Aller au contenu

assis là sur un banc


  • d’un abysse l’étreinte

      j’existe
      un peu après minuit j’existe
      d’une courte tombe

      le premier jour, on la tond ras
      on dépose les barrettes
      sur la table, le buffet

      j’habite un bateau et ce bateau
      prend l’eau, un nuage
      et le nuage fond

      sur le rivage d’un homme
      on a beau dire
      il casse devant

      beauté que l’on divulgue
      cela n’empêche pas
      la mort d’aimer, de susurrer

      puis on rentre à la nage
      battant l’air des mains
      des pieds et du ressac

      d’une main saisissant
      le savon, la barre et l’horizon
      – dedans se cherche encore

    2 mars 2023

  • qui touche le fond et l’horizon

      j’habite là
      ou pas très loin de là
      disons dans l’ombre de là

      je ne suis d’un homme ni d’ailleurs
      juste l’os
      d’un enfant non désiré

      la demie d’un poisson-lune
      l’autre voguant
      vers le plus bas néant

      sous-la-pluie jour de l’an
      ouvre la gueule en grand
      tombent les dents

      caresses d’un instant
      profondes éphémères
      j’en ai perdu le compte, rompu la sonde

      au bout d’un an ou deux
      un an ou deux pas plus
      l’oubli s’installe, l’ennui régresse

      d’une main saisissant
      le savon, la barre et l’horizon
      – dehors se cherche encore

     

    qui touche le fond et l'horizon

    27 février 2023

  • l’amour sur ce brancard

      six heures trente, un trou dans le béant
      pas grand chose de plus à attendre, à creuser
      – à part peut-être la levée d’un miracle…

      à la plupart des yeux je cède un champ de vue miné
      quelqu’un dort auprès de moi, une ombre
      que je ne parviens pas à rattacher

      j’étais là, mais jamais qu’à moitié
      on meurt tranquille un soir de pluie – on se dit ça, discrètement
      à peine plus que de ne rien se dire

      moitié homme moitié seuil, j’ai marché sur la queue d’un silence
      la nuit regagne du terrain
      en toute circonstance me précède t-elle

      puisque l’amour va sans se dire, on a réservé un miracle
      ou alors on s’est mis nu sous un œil en plan fixe
      un œil irréversible

      en sortant de la ronde, de la cohorte des hommes
      qui ne tiennent pas debout
      ni à rien, pour la forme

      une vie
      restée là en travers, un aboiement qui
      aurait perdu son chien, rien qu’un écho
      coincé entre deux dents – ça se termine ainsi
      … tout se termine ainsi

    25 février 2023

  • avant d’y aller il faut y aller, assis là sans bouger

      plus précieux que dieu, la douleur de dieu
      – nomme
      la douleur de dieu

      ne demeure qu’un pour soi, vraiment, les autres étant vraisemblablement
      partis en vacances.
      ne demeure personne à aimer, d’où soudainement la fuite, la fuite récidive
      la fuite survenant en chacun, dont chacun d’entre soi

      la mort d’un enfant diurne est, je ne sais pourquoi, sensiblement plus choquante que celle d’un enfant nocturne
      bien que l’enfant nocturne n’existât pas, hormis dans notre imagination et un peu après minuit
      si l’on commence par là

      et tu cherches en vain qui léchera ton silence
      comme si un silence prolongeait son homme, et non seulement le devançait.
      si vivait une vérité n’éclaterait-elle pas là, ici-même, maintenant au minimum – je ne nous avais jamais imaginés
      si petits, si tassés

      il n’y a pas d’yeux pour moi il n’y a que des yeux
      pour la toute fin de moi, les fâcheuses conséquences. je me suis jeté dans un vide
      qui n’existait pas. ainsi précipitamment demandai-je à mon voisin :
      « mais qui existe vraiment ? »

      dans le dieu qui court encore, un dieu se retenait. on a voulu l’embrasser comme on embrasse quelqu’un, quelqu’une.
      on ne se rappellera plus de soi quand on ré-ouvrira les yeux quand on
      laissera juste sa main traîner là, au cas où
      quelqu’un, quelqu’une éprouverait le besoin, un jour, un temps, sait-on jamais, de s’en saisir

     

    avant d'y aller il faut y aller, assis là sans bouger

    22 février 2023

  • rouge-pie

      de toute une tombe n’est ressortie que la tête, les muscles ont lâché prise
      je t’embrasse par ailleurs, je t’embrasse en succion, je t’embrasse par le chemin le plus creux

      mes mains mesurent dix centimètres, dix centimètres de plus que mes pieds – mes pieds sous les genoux, accrochés aux genoux, pauvres genoux…
      j’endure toute une vie, j’ai besoin de repos. je sais pas où poser le trognon

      le cuir est chevelu, ma femme m’attend au portail. on a échangé nos cabines
      un jour je me suis mis nu. un autre jour c’est toi. se jeter par la nuit nous fut d’un grand secours

      parce que tout, même les nombres découlent de plus haut qu’eux, plus haut que soi. les petits alpinistes
      j’ai logé une bulle dans l’espace mental. pour le loyer premièrement. ensuite parce qu’il faisait un peu froid
      un peu froid partout, tout l’temps

      dormir à deux creusait un trop grand lit. on s’endort comme on peut, entre deux équinoxes on s’endort au milieu
      si je meurs tu m’embrasses le sexe, on s’arrange toujours pour ne pas
      mourir trop longtemps

      trois fois la mort fuit avec moi je n’ai pas
      tiré le rideau le rideau n’a pas
      été tiré sur moi, on se montre nos mains on respire nos mains on ose même et on finit par se
      lécher les mains, l’un l’autre, avec la langue

    19 février 2023

  • l’universel insignifiant

      la nuit on fait un nœud. un nœud de nuit ou quelque chose comme ça, à peu près comme ça
      si je t’ennuie tu peux le dire hein, si je t’ennuie tu peux me tirer les cartes me prédire le désastre me faire un mauvais sort
      la nuit on fait un nœud. un nœud double pour être sûr
      que le jour sur nous ne fondra pas

      un jour une nuit, plus un jour
      et une nuit encore, parce qu’à la fin c’est toujours la nuit qui gagne – question de pudeur vois-tu…
      des poissons rouges descendent du ciel et nagent autour de moi. s’ils tombaient raides je m’inquiéterais mais non, ils ont l’air parfaitement
      insouciants comment dire
      insouciants c’est cela

      toutes les maisons de la terre explosées je me suis retrouvé dans
      un tout petit appartement. je refais le lit tous les matins, que je dorme ou pas
      je meurs les uns après les autres. les uns après les autres je rends l’âme, tout souvenir, chaque vie dérobée
      ce soir en guise de crépuscule, devant l’éternité j’épouse la dame-pipi

      les bulles qui s’échappent de notre esprit n’ont pas de parti pris. on s’éveille de bonne heure on s’éveille
      de plus en plus tôt, c’est vrai qu’on rigole pas souvent je te tiens tu me tiens
      par la nouille par l’huître. on ramasse quelque chose par terre mais jamais ne ramassons
      la terre entière

      au-dessus de nous l’univers étoilé, étonnement infini, s’ennuie
      ou même pas. il s’ennuie même pas. il écoute la musique
      il écoute la musique comme si le silence
      ne l’occupait pas tout entier…

     

    l'universel insignifiant

    17 février 2023

  • lever de pigeons sur un ciel obstinément bas

      désencrassé de toute nostalgie, je m’envoie en l’air, m’envoie en l’air jusqu’à ce
      que je ne retombe plus – on rebondit si mal sur
      la bouse
      le béton froid
      le vide sans élastique

      on écrit nos noms sur des bouts de papier, n’importe quels bouts de papier
      qu’on chiffonne, avec nos noms dedans, écrits dedans, attendant
      d’être un jour dépliés, nos noms dedans

      sincèrement, je ne m’attendais pas à ça – tout ça, là
      on meurt pour si peu…
      il y a une limite à ce que nous pouvons supporter de beauté, et j’ai les pieds gelés
      les pieds dans l’eau gelée

      j’ai sorti ma boussole, pour voir
      s’agit d’une boussole bon marché, d’une boussole aléatoire, n’indiquant le nord que très approximativement
      je la tends vers le ciel elle me montre le ciel, pour une fois
      je la tends vers le nord elle me montre un quelconque bistrot, où l’on sert un café franchement dégueulasse

      à noël on perd ses dents. de raison d’être on n’en a guère alors non, à noël on ne perd pas sa raison d’être
      le jour de l’an on perd ses ch’veux. on embrasse sa mère sur les deux seins le jour de l’an on perd son âme
      alors même qu’on n’en a pas

    15 février 2023

  • peau d’ogre

      la pluie ça fait la pluie, et autre chose encore, comme des creux dans le trous

      la pluie ne vient donc pas d’en-haut, mais d’en-dessous, même à Belgrade

      la pluie coule sur moi, qui ne coule sur rien, à pic

      on est mort aussi longtemps que l’on a pu. puis un jour, n’y tenant plus sans doute, on s’est réveillé, on s’est levé, on a marché. mais on s’est assis au bout de quelques mètres parce qu’on était un peu fatigué
      ou tout simplement déçu

      je voulus parler enfin, dire quelque chose or aucun son ne sortit, aucune voix ne gicla que des petits cailloux, dégoulinant d’la bouche et qui roulèrent à terre, comme ça direct

      les jours où je ne suis pas mort, je fais ma pleureuse je m’arrache les ch’veux, me lamente sur mon sort tandis qu’en mon esprit se combattent férocement la pensée de dieu
      et celle du repas du soir

      rien ne me manque en ce bas-monde que l’eau courante, en trombes ou crachin sur nos tombes
      depuis peu rien ne remonte, rien ne remonte en soi

     

    peau d'ogre

    13 février 2023

  • trois petits essuie-glaces

      dieu m’empêche de voir dieu, je l’éradique donc. dieu m’empêche de voir la pologne, la grande plaine de pologne, jusqu’à lublin. dieu est bien trop lumineux et il faut toute la transparence nocturne pour voir jusqu’à dieu, quand on n’a pas de lune

      j’ai acheté des verres à pied à la boutique d’occases. il me faut maintenant une bouteille au moins pleine pour emplir ces verres vides. tant vide était mon âme. un peu le glas, un peu le creux, mais ça sonne bien. si vide était mon âme

      les voitures sont évidemment faites pour la casse. les humains pour se tromper les uns les autres, se fourrer un doigt dans tel ou tel trou le reste du temps. le reste du temps c’est très commode. le reste du temps on ne prend pas la peine de dire ce qu’on pense, de penser ce qu’on dit ni même, de penser du tout

      tu m’oublies. et tu m’oublies en me regardant fixement dans les yeux. tandis que moi je louche, il faut bien l’avouer, moi je louche à droite, je louche à gauche. tu m’oublies bien en face

      elle avait un projet alors je l’ai tuée. elle a mis ses baskets alors je l’ai tuée. elle avait une sensibilité artistique alors je l’ai tuée. seulement le temps venu je n’ai pas su la ressusciter. j’arrachai les clous, récitai les mantras, mais je ne la ressuscitai pas

    11 février 2023

  • le fond du trou s’en va

      on s’est rangé du côté est, comme ça, pour faire de la place. pour contempler le coucher de soleil avec le recul nécessaire. depuis des mois qu’on ne mange plus, des mois qu’on ne se lave plus, on ne se touche plus

      je baise par procuration. le plus discrètement possible je caresse les vieilles dents. d’un homme je suis finalement parvenu à faire une anguille, une loutre. je ne raisonne plus. t’ai-je raconté que je baisais par procuration ?

      il n’y a pas de mal à ça. il n’y a pas de mal à ci, donc pas de mal à ça. on en reparlera plus tard. non pour en dire quoi que ce soit de définitif, ni même de sensé – on en reparlera comme ça, tout simplement, juste pour en reparler

      je ne me déshabille plus, je dors tout habillé. je me douche tout habillé. je n’enlève plus mes chaussettes – rien que mes lunettes, pour ne pas les casser. c’est si vite arrivé ça, pendant son sommeil de casser ses lunettes

      les hommes finissent leur repas debout. ils n’ont nulle part où se rendre, certes, ils n’ont cependant nulle part où se poser. je ne retire aucune gloire, je ne retire aucun bénéfice de tout cela non – moi je fais seulement le pied de grue

     

    le fond du trou s'en va

     

    8 février 2023

Page précédente Page suivante