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assis là sur un banc


  • d’une fois la rue montreuil gentil

      pourtant je l’ai entendue. je l’ai entendue chanter. voire fredonner. timide c’est fredonner. il faut plus qu’une oreille pour faire un homme. il faut plus qu’une intériorité inquiète, abîmée. plus qu’un rouleau de pansement. il faut un homme pour faire un homme, et puis ce quelque chose de vivant qui va avec

      je tremble des viscères. tellement j’ai peur. de je ne sais quoi, de je ne veux même plus savoir quoi. faux-semblant que de savoir. je ne marche que faute d’un lieu qui m’accueille, me retienne. je ne marche que faute d’assise. assis sur un vide mouvant

      je ne mangerai pas mes morts. je ne veux rien avoir à faire avec mes morts. je coupe les liens qui les font miens. je ne suis personne, enfin. enfin je ne suis personne. pourquoi est-ce donc si lourd encore ?

      tout ce qui s’oublie ne parle que de moi. en être réduit à la mémoire, quand ce bond soudain dans l’oubli comme un orgasme non-désiré, non prémédité. qu’on te soutire à l’improviste, en état de grimace. et se tenir en cet écart-là de l’improviste – entre la mort se lève et la tombe-tampon, d’autre part les framboisiers

      j’ai bien cru ne pas m’en relever et effectivement, je ne m’en suis pas relevé. j’ai néanmoins rampé, comme on flotte sur des débris de coquilles. ça fait mal mais c’est toujours quelque chose, avoir mal. je ne dirais pas mieux que rien, mais quand même quelque chose, de plus que rien

     

    d'une fois la rue montreuil gentil

    24 septembre 2023

  • la mort en rose

      dieu me distance. bon, je le laisse courir devant. je traîne sale, derrière. je me touche le sale. la pureté en chacun, je pleure dessus c’est tout. ou plutôt je pisse mes yeux dessus

      ça fait longtemps que je n’aime personne. est-ce cela, vieillir ? est-ce cela dont on parle quand on se dit mort ? je tire sur les oreillettes, je déplie le papier, mais pas de bonbon dedans. pas de bonbon dans le bonbon, que dalle

      je n’ai jamais rien compris à rien. ni aux premiers amours, comme s’il pouvait y en avoir de seconds, ou de suivants. je me bats contre le vide et c’est à vide que je me bats. je me bats contre le vide et c’est le vide qui me bat

      je rampe. je rampe. ce n’est pourtant pas le charnier, mais je m’enlise. j’essaie de formuler un vœu, rien ne vient. je tente un saut approximatif, le sol fait défaut, où s’écraser. mon ombre s’empale sur mon ombre

      un peu plus tard n’existe pas. un peu plus tard est déjà toujours depuis toujours, abominable perpétuité. je me sens comme dépecé. la mort sent la mort et l’air ne pénètre pas, fenêtres closes, volets croisés

    21 septembre 2023

  • brouillard sur toute la ligne

      comment se fait-il qu’on soit mort, déjà, depuis toujours, et cependant vivant ? pour quoi la chose, pour quoi la mort, pourquoi quand on rit jaunissent nos dents ?

      on est mort comme si on ne l’était pas, ou que vivre faisait seulement semblant de vivre. on est mort comme si la tache au fond n’était pas l’origine

      je n’ai pas de chien. je n’ai pas d’os de chien non plus. je ne sais pas ce que j’ai – juste la nausée qui me prend face à tout ce qui me manque, face à tout ce qui n’existe pas

      mourir ne me réconciliera pas. mourir ne me sert définitivement à rien. un plat de fèves, l’irritation de la gorge au passage de la fumée. même le bref soulagement que procurerait la mort m’abîmerait

      je suis mort comme si mourir ne m’en coûtait. je suis mort pour rester fidèle aux abandons. je marche dans la nature et oh combien je déteste la nature. quitte à trouver refuge en ma propre nudité

     

    brouillard sur toute la ligne

    18 septembre 2023

  • ουσία ξένη

      les nuits
      ne veulent plus rien dire, c’est la guerre dans les deux camps
      je ne suis pas aveugle c’est le néant total qui
      m’écarquille les yeux et s’y déverse à jeun, tiens, remplis ton verre
      tiens, vide ton verre

      nous sommes si froids parmi les neutres
      je suis un imbécile, je suis un point commun, je me faufile
      entre les jambes de femmes sans jambe, j’arrive au bout
      je suis à bout
      mourir à l’instant t

      j’transporte les vitres
      d’une rive à l’autre, passeur de chants muets
      il n’y a rien entre moi et moi que
      l’infinitude d’un néant, les traits troubles des quelques visages le composant
      le décomposant
      le questionnant perplexes : loup y es-tu ?

      d’un côté dieu, de l’autre le chemin parcouru
      et cette envie d’gerber qui me tord les boyaux, qui me tient par les couilles, un peu par l’océan
      un jour discret, un jour tout en
      haussement d’épaules, je ne m’attendais à rien, quand bien même je
      ne m’y sentais pas vraiment prêt

      la voix perce-misére, or c’est de la misère qu’on fait les tas
      je soigne mon look – tout crâne rasé que je sois, j’arrange mon ch’veu
      il y a des hommes qu’on embrasse sans trop bien les connaître
      et puis la fin du monde, une seconde à peine avant l’é-
      jaculation

    15 septembre 2023

  • portrait craché

      il a peu de peau sur les mains, et encore moins de main sur les g’noux
      cela fait transe alors transe avec moi, raconte-moi comment s’enfuir
      avec tes gestes à toi

      manque d’eau, manque de fesse, l’absence plane où s’enlise ma relique
      où prendre forme, où s’installer dans la godasse noire ?
      on va de ci on va de là, et tout lieu commémore ce départ manqué,
      ce retour sans fanfare

      ce qui manque à mon jour c’est d’être un jour tout nu, une lumière à cru
      il me semble n’avoir invité personne à mon incinération je n’ai même pas
      sorti les cacahuètes, grillées à sec, ou couché sur le dos
      je m’arrange l’ennui

      je me gratte la mésange, me voilà cerné par l’entre-moi
      s’il ouvre une porte c’est la porte qui le bat – pas moi, pas lui, ni celui qui dit moi ou celui qui dit lui, les confondant parfois, parfois les séparant, quand ils en viennent aux mains
      non : la porte, rien que la porte, toute la porte, sortie de mes gonds et prête à tout
      pour ne pas y rentrer

      comment fait-il pour ne pas s’endormir, lui qui s’endort si vieux
      sous la flaque une femme s’amenuise, il prend garde de ne
      pas marcher dedans, n’en point froisser l’image – peut-être se retient-il
      de jouir, quand l’os à bout s’y rompt

      victoire adossée à son mort, il déroute
      finir en dure beauté oui, mais finir quand même
      avec les dents du haut, avec les dents du bas, et les trous tout autour, les trous à l’évidence les trous
      à perte de raison

     

    portrait craché

    12 septembre 2023

  • les gens cherchent okuni

      cette odeur me rappelle un homme, car c’est là l’odeur d’un homme
      et tout homme en fait part à sa chemise
      à force de nuits vertes
      d’engins mal contrôlés
      ou si peu contrôlables…
      j’ai piqué vers la mer

      chante et déchante. petit animal blessé…
      d’une blessure un lampadaire
      la nudité qu’on cache sous la blouse, les points d’un permanent suspens
      comme quand t’as mal quelque part et que soudain, ben t’as plus mal

      venir de très loin et compter jusqu’à un
      un d’un extrême hasard
      et puis recommencer – recommencer jusqu’à tomber sur, je ne sais quoi moi : un
      cerisier sans noyau
      ou de plus loin encore

      le chien qui sommeille en moi a mangé son gadjo
      et nul ne le retient, quand n’en reste que les eaux
      j’ai flaque qui jouit sous le pied gauche, et qui se retourne s’appuie
      sur un vide à propulsion

      ils redeviennent lointains, les horizons – et leurs troupeaux s’égarent
      c’est comme un homme l’œil vide, saute à la corde un homme en corps
      se prend la porte ouverte, ou pour un courant d’air – se détraque
      oui, se détraque

    9 septembre 2023

  • la mer qu’on a souffert

      le visage ment, pas le miroir
      pas le silence entourant le
      miroir
      quelqu’un s’enlace
      dans le néant, ainsi s’enlace
      le néant
      quelqu’un la forme du néant
      et pourtant il faut bien
      retourner quelque part

      les voix se brisent, que la nuit engloutit
      il retourne à la mer il
      retourne
      là même où la mer ne
      parvient pas
      elle se
      casse une patte et laisse le vide
      s’épanouir, le vide
      à découvert

      laisser quoi, tant
      et puis rentrer
      à moins d’avoir oublié
      l’adresse, son propre nom
      sa propre déraison
      d’être, de remonter la pente
      jusqu’à soi peut-être même
      plus loin encore : là où l’infini
      en l’infini se noie

      il se retourne dans
      son lit de mort
      puis marque une flamme
      rien ne me dit
      rien ne m’écrit, un chemin se
      résorbe
      les rides également, de l’eau
      sur le visage

      déraille en permanence
      quand permanence
      me fuit
      fruit mais pourri d’un hasard pur, baisse
      la garde – pas de jour aujourd’hui
      pas de jonquille
      qu’une ignorance à perte
      de vue comme de mémoire

     

    la mer qu'on a souffert

    6 septembre 2023

  • dans le vide de l’œil gauche

      sans les trous
      sans les trous tel un homme mort
      ou juste un mort, un
      mort sans son homme

      on dirait qu’il creuse, encore et encore
      l’image
      pour en extraire je ne sais quoi
      un simple trou, une

      plus ample vérité


      content d’une flaque
      ou de tenir dedans, sur
      un seul pied
      sans plus de ressort, ou le ressort mou

      la tombe d’une distance
      plus effroyable encore
      que celle de la pure
      coïncidence




      un silence
      me brise les os
      tout ça parce que je n’aime
      pas la mer
      ou ses alentours

      je suis le mort dedans, ivre de
      ce qui n’existe pas ni ne
      s’y reflète


      fuite sans arrêt
      et puis perte, sèche, ou pente
      blanche

      un stylo sans bouchon
      bouteille privée de capsule
      message évaporé, le souffle in extremis

      quelqu’un perd, se perd
      remplacé par quelque in-
      commensurable


      où règne un profond
      désaccord
      je couche dehors

      on affûte son cercle on
      se repeint en blanc
      ou en noir

      après tout c’est important, une gare

    3 septembre 2023

  • quantités négligeables

      nous nous embrassons sur la bouche, nous nous
      embrassons du bout du monde, et d’un commun accord
      mourir de rien ne se fera pas sans mal
      ni sans fumer, quoi que l’on fume
      et de quelque manière que l’on s’y prenne

      quelqu’un soulève ma robe
      quelqu’un donc, soulève ma robe
      : rien en dessous, ni la mort sent trop fort
      parfois nous vivons doux, vivons très doucement

      parfois je me sens moi, et c’est déjà de trop
      faudrait le
      jeter dans un trou de mémoire, dans un excès de fièvre – dire que
      j’ai perdu mon enfant, moi qui
      n’ai jamais eu d’enfant, rien que
      la nuit, bouillonnante en dessous

     

    quantités négligeables

    31 août 2023

  • la pluie mourir battante

      rien. je me suis empêché.
      la nuit-laisse-moi tranquille
      mais non, ne me lâche
      d’un phare. je remets
      le couvert pour personne

      rien. c’était misère
      et misère tire au flanc.
      s’il faut se battre et la pluie tombe encore
      elle tombe encore

      je regagne le point doré.
      ceci, cela, ne m’intéresse pas
      me lasse l’intéresse.
      ce point doré, à l’aube, non,
      à l’opposé de soi

      ville contraire. rue viscérale.
      rien. se ratatine.
      émet un non-son, une douleur.
      ne se retient que
      par la peau de l’œil

      rien. ne mange plus.
      se retranche dans les fourrés, maudits fourrés.
      surtout ne parler à personne – une fois
      l’homme mort, ou le silence,
      l’algue repousse. ou le silence

      on n’en a pas trouvé trace dans mes cendres.
      on a repeint la porte, côté chambre
      et côté cour.
      d’abord j’ai couru, et puis rien

      mon corps s’est mis à nu
      mis comme nulle part ailleurs.
      seul jusqu’à ce que dieu seul te ramasse
      te décrasse
      te déboute.

    28 août 2023

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