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assis là sur un banc


  • metaphysical pogrom

      on ne boit pas. ou presque pas. on a les dents qui poussent à longueur de journée. des dents de printemps comment dire, anémones à mi-temps. on pèse de mots
      sur le temps vide

      l’homme obsédé par l’idée de liberté éjacule partout, par terre et dans les airs l’homme épris de l’idée de liberté
      n’aura plus de repos, sauf à crever

      la mort ne relève pas de l’homme à la limite l’homme
      se relève de la mort, et ça lui fait mal au dos mais tellement
      mal au dos…

      chien, serpent ou tout ce que tu voudras, mais la mer, qui veut la mer, qu’elle monte
      ou se démonte ?

      chien contre son camp. on abordera ton cas ensuite
      on parlera de toi d’abord, urinant dans les coins, se repassant le film
      – la joue c’est quand on
      caresse la joue…

      trois fois gagné la course, et puis plus rien, montre à l’arrêt
      on se renfrogne avec les doigts, on ne se permet pas
      il faut mourir pour être deux, me susurre l’oreille

      je dis la désolation
      je dis l’âcre déshérence
      plus de cartouche pour l’orgasme fœtal, le miroir en état de
      mort cérébrale

    30 mai 2023

  • pire vacances

      j’avance à pas raccourcis
      me devance l’orage

      à un moment ou à un autre, n’importe, il faudra se pardonner – l’éternité n’aboutira qu’à ce prix, ce prix de l’inconditionnelle gratuité

      chacun porte en soi la totalité du néant (quelle autre totalité que celle du néant?). chacun éclot de soi dans le moment parfaitement dur de son inexorable chute

      il n’y a pas de lieu, il n’y a pas de temps qui accueille ma mort. dieu se révèle l’orphelin à l’état chimiquement pur

      les yeux tournent en rond – on finira bien par
      attraper quelque chose

      subitement le silence
      ahurissant, exorbitant
      absence infinie retentissant dans l’infini d’un esprit rendu présent à soi dans la saisie de son absence-même

      ni dieu ni le néant ne suffisant, on passe outre
      qu’un chien aboie ne fera pas la différence. que l’univers aboie ne nous laissera pas intranquilles
      on s’achète un sifflet, mais on ne siffle pas

      je retourne chez ma grand-mère et ma grand-mère me dit allons, clame-toi : je suis belle et bien morte…

     

    pire vacances

    28 mai 2023

  • la nuit, la mort et les petits zizis

      résonner dans le néant. quelle caisse de plus haute résonance imaginer que celle du néant ?

      tu cries dans ta boîte. ta boîte elle sourd
      l’oreille grande ouverte, l’ouïe toute écartée, je perçois le vide comme mon plus juste écho

      partir de la lumière, traverser le néant pour rejoindre finalement la lumière, laquelle ne sera dès lors plus vraiment la même, sans pour autant se révéler autre

      exister, envers et contre tout – envers et contre le néant surtout – n’implique ni ne justifie rien
      déblaie néanmoins sacrément le terrain

      on a beau écarquiller les yeux face au miroir, on n’y reconnaît pas plus dieu que dieu ne nous y reconnaît – a fortiori dieu ne s’y reconnaissant pas plus que nous ne nous y
      reconnaissons nous-mêmes

      pour certains la liberté est liée naturellement à l’exercice de leur puissance – pour d’autres à la réalisation de leur propre impuissance, d’où leur percutante bien qu’aléatoire stratégie d’inaction directe

    26 mai 2023

  • tombent les bras

      une feuille minuscule
      de thé ou de quelque chose d’autre
      pue le cramé.
      mort ne ment pas

      je me crache dans les yeux. je me serre la queue de toutes mes forces. je te feux de détresse
      s’il y a un champ je me couche dans le champ
      sinon c’est les orties, tant pis

      un rien nous désunit. un rien s’immisce entre nous, entre soi et soi, un rien nous sépare de nous-mêmes. un rien disloque l’unité
      j’ai joué à la marelle, la marelle jonchée à terre, la marelle juchée au ciel
      je sautillai en plein vide

      je ne mange plus rien. ou alors n’importe quoi, n’importe quand, comme ça se trouve
      je ne mange plus rien – je ne fais que fumer, fumer sans raison, fumer pour rien
      fumer sans clope

      avant même de mourir se savoir mort et se dire tiens, j’ai le nez qui pue mais non, je retiens mon souffle je ne pense qu’à ça, je ne pense à rien je pense à
      n’importe quoi, désormais n’importe qui
      forever n’importe soi

      crève une bulle
      chie au milieu d’une chambre
      en plein lit en plein
      délitement
      pense à dieu, tombent les bras

     

    tombent les bras

    22 mai 2023

  • casser le vide en p’tits morceaux

      je ne suis un homme pour personne, je ne suis un homme pour moi je ne suis
      un homme qu’au regard de l’énorme néant, de l’immensité vide sur la grève du ou de laquelle
      un vent mauvais m’a déposé, un jour de merde un jour de houle, si dur

      je n’arrive pas. je n’arrive pas à vivre comme il faut – une outre-gueule est la gueule qu’il me faut
      mourir d’ennui n’aura servi de rien, et renoncer à ce rien-là littéralement t’éviscère – en attendant,
      j’avons une vie à nous faire pardonner

      il y a un chien parmi moi et je ne le nomme pas, pour ne pas le blesser enfin bref
      il y a un chien parmi moi sauf qu’il n’aboie pas
      il se gratte seulement
      il se gratte et c’est tout

      je me suis dirigé vers le large espérant fuir quelque chose, espérant en rapporter quelque chose
      j’ai gagné le large mais j’en rentre bredouille, le sexe humilié, les allocs sucrées
      et qu’est-ce que tu branles alors, quand l’envie même de crever t’abandonne ?

      je marche devant je marche de travers, tout au bord parfois mais jamais
      en parallèle.
      je ne marche pas sur le dos je ne marche pas à l’arrêt : tomber en pâmoison devant sophie binet
      je retourne d’ailleurs. étranger quand tu nous parles, redresse initialement notre accent grave

    20 mai 2023

  • la résurrection-godot

      un chien quand il a faim
      un chien les yeux baissés
      un chien quand on lui fait oust, sale clébard
      – un chien en suspension

      quand j’me dis que c’est beau, je dis ça en me mordant les lèvres, en me raclant la langue
      ce compas délimite un trépas – on fait nos calculs et à la fin contre toute logique c’est encore un dieu
      qui sort de la boîte, un lutin famélique
      une grève fantastique

      mon chômeur y met de l’ardeur. il se tourne d’un côté, il se tourne de l’autre, il ne se souvient plus duquel
      lorsqu’on aura haï le soleil comme jamais, quelle ombre insalubre
      nous restera disponible ?

      un chien est entré dans la lutte – il en avait vraiment marre
      de lécher les main rasantes, renifler les menstrues, supporter les insultes il s’est dit non
      de rut à blanc en pierre tombale, il s’est dit non
      je ramasse ma cornemuse, mais je n’y soufflerai pas

      un chien, ou un christ qu’on n’a pas encore crucifié, parce qu’on n’avait pas le temps
      ou pas les clous
      un chien privé d’bonbons et qui traîne – que pourrait-il faire d’autre que traîner, en attendant là la
      résurrection-godot ?

     

    la résurrection-godot

    18 mai 2023

  • sens le cul nu

      il y a des bruits. dans ma ville il y a des bruits. ma ville
      rase les murs
      en attendant qu’un cri

      je n’attends rien de moi – mort, je me ressemblerais enfin
      à quoi bon par ailleurs un dieu dédié à mon seul salut ?
      j’ai donc marché – même assis sur une marche, à genoux les mains sur la nuque ou encore allongé de tout mon long, je ne me reposai pas

      une folle est éternelle, mais le visage d’une folle dans le miroir d’une folle ?
      j’attribue mes soupçons à mon soupçon premier, dont j’incarne à la fois l’évident  
      et l’ultime subterfuge

      un cheval est mort sous mes yeux, une mouche à soupir, un univers entier
      je n’ai plus réfléchi, je me suis dit l’inespéré, et puis l’inespéré encore
      ad nauseam l’inespéré

      la différence entre moi et moi réside dans le fait que je ne sois pas mort, mais qu’expliquer encore ?
      j’ai baissé le rideau, me suis mis en veilleuse – n’être ni là ni là m’observait, indifférent

      regarde-moi. ou sinon regarde-moi. je ne me suis jamais vu qu’au travers de ton regard absent, de  ton regard ailleurs
      – de là ces visages croisés sur des croix sans réponse…

    16 mai 2023

  • un visage pardonné

      parce que je les retire avec les dents, les morceaux de brume dans les os
      je fais grise mine je profil-bas, la rage me crispant les mâchoires
      j’embrasse un loup, je suce le trou d’un loup

      ma fenêtre ouvre mal, ma fenêtre tire la chasse
      un ciel s’est retrouvé du mauvais côté, je conservais scrupuleusement un maigre alibi, un frileux passe-partout
      un coup je marchais contre le vent, un coup le vent contre moi s’acharnait

      nique la situation. tant de passion vouée à l’échec, au désaveu
      il y a un petit trou et au travers de cette fente mon œil raidit – dis, est-ce toi l’amour,
      cette inflation galopante de globules effroyablement blancs ?

      les routes creusent leur tombe fiévreusement, en chacun d’entre moi
      je ne suis pas à la hauteur de ma mort, alors je me dis okay, tu dépèces le phoque, tu manges le phoque
      t’es qu’un suicide raté

      elle chiale elle a du pleur, elle tire au maximum
      je n’ai pas de couteau pour creuser plus profond, plus de fond à larder, à défoncer
      j’ai dans la neige un puits factice, un visage pardonné

     

    un visage pardonné

    14 mai 2023

  • complainte de l’asticot

      je soulève la terre et je me retrouve comme ça, je soulève la terre et je me retrouve
      au fond du trou
      au bout du bout

      un jour je ne voulais pas, et donc je ne voulus plus
      je crachai sur mon vomi, vomis sur mon crachat, me rendant soudain compte que
      je n’aimais qu’une idée, et penchai vers la mort

      il ne faut plus rien dire, plus rien croire, plus rallumer la mèche d’une
      quelconque pensée – si j’accumule en mes corps et conscience toute la corruption du monde, toute son abjection, ce n’est que par foi viscérale en le pur,
      celui dont seul le néant donne une image fidèle c’est à dire une
      non-image

      véridicité ta peur, tandis que le vrai se laisse traire les nibards
      j’accuse un chleuh, or un chleuh fait toujours la douceur d’un enfant – j’arbore une tête
      disons que j’abhorre cette tête

      le sentiment de toute persécution et de tout dénigrement nous aura conduits là, à l’instinct de pitié, de renoncement à soi, peut-être même à vivre
      des asticots gigotaient dans tes cheveux, du porno luisait dans tes yeux

    12 mai 2023

  • la lumière s’est faite homme et dans cet homme rôde un shleuh

      la plage est morte, refluent les morts
      je me présente vide face au vide. c’est à dire avec les bras devant non, avec les bras tendus sur les côtés, ouverts
      des bras faute de mieux
      des rames à jeun

      j’accours au bas-côté, le bas-côté coule au milieu. je crame tous les radars
      où se retrouvent hagards les jolis suicidés, les suicidés sans ailes, ou bien ceux du dimanche
      dans l’espace open air

      imagine la mort mais sans un corps, imagine
      la mort mais sans la photo, imagine la mort
      mais sans la mort

      on s’approche de dieu, on lui touche les stigmates, on lui caresse les couilles – quatre fois faire l’amour
      arrondit l’os
      ceci dit noie le poisson

      tout de moi croule, jusqu’à mettre à nu l’originelle foi, laquelle n’est pas moi et que moi ne suis pas, ou dont je suis l’ombre, ombre dont elle se prétend l’antidote
      dans le meilleur des cas

     

    la lumière s'est faite homme et dans cet homme rôde un shleuh

    10 mai 2023

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