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assis là sur un banc


  • la résurrection-godot

      un chien quand il a faim
      un chien les yeux baissés
      un chien quand on lui fait oust, sale clébard
      – un chien en suspension

      quand j’me dis que c’est beau, je dis ça en me mordant les lèvres, en me raclant la langue
      ce compas délimite un trépas – on fait nos calculs et à la fin contre toute logique c’est encore un dieu
      qui sort de la boîte, un lutin famélique
      une grève fantastique

      mon chômeur y met de l’ardeur. il se tourne d’un côté, il se tourne de l’autre, il ne se souvient plus duquel
      lorsqu’on aura haï le soleil comme jamais, quelle ombre insalubre
      nous restera disponible ?

      un chien est entré dans la lutte – il en avait vraiment marre
      de lécher les main rasantes, renifler les menstrues, supporter les insultes il s’est dit non
      de rut à blanc en pierre tombale, il s’est dit non
      je ramasse ma cornemuse, mais je n’y soufflerai pas

      un chien, ou un christ qu’on n’a pas encore crucifié, parce qu’on n’avait pas le temps
      ou pas les clous
      un chien privé d’bonbons et qui traîne – que pourrait-il faire d’autre que traîner, en attendant là la
      résurrection-godot ?

     

    la résurrection-godot

    18 mai 2023

  • sens le cul nu

      il y a des bruits. dans ma ville il y a des bruits. ma ville
      rase les murs
      en attendant qu’un cri

      je n’attends rien de moi – mort, je me ressemblerais enfin
      à quoi bon par ailleurs un dieu dédié à mon seul salut ?
      j’ai donc marché – même assis sur une marche, à genoux les mains sur la nuque ou encore allongé de tout mon long, je ne me reposai pas

      une folle est éternelle, mais le visage d’une folle dans le miroir d’une folle ?
      j’attribue mes soupçons à mon soupçon premier, dont j’incarne à la fois l’évident  
      et l’ultime subterfuge

      un cheval est mort sous mes yeux, une mouche à soupir, un univers entier
      je n’ai plus réfléchi, je me suis dit l’inespéré, et puis l’inespéré encore
      ad nauseam l’inespéré

      la différence entre moi et moi réside dans le fait que je ne sois pas mort, mais qu’expliquer encore ?
      j’ai baissé le rideau, me suis mis en veilleuse – n’être ni là ni là m’observait, indifférent

      regarde-moi. ou sinon regarde-moi. je ne me suis jamais vu qu’au travers de ton regard absent, de  ton regard ailleurs
      – de là ces visages croisés sur des croix sans réponse…

    16 mai 2023

  • un visage pardonné

      parce que je les retire avec les dents, les morceaux de brume dans les os
      je fais grise mine je profil-bas, la rage me crispant les mâchoires
      j’embrasse un loup, je suce le trou d’un loup

      ma fenêtre ouvre mal, ma fenêtre tire la chasse
      un ciel s’est retrouvé du mauvais côté, je conservais scrupuleusement un maigre alibi, un frileux passe-partout
      un coup je marchais contre le vent, un coup le vent contre moi s’acharnait

      nique la situation. tant de passion vouée à l’échec, au désaveu
      il y a un petit trou et au travers de cette fente mon œil raidit – dis, est-ce toi l’amour,
      cette inflation galopante de globules effroyablement blancs ?

      les routes creusent leur tombe fiévreusement, en chacun d’entre moi
      je ne suis pas à la hauteur de ma mort, alors je me dis okay, tu dépèces le phoque, tu manges le phoque
      t’es qu’un suicide raté

      elle chiale elle a du pleur, elle tire au maximum
      je n’ai pas de couteau pour creuser plus profond, plus de fond à larder, à défoncer
      j’ai dans la neige un puits factice, un visage pardonné

     

    un visage pardonné

    14 mai 2023

  • complainte de l’asticot

      je soulève la terre et je me retrouve comme ça, je soulève la terre et je me retrouve
      au fond du trou
      au bout du bout

      un jour je ne voulais pas, et donc je ne voulus plus
      je crachai sur mon vomi, vomis sur mon crachat, me rendant soudain compte que
      je n’aimais qu’une idée, et penchai vers la mort

      il ne faut plus rien dire, plus rien croire, plus rallumer la mèche d’une
      quelconque pensée – si j’accumule en mes corps et conscience toute la corruption du monde, toute son abjection, ce n’est que par foi viscérale en le pur,
      celui dont seul le néant donne une image fidèle c’est à dire une
      non-image

      véridicité ta peur, tandis que le vrai se laisse traire les nibards
      j’accuse un chleuh, or un chleuh fait toujours la douceur d’un enfant – j’arbore une tête
      disons que j’abhorre cette tête

      le sentiment de toute persécution et de tout dénigrement nous aura conduits là, à l’instinct de pitié, de renoncement à soi, peut-être même à vivre
      des asticots gigotaient dans tes cheveux, du porno luisait dans tes yeux

    12 mai 2023

  • la lumière s’est faite homme et dans cet homme rôde un shleuh

      la plage est morte, refluent les morts
      je me présente vide face au vide. c’est à dire avec les bras devant non, avec les bras tendus sur les côtés, ouverts
      des bras faute de mieux
      des rames à jeun

      j’accours au bas-côté, le bas-côté coule au milieu. je crame tous les radars
      où se retrouvent hagards les jolis suicidés, les suicidés sans ailes, ou bien ceux du dimanche
      dans l’espace open air

      imagine la mort mais sans un corps, imagine
      la mort mais sans la photo, imagine la mort
      mais sans la mort

      on s’approche de dieu, on lui touche les stigmates, on lui caresse les couilles – quatre fois faire l’amour
      arrondit l’os
      ceci dit noie le poisson

      tout de moi croule, jusqu’à mettre à nu l’originelle foi, laquelle n’est pas moi et que moi ne suis pas, ou dont je suis l’ombre, ombre dont elle se prétend l’antidote
      dans le meilleur des cas

     

    la lumière s'est faite homme et dans cet homme rôde un shleuh

    10 mai 2023

  • dit-elle en ce silence, et ce silence combla

      la vie ne me fait pas peur, elle me fatigue. elle me corrompt
      l’extase me fuit
      un jour ou l’autre l’aile vertige – qui que quoi donc
      me procure ce vertige ?

      je ne recommence rien, et rien ne se souvient de moi. se retrouver en marge de l’histoire nous sauve littéralement la peau
      et les os
      – quant à ce qui goutte dans l’entre-deux…

      hors de toute règle, un principe nous mène
      le soleil si haut parfois qu’il roule tout en bas
      je m’assieds contre toi, je m’assieds contre toi. nos genoux s’entrelacent nos genoux
      s’entre-tuent

      je voudrais penser à autre chose qu’au vide par exemple à
      la sensation lunaire de mol rebondissement lorsqu’
      on marche sur le vide…

      ça m’arrive tous les quat’, tous les quatre matins, j’inspire en voix off
      j’expire comme je peux, à la moitié du souffle
      je règle les rétroviseurs sur le rien sidéral

      une joie de se revoir, on se touche la joue
      le sexe carbonisé mais chut, on ne parle pas de sexe
      on parle en bulles de silence, on parle à vide, on parle
      du temps qu’il ne fait pas, puisqu’il n’existe pas

    8 mai 2023

  • un chien m’a chien boisé, tant pis pour mort

      demi doigt, demie flamme, c’est pas comme ça qu’on arrivera à jouir
      d’accord je me comporte comme un universel bâclé et je résiste de toutes mes faiblesses
      au poème, rien qu’au poème

      je suis venu voir et d’ailleurs. il faudrait
      abolir le je, abolir tout pronom personnel ne laisser qu’un pronom
      impersonnel personnel, un genre de on-je, un genre de jon
      un genre de jonquille

      je me suis retenu par la manche, ai-je embrassé un carnet de déroute ? écrasé ma bouche
      contre sa bouche, squelette ambiant ?
      je n’y survivrai pas

      tu baisses ta culotte ne reste alors qu’un fleuve, le niger par exemple
      un chien aboie – aboie c’est l’âme; le chien sert de medium

      je me trouve dans la position de celui définitivement parti mais dépourvu de chemin, et dont le départ donc ne prend corps ni n’aboutit
      un feu dont l’artifice n’explose pas, dans la nuit froide

     

    un chien m'a chien boisé, tant mis pour mort

    6 mai 2023

  • homme à la bourre

      si je dis ce que je suis je meurs
      alors je le dis pas
      je meurs debout
      je dis que je meurs debout
      d’une toute petite voix

      je n’ai pas peur dans le noir. nul ennemi ne rôde dans le noir : le noir
      est bien trop transparent pour y trouver où se cacher, le noir
      nous broie les dents, nous rince l’œil dans le sens du cil dans le sens
      de l’irréprochable

      je viens d’abord. je viens d’abord mais ne repars pas – venir
      est ma façon à moi de ne pas repartir, d’aussi loin
      que je revienne et ne revienne de
      nulle part vers nulle part, du moment que j’y reparte

      comment mordre une main que l’on ne nous tend pas, comment
      vivre de quoi, quand on n’a plus de soi comment
      s’intervertir, se dévêtir quand peau nous fait défaut, nous manquent les os et les manières
      prenant notre mal en patience et s’en frottant le sexe

      de quoi se souvenir, à quoi bon espérer. la barbe pousse
      je la taille je la rase, sans cesse elle repousse, tel moi-même chaque fois repous-
      sant du néant et de moi repous
      se le néant

    4 mai 2023

  • quelque chose ou d’un bruit la femelle

      et puis chuis mort
      à l’instant-même mort, rien qu’en levant la jambe
      un homme plein d’histoire bien que l’histoire
      débite son homme, lui rase la couenne

      j’ai peur de quoi que ce soit, et si quoi que
      ce soit n’est rien, il tombe avec fracas ou même
      sans bouger une mouche – sachant qu’une mouche ne
      connaît pas la peur

      vivre se révélant en-
      core plus dur que mourir, ou bien fumer l’tabac – on pourra tou-
      jours fumer le ta-
      bac, en se frappant le sexe à coups de dictionnaire, de somme a-
      théologique

      j’avais une femme
      j’avais un homme
      or je glissai.
      un petit trou un tout
      petit trou et si petit
      qu’il ruinait tout
      – je, ne
      m’apercevant de rien,
      désamorçai le plein

      il n’y a pas que la mort il y a
      l’oubli qui
      empiète sur la mort.
      je t’encule à distance jusqu’à ne plus me, te, nous dis-
      tinguer de la distance

      il y a un pré
      et dans ce pré un
      homme broute, il n’y a
      pas de pré, et dans
      ce non-pré un non-
      homme broutant
      également

     

    quelque chose ou d'un bruit la femelle

    2 mai 2023

  • dortoir des pauvres

      les traces sur le sol ou
      dans la boue d’un
      dieu en pays pauvre.
      je bois un coup
      je bois deux coups pour être sûr je bois
      autant de coups qu’on puisse m’infliger je me sens le
      tonfa léger, ce soir

      il me pleut par derrière, je me dis
      mon amour noire de pluie
      ou de grise allégresse.
      ayant perdu l’âge, j’embrasse un chemin – un chemin
      me file entre les jambes

      j’ai mort debout
      l’ennui dans l’incertain
      je marche en plein dédale, le dédale se
      nourrit de pas perdus. d’un autre côté l’oreille saigne
      le moignon tourne en rond

      je ne rêve pas tranquille je rêve de
      pisser entre les cils, il y a deux murs de ça
      il y a deux murs de ça j’étais une ombre
      entre deux murs de ça tanguais sans quille

      préférant ne pas être aimé pour ce que je suis que de l’être pour ce que je ne suis pas, j’aimai sans jamais en
      mesurer l’inconséquence

    30 avril 2023

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