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assis là sur un banc


  • la nuit mange-moi tranquille

      fermé
      fermé dedans
      fermé dehors
      fermé partout
      en bloc

      je serai là quand
      plus rien ne sera là
      – le courage d’être nu
      l’absence en embuscade

      ni dedans
      ni dehors
      dans l’entre-deux fuyant

      interstices par lesquelles
      s’immisce le rien, se
      crètement majoritaire

      ou simplement suçant
      nébuleux
      le sein de la méduse

      hors l’ombre
      hors la clarté
      dans l’intimité-maïté

      la flaque ne
      s’envole ni ne tombe, alors transparaît
      l’étendue clandestine

      l’absence prend son temps

      la chatte sans le doigt
      le baiser sans pépin, l’espace
      se recroqueville

      je perds un os
      je perds trois os, je perds
      toutes mes eaux

      sosie mélancolique
      les deux faces d’un trou
      creusé à même le vide

     

    la nuit mange-moi tranquille

    28 avril 2023

  • folie pure de si peu, ou l’éclat transversal

      un but, sans sourciller. assis là à ma place. ma non-place
      tu dors avec debout, tu dors avec doudou. tu te prends pour un sec, après tout
      des gens pleurent à genoux, alignés par la tête

      on entreprend le pain, on entreprend la mie – rien de sournois rien de sublime : on se tâte le pouls, pas plus
      j’aurais voulu m’appeler isabelle or c’était déjà pris. il y a comme un minuscule lézard, un doute s’insinue
      un inhibateur de conscience

      trait pour trait l’amour en cercle. on le lèche avec les dents
      pull gris collant gratte, mais qu’est-ce qui déconne dans ma tête, ne tourne pas rond dans l’atmosphère
      le voyage s’est fait la malle, l’immobile à bout portant

      crois-moi si tu le veux, crois-moi si tu veux pas, je pousse contre nature
      les gens ont tous une chambre, une armoire en faction – comment ne pas tourner en boucle dans un univers tendance courbe
      je vole un jouet : ce jouet-là ne fonctionne pas

      reste avec moi, reste avec moi un peu, enfonce ta chemise
      à la nuit succède la nuit, létale connivence. je ne reviens de rien
      que je meure ou que je meure, j’abrite un parapluie

    26 avril 2023

  • nuits du 49,3

      il pleure des trombes et des misères – il s’amenuise, le temps…
      entrebas n’est plus en deuil, entrebas fait
      ses génuflexions, et j’adore le son que ça produit, là, juste au creux
      d’une oreille morte

      je me suis acheté une mission, et cette mission me dit : retourne-toi d’où tu veux
      les chiens ont sectionné leur laisse
      les abrutis laissé poussé leur bite jusqu’à mars
      pour moi, ainsi que pour tout rescapé des croisades, sonne l’heure
      du cure-dent

      petits poussins gentils poussins, dans le broyeur mélancolique
      samedis de l’altruisme
      secoue la boule, je perds la boule. balance la boule, zéro la boule
      l’objet trouvé n’est pas encore l’objet cherché, mais sur la voie
      tout viendra – bise éternelle à qui repartira

      débraye à cran, encule à vide. spectaculus
      j’ai une route je sais pas quoi faire de la route. elle broute
      jonction des deux parcours, on s’imagine la fusion – on ne fait que trembler,
      rater le dernier train

      barbouille ta mère, allez vas-y, barbouille ta mère
      les raccourcis font les premiers arrivés, mon titre de transport n’est plus valide
      rien qu’une secousse, qu’on se prend de plein fouet, une gifle à peine rentrée…

     

    nuits du 49,3

    24 avril 2023

  • la parabole colargol

      la mort ou disons la solitude absolue, sous quelques points de suture

      quelqu’un qui parle de la mort ne m’a pas téléphoné. elle reste assise là
      à regarder tourner

      un jour rentrer. d’où et où que ce soit, un jour rentrer. étant de quelque part, de quelque temps, s’essuyer à sa manche

      j’ai embrassé le fil de fer. le barbelé. j’aurais pu m’écorcher les lèvres, peut-être même saigner

      mourir comme on part en vacances. je déteste les vacances. mourir comme ne pas bouger d’ici, j’imagine indéfiniment

      j’ai peur pour soi j’ai peur pour moi. l’envie lancinante de caresser la tête d’un chat mort, l’envie seulement

      tu m’embrasses ou tu m’embrasses pas. lumière ou le néant. le chien, ou le bâton lancé du chien. je fais ma tête d’adieu et ça ressemble à ça

      ce sont des vieux : ils n’ont pas réalisé encore que le futur se traîne derrière nous, nous laissant face à l’horizon si propre…

    22 avril 2023

  • l’œil dans le trou de l’œil

      les yeux s’embrouillent et il vaut mieux se contenter de peu, ou d’autre chose, d’un autre corps d’un autre mode
      respiratoire

      j’allais tous les dimanches, pas à la messe non, j’allais tous les dimanches ainsi que
      tous les jours de la semaine. on rentre tard chez soi pas sûr qu’on trouvera quelqu’un, soi-même ou un chez soi pour
      nous accueillir à bras ouverts

      le ventre est dur. le ventre mais on présume qu’en appuyant fort dessus, un ver en sortira
      ou l’image d’un ver. on a cassé toutes nos lunettes impossible désormais de distinguer
      l’image de son objet ni de déterminer de quel côté penche
      le réel morne

      moi j’ai mangé du saumon moi j’ai mangé
      des carcasses de saumon, je nage à contre-courant. j’avance pas je nage à contre-sens envers et
      contre toute raison

      quelqu’un compte avec moi, jusqu’à trois quat’ cinq, jusqu’à trois deux un, quelqu’un ça veut dire quasiment n’importe qui
      on avance mais on ne meurt pas. on ne nous tue pas du premier coup. la grâce viendra et, toutes dents cassées,
      on s’essaiera à un sourire…

      à la fin c’est comme ça qu’on respire : en vivant peu, mais en mâchant consciencieusement
      adieu coupe court à tout – on aime prendre
      le temps de cracher nos poumons le temps de
      flétrir nos mémoires

     

    l'œil dans le trou de l'oeil

    19 avril 2023

  • rien ni que dalle

      on se voit là-bas, là-haut, où tu veux, sur le ferry
      on mange avec les doigts. on se touche avec les doigts. on baise avec les doigts
      les vides se percutent, évaluent les dégâts, ramassent les morceaux s’il en reste de beaux

      alors on a remis ça à plus tard, mais à beaucoup plus tard – on ne vit pas à l’heure
      quelqu’un se lève et monte la garde. au choix. de toute évidence, tout choix ne peut être que le mauvais

      blotti contre son ombre, il avale les signaux. j’ai bien essayé de lui parler mais rien ne sort
      vivant de là. à quoi bon un shampoing dès lors, sur l’œdème d’un masque dur

      je rentre chez moi. tu diras ce que tu voudras, moi je rentre chez moi
      cela fait des mois qu’il pleut, et toujours pas de parapluie
      chez moi. de parapluie. n’importe lequel

      ramasse tes cendres. ramasse tes cendres et gratte-moi le dos, pendant qu’t’y es
      et si tu n’y es pas un peu de gras aux lèvres fera l’affaire je veux dire
      qu’il faudra bien faire avec, avec ce sans perpétuel, ce sans congénital

      elle se brise la joue creuse, c’est quelque chose
      d’ici là on n’en reprendra pas, d’ailleurs on ne
      reprendra de rien, d’ici là. de la poussière dans l’œil ni du spectre des formes – on se tiendra à l’écart
      promis

      la conscience vidée, bon, on peut passer à autre chose maintenant. le rien se multiplie certes
      mais d’un autre côté les jours rallongent – les jours s’allongent
      jusqu’à l’oubli

      pensées de l’inessentiel, petit galop tranquille
      cheval de fumée. de suie. non, de fumée
      clopin-clopant…

    17 avril 2023

  • à l’abri d’un ballon

      divague ou je m’arrache. il parle de beauté et la beauté sa touffe. il, ou selon la version je
      me cache tout au fond de mon œil, pupille iris et cetera, pupille iris dou-
      ce mort au rat

      sans incidence. rien qu’accroupi. croupissant accroupi
      il y a un mieux et c’est notable, l’horizon maintient sa position. se relever nécessite un équilibre, un appui contre le
      vide omniprésent

      j’arrive à peine à ma hauteur. le reste s’enfuit. et le reste restant s’ennuie
      comme si le miroir avait immobilisé l’image d’un modèle en cavale
      manigance un genou

      ou le lézard en deux. repousse la tête repousse la queue, chacun de leur côté. la faille pense au milieu
      rien à dire rien à faire : le temps se perd

      mouille ta barbe. avant de passer à table, ou de pousser le bouchon un peu trop loin, mouille ta barbe
      un peu trop loin c’est moi. encore plus loin c’est moi aussi
      toujours plus loin me manque déjà

      parcourant la famine. j’espère que tu tiens le coup j’espère
      que tu n’as pas épuisé toute ta réserve de bonbons, j’en ai pris un la main dans le sac
      jusqu’au moignon

      il a fait beau jusqu’à jeudi, puis je me suis réveillé. des flaques de sommeil ça existe vraiment paraît-il
      même après la bagarre

     

    à l'abri d'un ballon

    15 avril 2023

  • choukran dans toutes les directions

      ils se sont fait des montagnes de mensonges, ils ont même dit au chien: aboie – mais le chien lui n’a pas répondu le chien lui
      n’a pipé mot il n’en a
      pas le temps, pas ce temps-là du moins

      tu sais que je ne t’embarque pas dans une légende, ni dans un succédané de réel – je t’emmène aux lampions, tout feux tout clairs je t’emmène aux
      lampions

      machine arrière n’est pas crédible, machine arrière
      va de l’avant. tandis que sur mon ballon rond, moi sur mon ballon dos je piétine, je piétine éperdument

      ne rien dire, pas un mot pas un geste, qui puisse compromettre… alors on s’abandonne
      à l’in-nature des non-choses, saule en pleurs bien triste épanchement, on s’abandonne
      et puis on s’abandonne

      déplorable conséquence, y a plus rien à manger. on se sent rogner les ailes on se sent
      battre des cernes. un jour fait le vilain on lui balance une froide poignée de
      fraises tagada

      une patte cassée de canard s’étant substituée à ma conscience effarée, je
      rentre bredouille. on reprendra le cours
      débonnaire de nos pensées lors d’une prochaine éternité. retour au sas

      il se dit quoi, de se dire soi, il se dit soit. ou sois. au pire
      au moment de me dire adieu ne lorgne pas vers le bout de tes pieds fixe bien
      clairement l’horizon – on y arrivera se dit-on, même si on n’y
      arrive pas

    13 avril 2023

  • ailleurs c’est l’angleterre

      ma langue est tellement sale…
      j’aurais voulu te lécher le bras, dans le sens des épines autrement dit du poignet
      jusqu’à la clavicule

      je suis un être à court, à court de quoi, à court de soi. est-ce qu’on meurt si on embrasse une fille dans la bouche ?
      ou si on lui touche la couche ?

      j’achève quelqu’un, mais quelqu’un semble grave, quelqu’un se rase le mou. j’achève quelqu’un car il est temps
      de tomber en dedans

      vivre c’est mort, alors on s’est gratté la joue, on s’est souvenu de
      j’étais homme mais je n’étais rien. j’étais homme de n’être rien. je n’étais rien, rien ne pouvant être qu’homme
      et on faisait aller…

      les hommes n’ont pas de taches de rousseur partout sur le visage les hommes sont
      juste des hommes – ils ne se suffisent pas mais peut-être que
      rien ne suffit à rien

      je ne m’appelle plus par mon nom, ni par aucun autre nom, je ne m’appelle plus
      il va falloir rester vivant pourtant
      assumer d’être vivant
      supporter d’être vivant

      mentir ça veut dire quoi mentir ça veut dire
      supporter d’être vivant. je garde un cheval dans le creux de la main. un tout petit cheval
      qu’il galope, qu’il trotte ou qu’il aille au pas, on ne tombe amoureux que d’une solitude
      forcément infinie, la solitude…

      j’ai donc léché
      ta langue par hasard, sans conviction ni intention de blesser qui que ce soit, de mettre le doigt là où il ne faut pas et ça ne marque pas – ça rend les choses
      un peu plus incertaines, c’est tout

     

    ailleurs c'est l'angleterre

    11 avril 2023

  • gens loin des plages

      tu pleus quand il pleut, mais quand il ne pleut pas tu fais quoi, hein, tu fais quoi le reste des lundis ?

      ma tête de mec, essai transfoireux entre deux pigeons-vole. alors je me dis, porter court, soit,
      mais mourir haut

      allez, j’arrête de vivre : en cet instant, mourir, c’est accoucher de l’éternité

      pas de roulettes sous ma valise, de quille sous mon radeau de réacteur sous ma fusée – je fais, de tout et par tout temps,
      l’amour à l’ombre triste

      un chien sans dents, un chien sans voix, a enculé le vide
      ma révolte n’a rien d’une éjaculation faciale ma révolte
      déverse clous et punaises dans ton lit de nature

      des trous aux genoux, des trous aux coudes – seul au milieu néanmoins,
      respire le trou

      les enfants ne meurent pas les enfants ont la décence
      de mourir adolescents les adolescents l’indécence, une vie durant de
      persévérer dans leur crime

      mourir se rapprochait le plus de vivre, mourir c’était
      éjaculer hors femme, éjaculer quand même, jouir dans et
      ou de sa propre béance

      ta chatte elle a deux dents, ta chatte elle porte un masque, ta chatte elle ne passe
      pas le cap de bonne espérance – on ne pouvait
      rêver mieux, rêver plus haut

      à part avoir pitié je ne vois pas ce que je pourrais faire, non, je ne vois pas ce que je pourrais être
      toucher du fer, dévider les marées…

    9 avril 2023

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