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assis là sur un banc


  • on n’aboutit à rien, ce ciel indivis

      j’avais un trou dans la mémoire – il a grandi s’est répandu, jusqu’à ce que
      je me retrouve moi-même mémoire au fond du trou, rien que mémoire, ou frêle souvenir de soi
      dans le grand trou.
      le jour baisse les yeux

      sans mer où aller se noyer, ni dieu à qui demander pardon
      et si seul qu’à la fin on meurt
      d’oublier de mourir
      ou d’un moindre décalage.
      dernier recours, partir en couille

      nulle part, pas même là.
      demain mon chien s’emmerde, quelqu’un
      le prendra t-il dans ses bras ?
      j’ai les poches, j’ai les mains – reste plus qu’à enfoncer les unes dans les autres
      ou les laisser gambader, reste plus qu’à crever et donc
      à vivre, en attendant

      la pluie à longueur de journée – égale, l’oblique faible, obstinément
      je ne fais plus partie de
      quoi que ce soit. qui que je fusse.
      du chien n’est resté que la queue, entre moi et ma tombe : l’attente,
      sans contenu

    5 août 2024

  • la base

      c’est ici
      que ça se passe
      ici nulle part ailleurs
      mais le canard boiteux

      je ne m’intéresse pas. et lorsque je dis je, cela se réfère à ma momie, à ma dépouille, mon zombie bref à tout ce dont je dois impérativement me défaire
      afin de mourir libre

      et bien tu peines et voilà tout

      l’heure se creuse. il n’y a pas de vérité en moi. ou alors trop encore pour être énonçable

      on se contente d’être libre, préservant notre liberté de toute tentation de l’exercer, la définir, la réduire à sa simple manifestation, ou son symptôme
      l’étant évidemment plus vaste que l’actant, l’englobant, le débordant sur les flancs, le surplombant
      libre, et donc avant tout de rien, pour rien, libre de n’être pour rien, de n’être rien, c’est à dire d’être rien
      la base

    3 août 2024

  • je veux pas être recyclé

      mourir un petit homme, un petit homme seulement, secours impopulaire
      porter un ciel sur ses épaules, atlas en mode précaire
      pénible, et je ne parle même pas morse…

      j’achète un fruit
      je ne peux pas m’en empêcher, il faut toujours que j’achète quelque chose
      alors j’achète un fruit, même blet, histoire de rompre un triste sort
      machine à laver qui tourne à vide, rester crade conforte son homme
      la douleur et la haine son chien, à la contre-échelle

      rien, entre la tête et le vide, qu’un monde à la dérive
      tu parles tout bas, comme à un tibia mort, tu crois que ça suffit pour continuer, persévérer dans
      l’indigence d’être, résoudre en substance l’in(ad)-
      équation

      manger son roquet. lui enfoncer la gueule
      dans sa merde. et rêver d’au-delà, grave soupir
      marcher sur un malentendu, puis en ramasser les morceaux, bris de miroir
      ne pas savoir où les fourrer, dans l’ordre plus qu’élimé
      du recyclage…

    1 août 2024

  • précaire tu manges un rat

      changer de cordon, ombilicalement parlant
      attacher sa ceinture, mais on ne sait plus à quelle branche, à quelle défroque
      je t’ai fait la bise dans le sens du vent – tremble
      m’en est revenu seul

      plus rien à danser, plus d’yeux à cligner, caresse ta dérive
      ton hamster clamsé et tout le monde s’en fout, juste ou injuste retour des choses, qu’importe après tout
      qu’importe si la pluie, qu’importe si le banc
      : sombrer, c’est à dire aimer
      plus profondément que tout

      le taré, le dératé, le ne calcule plus rien
      le par-dessus bord
      le vivant, quoi
      le vivant par-dessus le vivant, on a retiré les piquets d’la tente
      qu’elle respire un peu, qu’elle décolle
      on ne l’appellera plus nicole

      caresser les cheveux du mort, caresser le crâne du mort
      la joue creuse
      se raser la queue, la queue ça compte un peu
      et si on se tient penché c’est que la verticale
      a légèrement changé d’optique

    29 juillet 2024

  • respire sans conséquence

      allez, je rentre le premier
      je ne me dis pas va, cache-toi, non :
      je regarde les vagues s’écraser l’une après l’autre, et le reste suivra
      j’amène un truc, un fleur de rien
      soulagé d’abdiquer

      un petit chien me gêne – je lui balance un
      coup de tatane, un geste en soi
      tout comme contempler le désespoir marin
      sans cesse et y revient
      alimenter le nôtre, le tout petit nôtre, ‘tain de tatane

      manger un veuf, écrire
      à sa petite amie. elle a chié dans sa tombe. on ne lui en voudra pas
      d’ailleurs on ignore ce que signifie montrer ses dents en étirant les lèvres
      on a tous un baise d’avance sur notre
      propre effondrement

      le jour qu’on mange, le jour qu’on mange pas
      grave déconnecté
      même si la mer au fond
      n’existe pas
      et qu’on reste là, au bord de rien, toujours au bord,
      toujours de rien…

    26 juillet 2024

  • afin d’atténuer la joie en soi

      m’assaillant de partout, les puces sur le corps
      je rouvre le coran
      je m’assène le coran
      mes ailes craquent
      ma tombe transpire

      pitié perd la page
      je range mon crayon
      dont la mine usée
      demain on entend personne
      pleurer, demain rien
      ne pousse

      marche à contre-courant
      tache dans l’œil du rétro
      mourir fatigue, un dieu
      ruine tout espoir –
      toute ressemblance, pure coïncidence…

      genoux râpés d’un homme sans vérité
      ce soir l’arbre a pissé
      contre ma jambe
      : il a vaincu sa peur

      un corps sec, rien qu’une
      chute de conscience
      en abrégé la nuit, je sais même pas
      comment j’ai pu. la porte s’est abattue
      tel un mal qu’on ne
      sait plus nommer…

    23 juillet 2024

  • de mourir le chien / n’aura servi à rien

      on ne s’arrange pas une vie
      on fait son bagage et on le regarde là, posé au milieu de la cuisine
      inapte à décoller

      juste un lépreux qui dit bon, je remplace la porte, j’occupe tout un rectangle
      juste un lépreux, perte abyssale de temps, infranchissable
      absence de seuil

      on ne se pose pas la question – quelle question, d’ailleurs ?
      une croix dans le dos, ça fait mal mais d’un autre côté ça
      garantit un certain équilibre

      une tête de
      ville-fantôme, un appareil à redresser les dents, j’avorte
      (de) quoi que ce soit, j’avorte
      nulle part où tomber, la chute néanmoins raide

      je me ronge le soleil, je me ronge la nuque, rien ni destin
      la grâce me tue
      et ces petites oreilles, pliées en quatre…

    21 juillet 2024

  • éternellement me meurt en joie

      l’éternité n’offre pas la possibilité de l’espoir, il va falloir se débrouiller sans
      jouir en continuité, c’est dur
      creuser des trous réveille les crabes, marcher le long de rien les
      déserts à tout-va

      je hais les morts, même en enfants, même au volant de
      petits cercueils blancs
      plus je me rapproche de l’éternité plus elle me semble inaccessible, je n’ai pas la chanson – la chanson
      de l’attirer, ou de la rattraper

      le poids des mains, mais aussi celui des pensées. et pour un monde sans poids
      un nuage en abîme
      une truelle en grève
      la gamine me jette des sorts sur de petits bouts de papier, je me retrouve face au vide et me demande :
      mais d’où cette lumière émerge t-elle ?

      je m’frappe avec la pierre
      je m’frappe avec les essaims, avec la boue, rien ne vivra de moi et
      rien ne mourra de ce qui ne naît pas, tout cela me traverse
      je te tiens la main

    18 juillet 2024

  • le verset versant tu

      seules me distinguent de l’animalité qui me submerge ces quelques lignes, d’intense désarroi
      d’espoir décompressé
      un suicide élégant, alternative fictive à ce ras de nausée

      s’acheter un clou, un seul clou, j’ai pas pour plus d’un clou
      et se demander comment exécuter et venir à bout de la crucifixion avec un seul et
      malheureux clou

      par fidélité, on ne lève pas le deuil, sauf à crever son âme
      la résurrection assassine. pas de sapin pour noël, pas de printemps pour gaza
      l’éternité comme mémoire et innocence simultanément – que font donc les chiens
      au cœur de notre famine ?

      je n’ai plus d’homme, plus de milieu urbain
      ça ressemble à une conserve en l’absence d’ouvre-boîte
      une vie d’entre les murs, le couteau affûté, la veine crispée
      n’attendre rien, du fait d’espérer tout

    15 juillet 2024

  • rasant les murs

      le ruisseau est à sec
      c’est une pente pour rien, une pente pour la pente
      et dévaler
      au nulle part de mon être répondra un soleil inextinguible, mais à l’instant
      une ombre halal se pose sur mon épaule

      mon vieux n’est pas content. mon vieux
      n’a jamais été content
      quand on meurt prétend-il, c’est seul face à dieu, ou seul contre le néant
      j’ai pris mon billet, payé liquide
      tout ce qui me reste désormais : passer la nuit en mer

      mais quel être pourrait supporter la mer, et ce que supporte la mer ?
      je me suis mis nu devant toi
      depuis, j’ai perdu ma nudité
      seule en demeure la honte…

      pas dormi de la nuit. pas veillé de la journée. je m’coupe un bras
      je ne sais par quel chemin rejoindre la mer
      je m’imagine mort, tout desséché
      que faire d’ici mourir ?

    12 juillet 2024

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