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assis là sur un banc


  • le vertige je l’ai eu, maintenant je l’ai plus

      on s’est abstenu de se dire et moi et toi et soi. on est bien rentré chez soi
      chez soi là où l’on dort, seul ou avec un trou, un clou
      il y a n’importe qui chez moi, sauf moi

      la terre elle vagabonde. oh dis-moi comme la terre elle vagabonde
      elle vagabonde partout, la terre
      elle vagabonde jusqu’en corée
      et moi qui perdais espoir, sombre connard. et moi qui dimanches et jours de fêtes m’amusais à
      crucifier les canards…

      february march february, april. ah, april enfin. on va pouvoir crever tranquille
      j’ai mangé ma serviette, j’ai mangé ma cuillère. j’ai mangé mon tampon, j’ai mangé ma sucette. je ne me retrouve plus
      je cherche je cherche, je ne te retrouve pas non plus

      chien lourd, mais carrément lourd. qui nous écrase tous
      tout va bien ? tout va comme il faut ?
      on peut changer vos couverts, ou mettre un autre disque ?
      où je m’en vais, je m’en vais pour de faux. pour de faux pour de bon, je m’en vais en caleçon

      il ne médite plus, la chair le sol, il ne médite plus. il s’éjacule droit dans les yeux
      j’ai couru vers l’amour je lui ai dit suzanne ouvre-toi. elle a dit je m’appelle pas suzanne
      mais qu’est-ce qu’on en a à foutre

      noyons le peuple dans le peuple il en subsistera toujours
      quelque spécimen d’individu. individu quel est ton nom. individu quel est ton fluide. individu arrache ta dent crame un fusible tu fais pitié
      en même temps tu parles pas

    17 janvier 2023

  • le petit pont m’a dit, pont m’a dit

      on s’échange les prénoms, on s’échange les sexes, les adresses
      quand je lève la tête un château d’eau s’effondre, quand je lève la tête
      je ne crois plus en rien

      la lampe, il faut éteindre la lampe maintenant. cracher dessus si besoin est
      la pluie remarque tout nu, virgule, la pluie remarque tout nu le point virgule

      quoi j’ai vécu deux ans, trois ans avec toi puis je t’ai pissé dessus
      tu m’as pissé dessus, je t’ai pissé dessus. alors tu m’as re-pissé dessus
      le sens de la mesure c’est ça

      le pire dans tout ça n’est que le pur dans tout ça. on s’en remettra
      pas
      on s’en remettra, ou pas, mais plus probablement qu’on s’en remettra
      pas
      le néant ne vieillit pas

      tu beugles avec ta mère. ton père est mort alors tu beugles avec ta mère, ta mère morte
      il faut des yeux pour voir et des yeux encore pour ne pas voir
      de toute façon des yeux, des yeux tout l’temps – yeux sans paupières

      dis-moi que tu ne leur parlera pas, dis-moi que tu me parleras juste à moi
      et qu’avec des piques, des cœurs et des trèfles on finira par
      entrer l’un en l’autre

     

    le petit pont m'a dit, pont m'a dit

    14 janvier 2023

  • rien ni la pluie

      chacal courant. je n’essaie rien je me mouche
      dans ta manche, dans ton slip je me mouche
      où je peux. tu ne remarques rien ? moi non plus je ne remarque
      rien ni la pluie

      à la fin t’es toujours aussi nul. tu t’mords la couille
      les hommes ils ont coutume de dire, les femmes elles ont coutume de dire, moi aussi moi aussi, j’en veux
      mais y en a pu

      petite tape dans le dos, sale manie d’arriver toujours en avance, et d’attendre
      parce qu’attendre nous retire toute consistance, attendre nous suce la moelle ce qui fait qu’on
      n’a plus de moelle

      c’est psycho, ça ne passera pas
      l’ennui avec dolores, c’est que c’est quand c’est quoi
      psycho je te dis, et ça ne passera pas
      une fois mort, tu rebrousseras chemin

      toute la nuit je m’élance, et toute la nuit je me retiens. m’élance et me retiens. toute la nuit
      mon histoire s’arrête là mon histoire
      ne va pas plus loin. plus loin que ça laisse songeur…

      j’ai manqué de tout
      tonneau des danaïdes, petite tumeur sur le flanc gauche
      t’aurais pu embrasser le sol, t’aurais pu embrasser la vague, il en resterait la poussière
      ta mère la poussière

    13 janvier 2023

  • les siens. les nôtres. les leurs

      manger à côté de ses dents. manger à côté de sa bouche. manger à côté de sa table
      je ne dors pour personne
      un jour ou l’autre ça arrivera. quoi exactement je l’ignore. étant donné qu’un jour ni l’autre
      n’arrivera

      bave un peu sur ma chemise, essuie-toi la bouche
      et le reste
      le premier endormi réveille l’autre ou je n’sais quoi, je ne sais plus compter
      j’ai mal dans tout le corps ce n’est rien, j’entends l’écho des clous,
      des clous dans l’âme

      je ne survis qu’abandonné, m’abandonnant. je t’ai même fait répéter les paroles toute la matinée
      un peuple est nain, un peuple reste nain
      je m’endors et quand je m’endors ça se passe sans dieu. je m’endors et quand je m’endors ça se passe
      de l’autre côté, du côté mûr

      romps-moi les os. petit à petit l’un après l’autre, romps-moi les os
      mesure la vague, devant
      touche-toi l’anus, devant
      parle-moi comme à ton doigt sinon je te bouffe la chatte, parle-moi comme à travers
      je lui dis va-t’en, grande ourse long vehicle, mais elle ne s’en va pas

      surtout ne pas faire de bruit
      s’habiller sans un bruit
      fermer sans bruit la porte, puis l’autre porte
      une autre porte encore
      partir sans faire de bruit, laisser de mot
      non, ne pas partir : disparaître
      radicalement disparaître
      plus que mourir encore, disparaître
      disparaître encore plus

     

    les siens. les nôtres. les leurs

    10 janvier 2023

  • aller tranquille, le mal de mer

      il mordait sans son chien, or il mordait partout
      abandonné de dieu ne lui a pas rendu vraiment service. abandonné de dieu a récupéré les clous qui traînaient là
      et qu’on a mis de côté, pour le suivant…

      Langham est un tout petit village
      j’ai grandi dans ce tout petit village
      puis j’ai quitté ce tout petit village
      pour une vie, n’importe quelle vie, pour n’importe où, où je suis morte finalement et donc ne
      retournerai pas à Langham, ce tout petit village

      majuscule traînait une minuscule virgule, j’ai laissé pousser mes cheveux
      mon dieu avait une jambe de bois. je l’ai frottée, rabotée, sucée – aurais-je une langue de bois ?
      de bambou ?
      de chêne qu’on écorce pensant débouchonner la lumière mais la lumière se tait
      elle ne fait en effet plus de bulles, la lumière…

      j’étais toujours d’ailleurs, je venais d’autre part, saignant du nez un peu
      tournant de l’œil, le droit le gauche, chacun son tour. j’ai fini par me confondre à mon âme au point où
      ne resta que mon ombre, plus rien ne faisant ombre
      bref de ces trucs qu’on chope, quand on aime sans précaution…

      amoureuse d’une autre vessie, hors bord de soi
      hors bord de moi
      carte postale à la dérive
      j’ai un chien il me mord au visage j’ai un chien, je ne connais pas son nom
      il ne connaît pas mon nom
      un ami m’héberge en attendant

      bavures, morsures, et autres claquements de langue
      un pêcheur a repêché, un slip s’est retranché
      j’ai mal aux dents. ça arrive ça, d’avoir mal aux dents. on n’y peut pas grand chose. allez,
      va tranquille, le mal de mer…

    9 janvier 2023

  • du pur, du blanc, d’la neige

      enchevêtrés dans nos racines, soudés à nos déracinements, on va pas loin
      on va pas loin on vole pas haut, coincés dans la cuvette, épinglés au vent glacé
      le paradis perdu dans une blague malabar

      on s’embrassera comme ça, en secret. comme ça et tellement en secret qu’on ne comprendra même pas
      que l’on s’embrasse
      et pourtant c’est là nulle part ailleurs, et pourtant c’est là nulle part en soi
      c’est comme dieu tout à coup apparu
      où il n’y avait rien

      la solitude de l’homme devant dieu l’a rendu moitié débile, aux trois quarts dépressif
      je n’étais pas présent où la bombe tomba. j’étais en vacances quand la bombe tomba
      ou en grève, illimitée
      ou alors parti rejoindre mon amour en quelque hiroshima
      je ne l’ai pas trouvée

      rêve donc seul, permafrost
      ou va danser au milieu des cochons, avec un mouchoir et pour un samedi soir
      rêve donc seul, permafrost. range ta vie dans un tiroir à double fond, une boîte à triple tour
      il y aura des lézards et on les mangera, ces lézard, on les dévorera
      ils rendront leur âme sous nos dents, en même temps et de la même manière que nous

      chacun sa peau, la mienne est morte
      la mienne se replie en un rouleau bien sage, un rouleau qui néanmoins fuit
      elle est morte mais quand on appuie dessus, oh my lord, quand on appuie dessus…

     

    du pur, du blanc, d'la neige

    7 janvier 2023

  • s’embarque dans la nuit sans confondre

      je raconte ma vie sur l’monocorde, soit, mais si je racontais la vie de mon bébé mon bébé en crèverait
      ça me laisse pantois
      que j’adore ces départs définitifs, ces allers châtrés de leur retour, ces nausées nauséeuses tandis que le vide implacablement
      ouvre large ses cuisses à notre
      chute fatale

      il n’y a plus d’homme en moi. ne reste en moi que l’homme, celui de l’origine
      celui qui ne se dérobe pas, celui qui se brûle à
      son propre feu
      – le con

      bien sûr que si, il y a un dieu – si timide d’ailleurs qu’il se présente comme un dieu, et non comme dieu
      en toute démolition je l’entends. en toute allégresse également, je l’entends
      je lui ai apporté des chamallows ainsi que du baume du tigre, pour la cicatrisation…

      et là tout recommence
      du néant au néant la boucle tubéreuse
      plus le bas s’abaisse et plus le haut s’élève, suffit de ne pas choper l’virus vois-tu
      la mort te décolle les paupières vois-tu, toi aussi t’as droit à un petit quelque chose
      un semblant de destin
      le quignon d’un possible

      je viens de quelque part éventuellement. je suis passé par ci par là, et peut-être par hasard
      j’ai bouffé le poisson par la tête, alouette. à part ça j’espère que tu vas bien, que tu te beurres le bulbe
      de temps en temps, mais n’anticipons pas. j’ai appris des langues étrangères en outre
      pour que ça ne m’arrive pas

      si un dieu parle à un dieu alors ce n’est pas un dieu, mais pourquoi un dieu s’adresserait-il la parole si ce n’est
      à travers nous, chacun de nous, et pour se dire quoi ?
      je n’sais pas – j’ai pas vraiment fait attention, j’avoue…

    5 janvier 2023

  • mal dans sa peau, mal dans sa douleur, il fulmine

      désolé de vous déranger madame, mais j’ai perdu mon chat – vous n’auriez pas vu mon chat, par hasard ?
      si oui, appuyez sur le bouton. n’importe quel bouton fera l’affaire
      du moins j’espère

      ne pas être seul s’apparente à un sport de combat, quoi qu’on prétende
      éjaculer par terre ne refleurira pas le béton, les tombes ne s’ouvrent qu’un fois par dieu
      jour de déréliction, les bars restent fermés

      cette vie nous malmène, la morfondue. allez j’arrête.
      j’irai cueillir des trèfles à sept feuilles aux lèvres de l’impossible s’il le faut, mais que pourrait l’impossible avoir à faire
      de mes baisers ?

      seul le désespoir peut réunir fidèlement deux êtres que sépare le néant, et ça se passe à Gijon où la mer pue ou je n’sais quoi, mon nom ne s’inscrivant que comme un clou dans la mémoire de dieu – mais est-ce encore de dieu qu’il s’agit
      ou d’un état déjà suffisamment avancé
      de sa décomposition ?

      j’ai dessiné des moustaches sur la lèvre supérieure de mon amie, et je l’ai regardée sourire
      elle avait l’air d’un trou du cul, avec ce sourire moustachu
      je couve des œufs d’phénix. en cachette de tous, en cachette du phénix bien entendu, je couve des œufs d’phénix

     

    mal dans sa peau, mal dans sa douleur, il fulmine

    3 janvier 2023

  • à la croisée de trois impasses

      l’harmonie de deux en un
      m’a fait tombé mon pantalon, bouffé mon slip, l’harmonie de deux en un
      est passée tout près de moi, comme la sidérale profondeur du silence lorsque
      tout se fige et le temps

      l’inéluctable m’a toute désintégrée – l’inéluctable, mister
      je me suis penché sur la carte et le doigt aimanté fixa ma raison d’être
      élire le lieu de sa dissolution, n’est-ce pas désigner de fait le lieu de sa
      réunification ?

      j’avais des rêves en mille morceaux j’avais des rêves, j’avais un rêve plutôt, en un million de morceaux
      et autant de morsures
      j’ai pris mes clous et mon marteau – miroir gentil miroir tiens, prends ça dans l’œil

      une fée se penche sur mon berceau chaque fois que je quitte une femme. une fée un peu dark je crois, atteinte de troubles sévères de la personnalité
      et ma personnalité s’en accommode comme elle peut, la chiure

      non je ne vais pas me mettre à raconter des histoires, à me déboutonner à sortir mon nombril et plus pervers encore, gigotant en dessous
      je me laverai les dents et j’astiquerai l’étoile – j’ai toujours rêvé
      d’astiquer une étoile…

    1 janvier 2023

  • du bout du bout du bout des lèvres, on s’embrasse pas

      on a marché ensemble, on a marché ensemble mais tellement longtemps qu’à la fin le chemin
      ne distinguait plus les pas de l’un
      de ceux de l’autre. alors on a eu une vision

      je te touche les fesses, tu me touches les fesses – bon, jusque là tout va bien
      quand l’un mourut l’autre continua d’avancer un certain temps, poulet sans tête
      cil sans battre

      donne-moi ta main, ta main est froide.
      tandis que s’affrontent à toute échelle l’obscur et le clair,
      sur le qui-vive et en attente : rouge, le bout de l’allumette

      chauds, chauds les pissenlits, il y a du monde derrière
      ou comment s’en débarrasser.
      près de ma vie, plus près encore, encore plus au-dedans – repose en paix, lisse miroir

      mon chien court après toi, mon chien court après moi, putain que grise est l’herbe
      mon chien court après soi on ne
      le rattrapera pas…

     

    du bout du bout du bout des lèvres, on s'embrasse pas

    30 décembre 2022

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