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assis là sur un banc


  • corps sans amour, âme sans témoin

      je ne vis pas pour grand chose, pas pour grand chose et ça fait mal – ça fait
      mal à l’être, de n’y être pour grand chose, ou seulement quand il pleut
      le train je ne le prends pas. les épaules, je ne les hausse même plus
      il y a un trou et au fond de ce trou je rêve de palmes en caoutchouc

      j’ai un homme, j’ai une chambre, et je n’ai rien du tout
      si je regarde par ci je vois par ci, si je regarde par là je vois par là
      or je ne regarde nulle part, les yeux étalés comme des nénuphars
      j’embrasse la terre la terre me r’crâche, j’embrasse le ciel le ciel me chie, je sais vraiment plus où me tourner

      les chiens n’aboient plus, le ventre est vide
      on s’approche l’un de l’autre et plus on s’approche l’un de l’autre, plus vaste la béance
      alors on pisse dedans
      de toute façon on pisse, de toute façon béance, alors on pisse dedans

      mon âme me fait mal. je lui raconte n’importe quoi, elle ne s’en laisse pas conter
      mon âme m’ordonne sésame ouvre-toi, pourtant je m’appelle pas sésame
      on s’est trompé de numéro, d’adresse et même de nom, j’ai voulu t’embrasser mais la bouche
      ne m’a pas reconnu, reconnu l’autre bouche

    25 mars 2023

  • la serviette pour les pieds

      la mort ne me manque pas. et à toi elle te manque ? non, la mort ne te manque pas. ni à moi ni à personne – la mort
      manque à la mort, la mort
      manque aux morts, la mort
      me manque tellement

      j’ai abruti mon personnage
      j’ai abruti mon personnage au point d’en faire un non-personnage. et une fois réduit à ce non-personnage je me suis mis
      à presque l’aimer, à presque le prendre en pitié ce qui dans ma légende
      revient au presque-même – c’est à dire non même sans pour autant divergeant, ce qu’on peut qualifier de
      presque-même

      faire des bulles en soufflant dans un mégot, j’arrive pas. j’ai essayé réessayé, si fort que je soufflais j’arrivais pas, je mélangeais les ixes
      et les ygrecques, je mélangeais les alphas
      avec les omégas, les roses avec les pissenlits les pédales
      avec les orties. j’arrive pas

      je me suis mis à courir, à courir parmi vous, le néant. et le néant semblait si vaste, le néant
      à la mesure de ma riquiquinesse, si vaste
      j’aurais grandi dedans j’aurais
      rapetissé jusqu’à si vaste, si néant – si vaste qu’il en était néant si néant
      que je m’en servais comme tapis de douche

     

    la serviette pour les pieds

    22 mars 2023

  • la glace pour le sang, la laisse pour le chien

      on s’est mis pas mal à genoux contre terre, ces derniers temps. on a même pensé à balader le vide-à-l’intérieur-de-la-valise
      quand on se relève tout est blanc comme neige, alors on se dit tiens, tout est blanc comme neige
      tant ça nous avait manqué

      le toit s’effondre. la nuit du toit s’effondre et je me parle
      de moins en moins.
      avec du bois mouillé on fera un feu, de peu de joie un feu, de feu mouillé.
      on s’en tiendra là, à ça, qui nous glisse entre les doigts et ne nous
      reconnaît pas

      des gens partent là-bas, ou se réfugient dans des trous de ver – on nous avait bien prévenu que l’espace était tordu
      quelque chose nous manque, indécemment quelque chose nous manque, sur lequel on ne peut
      mettre un nom, un visage

      ne plus jamais, oh grand jamais, sortir du lit
      sauf pour aller promener son chien, s’il s’avère qu’on ait un chien
      donc éviter les chiens. éviter quoi qu’il en soit tout ce qui se fait en-dehors du lit
      que l’on creuse
      là où inexorablement le courant passe

      s’asseoir par terre, où mais par terre. ne pas
      se trouer la main, avec n’importe quoi susceptible de
      trouer la main. non, un trou dans la main définitivement ne nous avancerait à rien, ne nous
      procurerait aucun plaisir ni avantage. par terre se montre assez dur comme ça

      je n’ai plus envie de moi. j’ai tiré le rideau sur ma face. je lèche
      le plâtre de mon mur, c’est tout
      ce que j’ai trouvé à faire de ma vie, de mon temps, tel un petit animal inquiet je lèche
      le plâtre de mon mur

    20 mars 2023

  • sauf que je m’appelle pas églantine

      une fois n’est pas coutume, je me suis rasé le crâne, je me suis
      rasé le crâne, comme chaque mois rasé le crâne depuis
      que crâne existe, et le rasoir

      les bras m’en tombent, et tout le reste. tout le reste m’en tombe
      comme une arménie de sang, de poussière et de gel, une anémone en panne
      je décroche

      je décroche
      je décroche d’avec toi mais décrocheras-tu de moi, du petit bonhomme assis en moi, assis sur moi
      et qui m’écrase ?
      il y a des fleurs partout il y a des fleurs
      rien qu’à offrir tandis que lui, moi, je
      absolument
      radicalement
      absurdement
      décroche

      trois fois rien égale rien, qui égale trois, qui égale tout
      on n’a plus d’un homme à terre, une femme à la mer, en détox de vivre
      j’aurais voulu être celui sans miroir, ou celui tout miroir : un simple reflet m’a trahi

      la pluie aime la pluie, et c’est pourquoi
      je l’aime un peu aussi, la pluie
      le l’aide un peu

     

    sauf que je m'appelle pas églantine

    18 mars 2023

  • comme on souffle sur un bobo d’enfant

      les ressemblances une jambe dedans. les ressemblances un bruit dehors. on aura tout essayé, sauf le chant. le chant on n’ose pas. on se raccroche à nos dents, un bruit dedans. tentant le tout pour le tout, une jambe dehors

      j’ai pris soin de j’ai pris soin du, cela n’aura servi à rien. à refaire les murs, les enduire de ciment. écarteler le silence jusqu’à ce qu’il craque, jusqu’à ce qu’il cède. puis jouir la bouche ouverte, parce que la bouche ouverte

      revenir au plein temps, mais en fauteuil roulant. il faut au moins ça, je veux parler des roues. fauteuil sans roulette, paysage exfiltré par la fenêtre aveugle, on va en rester là. là va déjà trop loin, trop loin pour ça

      penche la mer. du coup la marée basse, du coup la marée haute. j’ai tenu ma tête entre deux maigres mains, jusqu’à ce quelle se mette à hurler. intérieurement qu’elle hurle. tout est affaire de hurlement à l’intérieur

      rire à pas de géant, mais rire bref. on n’a pas que ça à faire on n’a, rien d’autre à faire. rien d’autre que rien, qu’un ciel recouvre. et on appuie dessus, appuie dessus. en faire sortir la pus. en extraire le suc

      à part ça l’est tout mignon, l’est tout mignon comme ça. il pleure quand on le tourne comme ça. s’il dort c’est comme chez soi. et donc il ne dort pas. quand tout s’endort lui ne dort pas. il ne soupçonne que soi

    15 mars 2023

  • trompe-toi de banc

      je n’en parle à personne. je le ronge en dedans comme s’il s’agissait de mon os propre – une côte ou une vertèbre que sais-je ? je creuserais un trou et l’y déposerais au fond si je ne craignais que la terre me recouvre avec ça

      une fois la chose partie, on reste assis. le temps qu’il faudra, on reste assis. ceux qui se lèvent à la première heure ne rentreront pas avant le soir et trouveront place vide. une fois la chose partie on le sait désormais : plus rien ne viendra nous sauver

      tout l’espace s’écroule seule demeure l’âme, droite, immobile. . on aurait voulu voir ça mais on ne l’a pas vu. et lorsque l’âme à son tour s’effondre, que se révèle enfin, sans queue ni corne, socle ni cerne ?

      détrempé, je me fais la bise non par amitié, mais plutôt par pitié. on s’esquive par le plus petit chemin possible, par quelque sinistre issue de secours au bout de la quelle une ruelle nous ramène face à nous-mêmes, les deux joues blêmes

      quelquefois on y croit. quelquefois on fait juste semblant d’y croire, ou de ne pas y croire. on constate en outre que le vide croît. sous la poussée des océans le vide croît. on y oppose un veto de principe il avale et le principe et le veto

      vivre cul nu, sur un banc froid mouillé. on récidivera. les matins gris et la mort au milieu, on récidivera. le zénith a déchu. descellé, fracassé. vivre en peine, en telle peine et le cul nu

     

    trompe-toi de banc

    13 mars 2023

  • tragédie tragédiante

      derrière le baiser dur s’enchaînent les nuits. rien à redire, seul je transpire. ce à quoi cela sert ne sert à rien. derrière le baiser dur claquent les dents

      claque la route, au vent mauvais. que tu partes de ce côté-ci ou de côté-là, claque la route au cœur du sens. alors je plante l’auriculaire dans le trou de l’oreille et j’enfonce, jusqu’à ce que crève l’abcès

      il reluit sous ses loques. il donne à voir un pays qui n’existe pas, qui a manqué sa chance de faire surface. l’ont-ils foutu en l’air, l’ont-ils au contraire mis en terre, le pays racine abstraite

      de ce jour ininterrompu. de ce jour au long cours. il m’a suffi d’une fable pour nourrir un oiseau de sang froid. depuis disons trois jours je gis de côté nord, je gis en couche morte

      kermesse en terrain vague. on aurait du s’y attendre mais non, on avait d’autres poules à fouetter, d’autres extrêmes à réconcilier. un chien m’a mangé dans la manche jusqu’au coude. depuis je vais bras nu, bras nu jusqu’au moignon originel

      il s’envole. on ne dirait pas comme ça, il ne dit rien mais il s’envole. il s’envole au fond du trou. au fond du trou un ciel patauge. tu le retournes et vois : du fond du ciel un trou émerge…

    11 mars 2023

  • tam le vide, tady la rame *

      il me reste quelqu’un à qui dire bonjour. croisé au hasard dans la rue. quelqu’un. qu’il me réponde ou non ne fait, bonjour, aucune différence
      passe devant

      elle s’amuse à ça. ça l’amuse. ça lui dit cours par ci, ça lui dit cours par là, surtout ne t’affole pas. je lui ferais bien quelque chose mais quelque chose m’a dit :
      pas touche

      il ou elle vent debout. vent couché quant à l’autre. j’absorbe les coups. les silences. j’absorbe les coups même quand ils sont en silence on les
      absorbe mieux comme ça

      je rentre à laval. une rame à la main et la rivière à vide. je rentre je. rentre à laval. il faut mourir un certain temps puis se. réveiller pour
      se voir mourir, un certain temps

      caresse la balustrade. par dessus la balustrade il n’y a rien. rien m’entends-tu comment. entendre le rien, le rien ne s’entend pas il se tire une balle dans
      le pied, la tête. le pied de la tête. le plein nulle part

      caresse la balustrade. par dessus la balustrade naît le vide. le vide à soi, le vide hors-sol. quelque chose m’a dit touche pas alors je lève les mains, je lève
      les mains au vide

      * tam, tady : ici, là (en tchèque)

    tam le vide, tady la rame *

     

    9 mars 2023

  • zénith à nos frontières

      on passait son temps assis, on passait son temps à ça. on passait son temps à rien. cela soulage un peu. enfin bon, cela soulage un peu. un peu quand même
      quand même malgré tout

      on pense ce qu’on veut ou on ne pense à rien. ou si peu. presque à rien. presqu’île de rien. on dit on pense à ça or c’est ça qui nous pense, le rien qui nous pense, se pense à travers on
      ou si peu

      elle mange partout. j’ai l’impression d’être table. pieds et miettes. je mange à part. ma part. ma part de rien. durant tant de silence je pense à rien
      ou je m’abstiens

      on pleure le temps de quoi, on pleure le temps de rien. et ça s’imbibe. se dessèche. on regarde la mer pour rien. la mer à l’intérieur. elle garde
      les jambes toutes serrées

      je vais m’étendre là-bas je crois je serais mieux tout seul, à m’étendre là-bas. je caresse une ordure, la main. dans le sac à ordures. au hasard je caresse je crois. quand la mer se retire je bande
      à marée basse

      un seul ennui, un seul. et la terre se rendort. arriver à penser que seule la mort est innocente. au fond. au fond comme à ras bord on se fout de l’innocence on saute
      par dessus bord par dessus…mort.

    6 mars 2023

  • elle va là-d’sous

      je me suis enfermé dans une chambre avec. vue sur la mer mais j’ai fermé les volets j’ai voulu. laisser flotter la mer en moi. lui épargner la brutalité de la réalité physique pour la plonger dans
      la pure brutalité du rêve

      on se mettait à dieu comme. on se serait mis au vert. le vide c’est pour se jeter, le vide où l’on se jette. puis je l’ai embrassée soudainement avant qu’elle n’ait le temps
      d’ouvrir les yeux

      tu parles de pisser sur les tulipes. les bulbes de tulipes. le terre qui recouvre les bulbes de tulipes. accroupie comme un garçon non pas comme un garçon mais
      comme une fille

      ton métier détruisait les sentiers, sabordait les autoroutes. ton métier consistait, consistait à gratter la litière, gratter la mélancolie. la litière, la mélancolie
      de se sentir un peu

      il y avait comme un loup il y avait comme. la laisse d’un loup. embrassés soudainement embrassés avant qu’elle n’ait le temps de
      fermer les yeux. ferme-les tout de même, à tout hasard

      je me suis refroidi. au début non, plutôt en cours de route. il vaudrait mieux que je me rende si seulement il y avait quelqu’un à qui, quelque part où
      se rendre

     

    elle va là-d'sous

    4 mars 2023

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