six heures trente, un trou dans le béant pas grand chose de plus à attendre, à creuser – à part peut-être la levée d’un miracle…
à la plupart des yeux je cède un champ de vue miné quelqu’un dort auprès de moi, une ombre que je ne parviens pas à rattacher
j’étais là, mais jamais qu’à moitié on meurt tranquille un soir de pluie – on se dit ça, discrètement à peine plus que de ne rien se dire
moitié homme moitié seuil, j’ai marché sur la queue d’un silence la nuit regagne du terrain en toute circonstance me précède t-elle
puisque l’amour va sans se dire, on a réservé un miracle ou alors on s’est mis nu sous un œil en plan fixe un œil irréversible
en sortant de la ronde, de la cohorte des hommes qui ne tiennent pas debout ni à rien, pour la forme
une vie restée là en travers, un aboiement qui aurait perdu son chien, rien qu’un écho coincé entre deux dents – ça se termine ainsi … tout se termine ainsi
plus précieux que dieu, la douleur de dieu – nomme la douleur de dieu
ne demeure qu’un pour soi, vraiment, les autres étant vraisemblablement partis en vacances. ne demeure personne à aimer, d’où soudainement la fuite, la fuite récidive la fuite survenant en chacun, dont chacun d’entre soi
la mort d’un enfant diurne est, je ne sais pourquoi, sensiblement plus choquante que celle d’un enfant nocturne bien que l’enfant nocturne n’existât pas, hormis dans notre imagination et un peu après minuit si l’on commence par là
et tu cherches en vain qui léchera ton silence comme si un silence prolongeait son homme, et non seulement le devançait. si vivait une vérité n’éclaterait-elle pas là, ici-même, maintenant au minimum – je ne nous avais jamais imaginés si petits, si tassés
il n’y a pas d’yeux pour moi il n’y a que des yeux pour la toute fin de moi, les fâcheuses conséquences. je me suis jeté dans un vide qui n’existait pas. ainsi précipitamment demandai-je à mon voisin : « mais qui existe vraiment ? »
dans le dieu qui court encore, un dieu se retenait. on a voulu l’embrasser comme on embrasse quelqu’un, quelqu’une. on ne se rappellera plus de soi quand on ré-ouvrira les yeux quand on laissera juste sa main traîner là, au cas où quelqu’un, quelqu’une éprouverait le besoin, un jour, un temps, sait-on jamais, de s’en saisir
de toute une tombe n’est ressortie que la tête, les muscles ont lâché prise je t’embrasse par ailleurs, je t’embrasse en succion, je t’embrasse par le chemin le plus creux
mes mains mesurent dix centimètres, dix centimètres de plus que mes pieds – mes pieds sous les genoux, accrochés aux genoux, pauvres genoux… j’endure toute une vie, j’ai besoin de repos. je sais pas où poser le trognon
le cuir est chevelu, ma femme m’attend au portail. on a échangé nos cabines un jour je me suis mis nu. un autre jour c’est toi. se jeter par la nuit nous fut d’un grand secours
parce que tout, même les nombres découlent de plus haut qu’eux, plus haut que soi. les petits alpinistes j’ai logé une bulle dans l’espace mental. pour le loyer premièrement. ensuite parce qu’il faisait un peu froid un peu froid partout, tout l’temps
dormir à deux creusait un trop grand lit. on s’endort comme on peut, entre deux équinoxes on s’endort au milieu si je meurs tu m’embrasses le sexe, on s’arrange toujours pour ne pas mourir trop longtemps
trois fois la mort fuit avec moi je n’ai pas tiré le rideau le rideau n’a pas été tiré sur moi, on se montre nos mains on respire nos mains on ose même et on finit par se lécher les mains, l’un l’autre, avec la langue
la nuit on fait un nœud. un nœud de nuit ou quelque chose comme ça, à peu près comme ça si je t’ennuie tu peux le dire hein, si je t’ennuie tu peux me tirer les cartes me prédire le désastre me faire un mauvais sort la nuit on fait un nœud. un nœud double pour être sûr que le jour sur nous ne fondra pas
un jour une nuit, plus un jour et une nuit encore, parce qu’à la fin c’est toujours la nuit qui gagne – question de pudeur vois-tu… des poissons rouges descendent du ciel et nagent autour de moi. s’ils tombaient raides je m’inquiéterais mais non, ils ont l’air parfaitement insouciants comment dire insouciants c’est cela
toutes les maisons de la terre explosées je me suis retrouvé dans un tout petit appartement. je refais le lit tous les matins, que je dorme ou pas je meurs les uns après les autres. les uns après les autres je rends l’âme, tout souvenir, chaque vie dérobée ce soir en guise de crépuscule, devant l’éternité j’épouse la dame-pipi
les bulles qui s’échappent de notre esprit n’ont pas de parti pris. on s’éveille de bonne heure on s’éveille de plus en plus tôt, c’est vrai qu’on rigole pas souvent je te tiens tu me tiens par la nouille par l’huître. on ramasse quelque chose par terre mais jamais ne ramassons la terre entière
au-dessus de nous l’univers étoilé, étonnement infini, s’ennuie ou même pas. il s’ennuie même pas. il écoute la musique il écoute la musique comme si le silence ne l’occupait pas tout entier…
désencrassé de toute nostalgie, je m’envoie en l’air, m’envoie en l’air jusqu’à ce que je ne retombe plus – on rebondit si mal sur la bouse le béton froid le vide sans élastique
on écrit nos noms sur des bouts de papier, n’importe quels bouts de papier qu’on chiffonne, avec nos noms dedans, écrits dedans, attendant d’être un jour dépliés, nos noms dedans
sincèrement, je ne m’attendais pas à ça – tout ça, là on meurt pour si peu… il y a une limite à ce que nous pouvons supporter de beauté, et j’ai les pieds gelés les pieds dans l’eau gelée
j’ai sorti ma boussole, pour voir s’agit d’une boussole bon marché, d’une boussole aléatoire, n’indiquant le nord que très approximativement je la tends vers le ciel elle me montre le ciel, pour une fois je la tends vers le nord elle me montre un quelconque bistrot, où l’on sert un café franchement dégueulasse
à noël on perd ses dents. de raison d’être on n’en a guère alors non, à noël on ne perd pas sa raison d’être le jour de l’an on perd ses ch’veux. on embrasse sa mère sur les deux seins le jour de l’an on perd son âme alors même qu’on n’en a pas
la pluie ça fait la pluie, et autre chose encore, comme des creux dans le trous
la pluie ne vient donc pas d’en-haut, mais d’en-dessous, même à Belgrade
la pluie coule sur moi, qui ne coule sur rien, à pic
on est mort aussi longtemps que l’on a pu. puis un jour, n’y tenant plus sans doute, on s’est réveillé, on s’est levé, on a marché. mais on s’est assis au bout de quelques mètres parce qu’on était un peu fatigué ou tout simplement déçu
je voulus parler enfin, dire quelque chose or aucun son ne sortit, aucune voix ne gicla que des petits cailloux, dégoulinant d’la bouche et qui roulèrent à terre, comme ça direct
les jours où je ne suis pas mort, je fais ma pleureuse je m’arrache les ch’veux, me lamente sur mon sort tandis qu’en mon esprit se combattent férocement la pensée de dieu et celle du repas du soir
rien ne me manque en ce bas-monde que l’eau courante, en trombes ou crachin sur nos tombes depuis peu rien ne remonte, rien ne remonte en soi
dieu m’empêche de voir dieu, je l’éradique donc. dieu m’empêche de voir la pologne, la grande plaine de pologne, jusqu’à lublin. dieu est bien trop lumineux et il faut toute la transparence nocturne pour voir jusqu’à dieu, quand on n’a pas de lune
j’ai acheté des verres à pied à la boutique d’occases. il me faut maintenant une bouteille au moins pleine pour emplir ces verres vides. tant vide était mon âme. un peu le glas, un peu le creux, mais ça sonne bien. si vide était mon âme
les voitures sont évidemment faites pour la casse. les humains pour se tromper les uns les autres, se fourrer un doigt dans tel ou tel trou le reste du temps. le reste du temps c’est très commode. le reste du temps on ne prend pas la peine de dire ce qu’on pense, de penser ce qu’on dit ni même, de penser du tout
tu m’oublies. et tu m’oublies en me regardant fixement dans les yeux. tandis que moi je louche, il faut bien l’avouer, moi je louche à droite, je louche à gauche. tu m’oublies bien en face
elle avait un projet alors je l’ai tuée. elle a mis ses baskets alors je l’ai tuée. elle avait une sensibilité artistique alors je l’ai tuée. seulement le temps venu je n’ai pas su la ressusciter. j’arrachai les clous, récitai les mantras, mais je ne la ressuscitai pas
on s’est rangé du côté est, comme ça, pour faire de la place. pour contempler le coucher de soleil avec le recul nécessaire. depuis des mois qu’on ne mange plus, des mois qu’on ne se lave plus, on ne se touche plus
je baise par procuration. le plus discrètement possible je caresse les vieilles dents. d’un homme je suis finalement parvenu à faire une anguille, une loutre. je ne raisonne plus. t’ai-je raconté que je baisais par procuration ?
il n’y a pas de mal à ça. il n’y a pas de mal à ci, donc pas de mal à ça. on en reparlera plus tard. non pour en dire quoi que ce soit de définitif, ni même de sensé – on en reparlera comme ça, tout simplement, juste pour en reparler
je ne me déshabille plus, je dors tout habillé. je me douche tout habillé. je n’enlève plus mes chaussettes – rien que mes lunettes, pour ne pas les casser. c’est si vite arrivé ça, pendant son sommeil de casser ses lunettes
les hommes finissent leur repas debout. ils n’ont nulle part où se rendre, certes, ils n’ont cependant nulle part où se poser. je ne retire aucune gloire, je ne retire aucun bénéfice de tout cela non – moi je fais seulement le pied de grue