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assis là sur un banc


  • pas d’amour dans les yeux de ma mère

      certaines oreilles se dressent semble t-il, et cela se passe vers le fond
      je ne suis jamais allé jusqu’au fond, d’autant moins au-delà du fond
      mais je le contemplais de ma fenêtre, une fenêtre
      avec des clous pointés vers l’intérieur

      j’ai posé des coquelicots sur l’intérieur, ce qui ne s’avéra suffisant ni pour le perpétuer
      ni pour l’achever, en conséquence de quoi rien
      on n’étrangle pas l’air
      on évite de renverser son verre
      on s’efforce de se maintenir à flot, et ensuite seulement d’y trouver un sens quelconque

      pas d’amour dans les yeux de ma mère
      entre ce qui disparaît de ma mémoire et ce qui jamais ne l’effleura, j’étends un horizon
      autrement dit, à chacun son bol, à chacun sa litière
      j’ai quand même fini par m’endormir

    24 mai 2024

  • compile-moi un destin

      la pluie sous la pluie, bof, et la mort sous la maison
      à respirer comme elle peut, à travers les décombres, les narines bourrées de papiers usagers
      de morve à l’ADN atrophié

      quatre fois l’amour pôles inversés, petite sirène ménopausée
      s’abriter sous un arbre si rachitique que la foudre ne daigne l’achever, le vent s’y faufiler
      parapluie dont ne resterait que le manche et les baleines
      et je fous quoi, moi, là-dessous ?

      petite misère à visage humain. trois brasses en dedans et ça ne pense déjà plus
      plus de noix à broyer, de caillou à déplacer – surplace m’a définitivement largué
      en fin d’échéancier, avec un trou dans la joue je ne sais
      à quelle fin. décrire le précipice

    22 mai 2024

  • je pose mes dents par terre

       on a du mal à rester tranquille, surtout quand pas un pète de vent sur la terre zombifiée.
      au diable les alibis.
      ne plus rien vivre, ne plus rien écrire
      – que le corps à passer

      comment connaître le fond sans qu’un trou ne le révèle ?
      j’admire le paysage, vraiment, je l’admire
      et je me fous du paysage.
      je pose mes dents par terre

      vivre sans vie, mourir sans mort, antimystiquement.
      léger sursaut de grâce, et pourtant on n’est que lundi
      à jamais lundi, mauvais cholestérol
      ou panne d’ascenseur

    20 mai 2024

  • manger le testament

      avec ma mentalité d’os, d’auditeur des pulsions mornes ou encore
      de leurs silences traversants.
      si je lance la pierre aux visages se briseront-ils – ou devrais-je seulement me contenter
      de ne plus les lécher, eux qui
      sous la dent fondent…

      la fête finie tu erres, tu erres, tu fais la tournée
      des fonds de verre
      remues la lie, fracas de vide.
      un chien reconnaît les siens. n’importe qui reconnaît les siens
      ne reste que la rage, ouvertement
      la rage même sans la dent

      dans le sens du poil non mais pis quoi encore
      la cuirasse nue, le gel à blanc, avec un genre de bite poussant au milieu
      mauvaise herbe ou lupin
      lupin-prolétariat

    18 mai 2024

  • danser du côté de loutre

      j’ai toujours mal à mon pouce, toujours mal à ma cuisse, quelqu’un meurt
      sans que l’on s’en aperçoive ou ne s’en inquiète
      si tu rigoles je te chatouille, si tu m’embrouilles je…
      entre les portes un dieu somnole

      je vais quand même repartir dans l’autre sens, je vais
      lisser avec la langue les ailes de mon passeport
      faute d’avion, choper un parachute
      tomber en grâce

      un homme me mange dans la main là, ou un pigeon
      ce genre gros de violence
      il n’y a rien ni personne entre moi et l’océan. pas même l’océan quand je fais mine de
      m’y noyer tout entier

    15 mai 2024

  • un monde sans univers

      des insectes à l’assaut de la croix et jésus sans rien dire
      j’ai pleuré j’ai pleuré je ne savais même plus pourquoi, ni ce que je fous encore là à remuer
      au fond d’un verre résolument vide

      quelqu’un là va sans slip, évadé de son rêve
      on attrape le vent par la queue, on se donne le mauvais rôle
      en bout de laisse une crotte. personne ne tombe

      demain j’vais à la mer, si suffisamment d’essence
      et si suffisamment d’absence
      j’ouvre les bras en large afin de contenir le maximum de vide
      glisse le vide, se ramasse,
      s’éloigne en maugréant

      la vie ne se réchauffe pas. chacun baigne dans ses propres entrailles
      je ne retrouve plus la clé, ne retrouve plus la porte – je m’inquiète
      de rien, mais je m’inquiète…

    14 mai 2024

  • changer de slip

      quelqu’un n’est même pas mort. je l’ai aidé à se relever
      puis je lui ai piqué son bâton
      un bâton pour les âmes bancales, les regards fuyants
      ma contribution aux gravats : un trou

      la mer, j’ai vu la mer, et je me suis retiré
      il n’y a de la place pour soi qu’au fond de soi, de place en soi que pour un fond de joie
      le reste que veux-tu, le reste bat de l’aile
      on dirait qu’il a maigri

      rescapé allez, l’incident est clos
      on ne se réveillera pas d’un éveil si lourd, on se touchera dans les coins, on se matera en douce
      on tentera les trous

      fenêtre ouverte et porte à clé – je t’embrasse sur le boche
      le vélo toujours pas réparé
      la casquette de travers

      pas d’autre raison à la mort que la mort elle-même, le chien sur la banquise
      faut changer de slip – à un moment donné qu’on le veuille ou non, faut changer de slip

    12 mai 2024

  • retour à wuhan

      un chien d’entre les chiens a hurlé jusqu’au sang
      c’était pas moi moi j’étais allé
      voir à la boîte aux lettres si y avait pas du courrier
      y en avait pas

      la mort en marron. j’ai mis mes kickers rouges
      la mort en bout de soi la mort au fond de soi – entre les deux je bois
      ça finira bien par passer

      un cheval a grandi, un ciel rétréci – galop figé
      les crampes nocturnes, la surface qui s’éloigne à mesure
      que l’on s’enfonce

      le néant me porte sur son dos quand soudain, une envie pressée de pisser me prend
      par la main
      les cuisses
      la vessie
      – allons voir où la vision nous mène…

    9 mai 2024

  • άγονη γραμμή

      habitant des marges et régions frontalières. espaces vacants, absences non remarquées. les ailes m’en tombent

      rien-à-dire ne conclut pas d’histoire, rien-à-dire en constitue le cœur battant. sous fleur de peau battue, les caresses minées

      sautiller derrière un pauvre caillou nous mène jusqu’au ciel, par un jeu de miroirs brouillés. pour finalement nous retrouver ici-même, nommément le nulle part

      aller ailleurs, prendre un autre chemin, changer de lagune – et tout cela afin de demeurer fidèle à, et… l’absence à vif

      c’est conscient d’être conscient que je pars en vacances – de ces vacances dont on ne revient pas, vacances qui n’accrochent pas. άγονη γραμμή…

     

    άγονη γραμμή

    30 septembre 2023

  • d’une tristesse le dard

      les caresses on en fait ce qu’on veut, on se les fourre là où on veut
      il suffit de flotter, de retarder le plus possible l’instant où l’on coule
      l’on coule désolément

      j’ai peur de rentrer quelque part
      de me dire ben voilà, maintenant que t’es rentré quelque part, tu vas pouvoir te reposer
      te gratter
      jusqu’au sang
      jusqu’à l’os
      jusqu’à la moelle
      et puis quand tu auras fini de te terroriser, si tu n’arrives toujours pas à jouir, enfonce la langue

      je m’assois
      sauf que cette fois-ci, je ne m’assois devant rien, aucune eau ne coule
      aucun loup ne hurle
      les morts à la marelle, on les voit sautillant c’est ridicule
      obscène
      sont morts pour rien en plus
      et rien ne rattrapera cela

      je crois bien que c’est fini
      tu peux l’affirmer dorénavant, définitivement fini
      ce qui jamais ne cesse, une fois fini, rien ne l’arrête
      une vraie rage de dent
      un vrai mal de chien
      une fois fini, commence l’éternité, laquelle jamais ne rompt, ne cède ni ne trahit
      dimanches et jours fériés, mais vraiment sans pitié

      j’ai déchiré ma chemise
      déchiré mon torse nu
      le cœur au chien, la pâtée au zombi
      si on était équipé de bouches on s’embrasserait sans faute ni limite, de bave à peine
      si on était équipé de sexes on se niquerait le sexe, ça nous ferait du bien
      ça nous apaiserait en quelque sorte, ça nous réconforterait
      même si ça sent bizarre

    27 septembre 2023

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