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assis là sur un banc


  • elle vent debout sur son violon

      j’ai brûlé les vieux papiers, carnets d’adresses et ponts sur la drina
      ainsi me présenté-je, pieds nus et le cœur vide devant l’éternel
      bas de nuage mais franc du gland

      les femmes choisissent leurs amants. les hommes, eux, restent là à prier pour que tombe la pluie
      et non seulement la pluie ne tombe pas mais pire : elle remonte la pente

      les trous nous dévorent par en-dedans, les trous nous dévorent par au-dehors
      en chacun de nous s’enfonce un trou

      puis un jour, manchette moucheron, ils disparaissent, les boutons les plumes d’ange
      ou de mésange

      tout est bon dans le poisson – la tête les arêtes, la queue la confusion
      je meurs aussi à cause de ça

      on finit par s’ennuyer chez vous, on finit par avoir la gerbe, racler du pissenlit
      rebondir sur le mauvais pied ne constitue pas en soi un départ flambant neuf

      l’esprit hanté par dieu l’excavatrice, lumière annihilatrice, principe précédant
      le un et l’infini – quelqu’un aura t-il seulement l’obligeance
      de me rendre mon billet…

    28 décembre 2022

  • plaie contre plaie, corps d’une seule tombe

      le meilleur de moi-même reste à venir et dans l’éternité
      oh dieu, dieu d’une flagrante fausse couche…

      de tes dents jaunes l’amour la chimérie, et j’en passe. j’en passe toutes les nuits

      du sommet à l’hébétude sans doute ai-je perdu l’habitude. j’ai perdu quelque chose en tout cas, du genre ne t’avise pas
      à la recommencer

      ta vie ton petit cheval mort. bouf, un gros coup sur les reins bouf, ta vie un cheval creux

      peu s’en souviennent, et peu s’en débarrassent. ils font des ponts avec leurs jambes, et si par mégarde tu coules dessous, prends soin de ta douleur

      concomitants (les premiers les derniers). on s’appelait comme ça, on s’appelait les dents. par conséquent j’ai soufflé fort dans ta bouche

      bougeons de là. du peu de nuit restante ou de la flore intestinale, bougeons de là. de là comme d’autre part

      des gens des coups d’ciseaux, des coups d’ciseaux encore. des plumes d’oie. sous toi d’un coup les plumes d’oie

     

    plaie contre plaie, corps d'une seule tombe

    26 décembre 2022

  • phobie du jour et de la nuit

      je me suis parlé. je me suis parlé et tout le temps que je me parlais, j’avais l’esprit ailleurs, ne m’écoutant pas vraiment
      j’écoutais la mer, et le bruit que la mer
      fait en se retirant

      j’ai manqué de mourir, mais sur un terrain vague. sur un terrain vague mes feuilles ont jauni
      on aurait pu se dire au-revoir, sur la bouche ou ailleurs

      la pluie c’est quand même pas serré. la pluie c’est quand même pas de dos
      on ne s’apporte rien, non vraiment, on ne s’apporte rien
      tant pis

      une amie n’est pas nauséabonde. une amie a seulement fait semblant. des trous dans sa culotte
      sans pente à dévaler, je reste muet

      la mort me trompe. la mort me trompe tout l’temps
      pendant que je conduis la mort me trompe, je ne trompe personne en ne conduisant pas
      que mort charrie à la mort mène, et je ne vois plus rien

      j’ai tellement de peine, mais tellement de peine alors. d’autre part mieux vaut que tu le saches et avant toute chose :
      j’habite un nid de poule

    24 décembre 2022

  • des clous dans les pieds

      j’ai une barre dans l’épaule droite. dans l’épaule droite j’ai une barre, aussi. je me demande ce que ça fait de rester assise ainsi toute la journée

      toute la journée je reste assise. j’ai des fourmis dans la momie, aussi. je ne veux pas recommencer. je reste assise, voilà tout

      un homme est en mouvement. on lui tire dessus, ça ne le fait qu’accélérer. il aurait fallu l’abattre même en rêve. un homme est assourdissant

      occupe-toi de tout, moi je me noie dans la bassine. des plants, des gouttières qui gouttent, occupe-toi de mes obsèques, moi je m’occupe à rien

      l’un est parti de ce côté, l’autre est parti de l’autre côté. peut-être se rejoindront-ils un jour, dans l’infini. de là où je suis on ne peut voir tout l’infini

      une heure dans ma peau, c’est à peine plus qu’un ballon dégonflé. par ailleurs je n’ai pas de temps pour ça – je n’ai que le temps pour rien

      mes enfants boivent de la bière. de l’aube jusqu’au coucher, mes enfants boivent de la bière. c’est dégueulasse, mais eux ils aiment ça

      j’aurais voulu te tenir dans mes bras, si seulement j’avais eu des bras. j’aurais voulu te serrer contre moi, si seulement j’avais eu un moi. du coup je te lèche la fente

     

    des clous dans les pieds

     

    22 décembre 2022

  • des clous dans les mains

      la nuit je reste assise. toute la nuit je reste assise. et j’attends quoi, j’attends que la nuit passe

      des arbres devant la fenêtre. rêvés ou réels, on s’en fout à présent. comme on se fout des arbres, des arbres à la fenêtre

      je comptais te sucer en échange. moi tout ce que je désirais, c’était te rendre heureuse. sinon on partagera les friandises – à nous deux, on aura vite fini l’paquet

      heureusement qu’il y a un ciel. même si on ne le voit pas de là où l’on se trouve, heureusement qu’il y a un ciel. pédaler à reculons aura creusé son trou

      quelque chose s’est cassé, quelque chose en cours de route. à moins d’un défaut de fabrication, mauvais départ mauvais pied – qui sait ?

      charge mentale. suivie invariablement de quelque décharge mentale. un peu comme le trou qu’on remplit avec du vide. mais surtout pas d’amertume

      la nuit graisse les gonds. si je vais où je veux c’est que je veux encore, et qu’existe quelque part. si je vais où je veux c’est que je vais encore

      mal aux épaules, à force de nager sans doute. à force de nager c’est rien. je te réponds vas-y si tu veux – tu ne bouges pas d’un cil. pas d’un cil

    21 décembre 2022

  • heureux ou pas, les simples d’esprit

      penser ce qu’on voudra, penser n’aidera pas. d’ailleurs c’est pas le but

      mes morts m’ont abandonné. conséquemment je traîne, je traîne toute la journée. d’un gras mégot me fais une fête

      replie sous toi, tes jambes, ton paquet. ci-gît ton petit paquet de lettres

      parle tout bas. même seul, même à personne, parle tout bas. en tout cas pour cette fois

      un arbre s’est dérobé à la vue d’un arbre comment est-ce possible, comment respire t-il encore

      mieux qu’un homme, mieux qu’une femme : un âne. un âne ou une ânesse. une allaitante

      se casse un bras sur la colonne vertébrale. n’en revient pas mais ne sait d’où. toujours à l’heure quand l’heure inopinée. dresse un procès verbal de sa propre innocuité

      pars sans moi, achète-toi un miroir. introduis ton bâton de rouge à lèvres dans un sexe ou dans l’autre

      tous les hauts. et de plus en plus haut. la peau du crâne, on grattera la peau du crâne. jusqu’à l’écœurement

      il rentre à la maison. à l’intérieur de la maison il ne reconnaît pas sa maison. il s’est trompé d’intérieur

      j’allais à contresens. quelle que route que je prisse, j’allais à contresens. à contretemps ne durait si longtemps

     

    heureux ou pas, les simples d'esprit

    19 décembre 2022

  • chomutov le dimanche

      il s’en fait pas. il meurt une fois ou deux. une fois ou deux c’est tout

      que les choses soient claires, que les choses soient troubles, on n’y reviendra pas

      on dit manquer un rendez-vous. et tout cela faute d’en avoir connu l’heure, le lieu

      rien à craindre, je disparais par le haut. il y a une trappe dans le fond du chapeau

      marcher à côté de soi. non pour s’accompagner – juste pour ne pas s’emmêler les pinceaux

      j’expulse le paysage de ma chambre. durcissent les murs sous ma caresse

      un trou dans un trou. jusqu’à faire disparaître le dedans, disparaître le dehors. écarter les bras aux dimensions de l’infini

      une bombe ça marche comment, une bombe ça marche à pile. sauf qu’elle n’explose pas. la pile morte ou je n’sais quoi

      il n’y a plus rien à déplacer. sur le calendrier les jours eux-mêmes restent bloqués

      manger toute la journée, tout dégueuler le soir. entre-temps creuse le jeûne, trois jours durant creuse le jeûne

      si tu regardes où ça tombe, cela ne tombe pas. le regard amortit toute chute, quand bien même il se remet à pleuvoir

      il ou elle. revient vers toi. sans trop y croire revient. revient vers toi le ventre vide

    17 décembre 2022

  • j’ai parlé à mes dents, clac clac

      nous d’où je viens, on n’a pas les moyens de la pudeur non on n’a pas les moyens
      de se planquer derrière un doigt d’honneur et cependant
      faut bien l’enfoncer quelque part ce foutu doigt, en faire quelque chose alors
      on le montre à ces messieurs ces messieurs nous disent, on le montre à ces dames ces dames nous renvoient
      aux principes premiers, aux formes élémentaires

      ta butte elle a trois mètres de haut bon, mais en tenant compte de l’érosion, des dépressions…
      d’ailleurs existe t-il force supérieure à celle de l’inertie, la force sans la force, le vas-y-là-comme-ça-glisse ?
      ou bien la chute : tu tombes, et de ton propre poids tu tombes encore, simplement en pesant, grimpé sur tes propres épaules
      et appuyant…

      un homme est toujours plus heureux chez lui que chez moi – il aurait fallu y penser avant, il aurait fallu y penser plus tôt
      elle se promène radicalement nue un savon à la main, juste pour m’humilier au fond
      un souvenir de marseille, ce savon

      petit amour de soi. tu connais ces gens. tu les a vus, tu les a sentis
      quand l’un déversait un regard suppliant, cherchant ta main comme si t’allais le sauver, le remonter à la surface
      ou tout rabougri dedans, n’écoutant plus ce qu’on lui raconte, plus concerné par quoi que ce soit, parfaitement résigné
      l’autre encore, implorant la mort de venir le délivrer enfin de l’angoisse – l’angoisse de la mort je suppose, ou de
      toute souffrance ainsi soit-il
      et lui qui tombe et tombe, vois comme il tombe, creuse son propre gouffre et n’y comprend que dalle, avec cloué sur son visage ce regard hagard des bêtes à l’abattoir
      tout cela et d’autres choses encore ne font pas que remuer ta chair ou dans ta chair, c’est là
      toute ta chair, cariée au cœur

      en chacun fermente un vieux, un pour qui no future mais par lequel
      arrive le scandale
      je l’ai embrassé à pleine bouche, ce trou vivant, ce rat crevé, mélancolique couinement
      je lui retrousse les jupes. toute ma vie je lui retrousse les jupes alors je me dis, je me dis ça pue du sexe
      et j’abdique

     

    j'ai parlé à mes dents, clac clac

    15 décembre 2022

  • j’abhorre les réconciliations

      il tombe debout. il tombe debout tout l’temps ça reste sans effet
      il ne fait pas l’effort d’être moche il ne fait pas l’effort d’être mort, il tombe
      il tombe debout ce n’est pas
      anodin, ni vraiment grave

      il y a des femmes on leur donne à manger. on donne à manger à ces femmes-là
      d’abord parce qu’elles ont faim d’accord, mais surtout pour les regarder manger
      on les regarde manger

      j’emmagasine. j’ai l’air de rien comme ça je sais, mais mine de rien j’emmagasine
      elle pleure dans les recoins. si ça se trouve elle pleure dans les recoins. elle veut pas qu’on la voie
      c’est intime, c’est personnel – on veut pas que ça s’sache

      on a tous quelque part quelque chose en attente. va savoir quoi. on a tous
      quelque part
      quelque chose en attente. ça ne s’arrête pas. je veux dire l’attente. c’est donc que ça s’arrête. que ça reste en suspens
      on a tous quelque part

      à la mi-décembre on couve un bruit. on allume une bouteille. à la mi-décembre on tombe dedans
      on l’a recouvert de feuilles, son corps était tout froid. ses bas filés
      le jour le plus bas de sa vie

      à la minute où je te parle, tu changes d’avis
      tu changes d’avis tu changes de disque, tu remets ton chignon de travers
      à la minute où je t’embrasse tu tournes la tête de l’autre côté
      voilà. comme ça. de l’autre côté c’est mieux

    13 décembre 2022

  • pousse pousse, la route

      la vérité commence là où je suis vrai, en position vrai. c’est toujours bon à savoir
      un ami me transperce la joue avec une aiguille à tricoter – est-ce encore un ami, vraiment ?
      j’appelle les pompiers les pompiers ne viennent pas. j’appelle à tout hasard le hasard ne répond pas
      faut se lever quand même

      il y a toujours quelqu’un, chez moi, qui me rend quoi ?
      je ne me souviens pas avoir jamais été amoureux. on me rendrait mes dents c’est tout
      claquant au vent
      je rentre chez moi je tombe sur le la première venu e, me tend les clefs me dit tu te souviens de moi ?
      non

      j’ai déambulé au hasard, j’ai même fait demi-tour. un chat crevé dans les poubelles
      je passe ma main dans tes cheveux tu n’as plus de cheveux – les as rasés ou la chimio ?
      j’appréhende. j’appréhende quelque chose mon tour viendra et pourtant non, mon tour ne viendra pas
      il est déjà passé

      derrière les statistiques de mortalité infantile je me réveille un peu
      tourne la tête à gauche, tourne la tête à droite, je me réveille un peu
      on croirait que je tiens une bête mais non, j’ouvre à peine les yeux
      vraiment. les yeux. à peine

      quiconque passe parmi moi aura une baffe. un gros coup de talon. un suçon
      je m’allonge quelque part tombe le vent. de tout mon long crève la séance
      dieu ressuscite là-bas ça ne me regarde pas. il fait jour tout à coup progressivement il fait jour ça ne me regarde pas
      ou si ça me regarde, moi je ne le regarde pas. je me tourne de l’autre côté

     

    pousse pousse, la route

    11 décembre 2022

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