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assis là sur un banc


  • dit-elle en ce silence, et ce silence combla

      la vie ne me fait pas peur, elle me fatigue. elle me corrompt
      l’extase me fuit
      un jour ou l’autre l’aile vertige – qui que quoi donc
      me procure ce vertige ?

      je ne recommence rien, et rien ne se souvient de moi. se retrouver en marge de l’histoire nous sauve littéralement la peau
      et les os
      – quant à ce qui goutte dans l’entre-deux…

      hors de toute règle, un principe nous mène
      le soleil si haut parfois qu’il roule tout en bas
      je m’assieds contre toi, je m’assieds contre toi. nos genoux s’entrelacent nos genoux
      s’entre-tuent

      je voudrais penser à autre chose qu’au vide par exemple à
      la sensation lunaire de mol rebondissement lorsqu’
      on marche sur le vide…

      ça m’arrive tous les quat’, tous les quatre matins, j’inspire en voix off
      j’expire comme je peux, à la moitié du souffle
      je règle les rétroviseurs sur le rien sidéral

      une joie de se revoir, on se touche la joue
      le sexe carbonisé mais chut, on ne parle pas de sexe
      on parle en bulles de silence, on parle à vide, on parle
      du temps qu’il ne fait pas, puisqu’il n’existe pas

    8 mai 2023

  • un chien m’a chien boisé, tant pis pour mort

      demi doigt, demie flamme, c’est pas comme ça qu’on arrivera à jouir
      d’accord je me comporte comme un universel bâclé et je résiste de toutes mes faiblesses
      au poème, rien qu’au poème

      je suis venu voir et d’ailleurs. il faudrait
      abolir le je, abolir tout pronom personnel ne laisser qu’un pronom
      impersonnel personnel, un genre de on-je, un genre de jon
      un genre de jonquille

      je me suis retenu par la manche, ai-je embrassé un carnet de déroute ? écrasé ma bouche
      contre sa bouche, squelette ambiant ?
      je n’y survivrai pas

      tu baisses ta culotte ne reste alors qu’un fleuve, le niger par exemple
      un chien aboie – aboie c’est l’âme; le chien sert de medium

      je me trouve dans la position de celui définitivement parti mais dépourvu de chemin, et dont le départ donc ne prend corps ni n’aboutit
      un feu dont l’artifice n’explose pas, dans la nuit froide

     

    un chien m'a chien boisé, tant mis pour mort

    6 mai 2023

  • homme à la bourre

      si je dis ce que je suis je meurs
      alors je le dis pas
      je meurs debout
      je dis que je meurs debout
      d’une toute petite voix

      je n’ai pas peur dans le noir. nul ennemi ne rôde dans le noir : le noir
      est bien trop transparent pour y trouver où se cacher, le noir
      nous broie les dents, nous rince l’œil dans le sens du cil dans le sens
      de l’irréprochable

      je viens d’abord. je viens d’abord mais ne repars pas – venir
      est ma façon à moi de ne pas repartir, d’aussi loin
      que je revienne et ne revienne de
      nulle part vers nulle part, du moment que j’y reparte

      comment mordre une main que l’on ne nous tend pas, comment
      vivre de quoi, quand on n’a plus de soi comment
      s’intervertir, se dévêtir quand peau nous fait défaut, nous manquent les os et les manières
      prenant notre mal en patience et s’en frottant le sexe

      de quoi se souvenir, à quoi bon espérer. la barbe pousse
      je la taille je la rase, sans cesse elle repousse, tel moi-même chaque fois repous-
      sant du néant et de moi repous
      se le néant

    4 mai 2023

  • quelque chose ou d’un bruit la femelle

      et puis chuis mort
      à l’instant-même mort, rien qu’en levant la jambe
      un homme plein d’histoire bien que l’histoire
      débite son homme, lui rase la couenne

      j’ai peur de quoi que ce soit, et si quoi que
      ce soit n’est rien, il tombe avec fracas ou même
      sans bouger une mouche – sachant qu’une mouche ne
      connaît pas la peur

      vivre se révélant en-
      core plus dur que mourir, ou bien fumer l’tabac – on pourra tou-
      jours fumer le ta-
      bac, en se frappant le sexe à coups de dictionnaire, de somme a-
      théologique

      j’avais une femme
      j’avais un homme
      or je glissai.
      un petit trou un tout
      petit trou et si petit
      qu’il ruinait tout
      – je, ne
      m’apercevant de rien,
      désamorçai le plein

      il n’y a pas que la mort il y a
      l’oubli qui
      empiète sur la mort.
      je t’encule à distance jusqu’à ne plus me, te, nous dis-
      tinguer de la distance

      il y a un pré
      et dans ce pré un
      homme broute, il n’y a
      pas de pré, et dans
      ce non-pré un non-
      homme broutant
      également

     

    quelque chose ou d'un bruit la femelle

    2 mai 2023

  • dortoir des pauvres

      les traces sur le sol ou
      dans la boue d’un
      dieu en pays pauvre.
      je bois un coup
      je bois deux coups pour être sûr je bois
      autant de coups qu’on puisse m’infliger je me sens le
      tonfa léger, ce soir

      il me pleut par derrière, je me dis
      mon amour noire de pluie
      ou de grise allégresse.
      ayant perdu l’âge, j’embrasse un chemin – un chemin
      me file entre les jambes

      j’ai mort debout
      l’ennui dans l’incertain
      je marche en plein dédale, le dédale se
      nourrit de pas perdus. d’un autre côté l’oreille saigne
      le moignon tourne en rond

      je ne rêve pas tranquille je rêve de
      pisser entre les cils, il y a deux murs de ça
      il y a deux murs de ça j’étais une ombre
      entre deux murs de ça tanguais sans quille

      préférant ne pas être aimé pour ce que je suis que de l’être pour ce que je ne suis pas, j’aimai sans jamais en
      mesurer l’inconséquence

    30 avril 2023

  • la nuit mange-moi tranquille

      fermé
      fermé dedans
      fermé dehors
      fermé partout
      en bloc

      je serai là quand
      plus rien ne sera là
      – le courage d’être nu
      l’absence en embuscade

      ni dedans
      ni dehors
      dans l’entre-deux fuyant

      interstices par lesquelles
      s’immisce le rien, se
      crètement majoritaire

      ou simplement suçant
      nébuleux
      le sein de la méduse

      hors l’ombre
      hors la clarté
      dans l’intimité-maïté

      la flaque ne
      s’envole ni ne tombe, alors transparaît
      l’étendue clandestine

      l’absence prend son temps

      la chatte sans le doigt
      le baiser sans pépin, l’espace
      se recroqueville

      je perds un os
      je perds trois os, je perds
      toutes mes eaux

      sosie mélancolique
      les deux faces d’un trou
      creusé à même le vide

     

    la nuit mange-moi tranquille

    28 avril 2023

  • folie pure de si peu, ou l’éclat transversal

      un but, sans sourciller. assis là à ma place. ma non-place
      tu dors avec debout, tu dors avec doudou. tu te prends pour un sec, après tout
      des gens pleurent à genoux, alignés par la tête

      on entreprend le pain, on entreprend la mie – rien de sournois rien de sublime : on se tâte le pouls, pas plus
      j’aurais voulu m’appeler isabelle or c’était déjà pris. il y a comme un minuscule lézard, un doute s’insinue
      un inhibateur de conscience

      trait pour trait l’amour en cercle. on le lèche avec les dents
      pull gris collant gratte, mais qu’est-ce qui déconne dans ma tête, ne tourne pas rond dans l’atmosphère
      le voyage s’est fait la malle, l’immobile à bout portant

      crois-moi si tu le veux, crois-moi si tu veux pas, je pousse contre nature
      les gens ont tous une chambre, une armoire en faction – comment ne pas tourner en boucle dans un univers tendance courbe
      je vole un jouet : ce jouet-là ne fonctionne pas

      reste avec moi, reste avec moi un peu, enfonce ta chemise
      à la nuit succède la nuit, létale connivence. je ne reviens de rien
      que je meure ou que je meure, j’abrite un parapluie

    26 avril 2023

  • nuits du 49,3

      il pleure des trombes et des misères – il s’amenuise, le temps…
      entrebas n’est plus en deuil, entrebas fait
      ses génuflexions, et j’adore le son que ça produit, là, juste au creux
      d’une oreille morte

      je me suis acheté une mission, et cette mission me dit : retourne-toi d’où tu veux
      les chiens ont sectionné leur laisse
      les abrutis laissé poussé leur bite jusqu’à mars
      pour moi, ainsi que pour tout rescapé des croisades, sonne l’heure
      du cure-dent

      petits poussins gentils poussins, dans le broyeur mélancolique
      samedis de l’altruisme
      secoue la boule, je perds la boule. balance la boule, zéro la boule
      l’objet trouvé n’est pas encore l’objet cherché, mais sur la voie
      tout viendra – bise éternelle à qui repartira

      débraye à cran, encule à vide. spectaculus
      j’ai une route je sais pas quoi faire de la route. elle broute
      jonction des deux parcours, on s’imagine la fusion – on ne fait que trembler,
      rater le dernier train

      barbouille ta mère, allez vas-y, barbouille ta mère
      les raccourcis font les premiers arrivés, mon titre de transport n’est plus valide
      rien qu’une secousse, qu’on se prend de plein fouet, une gifle à peine rentrée…

     

    nuits du 49,3

    24 avril 2023

  • la parabole colargol

      la mort ou disons la solitude absolue, sous quelques points de suture

      quelqu’un qui parle de la mort ne m’a pas téléphoné. elle reste assise là
      à regarder tourner

      un jour rentrer. d’où et où que ce soit, un jour rentrer. étant de quelque part, de quelque temps, s’essuyer à sa manche

      j’ai embrassé le fil de fer. le barbelé. j’aurais pu m’écorcher les lèvres, peut-être même saigner

      mourir comme on part en vacances. je déteste les vacances. mourir comme ne pas bouger d’ici, j’imagine indéfiniment

      j’ai peur pour soi j’ai peur pour moi. l’envie lancinante de caresser la tête d’un chat mort, l’envie seulement

      tu m’embrasses ou tu m’embrasses pas. lumière ou le néant. le chien, ou le bâton lancé du chien. je fais ma tête d’adieu et ça ressemble à ça

      ce sont des vieux : ils n’ont pas réalisé encore que le futur se traîne derrière nous, nous laissant face à l’horizon si propre…

    22 avril 2023

  • l’œil dans le trou de l’œil

      les yeux s’embrouillent et il vaut mieux se contenter de peu, ou d’autre chose, d’un autre corps d’un autre mode
      respiratoire

      j’allais tous les dimanches, pas à la messe non, j’allais tous les dimanches ainsi que
      tous les jours de la semaine. on rentre tard chez soi pas sûr qu’on trouvera quelqu’un, soi-même ou un chez soi pour
      nous accueillir à bras ouverts

      le ventre est dur. le ventre mais on présume qu’en appuyant fort dessus, un ver en sortira
      ou l’image d’un ver. on a cassé toutes nos lunettes impossible désormais de distinguer
      l’image de son objet ni de déterminer de quel côté penche
      le réel morne

      moi j’ai mangé du saumon moi j’ai mangé
      des carcasses de saumon, je nage à contre-courant. j’avance pas je nage à contre-sens envers et
      contre toute raison

      quelqu’un compte avec moi, jusqu’à trois quat’ cinq, jusqu’à trois deux un, quelqu’un ça veut dire quasiment n’importe qui
      on avance mais on ne meurt pas. on ne nous tue pas du premier coup. la grâce viendra et, toutes dents cassées,
      on s’essaiera à un sourire…

      à la fin c’est comme ça qu’on respire : en vivant peu, mais en mâchant consciencieusement
      adieu coupe court à tout – on aime prendre
      le temps de cracher nos poumons le temps de
      flétrir nos mémoires

     

    l'œil dans le trou de l'oeil

    19 avril 2023

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