Aller au contenu

assis là sur un banc


  • casher la mer

      les mains à plat. sur les genoux. attendre là. attendre là des s’maines, attendre là des mois. n’attendre rien du tout, après tout. mais quand même, on aurait pu au moins prévoir. des biscuits.

      les mains dans l’slip. ou à travers. on voit à travers. ou pas. on sent à travers. on tout de travers. sauf traverser. on ne traverse pas, on reste coi. bloqué. de ce côté-ci, funeste, de la rive-là.

      s’en laver les. non. rien. on n’apprend pas ces choses-là à l’école. à l’école on n’apprend rien. la matière du rien. le vieux détricotage. on se retire. jusqu’à la trame. la trame du vide.

      et plus tu pleures, plus tu. quoi qu’il en soit. plus tu, n’en reste rien. tiré par les cheveux. tiré par la béance. en émoi. face à ce qui se profile, là. ne marche pas. non, ne marche pas.

      revenant revenir. de loin et davantage. davantage de loin. s’enfoncer dans le loin. non. rien. perdre pied. perdre goût. raison. s’enfoncer dans le rien. émettre un pied. ultime objection, un pied.

      mourir sur pied. mais qui parle de mourir. sur un pied. à cloche-pied. à croche-patte. tout endeuillé. endeuillé de quoi, endeuillé de rien. non mais merci. merci de quoi, merci de rien. non mais de rien.

    15 juillet 2023

  • non. rien.

      non. rien. ne se rend compte de rien. marche dans la rue quand rue s’y trouve. sans cela reste assis. assis à travers soi. ou en travers. comme ça reste en travers. de soi. soi en travers de soi.

      taguer. taguer quoi, taguer où. je serai ce mur-là. tout mur. le mur en soi. gratter où, gratter quoi. une brèche. la brèche. la brèche en moi. taguer la brèche.

      mourir de soi. vide de soi. porter plainte. l’écrire en grand sur sa gueule. sur son front. tracer la ride. froncer l’âme. et qu’est-ce qu’on fait de l’âme sous le rasoir. sous les coups de. minuit buttoir.

      il fait mal. il fait mal à tout âge, alors on le. range, on le gare, on le. trie. on s’en ressert un autre. des fois que. des fois que quoi. des fois que rien. rien, on t’a dit rien.

      ‘l avale sa prière. fait semblant de sucer. salive. manque de pouce. manque de peau. manque de tout un chacun. de l’odeur. non. rien. rentre chez soi. autrement dit en soi, nombre impair. définitivement impair.

      rechigne à. à ci à ça. couteaux tirés. langue rentrée, mots ravalés. et ça chicane. non. rien. je dis que ça chicane. allons. bon. on part aux groseilles. faites ce que vous voulez, nous on part aux groseilles.

     

    non. rien.

    13 juillet 2023

  • les pieds dans l’seau

      je l’embrasse, je ne trouve que les dents. c’est sous les dents qu’elles claquent
      errer ça n’sert à rien errer, c’est de n’servir à rien qu’on erre, trou d’ver
      entre le trou et le ver il faut choisir – l’un sort de terre quand l’autre
      ravale sa queue

      mourir faut voir les poteaux de rugby. la façon de s’avancer, comme ça, la démarche futile
      je suce une guerre
      il n’y a qu’un jour dans la semaine les autres étalent l’ombre
      étalent l’ombre jusqu’à la fin du monde

      chaque fois que dans ma vie, chaque fois qu’un pli ou deux, une ride
      je traîne vers le nord, allez coupe la lumière, je traîne, c’est à dire vers le nord
      dès le premier soupçon j’abandonne, j’abandonne à tout va

      d’ici à la gare, de la gare à l’ennui et retour
      il aurait fallu se pencher sur la chose, voir si la chose remuait encore, j’ai battu belvédère
      comment est-il possible de retomber sans cesse de ce dont on ne se relève pas ?

      caresse-moi l’vide, le vide en soi, le vide à part
      caresse-moi l’vide, à force de nickeler, à force de pied levé, caresse le vide de l’intérieur, aussi
      caresse-moi l’pied – comme s’il sortait du vide caresse-moi l’pied

      connivence. le doigt si féminin, mis bout à bout
      l’heure viendra, à quelques minutes près l’heure viendra, et elle s’épanchera
      elle tanguera sévère aussi elle dira, c’est carrément le radeau de la méduse, ce lit elle dira
      c’est quand qu’on ressuscite, chrysalide ?
      certes, l’été il fait plus chaud

    11 juillet 2023

  • on s’agenouille et la gentille

      on va finir par s’attendrir, on
      va finir par ressortir son yellow petit gilet jaune, son mégot d’infortune sa
      planche de salut que sais-je, hein, que sais-je
      on va finir par s’attendrir et ça s’ra bien fait pour nous ou
      pour la peau si sensible

      naître à Creil, mourir à trois jets de couille – avoir abandonné sa trottinette
      férailleux férailleuse
      si près du, ou si loin d’aucun but, par pertes et fracas rien n’est jamais
      arrivé par hasard rien n’est jamais
      arrivé réellement, et ça sonne dur

      comment grandit le champ entre les portes closes…
      peu s’en faut. peu s’en fallut tout du moins. et ce fut déjà trop
      de lilas on se frotte le sexe, et si de cela grince on se torche le cul
      à tout prendre ou à laisser, de lilas l’on se rince l’abîme…

      un jour je serai
      le maître d’un cercueil à ma taille, nul ne m’en départira, j’achèterai un bonbon
      un bonbon à la menthe – ça commence comme ça l’éternité
      et ça finit ici, coincé entre nulle part et ailleurs, et si près du bord
      que c’est le bord qui tombe

      le grand retour au zéro de l’espace pur je le trouve un peu fébrile ce matin, un peu branlant sur ses guibolles
      j’arrache ma robe les épines se renfoncent, j’arrache l’étiquette
      la gratuité chouine gémit on ne sait si de douleur
      ou si elle jouit

     

    on s'agenouille et la gentille

     

    9 juillet 2023

  • sous ma peau, il flotte aussi

      j’arrête de vendre, et je vends un bouquet
      ça ne s’arrête pas là, ça ne s’arrête jamais, la mort-même
      inaugure l’infini, service inclus
      – sans le comprimé, il n’y aura pas d’effet

      invalide d’une guerre non déclarée, d’une guerre cachée, d’une guerre couchée
      les jambes saturent l’espace – j’aurais voulu rentrer chez moi, ou du moins quelque part
      ne serait-ce qu’un dortoir
      quelques milligrammes de décompression

      à tous les dangers, j’oppose ma brosse à dents. s’il se trouve un baiser je lui
      accorderait bien mes lèvres, je partagerai même
      ma paillasse, mon rôle mineur dans la partition des talents
      – désolé j’ai pas l’âme
      d’une boule de cristal…

      le néant est en manque de gens fiables, de timides cascadeurs
      on se rencontre avec les doigts, le reste suit, méthodiquement
      méthodiquement éperdument, t’avances un pouce
      t’avances un pouce je recule d’un mort, toujours en cercles con-
      centriques

      au bout d’un an on est tous mort, on ne
      réagit plus. on nous plante un bâton dans le flanc : rien. on nous
      enfonce une épine dans le gland, non, ceci n’est pas une rose
      ceci est l’ombre d’une pure défection, il s’en va une jambe
      sensiblement plus courte que l’autre

      je ne reçois plus de lettre, rien – et ceci n’est
      pas marrant, n’est pas marrant du tout
      il sourit avec ses dents de devant, il rugit de tous ses trous, derrière
      je naviguai, je naviguai, au fond d’un boîte vide…

    6 juillet 2023

  • quand la lumière éteinte et que l’on dure encore

      chaque jour en moi un homme s’éveille, et toujours le même homme – un homme
      que j’ai fini par reconnaître, sans pour autant m’y reconnaître : il ne
      sera jamais moi, mais l’excrément d’un jour, humain sans les atouts

      l’immensité de l’ouïe étouffe dans ces deux petites oreilles. je rêve d’un tire-bouchon
      le soleil amoureux, et puis ce froid sans fond recouvrant tout, habitant tout, cryogénisant le moindre souffle
      si les morts ne se relèvent pas c’est qu’ils n’y croient plus désormais, c’est qu’ils sont définitivement
      passés à autre chose

      je dirais que ton petit sifflet m’a le souffle coupé
      peu d’effet sur la vitre, la mouche grande ouverte
      je ramasse un morceaux, je ramasse deux morceaux, au bout d’un moment je lâche tout j’abandonne
      – que je suis beau quand j’abandonne

     

    quand la lumière éteinte et que l'on dure encore

    4 juillet 2023

  • la nuit tombe, la mort tarde à mourir

      le large en soi. on y trempe un orteil, et puis le pied entier – on n’ira plus nulle part
      les épaules fines mais suffisantes à porter un ciel tout en
      apesanteur

      il se passe quelque chose. si on ferme les yeux et qu’on les ferme assez fort il se passe quelque chose
      quelque chose de si radical que lorsqu’on rouvre les yeux on constate qu’il ne se passe à l’évidence rien
      des cris feutrés

      un grand orage et je l’embrasse sur la bouche
      il ouvre grand la bouche je l’embrasse dans la bouche, ce grand orage
      pour n’en perdre une mouette
      j’ai collé mon eau à son eau, et maintenant je ne sais plus pleurer

      il y a un monsieur qui m’achète l’heure – il me laisse la montre, me laisse le poignet, qui se tord tout seul
      sans encombre je me perds, sans obstacle je trébuche. le vide me rattrape, le vide me ramasse
      c’est lassant à la fin

      je scrute l’horizon, où s’engouffrent les surfaces, et tout ce qui en fin de compte s’avère inessentiel
      j’ouvre une boîte et dans la boîte un huit m’attend, depuis la nuit des temps un huit m’attend
      ce n’est pas une surprise

    1 juillet 2023

  • il ne pleure que s’il ne pleure, le clou…

      quel effet crois-tu que cela produise, quelqu’un qui partout chez lui se sent sur quelqu’un qui
      ne se sent nulle part chez soi ?
      il manque une tuile
      à mon toit il manque une tuile – on parlera alors
      d’une tuile manquante, ou d’une tuile morte

      un homme est mort à travers moi. j’espère seulement qu’il ne
      s’agissait pas, ou déjà plus, de moi…
      partir ne revenant à rien, je brûlai mes rames, couchai la vague, démantelai réseaux, édifices nuageux
      respirant l’air restant, portant pissenlit ou ortie sur
      la tombe de ma mère

      quand à la fin des fins ne subsiste que
      la poésie, seule attitude propre à affronter, à prendre en charge ou même à démystifier
      le vide
      – la fin des fins poème bancal
      poème néanmoins

      qu’un chien me vide, allez, qu’un chien me vide
      la mort-charnière, la radicalité d’une ex-
      centricité ontologique
      – tout cramer au lance-doudou, se raconter se re-raconter
      l’histoire d’un trou

     

    il ne pleure que s'il ne pleure, le clou...

    28 juin 2023

  • j’ai oublié de dire bonjour aux hommes heureux

      les largués d’une voie sans issue
      on s’habitue
      à quoi, à ne pas s’habituer, par exemple
      quelqu’un pense au vide
      quelqu’un pense le vide
      quelqu’un enfin
      pense à vide
      mais pas tous en même temps
      ou pas dans la même tête

      rien à se dire, on passe son tour
      son tour ou son chemin, c’est un jour
      comme un autre, un autre nul
      c’est un jour nul, et qui res-
      semblerait peut-être à
      dieu sans permis
      de conduire

      on lui a fait
      une bise sur
      la bouche – il aurait pu
      mourir d’un rien, mais non : il s’est
      croisé les doigts
      et pris la décision
      claire et ferme d’attendre
      rien cela dit
      qu’attendre

      je me suis
      appelé comme
      un petit garçon, et les petits
      garçons on leur
      tape dessus
      avant d’aller bosser ou en remontant ses
      chaussettes si on n’a pas de
      boulot

      poème décharné
      vulve les coudes sur
      la table
      on se rapproche à pas
      perdus de la lumière
      – vous savez, celle qui
      n’éclaire rien…

    26 juin 2023

  • un drap soulève-toi

      envie de rien
      de la coupure du monde
      les attaches craquent
      la mer – la mer
      reflue
      il me faudra donc un vélo

      sous ce qui se passe il ne
      se passe rien :
      les amours lentes, les lois
      antigravitationnelles
      on se rend compte enfin
      novembre et tant de pluie…
      m’en fous, chuné l’cinqaoût

      il me manque un destin
      pour entrer dans le livre
      ou me noyer à sec
      un jour me contredit
      pourtant je n’ai rien dit
      : il siffle entre mes dents

      je ne suis l’homme
      que d’une truite
      d’un arc-en-ciel si
      mal bandé soit-il, il
      pleure dedans son œil ça va finir
      par faire tache

      dès le matin le ciel débande
      le pays entre
      dans l’usure
      alors s’il te plaît prends
      soin de moi, vraiment – tu sais
      qu’il n’y a d’autre
      issue à soi qu’un
      miroir bredouille…

     

    un drap soulève-toi

    23 juin 2023

Page précédente Page suivante