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assis là sur un banc


  • pas de lait, pas de lard, rien qu’un ami c’est moi

      les entre deux choses, les entre deux villes, et la mort au milieu
      en alternance je te souris, tu me souris – c’est le choc des dents
      ultimes paroles qu’on laisse sur le répondeur avant de partir forever, ou simplement pour dire
      qu’il est minuit, qu’il neige à Argentan

      on en connaît tous, de ceux pour qui mourir constitue un immense soulagement
      on envie un tel soulagement. on retourne la main côté paume, on retourne la main côté dos
      mes ondes sont froides. de plus en plus de bestioles qui piquent dans la chambre
      elles grimpent dans mon lit

      je n’ai parlé de mes cheveux à personne. un jour j’attrape quelqu’un
      par la gorge ou le bras, un jour quelqu’un se fige, là en moi, terrifié
      car convaincu du pire
      finalement on ne prête attention à quiconque ni à rien. on se contente de suffoquer au fond d’une piscine sans eau

      j’ai soufflé toutes les bougies. toutes les bougies sont mortes. on me touche le bras je n’ai pas le temps de voir qui c’est
      qui ce n’est pas
      à tour de rôle on entonne une chanson. je n’ai jamais été très doué pour les chansons
      les chansons ça finit mal

      mon dos n’a plus toute sa visière. il semble avoir opté pour la psychologie du veuf, à son insu cela va sans dire
      maman n’a plus toute sa raison. plus rien ne m’évoque l’amour
      je me demande à quel âge on commence à perdre les poils du pubis

    9 décembre 2022

  • oublie les pissenlits

      toute amoureuse que je fus j’ai du compter mes pas, maîtriser ma démarche, assurer mes arrières
      le bonheur de se jeter dans le vide réside dans le parachute – à part se faire l’amour à quoi bon se parler ?
      je m’étire. les muscles l’un après l’autre, je m’étire. j’assouplis l’immobile. autrement dit je bande à blanc

      certains en possèdent neuf et d’autres à peine le quart d’une – si je t’effleure la joue à qui te plaindras-tu ?
      on finit inévitablement par rentrer chez soi, ne le reconnaissant tel d’une fois sur place, c’est comme ça
      les yeux plantés dans les yeux avoue-le donc, c’est comme ça

      je vais m’allonger tout contre mon cadavre. j’ouvre la bouche et rien n’en sort, pas même un ver
      si je n’ai pas d’espoir c’est par crainte de le trahir, ou crainte de ne pas être à la hauteur si je n’ai pas d’espoir,
      c’est que je ne le mérite pas

      à quel point je me sens vivant m’inflige la douleur
      aller sur trois pattes oui, cela me gêne. danser sur un seul pied me gêne tout autant. n’évoquons pas le bec cassé
      si je ne pleus pas c’est que la pluie ne tombe pas, incidemment

      je ne me marie plus, je jette des mauvais sorts. et peu importe si ça marche au fond
      les choses qui ne se réparent pas on va éviter de les casser pour cette fois – on va se contenter de les mettre dans une boîte et attendre que ça passe
      attendre qu’elles crèvent

     

    oublie les pissenlits

    7 décembre 2022

  • jours sans vent

      je ne pleus pas. j’ai beau pousser, râler, me balancer d’un pied sur l’autre, je ne pleus pas
      une existence à caresser la tête d’un mort, puis le crâne d’un mort, puis l’idée morte d’un mort
      ai-je vraiment grandi, entre-temps ?

      donne des baisers, donne des baisers partout, et surtout ne reprends rien. ne réponds pas non plus
      l’âme repousse évidemment – s’il est une âme c’est qu’elle repousse, si l’âme repousse c’est qu’est une âme, et l’âme repousse évidemment
      on sait pas trop pour quoi, mais l’âme repousse à tout bout d’champ

      tu n’as pris qu’une bouchée de mon sandwich, j’ai fini tout le reste
      des lampadaires jusqu’au fond du port, jusqu’au bout de la jetée, le long des quais. ils restent allumés toute la nuit, pour quasiment personne
      quoi d’autre brille ainsi pour rien ni pour personne ? cette fuite irréelle ne t’évoque donc rien ?

      j’ai perdu quelque chose je ne sais pas trop où, je ne sais pas trop quoi
      le chien qui aboie trop on le pique, celui qu’on n’entend pas aussi on le pique. on se retrouve parfois à faire l’amour à une lampe de chevet, sans rien avoir demandé, sans même l’avoir cherché
      imagine seulement que quelqu’un te cherche, imagine un instant…

      représente-toi la mort comme une porte. ouverte puisque porte
      comme une issue à soi, une issue vers soi. une issue à soi vers soi
      il manque toujours un bouton à ma chemise, celui du haut en l’occurrence
      peu importe que manque ou non celui du bas – celui du bas ne compte pas

    5 décembre 2022

  • où de la queue où de la tête, je rame à reculons

      lâche-moi l’intelligence, lâche-moi le gland, rénove un espace à la fois infini et clos
      après quoi nous sortirons les pailles, secouerons nos déroutes, prendrons un raccourci pour nous rendre d’ici-même
      à là-bas n’importe où

      caresser la crête du coq puis lui trancher le cou, tout est amour en ce bas-monde
      j’ai fait l’amour à mon dentiste. selon une version plus conséquente on m’a passé le râteau sur tout le dos, pour le débarrasser des feuilles mortes, des coquilles
      vides d’escargot

      je sors dehors une dernière fois avant d’aller me coucher
      le sol blanc, d’un blanc crémeux, d’un presque-gris
      ce n’est pas parce qu’il y a quelque chose qu’on revient, mais parce qu’on revient qu’il y a quelque chose auquel revenir
      du coup on ne sait plus s’il faut prier pour que ça marche
      ou bien pour que ça foire

      du hibou sur la planche. plus grand chose à becqueter…
      on se promène de long en large, puis de large en long une fois qu’on a fini – ça dure disons un bon bout d’temps
      tu me peignes je te peigne: même à trois même à onze, on ne sera jamais plus de deux…

      parfois je trais la chèvre. représente-toi l’univers sous l’aspect d’une chèvre
      représente-toi cette chèvre comme figure du grand vide, parfois je trais le vide. je tire sur les mamelles
      parfois j’oublie de m’ennuyer ou plutôt, j’oublie que je m’ennuie – mais tout cela revient au même, à si peu de chose près…

     

    où de la queue où de la tête, je rame à reculons

    2 décembre 2022

  • le jour des encombrants

      parce que la vérité ne se trouve pas au-dessus, mais en dessous
      tant qu’elle ne signifie rien, ou signifie ce rien de son insignifiance
      ce qui change, c’est que cela ne change rien si ce n’est qu’au-dessous
      du dessous flotte désormais l’azur bleu

      tout ce qui est sorti de mon ventre est rentré dans mon ventre et pourtant
      je ne suis la baleine ni rien de tel, tout ce qui est entré dans mon ventre y
      a surnagé un moment, m’a regardé fixement dans les yeux. je souffre de
      la calvitie du cœur, je crois

      après avoir réalisé que je n’étais pas celui que je pensais ou étais sensé être, je suis allé me changer les idées
      et changer de caleçon, en toute estime et par la même occasion
      mes rides sont mes rides et feront le tour de mon front avant de faire celui du monde
      que ce soit par précaution ou par inertie, dieu merci, le monde ne se rendait nulle part

      tu ne reconnais d’espoir, ni en moi ni dans le vermicelle des soupes populaires
      tout ce qui chante chante en mon nom, tout ce qui danse danse à mon son, range donc tes ciseaux
      à rebours de toute une existence, je ne me sens dorénavant en sécurité que dans l’obscurité totale, le silence béant

      le prunier n’a rien donné cette année et je n’ai pas baisé. quelque chose me dérange
      je ne saurais dire quoi, quelque chose me dérange. imagine que sous l’effet de l’ombre ce soit une clarté que nous projetions sur le sol, et que nos mains s’avérassent incapables de s’y poser, de la toucher…

    29 novembre 2022

  • une maille à l’envers

      dieu m’apprendras-tu
      à respirer sous l’eau, à faire pipi debout ? dieu m’aideras-tu
      à effacer tout cela, à disparaître, à ne jamais oh grand jamais
      avoir même existé ? dieu je t’en supplie, rappelle-moi qui je fus

      les gens ne m’aiment pas
      d’instinct ils sentent que je ne suis pas du quartier, pas des leurs, que je ne leur
      pardonne pas, que je
      ne trouverai femme parmi leurs filles à leur grand soulagement, et puis j’ai recherché
      des gouttes sous la pluie je crois je vais
      finir ma vie comme ça

      il y a peut-être une vérité mais ça ne me concerne pas
      il y a peut-être une vérité je n’en veux rien savoir
      il y a peut-être une vérité je refuse d’y prendre part il y a peut-être
      un peigne resté coincé dans ta tignasse je veux bien essayer comme au mikado de te
      le retirer sans te faire mal

      et si j’étais mort, je ne me présenterais pas ainsi, tel qu’à présent
      je me saperais un minimum, je veux dire je m’habillerais cool je t’appellerais
      par ton p’tit nom, parce qu’étonnement je me souviendrais
      de ton p’tit nom. je ressemblerais enfin à quelqu’un genre à celui qui se souvient
      au moins de ton p’tit nom

      fidèle au point d’un rendez-vous jamais donné ni pris, j’arrange ma robe
      je plie je déplie, je replie bref, j’arrange ma robe
      il ne faudrait pas que se lève le vent il ne faudrait pas que retombe le vent, au point d’un rendez-vous jamais donné ni pris j’attendrai là
      qu’un autre passe et prenne ma place

     

    une maille à l'envers

    27 novembre 2022

  • d’l’amour à r’vendre

      ma sœur est entrée dans la mort
      avec sa poupée, comme ça, tout cru
      et ses dents de travers.
      je suis mort avant elle. heureusement, je suis mort avant elle
      pour déblayer le chemin, ravaler
      tous les petits cailloux

      ma mère m’a porté en terre, petit cercueil minus trouduc petit cercueil tout blanc vernis – petit mais
      une blinde ceci dit, ma mère
      m’a porté en son sein neurasthénique, son sein siliconé ou dur de dur ma mère, enfin, c’était pas sa faute
      mais quand même

      ma femme
      tout à coup s’est crue nue tout à coup s’élança
      à travers champ folle furieuse, ophélie au rabais c’est alors
      qu’en ses yeux révulsés je m’apparus sous la figure désenchantée d’une
      penaude ménopause

      dieu fait le mort. ce qui ne m’empêche nullement de triquer dans mon sommeil enfin tout ce que tu voudras je chope
      un poisson là je chope
      un poisson ci je chope
      le rêve d’un être dont on n’a jamais pu déterminer vraiment le genre
      ni la raison

      ma fille m’a carrément enfoncé ses doigts dans le dos, jusqu’aux côtes j’ai du la supplier: « arrête ma fille arrête, retire tes doigts
      de dedans ma cage thoracique, lâche mes côtes retire-toi de
      mon corps »
      car j’avais un corps à moi – en tout cas ce qu’on peut appeler un corps: un tas
      d’ossements dans le sable, et très peu d’idées claires…

    25 novembre 2022

  • calvitie de l’aigle, psoriasis du serpent

      dieu s’est tué pour moins que ça, quoique je n’en fusse pas témoin
      et me voici frappant et refrappant à la même porte, comme si
      on allait me répondre comme si
      on m’entendait comme si quelqu’un se trouvait là
      là, ailleurs qu’ailleurs, autre part qu’en l’absence
      – surdimensionnée, l’absence…

      je m’en fous. je n’joue plus
      à la bouée à l’élastique, à la marelle ou au loup, je n’joue plus je ne fais que
      regarder jouer – la marelle le loup, l’élastique à mi-cuisses
      le hommes morts avant même d’être nés…

      plutôt qu’à une croix, je préférerais ressembler à une pierre
      pas un galet ni un menhir évidemment – disons une pierre-topinambour ou un truc du genre, tu vois ?
      non. tu ne vois pas. et pourtant on n’a que voir apparemment. alors imagine l’enfer dans lequel patauge et merdose
      tout ce qu’on ne voit pas, et tout ce
      qu’on n’est pas du fait de ne pas voir

      comme un poulet sans aile, comme un poulet sans peau, comme un poulet sans patte
      j’ai mordu dans le tas
      on a mangé ça comme on a pu, les doigts dans l’pot, les confetti circonvoletant
      on a pleuré dans l’ordre
      heureusement survint l’hiver, et tous ont soudainement cessé
      de se toucher les uns les autres, de faire semblant

      une pipe c’est une pipe. ça se fume, ça se crache, ça se tousse
      on rentrera l’un en l’autre, on en ressortira par l’un ou l’autre trou. ou on s’en
      expulsera de force, je ne sais pas
      je ne sais pas et quoiqu’en cet instant présent ça ait l’air d’une formule éculée là vraiment en cet instant précis je n’en veux
      rigoureusement rien savoir

      je n’ai été pur qu’au plus purulent de ma souillure, soit dit adolescent, adolescent pustule ardent
      toute pureté et salissure pour capital, je gonfle et cependant j’ai l’impression
      que ces bulles m’écrasent
      m’écrasent profondément
      profondément ça fait des trous

     

    calvitie de l'aigel, psoriasis du serpent

    22 novembre 2022

  • pause pipi

      tout mon corps est abîmé, tout
      et perclus d’abandon, de maigres nattes pendouillant de chaque côté
      tant qu’on a froid on peut se dire un homme n’est-ce pas, se réchauffant à l’idée de cette idée au moins tout en
      se serrant davantage contre soi

      j’ai trouvé une boîte en fer et je me suis enfermé dans cette boîte en fer
      l’humidité ambiante et la poussière de fer pourvoiront à ma quasi immortalité, je n’en doute pas, ventre mou du cloporte
      il eut fallu ne pas être là, ailleurs ni nulle part

      ton chat m’a mordu la langue, j’ai du crever
      ton chat, doigter la mère michèle aussi profond que le doigt était long
      un jour il y aura un grand écran et ce grand écran s’appellera l’océan
      tout simplement
      ce jour n’est pas venu, je le crains

      des bouts de langues, pincées par ci par là. sucées, raclées, roulées
      être devenu l’être que l’on est à force de creux dans les bras, de trous dans les bas, de colon gelé
      et la braguette béante – n’oublions pas de
      remonter notre braguette

      j’ignore si toutes ces heures passées à caresser la bête compteront comme points bonus face à dieu mais je garde la rage folle
      de vivre encore un peu, de souhaiter la bienvenue à autre part que moi, de faire du trampoline
      à l’endroit précisément
      où y a pas d’trampoline

    19 novembre 2022

  • il n’y a personne en mon cœur pour qui travaille mon cœur

      tombent les mots. comme une raison d’être que se chercherait la chute. tombe t-en mots. la chute
      redresse la chute. s’y efforce. si elle penche la tête c’est au moins deux vides qu’elle entrouvre
      le vertige en regardant vers le haut, ça existe

      je ne te prête
      pas de chaussures, même pas de pantoufles, je te laisse pieds nus
      entrer dans ma maison
      il doit bien me rester une paire de chaussettes quelque part, propres qui plus est je te
      les enfilerai

      certains souffrent de quelque chose, tu souffres de quelque chose, quelque chose
      souffre de nous, de moi. de tout. j’avale un yaourt. il n’y a qu’un seul yaourt, blanc, onctueux
      réparti dans mille pots

      on sortira on fera le tour du pâté de maisons on reviendra mais la maison
      aura disparu, on ne trouvera rien
      à la place de la maison, qu’un vague terrain vague
      et le panneau « à vendre »

      je suis descendu dans le fond de ma culotte : nulle trace de toi
      un homme ne ressort pas de moi
      pas de son vivant en tout cas
      on évite les drames, on meurt
      en petit comité

     

    il n'y a personne en mon cœur pour qui travaille mon cœur

    16 novembre 2022

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