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assis là sur un banc


  • θάλασσα mais pas content

      quelques arbres, un soupçon de paysage, une vue sur le néant
      j’ai juste eu le temps de me changer, pour m’apercevoir que je ne m’étais changé en rien
      j’achève ma nuit. après la nuit il n’y a rien

      moi je ne me raterai pas
      moi je ne me retiendrai pas
      moi je ne me raserai pas
      – promesses qu’on se fait en regardant la mer
      puis le vide sous la mer en enfin le
      rien sous le vide

      soudain me suffit le silence, les toits muets à l’oblique
      contraint de se quitter soi-même, de trouver un poumon hors saison
      de vendre à perte alors qu’on n’a
      plus rien à vendre, plus rien à perdre

      sens unique, sens unique, l’amour sans les wagons
      mon cheval n’avance pas, et la mer compliquée
      j’amorce un pas. on me dit que j’amorce un pas. je ne respire
      toujours pas

     

    θάλασσα mais pas content

     

    25 août 2023

  • le ciel tel qu’entre deux orifices

      mal au tordu mal au tendon, il en va du ventre comme il en va de la jolie – toujours assis, toujours dispos. le mal en soi est fait, pas de gants à prendre pour en extraire un jus putride et noir, cette fois…

      une deux trois j’irai dans les bois, et je te planterai un couteau au milieu. ce n’est pas le sens qui manque mais la conscience, et le bond dans le vide qui fait surgir les montagnes de ce vide. ou du moins les collines

      je ne m’achète rien, pas même l’ombre d’un rêve. des parents lâchent la main de leur enfant, et ne lui doivent plus rien. un type ressemblant à un homme pisse au pied d’un sapin pour le faire pousser. ce n’est que branche morte, et nous ne sommes qu’en août

      cette sensation d’encerclement. cette sensation d’étouffement. ce champagne privé de bulles, cette gueule de bois en guise d’ivresse. et cette inéligibilité à se regarder sans dégoût…

      il faut faire vite. plus vite poussera loin de nous. je me raconte une histoire – elle ne vaut pas grand chose, n’emporte pas l’adhésion. toute la journée se dire tiens, assis dépasse de haut debout, sans même élever la voix…

    22 août 2023

  • cardamone single date

      qu’est-ce qu’il se passe là – qu’est-ce qu’il se passe quand la nuit sombre
      ils ne m’intéressent pas, ton mot de trop, ton verre de trop – il me faut toute la bouteille au moins
      pour enfin rentrer sobre

      quand tout me dure, et me dure si longtemps, et si longtemps de vivre, je ne dure pas
      dans l’urgence d’une immobilité à fleur de pot, d’os et de pur dénuement
      il y a un chien et j’écrase ce chien-là : pas de chien sur mon ch’min

      trois fois le ventre une seule fois un bébé. je nage à l’envers du monde
      quelqu’un me rattraperait-il par la main, la main s’enlise, la main s’internalise. on dirait un chewing-gum en apnée
      bref un sexe, sous l’angle mort

      quand il n’y a plus de lieu où mourir, l’exil perpétuel
      un chien aboie un chien
      lèche le trou du chien, ça finit par se voir, ça finit par se savoir, ça
      finit par se sentir, un chien
      a pissé de travers, et c’est arrivé là, pas plus tard qu’en mon cœur

      mourir est un trou trop dur, il faut pousser pour l’enfoncer
      je n’ai plus les dents de te mordre, la langue de te subjuguer, d’un bras droit je soulève
      au bout de cent fois ça retombe : à cours de sperme, à cours d’orgasme
      – traverser le temps en pale suicidé…

      se tenant par la chatte, se tenant par la queue, on s’agrippe
      à une mort plus sûre que l’autre, plus propre que l’autre
      on se coupe les aigles on se coince le bec pour être bien certain
      de ne pas repousser…

     

    cardamone single date

    19 août 2023

  • la femme qui ne se racontait pas d’histoire

      y a un truc sans cesse qui me lèche la langue, y a un truc
      une forme de dénégation
      une femme entre deux, douanière en fond de cale
      y a un truc sans cesse qui me lèche la langue, un os à vif

      au-dessus d’un homme explose un feu d’artifice, véritable en quel sens
      je me sens comme chez moi là-haut, je me sens… rivière dansante, courant sinuant
      j’ai presque malgré mes pertes, j’ai presque malgré mes tempes – je
      suis une femme à part

      et de poumon cancer-poumon, j’attrape une fessée, une fessée mal calottée
      mon père est mort d’un cancer-poumon, pour la bonne cause
      et à l’éternité près
      – il n’a jamais fait soif que d’une âme

      chemin creux du milieu
      faire l’amour à contre-sens, à contre-courant, faire l’amour comme une bouche à sa langue – je n’ai plus peur
      de toi, de moi, je suis
      mort à moi-même désormais
      en quelque sorte mort à soi-même

      on s’est tous arrosé d’une façon ou d’une autre, on s’est tous arrosé, j’en ai les pieds trempés
      si un homme meurt au milieu c’est qu’il meurt, droit au milieu
      où les marges fluctuent
      et n’y sachant que faire

      dieu dans la tête d’une auto-tamponneuse, et pourquoi pas moi
      je me suis assis sur tes genoux, tes genoux profonds et lourds, tes cuisses larges
      au troisième étage de la méditation, j’ai donc lâché un jet

    16 août 2023

  • quelqu’un

      depuis si longtemps, parti. qu’il ne se reconnaît plus. même en gare. de novi sad ou d’ailleurs. il vient d’ailleurs. d’ailleurs et d’encore. plus ailleurs.

      s’emmêle les palmes. s’emmêle nos palmes. et ne distingue plus. le mien du sien. le lien du chien. vêtu de sa seule ombre. et profonde. sa seule et profonde. ombre.

      me rappelle à soi. comme si j’avais jamais. vu, su. comme si j’avais jamais été. là, ailleurs que là. on s’embrasse sur la joue, faute de mieux faute de. bouche.

      se souvient de moi ou si ce n’est de moi. de mon absence. absence laquelle illimitée. potins en forme de requiem. elle s’abrutit. quelqu’un. délicatement s’abrutit elle finira bien par. boire d’un trait.

      veut bien mourir à ma place. prendre la place du mort. s’écarter pour faire place, celle ou s’, je, m’achève. quelqu’un consent à ce que je. vole sa vie. son âme. sa substance. et me répond c’est pas bien. et alors quoi.

     

    quelqu'un

    13 août 2023

  • quelqu’un

      pour qui cesser d’être quelqu’un. cessant enfin d’être, quelqu’un. pris à rebours. se prend avec les doigts. ou parle de choses qui. n’existent pas.

      ressemble à tout ce qu’on avait jusqu’alors confondu à une ombre. m’a prié de ne pas me montrer brusque. m’a pardonné d’avance. me sait mort d’une mort éternelle. me sait éternel et la mort transitoire.

      revient d’ici midi. chargé de courses chargé d’une. quelconque bonne nouvelle. ne m’appelle jamais d’un nom ne me connaît pas. de nom. appréhende. on ne sait quoi quand comment où. appréhende. faudra faire avec.

      a perdu son chien. son rat. sa moule et tout ce qu’on peut perdre. jusqu’à la corde à laquelle se pendre. n’a jamais pu se regarder dans la glace. car tant glaçait la glace.

      n’a de compte à rendre à personne. et pour cause. sort de la machine. n’attend rien, s’en fout. n’exerce pas. choit de l’absence de grâce. choit. en l’absence. se regarde. choir. se regarde choir. la douleur sans la piqûre. le coup sans la grâce.

      m’a dit merci. je ne sais de quoi mais de quoi importe peu. m’a dit merci, alors que c’est moi que. moi de. moi qui plus rien. n’appelle pas. plus. n’appelle plus. n’attends rien. seulement rien.

    10 août 2023

  • quelqu’un

      ne pleure pas. ne pleure plus. s’accroche. lâche. s’accroche au vide. ne pleure pas. plus. se réfugie dans les chiottes pour. ne plus penser. ne pas. penser, ne pas penser. ça marche aussi.

      ne laisse pas traîner ses affaires. me dit en souriant regarde-moi. prend deux doigts de ma main. reste de marbre quand je reste de marbre. tombe à l’eau.

      rumine sa colère. la cumule. droit et déchiré de sa colère. ne sait plus, ne peut plus pardonner. qui ou quoi que ce soit ni soi-même. traverse l’infini déclinant l’ex-travagance d’être. l’outrena-vigation.

      ne jouit que sur demande. a peur quand on lui parle. ne sait plus à qui tu, ne sait plus à qui vous mais s’habitue à peu. mais s’habitue à pas. quoique jamais tout à fait, vraiment.

      ne me retient pas. ne me rappelle pas. et pourtant indéfiniment m’attend. ne me parle pas comme à un homme mais à un homme déjà. parti en guerre. en vrille. ni jamais revenu.

      a donné l’ordre de dormir. s’est retourné de l’autre côté, me laissant veuf côté cul. orphelin côté rue. a donné l’ordre de jouir entre ses.

     

    quelqu'un

    7 août 2023

  • banalité quasi mendicité

      quand il pleut tu ne fais rien. quand il ne pleut pas non plus, tu ne fais rien
      d’ailleurs tu ne fais rien, dès lors que tu ne fais rien surgit la conscience, livide
      l’éternel troisième homme

      les hommes ne servent à rien ils ont faim. ils se rongent les les ongles, puis les doigts tout entiers
      les hommes sont sous pression, ils ne leur manquent rien
      alors pliant bagage…

      je ressemblais à quoi, quand j’étais mort – quand je ne me rasais pas, la tombe décoiffée ?
      j’arpente, mais dans le mauvais sens. j’arpente mais sur la mauvaise mine

      c’est où, loin ?
      je ne sais pas où est loin, ni si c’est encore loin – j’attends mon tour. à la sortie j’attends mon tour
      ai-je manqué mon tour ?

      le vide dans la tête est plein de ces affreux chuchotements. en crise d’indifférence
      je m’intéresse à eux, le regard vitreux tourné vers un ciel sans contour
      et passablement lourd

      silence entre celle qui dort, la fosse large, la brosse aux dents tombées
      les chemins quand ils pleuvent ne remontent pas la pente, ils se laissent mourir
      si tel est leur destin

      la mort probable, l’éternité dissoute
      il se passe quelque chose que nul n’avait prévu, quelque chose qui écarte les rives, les éloigne l’une de l’autre
      je ne me rends qu’un bras sur deux

    4 août 2023

  • souffler sur un trou

      il s’éloigne des hommes il s’éloigne des mots, il se croise dans la rue il ne
      s’en remet pas. se reconnaît mas ne se touche pas, c’est sale
      il s’éloigne à vue d’œil

      j’étais assis là, mâchonnant le néant. j’étais assis là et rien
      ne m’a tendu la pièce, la main
      une clope ni même un clou
      un clou pourtant ça coûte rien

      comme un roseau le vent donné, il ne s’agit de rien
      d’un ciel moralement encombré, d’un bout à l’autre consterné, d’une beuverie entre hommes
      qui ne s’aiment pas

      ce soir j’ai la cadence aléatoire, comme qui dirait le hasard dans la peau
      je ne sais ce qui m’attend en me tournant de ce côté-là – de ce côté-
      ci décidément rien ne m’attend

      quand tout marque l’exil, d’une croix noire de soi. d’abord en nombre impair je me positionne
      ensuite la vie, informelle, en l’état
      la vie sans bouger d’âme

      avant que ne fuitent les lignes, ne colmatent les brèches, frontières cadenassées
      à l’origine un bain, une foule :
      le néant chipoté

     

    souffler sur un trou

    2 août 2023

  • je lui fais don du ciel

      on s’embrasse
      on s’embrasse à deux pas
      on s’embrasse à trois pas et on tire
      on tire à l’envers ou on tire en l’air enfin bref,
      on s’embrasse

      tel un moineau décarboné
      je n’ai plus de poème
      la gaule fébrile
      mais là où je commence, commence l’horizon…

      cela ne nous concerne plus, le temps qu’il fait
      une jolie cyclope
      j’ai marché sur le pied d’une
      jolie cyclope
      elle m’en a tendue une

      j’arrive pas à savoir
      c’est en quel sens, en quel sens tourne le désespoir ?
      je vais gratos
      gratos ouvre en grand toute la mémoire

      il n’y a pas un trou, on le redresse
      on le redresse parmi soi
      il n’y a pas un trou, on tombe dedans
      forcément, on tombe dedans
      où ailleurs que dedans ?

      la nuit rappelle bonjour
      je lui ai parlé pourtant, mais la nuit rappelle bonjour
      il ne lui manque rien de ce qui me manque à moi
      j’habitais là
      maintenant je n’y habite plus

    30 juillet 2023

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