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assis là sur un banc


  • l’extinction du souffleur

      dieu
      n’est plus qu’une présence parmi moi, gélatineuse
      une dune et ça va mal – ça va mal, même sans la dune
      la dune s’est essoufflée, la marée n’a pas pris, dieu
      n’est plus qu’une croix en moi, une croix
      en forme de cercle

      le blabla sous toutes ses formes, le blabla dans toutes les têtes
      et les coquelicots en plein vide, lâchant les rames
      après on pourrait dire : lâchant l’océan tout entier
      ne laissant qu’un poisson creux, une aurore boréale
      la perpétuelle pause-pipi

      l’anémone aux yeux pers, au regard sad. j’aurais préféré parler de moi, de moi seulement
      mais j’avais sport, piscine, un concert de zombies
      dans le train que je n’ai pas pris les humains que je n’ai pas dévisagé, auxquels je ne me suis pas adressé
      moignons et seins à la dérive

      je me mets le temps qu’il fait, la soupe des gens près à se coucher
      puis je me couche, insensément, insensément jusqu’à la moelle
      le néant me calme, qui n’est pas le néant mais simplement
      la suspension générale, l’absence d’absence
      l’extinction du souffleur…

    17 juin 2024

  • en vrille

      j’ai marqué d’un point gé l’espace polichinelle
      et j’abuse d’un quant d’heure, j’abuse de la vie ou
      de l’illusion de la vie qu’importe
      en domaine liquide

      je n’sais pas – j’ai mangé mes meurtrissures
      la mort m’a usé, j’ai la bouche pâteuse
      je regarde devant moi sans rien voir
      en abruti mélancolique

      soleil d’un grand bazar ou frivole unité
      par temps vide
      surface lisse, comme on s’arrange
      avec son inconscience

      marcher d’un côté, tomber de l’autre
      réajuster, claudiquant par exemple
      ou volant ras

      l’appui géant un ciel, mou par endroits. étrange éloge
      de la décrépitude.
      aller tout droit m’a mené là, à la source-même
      du hasard ou de la
      coïncidence

    15 juin 2024

  • nulle part à ma portée

      quand de ce qui s’éteint s’allume dieu. je ne te promets rien – avant tout je ne me promets rien. du bleu sur tes lèvres, du bleu sur tes doigts, attendre simplement que ça se tasse. dès lors s’envole une huître. ou prend feu

      j’ai matelassé mes couilles – on ne sait jamais. dans le même ordre d’idée ai-je fait l’acquisition d’un tout petit appartement dans une ville étrangère, une ville avec des gens dedans. des gens qui sans raison apparente regardent les ferries passer

      sans poids sans masse, tout me tombe dessus. j’ai donc intériorisé pleinement l’esprit de la chute. l’univers m’écrase comme un ballon suspendu écraserait l’air. il fond. on peut appeler ça comme on veut, il fond

      je ne me cache pas vraiment, sauf derrière une translucide indifférence, impénétrable transparence. quelque chose me susurre de ne pas prendre part. à quoi que ce soit. de ne prendre part à quoi que ce soit. de replier mes orteils, mon astragale, mes cocottes en papier recyclé

    13 juin 2024

  • la vie assise

      je ne me suis rendu compte de rien. d’ailleurs je ne vivais de rien. la définition du temps perdu s’enlisait dans mon esprit affamé – affamé de quoi ? affamé de temps perdu, indispensable horizon.

      mon dieu ne parle à personne. mon dieu ne me parle même plus à moi. mon toit fuit et je ne connais personne pour le réparer.. je n’ai de toute façon pas de téléphone, circonstance aggravante.

      la laideur m’enlaidit. elle enlaidit mon esprit, elle me ronge l’existence. la laideur me colle aux yeux, par le dessus par le dessous. la laideur me désenchante, c’est vraiment grave.

      que les yeux tombent des poches, j’ai toujours l’amour en suspens. je devrais m’arrêter là mais puisque rien ne me retient, je m’écoule, je découle. certains jours même je découche. tout cela donne le la d’un silence discordant.

    10 juin 2024

  • mary can fly

      il n’y a plus d’homme. j’ai cassé ma barrette
      je n’ai plus mal à personne, ma barrette
      s’approfondit
      s’approfondit vraiment

      sombre entre quatre murs
      j’ai beau me répéter « mary can fly », « mary can fly » aux pires moments, rien n’y fait : mary don’t fly
      l’en empêchent les poux, les plafonds et les gens
      l’en empêche mon nombre
      impair à son essor

      je ne me bats plus
      contre ma tête je ne me bats plus
      contre mon sang – cela montre à quel point je suis vieux si l’on veut. la pomme finalement
      absorbera le ver

      j’ai peur que ne te répondant pas, tu ne reviennes pas
      alors du fond d’la tombe, j’ouvre
      j’ouvre mon parachute

    7 juin 2024

  • n’accroche pas bulle

      de quelle absence suis-je donc le sinistre animal, le cuistre sidéral ?
      je ne me dérange plus pour rien – ce n’est pas que l’on doive s’arrêter, c’est qu’il nous faut comprendre que
      l’on a jamais bougé, quelle que vaine agitation

      s’appeler quoi, s’appeler qui – mes lilas rabougris, je ne les ai pas arrosés je n’ai
      nul besoin de mourir pour me demander pourquoi j’ai vécu
      seulement me souvenir, afin de ranimer en moi la douleur telle qu’
      elle me définit, passé simple ou présent

      la potence et une glace, à la pistache de préférence
      cela m’apaise, de ne rien toucher. cela m’apaise de ne rien m’approprier
      je caresse le clou en moi
      j’ai l’impression qu’il saigne

      un chien connaît quel bruit on mène
      dessus rivière, ou sur gazon
      revient la balle, non, ne revient pas la balle
      – never mind

    5 juin 2024

  • morte saison

      moi, le rôle et le chien tout au fond du miroir, nous n’en voulions plus, nous n’en pouvions plus
      de cette étable, de ces alignements parfaits de tombe égayant
      les cimetières militaires

      tu dors. tu dors par milliers. par dizaines de milliers. et lorsque tu t’éveilles ce n’est que pour
      te regarder dormir, comme ça de haut
      seul contre tous

      racler la gorge, et autre chose encore, de plus profond, et ne portant pas slip
      j’ai nénuphar, j’ai nénuphar en moi, quand je sors mon mouchoir
      et me mouche dedans

      tout me tombe en dedans – le vieil avec le vieil, le veuf et le cercueil
      omniprésent.
      l’ombre qui me traverse retombe derrière, puis en pâte solaire.
      zéro plus zéro constituait l’assemblée

    2 juin 2024

  • et puis on fit semblant de rentrer quelque part

      on le sait pas, on le sait peu, mais les chiens aussi
      meurent de faim, et aboient sans raison
      à la mer en surnombre.
      venir m’emporte. le reste du temps je
      m’ennuyais profondément

      l’axe solide, verticalité de la chute oblige, prenant racine dans le vide ou le vide pour racine, je
      m’achète une mauvaise conscience, avec les sous qui restent et me
      réchauffe à distance c’est comme ça, en être de
      pure timidité

      on n’est plus à ça près
      on n’est plus à rien près
      poussent les parapluies, se rident les distances
      acculés à l’infini, nous ne distinguons plus l’œil
      du jour qui s’étiole

      les humains ne font pas ça tous les jours
      la mer par contre oui, sur la roche, chaque jour comptant
      d’une éternité en faillite.
      spirituellement parlant, je joue aux osselets sur un sol
      très passablement stable

    31 mai 2024

  • à la lumière du néant

      il y a de la finesse dans les cheveux de maman il y a de la finesse
      dans les cheveux d’une morte
      il faut bien les coiffer les morts on ne peut pas laisser
      un mort échevelé
      un mort écervelé on ne peut pas laisser
      un mort sans concession

      si ce n’est un mort que mort s’ensuive. on ne se souvient pas.
      on vivra jusqu’à trois – comment faire autrement ?
      quand dieu ne parle qu’à soi il cesse de parler. ça n’a l’air de rien, dit comme ça
      la factrice non plus n’a l’air de rien, et pourtant elle est factrice

      rien, on ne fera rien de notre vie. on fera punk à part.
      je suis exactement ce qui sépare le jour de la nuit, cette frontière sous couvert, ce chavirement fétide
      littoral intérieur ou point de divergence intime
      par contre je ne sais plus où aller pisser c’est embêtant. je vis donc comme j’ai toujours vécu : de travers

      il ne restera rien que la pure joie de dieu,
      une paire de chaussettes séchant à
      la lumière du néant
      ou, tagué sur le mur du temps, le tracé sommaire d’un bite avec marqué en gras au-dessous :
      va pourrir, poésie

    28 mai 2024

  • économiser la poussière

      la vie manque de bancs
      de vrais bancs
      comme de cordes qui pendent, d’azurs imprescriptibles
      je penche du côté gauche c’est presque la mort me léchant le visage
      je penche du côté droit j’ai toujours envie de jouir
      or mais jouir ne vient pas

      la vérité, c’est ce dont la mort ne sera pas venue à bout
      alors tu empruntes le tunnel, tu enfiles un harnais
      qui ne regarde pas la mort jusqu’à s’en crever les yeux ne fait que bavarder
      eh bien bavardons

      tous les anges ne plongent pas simultanément – certains
      dont le parachute ne s’ouvre pas
      font tomber la pluie ils ne savent comment
      sans la fin pas de début, sans yoghourt pas de vache – proverbes et sentences d’un
      radieux désenchantement

      les trous qui se trouvent en moi, je les comble avec les trous que
      je trouve t-en moi
      moins plus moins égale rien, légèrement au-dessous de zéro, un jour éternellement férié, une odeur persistante de frites
      il faut se retenir de pleurer, tout comme il faut se retenir de rougir
      économiser la poussière

    26 mai 2024

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