peau du visage
      il y a des moments comme ça où les choses ne voulant plus rien dire
      se révèlent exactement telles qu’elles sont

      la rage nous aura conduit à cette indifférence exacerbée, ce lieutenant assis
      j’eus l’impression de me tenir là sur le rebord du nombril universel c’est alors que
      je me pissai dessus, tout seul, comme un grand

      palpitent les tombes. urgent les vessies
      la mort ne résout rien. te souviens-tu de rien ?
      je me baisse et embrasse la ligne de toute frontière mais j’y peux rien j’éjacule, ça mouille j’ai pas de quoi essuyer je me sens
      si sale
      ou si triste

      n’ayant plus de raison d’en vouloir à qui que ce soit, j’arrache les bouts
      de tout temps, de toute hérédité, j’arrache les bouts
      des antennes aux racines j’arrache, j’arrache les bouts
      la lumière se replis sur dieu, le dégoût de soi ça va
      c’est bon, ça va

    14 novembre 2022

  • échos du bout du bout du monde

      noirs les ballons
      qu’on lâche dès qu’on ne peut soutenir davantage
      sa propre légèreté, écrasé d’apesanteur et du sentiment persistant de
      sinistre vacuité :
      noirs les ballons

      tomber, mais tomber où, sur la pointe des pieds
      tant tout est chute dans le vide, et vol toute chute
      planant de le penser mais
      chute à la pensée de penser ce plané
      – eh merde !

      dans la nature donc tout est rond, les nez de clown sont ronds
      les ronds ne s’ennuient pas, poissons dans leur bocal
      or si les ronds font des bonds, les bonds mouillent chemise : des ronds partout
      des ronds tout l’temps

      toute la nuit je rêve. ça fait passer la nuit
      je ne comprends pas la mort – pas plus mourir que d’être mort, pas plus pour soi que pour autrui
      je ne comprends rien
      par conséquent toute la nuit je rêve. ça fait passer le rêve,
      le goût du rêve

      cela fait de moi un homme qui marche, un homme qui
      ne se l’explique pas et c’est ce qu’on se dit quand on ne sait quoi se dire ou que
      mourir pour un poème mais non, ça ne
      décolle pas

      nous sommes les tombeaux de nos mères
      et en plus c’est nous qui apportons les fleurs
      ça sent bon, les fleurs
      ça nous innocente, en quelque sorte
      le reste se réduit à de larges trous observant tout cela
      d’un regard fade

     

    échos du bout du bout du monde

    11 novembre 2022

  • restaurer l’inespéré

      je pose mes mains sur un lapin mort, il ne ressuscite pas
      je décroche un pendu de sa poutre il s’éloigne sans un merci, comme si de rien n’était
      ce café froid. horriblement froid. je m’en ressers une tasse

      je l’embrasse dans les coins
      elle est grosse ou elle est maigre, selon les coins, ou sous l’angle duquel
      je frotte mon sexe sur tout son corps et j’arrête là. elle me demande si elle peut en faire autant je lui réponds pourquoi pas
      ou si tu veux, je ne sais plus
      un de ces deux je crois

      si mourir c’est se noyer en dieu, vivre se résume à subsister à l’état d’épave
      je n’invente rien. j’introduis des objets dans les trous
      aux formes correspondantes c’est tout

      le désommeil. se recroqueviller tout nu dans le désommeil
      ou se désommeiller, sans jamais cependant accéder à quelque forme d’éveil
      quelque forme d’éveil patauge à la surface

      ils vont nus. ils chantent nus. quelqu’un les affuble d’un prénom de fille
      il n’y aura pas de pitié. il n’y a jamais eu de pitié. quelqu’un viendra et te
      lavera les pieds

    9 novembre 2022

  • placage au sol

      toute cette tête, toute cette partie faisandée, tout ce monsieur qui sert à rien
      les maux entrent dans ma tête, par tous les conduits possibles
      alors je lui tends et lui retends
      mes photos d’infamille

      l’homme est comme un homme en moi, sauf qu’il n’est pas moi. il ne trouve sa place nulle part
      c’est près du pêcheur que je m’assois reste t-il une place
      assise auprès de ce pêcheur – et s’il s’agissait tout simplement
      d’un autre pêcheur encore ?

      j’ai eu un dieu, deux dieux, trois dieux puis le jour a cédé, sur la paille couché
      de quoi notre survie dépend-elle ? recouverte de bleus, des bleus la recouvre en entier
      des trous la minent

      je me suis embrassé. personne ne m’embrassant je me suis embrassé cela ne m’a
      pas procuré grand émoi. j’essaie donc autre chose. je ne sais pas encore quoi mais j’essaie de nouveau
      de nouveau je m’empile

      on s’attendra. ou on ne s’attendra pas
      il y a le dieu qui meurt et il y a le dieu qui ressuscite – entre les deux, il n’y a pas de dieu du tout
      entre moi et soi, il n’y a pas d’homme du tout j’espère
      ne pas avoir trop abusé de ton temps, de ton absence

     

    placage au sol

    6 novembre 2022

  • soupe aux frelons

      la ville dans la ville et les cheveux dans les cheveux, on s’appellera ce soir ou sinon demain soir
      on se verra plus tard

      les bulles se sont calmées. les bulles se sont calmées partout je n’ai pas eu le temps de
      finir mon pain d’épices, ou ce que je me plaisais à imaginer comme étant
      du pain d’épices

      les hommes s’embrassent comme ça, les hommes s’embrassent dans les coins les hommes s’embrassent partout
      alors on leur tire dessus, comme à la fête foraine sauf que là on gagne
      pas de nounours

      remonte ma ceinture, dis-moi comme j’étais belle, prends-moi sous tous les angles – quelqu’un se lassera de moi quelqu’un
      feindra de ne pas me reconnaître
      sur un bout de miroir

      tu crois qu’on vit dans la même tête, toi et moi, projections bâclées d’un même subconscient ?
      je me jette en premier tu me suivras de près – de si près qu’entre l’un la chute et l’autre le corps ne saurait subsister
      qu’un seul et infini vertige…

      nous les petits garçons, les inutiles, les affabulateurs du rang du fond – et tous ces secrets qui finiront par nous trahir, ces marques au cutter
      rageusement incisées sur le revers de qui nous prétendions être…

    3 novembre 2022

  • il s’est pendu à la grue non pour le spectacle, mais pour la vue

      les choses sont bizarres quand on y pense les choses sont étranges, elles ne
      vont pas de soi
      dans la stricte évidence elles ne
      vont pas de soi

      c’est qu’à la fin il ne reste personne à qui parler, pas même à soi
      c’est qu’à la fin il ne reste rien à dire, pas même soi
      devenu le témoin muet d’une scène indéroulable, ou qui se trame au loin dans
      un espace définitivement autre et hermétique
      à toute supplique

      c’est la dernière nuit et que fais-tu de la dernière nuit ? tu joues et tu rejoues en ton esprit la scène originelle de ta déflagration, jeu dont rien apparemment
      ne saurait venir à bout
      d’ailleurs dans quelque sens qu’on te tourne, on ne te trouve aucun bout

      ils se méfient de toi comme de l’eau claire, alors remue la vase
      remue la vase que l’eau s’en trouble, et se trouble le reflet jeté là
      il est dans l’ordre des choses que l’on ne discerne nul ordre dans les choses

      je mange dans ta boîte et tu me regardes faire. je sais l’après-nous déjà présent en nous
      vers où se tourner, plongé au centre d’un miroir neutre, presque éteint ?
      ne me regarde plus

      le poisson
      a cessé de tourner. il flotte ventre à l’air et c’est le ciel entier désormais
      qui stagne dans son œil

     

    il s'esr pendu à la grue non pour se donner en spectale, mais pour la vue

    31 octobre 2022

  • peu importe que le clou n’y soit plus, le trou lui ne s’est pas rebouché

      s’il y a la mort c’est que n’est que la mort
      une, et éternelle
      un peu comme les gens qui changent d’avis quand on ne les contredit pas
      on saute en bas on saute en haut, sauf
      que ça ne rebondit pas

      c’est le matin qui tue le jeu il ne faudrait
      jamais se réveiller, ni jamais s’endormir, vibrant d’une
      insomnie permanente
      j’introduirais ma langue dans ta bouche ça ne
      s’avale pas

      il n’y a plus qu’un homme et cet homme est mort, c’est à dire
      qu’il n’est plus que le résidu d’un homme et même pas, qu’il en est
      la désintégration
      il n’y a plus qu’un homme et cet homme n’est pas
      ou alors fait le mort, fait semblant de
      n’être pas

      cent chiens m’ont mordu
      à la cheville, à la gorge, au visage
      cent chiens ne servent à rien
      plus près de moi je vais, je déambule
      sans cheville, sans gorge, sans visage
      j’aspire à quoi, j’aspire à l’air

      j’absorbe la pénombre, bon, j’aspire la pénombre
      les bras sont nus. tu peux vérifier les bras sont nus
      et propres
      j’aspire la pénombre tandis que la lumière
      irradie mon squelette je ne sais par où fuir
      la pénombre la lumière je ne sais comment fuir

      j’arrive quelque part, et je n’arrive nulle part
      c’est cela être là
      là où l’on ne l’est pas

    28 octobre 2022

  • tout ce qu’on sait du corps de la vache

      si un jour j’avais la tête d’un homme si un jour j’avais la tête d’un porc
      son sourire post-apocalyptique
      j’ai cru qu’on m’aperçut j’ai cru
      qu’on me frôle la joue j’ai cru
      puis j’ai décru

      un homme
      n’est pas mort du premier coup un homme
      n’est pas mort du second coup, non plus
      un homme est mort de chaque coup, par millions chaque coup, un homme
      s’est déshabillé
      s’est déshabillé nu, comme ça en place publique
      s’est rendu nu

      j’ai fait un rêve étrange
      il s’agissait d’un visage, le visage d’une femme, très jeune
      puis, sans transition, ce même visage en moins jeune
      ce visage en plus vieux, encore plus vieux
      dégradés d’une vie, très triste
      ça m’a réveillé et je suis allé pisser
      comme je n’avais rien à faire, je me suis relevé et je suis retourné pisser
      levé trop tôt, toujours trop tôt – un rêve
      définitivement étrange en effet…

      la vérité prend la forme d’un objet métallique, percutant et traversant le crâne
      tout est affaire de trajectoire mais à la fin
      quand plus d’affaire, quand plus de trajectoire, quand plus
      qu’un long tremplin, seul face, au-dessus et au-dessous
      du gigantesque vide

     

    tout ce qu'on sait du corps de la vache

     

    25 octobre 2022

  • sans parader, sans faire de vagues

      je ne vais rien dire. je vais semer sur le chemin des petits cailloux et j’attendrai qu’ils germent
      qu’ils poussent
      plutôt que de rester là sans destin ni aptitude aucune
      à changer les hommes en visions hasardeuses, ces mêmes visions en cloques sous les ponts

      une fille m’a mangé dans la main
      elle aurait pu prendre un peu plus d’espace, mais certains ont besoin de peu pour contenter d’immenses rêves
      sinon prendre la seconde à droite, puis tout droit à l’infini

      à creuser à l’intérieur d’un homme que comptes-tu obtenir à la fin – un petit miroir dans l’œil duquel
      enfoncer son doigt, sa langue ? un panier de crabes aux noms à résonance étrangement intime ?
      ou seulement une corde à nœuds pour remonter, s’il n’est pas déjà trop tard ?…

      insensible à la beauté du monde, je m’coupe les ongles
      rognures… rognures…
      je me presserai tout contre toi je disparaîtrai. disparaître me semble tout à fait proportionné
      proportionné approprié et puis
      on ne ment pas quand on dort n’est-ce pas, sauf évidemment à
      simuler le rêveur…

    23 octobre 2022

  • une amie claire et nue

      ta peur n’est pas ma peur ta peur
      s’est juste superposée à ma peur. j’ai changé de maison. je le sais maintenant je n’aurai
      jamais de maison

      j’ai changé de métier : j’étais télégraphiste me voici désormais
      lampiste. mon dieu n’est définitivement
      pas le plus beau des hommes, tu porterais tes larmes entre deux doigts, tu me les offrirais
      pour que ça glisse mieux soi-disant, ou que ça me fasse de la peine j’hésite encore
      sur ta motivation finale

      il n’y a plus en moi qu’un ventre vide et comment transpercer
      un ventre vide ? de la terre plein la bouche cela n’avait certainement pas le goût
      d’un de tes seins – j’ai même du donner un rein pour m’inscrire aux
      dépressifs anonymes ou sur
      ta liste noire

      il y avait une corde, une poutre une chaise et il y avait moi
      donc je me suis pendu
      j’aurais pu m’en abstenir mais alors quoi ? on ne peut se résoudre une vie durant
      à ne rien faire, quoi qu’on prétende…

      je me retrouvai ainsi dans son cercle de vérité
      j’éjaculai par ci par là, pour la forme
      j’ai grogné tout l’été, l’automne venu je pensais conserver les châtaignes
      dans le sable

      on ne touche pas la main de celle qui dort non, on ne lui suce rien
      on attend que ça passe voilà tout, et si rien ne se passe, on répète l’opération jusqu’à
      ce que le décès soit constaté
      par un médecin légal

     

    une amie claire et nue

     

    20 octobre 2022

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