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assis là sur un banc


  • mais c’est pas moi qu’elle mange

      je ne parle plus qu’à ma mère, morte depuis cent ans, ma mère lapsus guerre de cent ans
      j’ai pris sa voiture, j’ai foncé droit dans la mer, me suis enfoncé droit dans la mer
      hériter d’une bouée à tête de canard réchauffera mon cœur

      se nourrir de chewing-gum, marquer des buts contre son camp – on exagère d’être né
      de plus en plus j’y crois, de quoi de rien, ou que la vérité à l’inanité irrésistiblement se confond
      jusqu’à accoucher quelle horreur d’une
      brique échaudée…

      ma femme elle est enceinte, enceinte d’un squelette, de son propre squelette, nickel chrome squelette
      ma femme ventile. quand il fait chaud ma femme ventile. quand il fait froid refroidissant,
      me femme rétropédale au lexomil

      je meurs d’envie. d’envie de quoi n’importe doigt donc je meurs
      on déploiera ses ailes on ne décollera pas
      on se tordra les pouces on ne s’arrimera pas
      à force d’essuyer les yeux finiront par sécher
      comme on sèche les cours comme sèche
      un drap mort

      ce n’est plus une question d’amour la question est de savoir
      à qui ton corps appartient.
      les coups ne portent pas, la mer ne mouille pas, tu réserves une chambre l’hôtel affiche complet – mais complet quoi ?
      janus malus et cumulus, que s’ouvre en grand genre l’utérus

    21 juin 2023

  • casser le vide en p’tits morceaux

      je n’arrive pas. je n’arrive pas à vivre comme il faut – une outre-gueule est la gueule qu’il me faut
      mourir d’ennui n’aura servi de rien, et renoncer à ce rien-là littéralement m’éviscère – en attendant,
      j’avons une vie à me faire pardonner

      il y a un chien parmi moi et je ne le nomme pas, pour ne pas le blesser enfin bref
      il y un chien parmi moi sauf qu’il n’aboie pas
      il se gratte seulement
      il se gratte et c’est tout

      je me suis dirigé vers le large espérant fuir quelque chose, en ramener quelque chose
      j’ai gagné le large mais j’en rentre bredouille, le sexe humilié, les allocs sucrées
      et qu’est-ce que tu branles alors, quand l’envie même de crever t’abandonne ?

      je ne suis un homme pour personne, je ne suis un homme pour moi je ne suis
      un homme qu’au regard de l’étrange néant, de l’immensité vide sur la grève du ou de laquelle
      un mauvais vent m’a déposé, un jour de merde un jour de grêle, si glauque

      je marche devant je marche de travers, tout au bord parfois mais jamais
      en parallèle.
      je ne marche pas sur le dos je ne marche pas à l’arrêt : tomber en pâmoison devant sophie binet.
      je retourne d’ailleurs. étranger quand tu nous parle, réinitialises notre accent grave…

     

    casser le vide en p'tits morceaux

    19 juin 2023

  • allez casse la photo

      dieu ressemblait à l’homme nu
      j’ai apporté une couverture, ils ont déchiré la couverture
      ils ont répandu punaises et cafards à même sa douleur vive et sur lui toute la nuit, ils ont soufflé le froid
      – s’enfuir mais où donc, quand nulle part ne l’appelle …

      j’amène quelque chose vers le nord. il y a toujours quelque chose qui dépasse du nord, auprès duquel le bonheur sembla si, comment dire… superficiel

      la mer devenue grise…
      ou est-ce moi qui ait vieilli ?

      une marche de papier, j’ai juste glissé sur
      je m’appelle oublie-moi, j’habite près de chez moi

      j’ai pleuré j’ai pleuré, aucune larme n’a coulé
      il ne reste à ma vue que la mer, que la vérité de la mer face à laquelle
      tout s’écroule et m’écroulant, j’espère naître enfin

      les yeux ont quelque chose de mort. les morts ont quelque chose dans les yeux comment dire… quelque chose avec les yeux
      je regarde ma montre. le temps entre en dissonance

      une vierge a deux manteaux
      un pour la pluie, c’est à dire pour ne pas se mouiller
      et moi soi-disant même, pour que je ne m’en remette pas

      le reste n’étant que pure coïncidence…

    16 juin 2023

  • gens de nulle part

      il ne s’avère rien. j’ai fini de souper. je rentre chez moi maintenant

      chez moi linceul, soigneusement repassé. chez moi je marche aussi, en mon âme et conscience je marche aussi

      chemise ouverte sur le grand tout, un peu frisquet, ce soir. un peu pince-mi pince-moi, sous la braguette exactement

      béant bêlant du fond d’la poche – j’aurais du mourir, souffrir encore. souffrir d’abord, et puis mourir

      normalement tout se tient. se tient sauf quand ça lâche. et ça lâche à tout prendre. même que ça lâche à craquer

      normalement je rent’ chez moi. ou du moins rentrais chez moi lorsque… rien : une rue à contre sens, un flaque verglaçante…

      je ne sors plus. d’où que je vienne, je n’en sors plus. le vent soufflant de l’ouest, le vent soufflant du nord, je n’en sors pas

      quelqu’un préviens. mais se quoi, dans quel vide ? on retourne la terre : toujours la même croix, creuse

      je me tords les pouces. j’ai l’habitude d’être deux – souvent entre les deux, hors-jeu. hors-jeu ne compte pas

      s’affale sur un banc. ne dit plus rien. voit passer les enfants, quand passent les enfants…

     

    gens de nulle part

    14 juin 2023

  • comme une odeur de rue

      je t’ai arraché une aile du dos, ou de l’omoplate pour être exact
      je t’ai arraché une aile pour te faire mal, et au-delà pour me faire mal, j’imagine – pour me faire mal de te faire mal, dans l’espoir fou peut-être
      que se mette à saigner mon omoplate

      nuit d’amour. les chevaux mal partis
      et tous à l’arrivée une patte cassée – avant même l’arrivée; qui n’arriveront jamais
      la patte cassée, il a fallu la recoller
      les jours heureux, il a fallu les autopsier

      c’était simple : il suffisait d’enfiler un sac, le serrer contre sa hanche, finir par s’endormir
      l’eau froide au robinet. tu fermes le robinet, le froid coule toujours – mourir c’est tout d’abord se regarder mourir
      ou carrément se voir mort, tout frissonnant encore

      je remonte au plus loin. aussi loin que je remonte je me retrouve là, les mains hors poches, les poches sans fond
      se tuer est une affaire de médicaments. se tuer est une affaire de corde. se tuer est une affaire d’étage
      l’odeur de pisse dans les escaliers

      quelque part la pluie ne me lâche pas la main
      tu sautes pieds joints dans un reflet et te voilà tombant dans tu ne sais quel vide
      quel banc m’embarque. ne demeure à jamais qu’une odeur de rue. je traîne à l’intérieur de moi cette odeur de rue

    12 juin 2023

  • dans l’mou du gouffre

      si loin de soi que l’on ne se connaît pas, les bras levés
      ou serrés contre soi, contractés resserrés, l’arme fatale
      du refus d’excréter

      j’enferme ma patience. ma patience crève le temps. l’éternité quoi, ça va bien un moment
      j’enchaîne les nuits. j’enchaîne les queues aux guichets j’enchaîne les gardes
      à vue rétrospective

      dans l’mou du gouffre. un discours apaisant. on se caresse la queue. ou le pneu
      on se caresse la mort, toujours la même histoire. la même, la même histoire
      et encore la même, qui ne raconte rien

      elle pleure dans ma misère, la besace. personnellement je bats mon âne
      lequel, circonstance aggravante de sa part, n’a rien fait pour cela, ne le mérite pas, bâton rompu
      peau d’âne et sous les cernes

      on continue la randonnée. une épine sous le crâne, un gros trou dans le pied, on continue, on continue la randonnée
      la mort étant morte, ne nous reste plus
      qu’à mourir pour toujours

      je ne nourrirai plus de
      hareng, plus de lézard

     

    dans l'mou du gouffre

    10 juin 2023

  • allez on se détend. on se retient, pourtant

      jamais je n’aurais pensé dire. d’où. le son
      chaque chose en son temps mort. à chaque ardoise son client, sa bruine indéfectible
      et je clapote, tu clapotes, nous clapotons, le vide à vide colportons

      un jour le trajet mort, maldives. je m’enferme en poumon
      tu t’approches de moi et tu me lèches le gnon, trognon, tu mordilles moignon
      c’est toujours aussi froid

      on ne devrait pas pouvoir, on ne devrait pas vouloir continuer à vivre comme on vit, ou comme on ne vit pas on ne devrait pas
      aller sans avancer, piétiner les platebandes, rayer d’un trait le temps
      refermer l’horizon

      une pierre la vitre. éclate. la vitre ou le reflet
      j’achève une pomme. à coups de pioche j’achève une pomme
      prends la moitié et tire-toi moi
      de d’là

      j’ai perdu l’âme. l’âme et le poinçon. la passoire et la rame. j’ai perdu là
      d’un écho la rumeur raye le diapason, c’est fini franchement c’est fini
      avant même d’avoir joui

    8 juin 2023

  • le trou me mange

      je ne vais pas
      partir je ne vais pas
      transir je vais juste me de
      mander mais comment ai-je donc pu
      survivre jusque là ?

      la mort a son bidon, or le bidon percé
      je m’interroge, je me sonde – un chat crevé me conditionne
      bidon percé !

      je porte atteinte à ta nuit je sais j’ai rangé
      tous mes doigts dans leur gant, leur bague leur
      terre prénatale
      – décampe. allez vas-y décampe

      mords-toi les doigts. les doigts ça suffira mords-moi les doigts – le reste pourrira
      j’ai manqué quelque chose
      j’ai manqué la plupart
      le trou me mange

      tant de douceur. un gros sexe parmi moi et lent
      une vie diminue. le large s’enlargit. je convoite une béquille
      la béquille dérape

      un jour l’eau tiède : pas grand chose en somme. ou guère plus. un jour long de gouttière
      on aura tous un trou
      dedans
      …

     

    le trou me mange

    6 juin 2023

  • dans le vif du trou

      mérite un score. mérite une autre promenade
      je me suis fait tout seul, défait jusqu’à la trame
      et s’il y a un trou dedans, bref, je serai ce trou-là

      l’ennui veut son pourboire
      je lui crache à la chatte, éventuellement je lui bave à pleine fente
      je crains pour ma vie. je crains pour la survie. je crains pour mes vacances, aussi

      le néant suggère cette température minimale où le feu ne prend pas, stérile ou indigent
      je mange à la cuillère, bon, sinon je mange avec les doigts – avec les doigts c’est aussi bon

      il me manque un métier, me manque une inutilité, je bafouille à tout dire
      mon buvard m’abandonne, mon buvard me tourne le dos – c’est bien la marque et la fabrique
      de l’orphelin

      à tous les râteliers. à tous les agents de métier. le vide est cet espace enfin
      où l’on ne suffoque pas

      on s’embrasse comme on peut. on s’embrasse où on trouve. souvent au mauvais trou, ou se claquant les dents. on s’embrasse où on veut
      mais toujours de travers

      c’est pour anesthésier la sensation de tomber dans le trou que je fais ce que je fais, c’est à dire rien, broyer du vide

    4 juin 2023

  • parler, jusqu’à ce que mort s’écoule

      une fois qu’on a eu peur on aura toujours peur, ça fait comme un seconde peau, chair de poule ou plutôt
      comme un scalp complet, dépeçage sur mesure ou comme si je
      ne t’avais pas retrouvée

      un ciel manque. ou un espace au ciel, un ou deux poumons au souffle. et donc on flanche
      une attitude vacante, disons une auto-défiance – avant même le repas on voudrait
      se priver d’estomac

      vire une fois, vire une fois dans ta vie, ne pars pas
      ne pars pas laisse le monde un à un
      te quitter, te lâcher l’os recracher
      ta moelle, respire l’air de rien
      crève dans un coin

      il pleut pas fort. il pleut pas fort mail il pleut dru. il pleut
      tel qu’on s’en fout : on a lâché – le fil, la barbe et le néant, on a lâché. bref on ne
      se reverra plus

      les enfant m’insufflent le bonheur, je sais pas comment ils s’y prennent, ils s’y prennent pas voilà tout
      j’ai rejoint mon mouchoir. j’ai rejoint la morve dans mon mouchoir. j’ai rejoint l’adieu dans mon mouchoir
      puis j’ai jeté le mouchoir

     

    parler, jusqu'à ce que mort s'écoule

    1 juin 2023

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