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assis là sur un banc


  • dans l’mou du gouffre

      si loin de soi que l’on ne se connaît pas, les bras levés
      ou serrés contre soi, contractés resserrés, l’arme fatale
      du refus d’excréter

      j’enferme ma patience. ma patience crève le temps. l’éternité quoi, ça va bien un moment
      j’enchaîne les nuits. j’enchaîne les queues aux guichets j’enchaîne les gardes
      à vue rétrospective

      dans l’mou du gouffre. un discours apaisant. on se caresse la queue. ou le pneu
      on se caresse la mort, toujours la même histoire. la même, la même histoire
      et encore la même, qui ne raconte rien

      elle pleure dans ma misère, la besace. personnellement je bats mon âne
      lequel, circonstance aggravante de sa part, n’a rien fait pour cela, ne le mérite pas, bâton rompu
      peau d’âne et sous les cernes

      on continue la randonnée. une épine sous le crâne, un gros trou dans le pied, on continue, on continue la randonnée
      la mort étant morte, ne nous reste plus
      qu’à mourir pour toujours

      je ne nourrirai plus de
      hareng, plus de lézard

     

    dans l'mou du gouffre

    10 juin 2023

  • allez on se détend. on se retient, pourtant

      jamais je n’aurais pensé dire. d’où. le son
      chaque chose en son temps mort. à chaque ardoise son client, sa bruine indéfectible
      et je clapote, tu clapotes, nous clapotons, le vide à vide colportons

      un jour le trajet mort, maldives. je m’enferme en poumon
      tu t’approches de moi et tu me lèches le gnon, trognon, tu mordilles moignon
      c’est toujours aussi froid

      on ne devrait pas pouvoir, on ne devrait pas vouloir continuer à vivre comme on vit, ou comme on ne vit pas on ne devrait pas
      aller sans avancer, piétiner les platebandes, rayer d’un trait le temps
      refermer l’horizon

      une pierre la vitre. éclate. la vitre ou le reflet
      j’achève une pomme. à coups de pioche j’achève une pomme
      prends la moitié et tire-toi moi
      de d’là

      j’ai perdu l’âme. l’âme et le poinçon. la passoire et la rame. j’ai perdu là
      d’un écho la rumeur raye le diapason, c’est fini franchement c’est fini
      avant même d’avoir joui

    8 juin 2023

  • le trou me mange

      je ne vais pas
      partir je ne vais pas
      transir je vais juste me de
      mander mais comment ai-je donc pu
      survivre jusque là ?

      la mort a son bidon, or le bidon percé
      je m’interroge, je me sonde – un chat crevé me conditionne
      bidon percé !

      je porte atteinte à ta nuit je sais j’ai rangé
      tous mes doigts dans leur gant, leur bague leur
      terre prénatale
      – décampe. allez vas-y décampe

      mords-toi les doigts. les doigts ça suffira mords-moi les doigts – le reste pourrira
      j’ai manqué quelque chose
      j’ai manqué la plupart
      le trou me mange

      tant de douceur. un gros sexe parmi moi et lent
      une vie diminue. le large s’enlargit. je convoite une béquille
      la béquille dérape

      un jour l’eau tiède : pas grand chose en somme. ou guère plus. un jour long de gouttière
      on aura tous un trou
      dedans
      …

     

    le trou me mange

    6 juin 2023

  • dans le vif du trou

      mérite un score. mérite une autre promenade
      je me suis fait tout seul, défait jusqu’à la trame
      et s’il y a un trou dedans, bref, je serai ce trou-là

      l’ennui veut son pourboire
      je lui crache à la chatte, éventuellement je lui bave à pleine fente
      je crains pour ma vie. je crains pour la survie. je crains pour mes vacances, aussi

      le néant suggère cette température minimale où le feu ne prend pas, stérile ou indigent
      je mange à la cuillère, bon, sinon je mange avec les doigts – avec les doigts c’est aussi bon

      il me manque un métier, me manque une inutilité, je bafouille à tout dire
      mon buvard m’abandonne, mon buvard me tourne le dos – c’est bien la marque et la fabrique
      de l’orphelin

      à tous les râteliers. à tous les agents de métier. le vide est cet espace enfin
      où l’on ne suffoque pas

      on s’embrasse comme on peut. on s’embrasse où on trouve. souvent au mauvais trou, ou se claquant les dents. on s’embrasse où on veut
      mais toujours de travers

      c’est pour anesthésier la sensation de tomber dans le trou que je fais ce que je fais, c’est à dire rien, broyer du vide

    4 juin 2023

  • parler, jusqu’à ce que mort s’écoule

      une fois qu’on a eu peur on aura toujours peur, ça fait comme un seconde peau, chair de poule ou plutôt
      comme un scalp complet, dépeçage sur mesure ou comme si je
      ne t’avais pas retrouvée

      un ciel manque. ou un espace au ciel, un ou deux poumons au souffle. et donc on flanche
      une attitude vacante, disons une auto-défiance – avant même le repas on voudrait
      se priver d’estomac

      vire une fois, vire une fois dans ta vie, ne pars pas
      ne pars pas laisse le monde un à un
      te quitter, te lâcher l’os recracher
      ta moelle, respire l’air de rien
      crève dans un coin

      il pleut pas fort. il pleut pas fort mail il pleut dru. il pleut
      tel qu’on s’en fout : on a lâché – le fil, la barbe et le néant, on a lâché. bref on ne
      se reverra plus

      les enfant m’insufflent le bonheur, je sais pas comment ils s’y prennent, ils s’y prennent pas voilà tout
      j’ai rejoint mon mouchoir. j’ai rejoint la morve dans mon mouchoir. j’ai rejoint l’adieu dans mon mouchoir
      puis j’ai jeté le mouchoir

     

    parler, jusqu'à ce que mort s'écoule

    1 juin 2023

  • metaphysical pogrom

      on ne boit pas. ou presque pas. on a les dents qui poussent à longueur de journée. des dents de printemps comment dire, anémones à mi-temps. on pèse de mots
      sur le temps vide

      l’homme obsédé par l’idée de liberté éjacule partout, par terre et dans les airs l’homme épris de l’idée de liberté
      n’aura plus de repos, sauf à crever

      la mort ne relève pas de l’homme à la limite l’homme
      se relève de la mort, et ça lui fait mal au dos mais tellement
      mal au dos…

      chien, serpent ou tout ce que tu voudras, mais la mer, qui veut la mer, qu’elle monte
      ou se démonte ?

      chien contre son camp. on abordera ton cas ensuite
      on parlera de toi d’abord, urinant dans les coins, se repassant le film
      – la joue c’est quand on
      caresse la joue…

      trois fois gagné la course, et puis plus rien, montre à l’arrêt
      on se renfrogne avec les doigts, on ne se permet pas
      il faut mourir pour être deux, me susurre l’oreille

      je dis la désolation
      je dis l’âcre déshérence
      plus de cartouche pour l’orgasme fœtal, le miroir en état de
      mort cérébrale

    30 mai 2023

  • pire vacances

      j’avance à pas raccourcis
      me devance l’orage

      à un moment ou à un autre, n’importe, il faudra se pardonner – l’éternité n’aboutira qu’à ce prix, ce prix de l’inconditionnelle gratuité

      chacun porte en soi la totalité du néant (quelle autre totalité que celle du néant?). chacun éclot de soi dans le moment parfaitement dur de son inexorable chute

      il n’y a pas de lieu, il n’y a pas de temps qui accueille ma mort. dieu se révèle l’orphelin à l’état chimiquement pur

      les yeux tournent en rond – on finira bien par
      attraper quelque chose

      subitement le silence
      ahurissant, exorbitant
      absence infinie retentissant dans l’infini d’un esprit rendu présent à soi dans la saisie de son absence-même

      ni dieu ni le néant ne suffisant, on passe outre
      qu’un chien aboie ne fera pas la différence. que l’univers aboie ne nous laissera pas intranquilles
      on s’achète un sifflet, mais on ne siffle pas

      je retourne chez ma grand-mère et ma grand-mère me dit allons, clame-toi : je suis belle et bien morte…

     

    pire vacances

    28 mai 2023

  • la nuit, la mort et les petits zizis

      résonner dans le néant. quelle caisse de plus haute résonance imaginer que celle du néant ?

      tu cries dans ta boîte. ta boîte elle sourd
      l’oreille grande ouverte, l’ouïe toute écartée, je perçois le vide comme mon plus juste écho

      partir de la lumière, traverser le néant pour rejoindre finalement la lumière, laquelle ne sera dès lors plus vraiment la même, sans pour autant se révéler autre

      exister, envers et contre tout – envers et contre le néant surtout – n’implique ni ne justifie rien
      déblaie néanmoins sacrément le terrain

      on a beau écarquiller les yeux face au miroir, on n’y reconnaît pas plus dieu que dieu ne nous y reconnaît – a fortiori dieu ne s’y reconnaissant pas plus que nous ne nous y
      reconnaissons nous-mêmes

      pour certains la liberté est liée naturellement à l’exercice de leur puissance – pour d’autres à la réalisation de leur propre impuissance, d’où leur percutante bien qu’aléatoire stratégie d’inaction directe

    26 mai 2023

  • tombent les bras

      une feuille minuscule
      de thé ou de quelque chose d’autre
      pue le cramé.
      mort ne ment pas

      je me crache dans les yeux. je me serre la queue de toutes mes forces. je te feux de détresse
      s’il y a un champ je me couche dans le champ
      sinon c’est les orties, tant pis

      un rien nous désunit. un rien s’immisce entre nous, entre soi et soi, un rien nous sépare de nous-mêmes. un rien disloque l’unité
      j’ai joué à la marelle, la marelle jonchée à terre, la marelle juchée au ciel
      je sautillai en plein vide

      je ne mange plus rien. ou alors n’importe quoi, n’importe quand, comme ça se trouve
      je ne mange plus rien – je ne fais que fumer, fumer sans raison, fumer pour rien
      fumer sans clope

      avant même de mourir se savoir mort et se dire tiens, j’ai le nez qui pue mais non, je retiens mon souffle je ne pense qu’à ça, je ne pense à rien je pense à
      n’importe quoi, désormais n’importe qui
      forever n’importe soi

      crève une bulle
      chie au milieu d’une chambre
      en plein lit en plein
      délitement
      pense à dieu, tombent les bras

     

    tombent les bras

    22 mai 2023

  • casser le vide en p’tits morceaux

      je ne suis un homme pour personne, je ne suis un homme pour moi je ne suis
      un homme qu’au regard de l’énorme néant, de l’immensité vide sur la grève du ou de laquelle
      un vent mauvais m’a déposé, un jour de merde un jour de houle, si dur

      je n’arrive pas. je n’arrive pas à vivre comme il faut – une outre-gueule est la gueule qu’il me faut
      mourir d’ennui n’aura servi de rien, et renoncer à ce rien-là littéralement t’éviscère – en attendant,
      j’avons une vie à nous faire pardonner

      il y a un chien parmi moi et je ne le nomme pas, pour ne pas le blesser enfin bref
      il y a un chien parmi moi sauf qu’il n’aboie pas
      il se gratte seulement
      il se gratte et c’est tout

      je me suis dirigé vers le large espérant fuir quelque chose, espérant en rapporter quelque chose
      j’ai gagné le large mais j’en rentre bredouille, le sexe humilié, les allocs sucrées
      et qu’est-ce que tu branles alors, quand l’envie même de crever t’abandonne ?

      je marche devant je marche de travers, tout au bord parfois mais jamais
      en parallèle.
      je ne marche pas sur le dos je ne marche pas à l’arrêt : tomber en pâmoison devant sophie binet
      je retourne d’ailleurs. étranger quand tu nous parles, redresse initialement notre accent grave

    20 mai 2023

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