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assis là sur un banc


  • méshumaine condition

      j’ai quitté la ville
      je crois même avoir pris un ferry – une vague idée de mouette…
      la seule urgence désormais, celle de l’éternité
      de n’avoir plus le choix, je suis enfin libre
      faudrait peut-être que je me remette à fumer

      y aller
      revenir au commencement ne recommence rien, mais essentialise celui-ci
      ou abat la chute à la racine
      l’univers aurait-il donc froid ?

      crève la bulle
      crève le temps quand ne reste que le temps
      je pose une photo sur ma vie, je caresse un certain rivage dans le sens du large
      je crois avoir vécu je n’en suis plus si sûr
      glissé sur une faille mémorielle

      oser mourir – qu’enfin la vie, ne nous concernant plus, cesse de nous effrayer
      ronger l’os, à défaut de chair, de nerf, de cercle
      prendre un car, n’importe quel car, patauger dans les balkans
      d’une méshumaine condition

    10 juillet 2024

  • balance la vague

      petite fleur au bercail, zombie dans la force de l’âge
      nuage exhalé du cul d’la bouche, l’appel à rien
      je monte sur mon dos, la main bien en visière : rien au-dessous, rien au-dessus
      une vue large et dégagée, sur le devant sur les côtés
      le plâtre s’effritant d’un miracle mé-
      taphysicien

      genoux râpés. aboie l’absence de quoi
      et quand enfin, embrassant son intime raison de n’être pas, j’accouche d’un dieu un
      d’une épingle à nourrice
      m’achète une autre dimension, ovationné mécaniquement par une salve irrépressible
      de dents claquées

      j’ai repeint ma chambre : un gros trait de pinceau sur le bord gauche de la fenêtre
      je n’aurais jamais cru être à ce point possédé par une fenêtre
      la fenêtre aux abois
      un ciel se ferme il va falloir creuser ailleurs, plus profond encore en soi
      allez à trois, j’balance la vague…

    7 juillet 2024

  • mon poisson a la chiasse

      on survivra, t’inquiète – même à la mort on survivra. on n’a rien d’autre à faire après tout…
      un jour je l’avale tout cru, une nuit le recrache tout aussi cru, que s’est-il donc passé ?
      dos au mur, poitrine offerte à la mitraille, le vois-tu tout là-haut, le pigeon à même le vide ?

      pas parler. d’abord, on ne parle pas. on laisse
      le rêve s’écouler, banal saignement de nez, de chatte ou de colon
      un jour après le rien, larme à l’œil de dieu, muette épitaphe
      un petit chien perdu. il pisse dans les cendres, le petit chien perdu

      rester tranquille. bon, rester tranquille
      se réveiller incongru dans un espace de semblable et infinie futilité, ou
      se gourer de résurrection
      marée montante, marée descendante – rien de plus glauque, de plus désespérant que ce barème fatidique, marée montante, marée descendante
      connard d’océan

    5 juillet 2024

  • cassé le jouet

      mon pied gauche est allergique au plastique, ça le rend tout violet
      tandis que mon pied droit, lui, l’est à mon pied gauche
      d’où cette démarche étrange, telle qu’on peut l’observer notamment chez certains animaux, certains animaux étranges, animés
      d’intentions mal définies, voire d’aucune intention du tout

      il y a un homme en moi qui me dit non. que répondre à cela ?
      il y a un homme en moi qui ne dit rien. qui se tait depuis que le monde est monde. et ne répond de rien, à rien
      d’ailleurs on ne lui demande rien
      il y a un homme en moi qui n’est plus que l’idée d’un homme en soi, le corps de l’idée d’un homme en soi
      et mal branché

      adopté, cela veut dire en fait ne dépendre pour sa survie que des bons sentiments d’un tel ou tel
      plus vraisemblablement d’une telle
      autrement dit d’un cœur, sable palpitant d’une humanité fluctuante
      adopté cela veut donc dire ne retourne pas chez toi, car là ne saurait être vraiment chez toi
      : l’amour ne suffit pas

      on est l’enfant de gens cassés. l’enfant cassé de gens cassés. émigrent les enfants
      jouer au yoyo avec les âmes ne les ressuscitera pas
      elles ne ressusciteront pas
      tels des jésus morts pour rien
      que d’autre nous reste t-il alors que de vivre pour rien…

    3 juillet 2024

  • on ne retient plus les bords

      j’ai chialé du gravier, j’te jure, ma nuit si peu profonde
      j’me touche la joue, c’est directement l’os – et pour atteindre la mer, faudra t-il se toucher la queue ?
      quelque chose pue : le fond des choses, dieu en pays pauvre ?
      ou bien les pièges à taupes, un soir de grande banlieue ?…

      l’usurpation du fruit. j’ai perdu le sommeil
      plus je creuse et moins y a d’fond, la surface livide
      l’absence en évidence
      graver au doigt mouillé des poèmes en l’air – on meurt avec ce qu’on a
      même pas les paumes, même pas le poches : on meurt avec ce qu’on est

      les enfants volés, on ne les déragera pas. on ne retient plus les bords, à la fin tout s’envole
      un cheval a henni, à la fin tout s’envole
      on ne retient plus les bords

    1 juillet 2024

  • eurydice au miroir

      la vie sans culotte, petite fumée de vivre, prenant refuge
      dans le grand rien, qui ne protège de rien mais qui
      écarquillant les yeux
      soulage l’esprit – quel esprit ? je n’sais pas : l’esprit
      de rien, ou l’esprit-rien, comme tu voudras

      ma maison est à vendre
      ma maison est à j’ter
      à casser à la masse
      à démolir, à raser
      maison à la dérive
      j’ai enfilé un slip et j’ai plongé
      sauf que je me retrouvai nu comme un ver
      et y avait même pas de mer (rien
      qu’une bouteille en plastique éclatée
      traînant là sous un regard
      étrangement vide…)

      quelques centimes de pourboire
      une petite caresse sur la tête et allez ouste, une…
      et allez ouste. je ne me reconnais plus, j’angoisse
      j’angoisse d’être

      avant que de mourir avant que de pendre un doigt
      sans le tendre, sans le mouiller on le fourre dans son nez, déjà ça nous dispensera d’a-
      voir à chier des drapeaux, hein
      je me retourne dans ma tombe et c’est encore toi que je vois, à jamais ahurie…

    29 juin 2024

  • le bleu d’avant l’néant

      il n’y a pas plus d’amoureux en moi que de jésus au tombeau, et pourtant…
      d’un trèfle la crémation, d’un expresso le demi-sucre, vivre déborde, vivre dégueule, vivre est en trop
      d’un doigt si long d’un doigt si triste, d’un doigt fondamentalement orphelin, j’éjaculai une pensée
      une seule pensée
      verrue sous l’aisselle gauche

      puissé-je être pauvre, si pauvre, en esprit et ailleurs, des trous au coude de la nuit résiliente
      au front ou ailleurs, je me mens comme je respire, je n’atteins rien même pas
      la surface, la surface déjà
      trop profonde pour moi, trop profonde de moi, j’embrasse un port à part

      les gens qui s’appuient sur le jaune, ou sur toute autre couleur
      ne se trompent jamais. ou alors rarement, s’ennuient le plus souvent
      meurent à jeun
      au sein d’un espace si vaste qu’un compas tel que nous
      n’y trouve ni le centre, ni la circonférence
      et quand en désespoir de cause il se touche, histoire de racler l’être au fond et que de là ne lui parvient
      que le bruit de pierres broyées d’un
      assourdissant silence, d’un vide au-delà
      de tout entendement

    26 juin 2024

  • chaque humain, chaque bête

      la mort ne ressemble à rien, sert seulement de miroir à ce qui va sans but, boit un coup, bâtit des
      châteaux de sable là-haut sur la baltique ou là-bas, plus près de chez soi si près même
      qu’on y réside, qu’on y demeure, qu’on y change de pull et de maillot
      de slip à l’occasion, afin d’y
      succomber de façon propre

      je n’arrive pas à me toucher. je lance la main à l’aveuglette dans le noir, jamais je ne m’atteins
      toujours je me retiens. le trou dans lequel je m’enfonce
      n’a pas de fond. n’a pas de bout. n’a pas de paroi. on dirait qu’il me regarde, regarde chaque humain, chaque bête
      passer, choir
      disparaître
      avant même que de naître, d’apparaître

      mon tierce sent la bête du coup je tends plutôt
      à l’abstention. en toute circonstance à l’abstention je n’ai donc pas
      posé le pied sur la lune j’ai préféré rester
      auprès du feu orange, enlacer le feu orange, les plantes nues de me veines appuyées contre
      son beau visage les plantes nues de mes veines appuyées contre
      ses fesses impeccablement blanches et me grattant le coude je me
      convertis à l’envers, à l’outrage
      à l’infrason

    24 juin 2024

  • le trou au fond des choses

      j’ai un animal dans la poche, un animal de poche, une lutte fratricide
      on a placé un miroir face à chaque animal, rien qu’un poil hérissé
      entre les immondes la vie, mauvaise herbe et béton : enfant triste
      de la déloyauté

      on s’embrasse dans les trous
      dans les trous morts de peur
      dans les trous morts de honte
      dès lors un ciel me mord, une connerie comme ça
      j’aime une planche – je suce les clous les pieds d’jésus, j’aime une planche
      je me regarde dans les yeux c’est mort, les yeux c’est mort

      okay okay, je ne m’appelle rien
      j’ai vu de verre en vrai, et j’ai vu l’horizon
      ça n’en vaut pas la peine, soit, ça n’en vaut rien la peine
      d’ailleurs je ne me souviens même
      plus de la sourate

      un chemin trompe-toi d’œil, ou s’agit-il d’une méfiance
      innée, prémonitoire
      je t’embrasse sur la bouche me manque la bouche
      c’est comme si j’avais mal sans l’organe où souffrir
      ni nerf le raccordant

    21 juin 2024

  • la tache

      je ne crois qu’au mendiant, à la sueur du vagabond, du marcheur pour rien
      j’attends que ça se passe j’ai l’impression d’avoir
      avalé l’arme, la balle et la détonation j’ai l’intuition de
      n’être né que pour mourir, comme si j’avais oublié quelque chose d’absolument essentiel
      : le sens d’une évidence, une crotte de chien

      dieu
      n’est pas mon cannibale et moi-même n’ai d’appétence
      pour le théophagie, hosties-suppositoires, suppliques ostentatoires, j’ai merdé
      au premier chemin pris, j’ai merdé
      heureusement la mer, l’immense lessiveuse, dans les bras de laquelle dieu,
      ce tout petit enfant

      au cœur d’un jeu la tache est morte, la tache
      grandit de toute part, faisant huile
      de toute foin – j’ai été aspergé une fois je me souviens j’ai été abîmé
      une fois, un après-midi d’hiver ou je n’sais quand la tache
      dont naissent les atmosphères, les formes aléatoires

    19 juin 2024

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