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assis là sur un banc


  • quand la lumière éteinte et que l’on dure encore

      chaque jour en moi un homme s’éveille, et toujours le même homme – un homme
      que j’ai fini par reconnaître, sans pour autant m’y reconnaître : il ne
      sera jamais moi, mais l’excrément d’un jour, humain sans les atouts

      l’immensité de l’ouïe étouffe dans ces deux petites oreilles. je rêve d’un tire-bouchon
      le soleil amoureux, et puis ce froid sans fond recouvrant tout, habitant tout, cryogénisant le moindre souffle
      si les morts ne se relèvent pas c’est qu’ils n’y croient plus désormais, c’est qu’ils sont définitivement
      passés à autre chose

      je dirais que ton petit sifflet m’a le souffle coupé
      peu d’effet sur la vitre, la mouche grande ouverte
      je ramasse un morceaux, je ramasse deux morceaux, au bout d’un moment je lâche tout j’abandonne
      – que je suis beau quand j’abandonne

     

    quand la lumière éteinte et que l'on dure encore

    4 juillet 2023

  • la nuit tombe, la mort tarde à mourir

      le large en soi. on y trempe un orteil, et puis le pied entier – on n’ira plus nulle part
      les épaules fines mais suffisantes à porter un ciel tout en
      apesanteur

      il se passe quelque chose. si on ferme les yeux et qu’on les ferme assez fort il se passe quelque chose
      quelque chose de si radical que lorsqu’on rouvre les yeux on constate qu’il ne se passe à l’évidence rien
      des cris feutrés

      un grand orage et je l’embrasse sur la bouche
      il ouvre grand la bouche je l’embrasse dans la bouche, ce grand orage
      pour n’en perdre une mouette
      j’ai collé mon eau à son eau, et maintenant je ne sais plus pleurer

      il y a un monsieur qui m’achète l’heure – il me laisse la montre, me laisse le poignet, qui se tord tout seul
      sans encombre je me perds, sans obstacle je trébuche. le vide me rattrape, le vide me ramasse
      c’est lassant à la fin

      je scrute l’horizon, où s’engouffrent les surfaces, et tout ce qui en fin de compte s’avère inessentiel
      j’ouvre une boîte et dans la boîte un huit m’attend, depuis la nuit des temps un huit m’attend
      ce n’est pas une surprise

    1 juillet 2023

  • il ne pleure que s’il ne pleure, le clou…

      quel effet crois-tu que cela produise, quelqu’un qui partout chez lui se sent sur quelqu’un qui
      ne se sent nulle part chez soi ?
      il manque une tuile
      à mon toit il manque une tuile – on parlera alors
      d’une tuile manquante, ou d’une tuile morte

      un homme est mort à travers moi. j’espère seulement qu’il ne
      s’agissait pas, ou déjà plus, de moi…
      partir ne revenant à rien, je brûlai mes rames, couchai la vague, démantelai réseaux, édifices nuageux
      respirant l’air restant, portant pissenlit ou ortie sur
      la tombe de ma mère

      quand à la fin des fins ne subsiste que
      la poésie, seule attitude propre à affronter, à prendre en charge ou même à démystifier
      le vide
      – la fin des fins poème bancal
      poème néanmoins

      qu’un chien me vide, allez, qu’un chien me vide
      la mort-charnière, la radicalité d’une ex-
      centricité ontologique
      – tout cramer au lance-doudou, se raconter se re-raconter
      l’histoire d’un trou

     

    il ne pleure que s'il ne pleure, le clou...

    28 juin 2023

  • j’ai oublié de dire bonjour aux hommes heureux

      les largués d’une voie sans issue
      on s’habitue
      à quoi, à ne pas s’habituer, par exemple
      quelqu’un pense au vide
      quelqu’un pense le vide
      quelqu’un enfin
      pense à vide
      mais pas tous en même temps
      ou pas dans la même tête

      rien à se dire, on passe son tour
      son tour ou son chemin, c’est un jour
      comme un autre, un autre nul
      c’est un jour nul, et qui res-
      semblerait peut-être à
      dieu sans permis
      de conduire

      on lui a fait
      une bise sur
      la bouche – il aurait pu
      mourir d’un rien, mais non : il s’est
      croisé les doigts
      et pris la décision
      claire et ferme d’attendre
      rien cela dit
      qu’attendre

      je me suis
      appelé comme
      un petit garçon, et les petits
      garçons on leur
      tape dessus
      avant d’aller bosser ou en remontant ses
      chaussettes si on n’a pas de
      boulot

      poème décharné
      vulve les coudes sur
      la table
      on se rapproche à pas
      perdus de la lumière
      – vous savez, celle qui
      n’éclaire rien…

    26 juin 2023

  • un drap soulève-toi

      envie de rien
      de la coupure du monde
      les attaches craquent
      la mer – la mer
      reflue
      il me faudra donc un vélo

      sous ce qui se passe il ne
      se passe rien :
      les amours lentes, les lois
      antigravitationnelles
      on se rend compte enfin
      novembre et tant de pluie…
      m’en fous, chuné l’cinqaoût

      il me manque un destin
      pour entrer dans le livre
      ou me noyer à sec
      un jour me contredit
      pourtant je n’ai rien dit
      : il siffle entre mes dents

      je ne suis l’homme
      que d’une truite
      d’un arc-en-ciel si
      mal bandé soit-il, il
      pleure dedans son œil ça va finir
      par faire tache

      dès le matin le ciel débande
      le pays entre
      dans l’usure
      alors s’il te plaît prends
      soin de moi, vraiment – tu sais
      qu’il n’y a d’autre
      issue à soi qu’un
      miroir bredouille…

     

    un drap soulève-toi

    23 juin 2023

  • mais c’est pas moi qu’elle mange

      je ne parle plus qu’à ma mère, morte depuis cent ans, ma mère lapsus guerre de cent ans
      j’ai pris sa voiture, j’ai foncé droit dans la mer, me suis enfoncé droit dans la mer
      hériter d’une bouée à tête de canard réchauffera mon cœur

      se nourrir de chewing-gum, marquer des buts contre son camp – on exagère d’être né
      de plus en plus j’y crois, de quoi de rien, ou que la vérité à l’inanité irrésistiblement se confond
      jusqu’à accoucher quelle horreur d’une
      brique échaudée…

      ma femme elle est enceinte, enceinte d’un squelette, de son propre squelette, nickel chrome squelette
      ma femme ventile. quand il fait chaud ma femme ventile. quand il fait froid refroidissant,
      me femme rétropédale au lexomil

      je meurs d’envie. d’envie de quoi n’importe doigt donc je meurs
      on déploiera ses ailes on ne décollera pas
      on se tordra les pouces on ne s’arrimera pas
      à force d’essuyer les yeux finiront par sécher
      comme on sèche les cours comme sèche
      un drap mort

      ce n’est plus une question d’amour la question est de savoir
      à qui ton corps appartient.
      les coups ne portent pas, la mer ne mouille pas, tu réserves une chambre l’hôtel affiche complet – mais complet quoi ?
      janus malus et cumulus, que s’ouvre en grand genre l’utérus

    21 juin 2023

  • casser le vide en p’tits morceaux

      je n’arrive pas. je n’arrive pas à vivre comme il faut – une outre-gueule est la gueule qu’il me faut
      mourir d’ennui n’aura servi de rien, et renoncer à ce rien-là littéralement m’éviscère – en attendant,
      j’avons une vie à me faire pardonner

      il y a un chien parmi moi et je ne le nomme pas, pour ne pas le blesser enfin bref
      il y un chien parmi moi sauf qu’il n’aboie pas
      il se gratte seulement
      il se gratte et c’est tout

      je me suis dirigé vers le large espérant fuir quelque chose, en ramener quelque chose
      j’ai gagné le large mais j’en rentre bredouille, le sexe humilié, les allocs sucrées
      et qu’est-ce que tu branles alors, quand l’envie même de crever t’abandonne ?

      je ne suis un homme pour personne, je ne suis un homme pour moi je ne suis
      un homme qu’au regard de l’étrange néant, de l’immensité vide sur la grève du ou de laquelle
      un mauvais vent m’a déposé, un jour de merde un jour de grêle, si glauque

      je marche devant je marche de travers, tout au bord parfois mais jamais
      en parallèle.
      je ne marche pas sur le dos je ne marche pas à l’arrêt : tomber en pâmoison devant sophie binet.
      je retourne d’ailleurs. étranger quand tu nous parle, réinitialises notre accent grave…

     

    casser le vide en p'tits morceaux

    19 juin 2023

  • allez casse la photo

      dieu ressemblait à l’homme nu
      j’ai apporté une couverture, ils ont déchiré la couverture
      ils ont répandu punaises et cafards à même sa douleur vive et sur lui toute la nuit, ils ont soufflé le froid
      – s’enfuir mais où donc, quand nulle part ne l’appelle …

      j’amène quelque chose vers le nord. il y a toujours quelque chose qui dépasse du nord, auprès duquel le bonheur sembla si, comment dire… superficiel

      la mer devenue grise…
      ou est-ce moi qui ait vieilli ?

      une marche de papier, j’ai juste glissé sur
      je m’appelle oublie-moi, j’habite près de chez moi

      j’ai pleuré j’ai pleuré, aucune larme n’a coulé
      il ne reste à ma vue que la mer, que la vérité de la mer face à laquelle
      tout s’écroule et m’écroulant, j’espère naître enfin

      les yeux ont quelque chose de mort. les morts ont quelque chose dans les yeux comment dire… quelque chose avec les yeux
      je regarde ma montre. le temps entre en dissonance

      une vierge a deux manteaux
      un pour la pluie, c’est à dire pour ne pas se mouiller
      et moi soi-disant même, pour que je ne m’en remette pas

      le reste n’étant que pure coïncidence…

    16 juin 2023

  • gens de nulle part

      il ne s’avère rien. j’ai fini de souper. je rentre chez moi maintenant

      chez moi linceul, soigneusement repassé. chez moi je marche aussi, en mon âme et conscience je marche aussi

      chemise ouverte sur le grand tout, un peu frisquet, ce soir. un peu pince-mi pince-moi, sous la braguette exactement

      béant bêlant du fond d’la poche – j’aurais du mourir, souffrir encore. souffrir d’abord, et puis mourir

      normalement tout se tient. se tient sauf quand ça lâche. et ça lâche à tout prendre. même que ça lâche à craquer

      normalement je rent’ chez moi. ou du moins rentrais chez moi lorsque… rien : une rue à contre sens, un flaque verglaçante…

      je ne sors plus. d’où que je vienne, je n’en sors plus. le vent soufflant de l’ouest, le vent soufflant du nord, je n’en sors pas

      quelqu’un préviens. mais se quoi, dans quel vide ? on retourne la terre : toujours la même croix, creuse

      je me tords les pouces. j’ai l’habitude d’être deux – souvent entre les deux, hors-jeu. hors-jeu ne compte pas

      s’affale sur un banc. ne dit plus rien. voit passer les enfants, quand passent les enfants…

     

    gens de nulle part

    14 juin 2023

  • comme une odeur de rue

      je t’ai arraché une aile du dos, ou de l’omoplate pour être exact
      je t’ai arraché une aile pour te faire mal, et au-delà pour me faire mal, j’imagine – pour me faire mal de te faire mal, dans l’espoir fou peut-être
      que se mette à saigner mon omoplate

      nuit d’amour. les chevaux mal partis
      et tous à l’arrivée une patte cassée – avant même l’arrivée; qui n’arriveront jamais
      la patte cassée, il a fallu la recoller
      les jours heureux, il a fallu les autopsier

      c’était simple : il suffisait d’enfiler un sac, le serrer contre sa hanche, finir par s’endormir
      l’eau froide au robinet. tu fermes le robinet, le froid coule toujours – mourir c’est tout d’abord se regarder mourir
      ou carrément se voir mort, tout frissonnant encore

      je remonte au plus loin. aussi loin que je remonte je me retrouve là, les mains hors poches, les poches sans fond
      se tuer est une affaire de médicaments. se tuer est une affaire de corde. se tuer est une affaire d’étage
      l’odeur de pisse dans les escaliers

      quelque part la pluie ne me lâche pas la main
      tu sautes pieds joints dans un reflet et te voilà tombant dans tu ne sais quel vide
      quel banc m’embarque. ne demeure à jamais qu’une odeur de rue. je traîne à l’intérieur de moi cette odeur de rue

    12 juin 2023

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