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assis là sur un banc


  • les gens cherchent okuni

      cette odeur me rappelle un homme, car c’est là l’odeur d’un homme
      et tout homme en fait part à sa chemise
      à force de nuits vertes
      d’engins mal contrôlés
      ou si peu contrôlables…
      j’ai piqué vers la mer

      chante et déchante. petit animal blessé…
      d’une blessure un lampadaire
      la nudité qu’on cache sous la blouse, les points d’un permanent suspens
      comme quand t’as mal quelque part et que soudain, ben t’as plus mal

      venir de très loin et compter jusqu’à un
      un d’un extrême hasard
      et puis recommencer – recommencer jusqu’à tomber sur, je ne sais quoi moi : un
      cerisier sans noyau
      ou de plus loin encore

      le chien qui sommeille en moi a mangé son gadjo
      et nul ne le retient, quand n’en reste que les eaux
      j’ai flaque qui jouit sous le pied gauche, et qui se retourne s’appuie
      sur un vide à propulsion

      ils redeviennent lointains, les horizons – et leurs troupeaux s’égarent
      c’est comme un homme l’œil vide, saute à la corde un homme en corps
      se prend la porte ouverte, ou pour un courant d’air – se détraque
      oui, se détraque

    9 septembre 2023

  • la mer qu’on a souffert

      le visage ment, pas le miroir
      pas le silence entourant le
      miroir
      quelqu’un s’enlace
      dans le néant, ainsi s’enlace
      le néant
      quelqu’un la forme du néant
      et pourtant il faut bien
      retourner quelque part

      les voix se brisent, que la nuit engloutit
      il retourne à la mer il
      retourne
      là même où la mer ne
      parvient pas
      elle se
      casse une patte et laisse le vide
      s’épanouir, le vide
      à découvert

      laisser quoi, tant
      et puis rentrer
      à moins d’avoir oublié
      l’adresse, son propre nom
      sa propre déraison
      d’être, de remonter la pente
      jusqu’à soi peut-être même
      plus loin encore : là où l’infini
      en l’infini se noie

      il se retourne dans
      son lit de mort
      puis marque une flamme
      rien ne me dit
      rien ne m’écrit, un chemin se
      résorbe
      les rides également, de l’eau
      sur le visage

      déraille en permanence
      quand permanence
      me fuit
      fruit mais pourri d’un hasard pur, baisse
      la garde – pas de jour aujourd’hui
      pas de jonquille
      qu’une ignorance à perte
      de vue comme de mémoire

     

    la mer qu'on a souffert

    6 septembre 2023

  • dans le vide de l’œil gauche

      sans les trous
      sans les trous tel un homme mort
      ou juste un mort, un
      mort sans son homme

      on dirait qu’il creuse, encore et encore
      l’image
      pour en extraire je ne sais quoi
      un simple trou, une

      plus ample vérité


      content d’une flaque
      ou de tenir dedans, sur
      un seul pied
      sans plus de ressort, ou le ressort mou

      la tombe d’une distance
      plus effroyable encore
      que celle de la pure
      coïncidence




      un silence
      me brise les os
      tout ça parce que je n’aime
      pas la mer
      ou ses alentours

      je suis le mort dedans, ivre de
      ce qui n’existe pas ni ne
      s’y reflète


      fuite sans arrêt
      et puis perte, sèche, ou pente
      blanche

      un stylo sans bouchon
      bouteille privée de capsule
      message évaporé, le souffle in extremis

      quelqu’un perd, se perd
      remplacé par quelque in-
      commensurable


      où règne un profond
      désaccord
      je couche dehors

      on affûte son cercle on
      se repeint en blanc
      ou en noir

      après tout c’est important, une gare

    3 septembre 2023

  • quantités négligeables

      nous nous embrassons sur la bouche, nous nous
      embrassons du bout du monde, et d’un commun accord
      mourir de rien ne se fera pas sans mal
      ni sans fumer, quoi que l’on fume
      et de quelque manière que l’on s’y prenne

      quelqu’un soulève ma robe
      quelqu’un donc, soulève ma robe
      : rien en dessous, ni la mort sent trop fort
      parfois nous vivons doux, vivons très doucement

      parfois je me sens moi, et c’est déjà de trop
      faudrait le
      jeter dans un trou de mémoire, dans un excès de fièvre – dire que
      j’ai perdu mon enfant, moi qui
      n’ai jamais eu d’enfant, rien que
      la nuit, bouillonnante en dessous

     

    quantités négligeables

    31 août 2023

  • la pluie mourir battante

      rien. je me suis empêché.
      la nuit-laisse-moi tranquille
      mais non, ne me lâche
      d’un phare. je remets
      le couvert pour personne

      rien. c’était misère
      et misère tire au flanc.
      s’il faut se battre et la pluie tombe encore
      elle tombe encore

      je regagne le point doré.
      ceci, cela, ne m’intéresse pas
      me lasse l’intéresse.
      ce point doré, à l’aube, non,
      à l’opposé de soi

      ville contraire. rue viscérale.
      rien. se ratatine.
      émet un non-son, une douleur.
      ne se retient que
      par la peau de l’œil

      rien. ne mange plus.
      se retranche dans les fourrés, maudits fourrés.
      surtout ne parler à personne – une fois
      l’homme mort, ou le silence,
      l’algue repousse. ou le silence

      on n’en a pas trouvé trace dans mes cendres.
      on a repeint la porte, côté chambre
      et côté cour.
      d’abord j’ai couru, et puis rien

      mon corps s’est mis à nu
      mis comme nulle part ailleurs.
      seul jusqu’à ce que dieu seul te ramasse
      te décrasse
      te déboute.

    28 août 2023

  • θάλασσα mais pas content

      quelques arbres, un soupçon de paysage, une vue sur le néant
      j’ai juste eu le temps de me changer, pour m’apercevoir que je ne m’étais changé en rien
      j’achève ma nuit. après la nuit il n’y a rien

      moi je ne me raterai pas
      moi je ne me retiendrai pas
      moi je ne me raserai pas
      – promesses qu’on se fait en regardant la mer
      puis le vide sous la mer en enfin le
      rien sous le vide

      soudain me suffit le silence, les toits muets à l’oblique
      contraint de se quitter soi-même, de trouver un poumon hors saison
      de vendre à perte alors qu’on n’a
      plus rien à vendre, plus rien à perdre

      sens unique, sens unique, l’amour sans les wagons
      mon cheval n’avance pas, et la mer compliquée
      j’amorce un pas. on me dit que j’amorce un pas. je ne respire
      toujours pas

     

    θάλασσα mais pas content

     

    25 août 2023

  • le ciel tel qu’entre deux orifices

      mal au tordu mal au tendon, il en va du ventre comme il en va de la jolie – toujours assis, toujours dispos. le mal en soi est fait, pas de gants à prendre pour en extraire un jus putride et noir, cette fois…

      une deux trois j’irai dans les bois, et je te planterai un couteau au milieu. ce n’est pas le sens qui manque mais la conscience, et le bond dans le vide qui fait surgir les montagnes de ce vide. ou du moins les collines

      je ne m’achète rien, pas même l’ombre d’un rêve. des parents lâchent la main de leur enfant, et ne lui doivent plus rien. un type ressemblant à un homme pisse au pied d’un sapin pour le faire pousser. ce n’est que branche morte, et nous ne sommes qu’en août

      cette sensation d’encerclement. cette sensation d’étouffement. ce champagne privé de bulles, cette gueule de bois en guise d’ivresse. et cette inéligibilité à se regarder sans dégoût…

      il faut faire vite. plus vite poussera loin de nous. je me raconte une histoire – elle ne vaut pas grand chose, n’emporte pas l’adhésion. toute la journée se dire tiens, assis dépasse de haut debout, sans même élever la voix…

    22 août 2023

  • cardamone single date

      qu’est-ce qu’il se passe là – qu’est-ce qu’il se passe quand la nuit sombre
      ils ne m’intéressent pas, ton mot de trop, ton verre de trop – il me faut toute la bouteille au moins
      pour enfin rentrer sobre

      quand tout me dure, et me dure si longtemps, et si longtemps de vivre, je ne dure pas
      dans l’urgence d’une immobilité à fleur de pot, d’os et de pur dénuement
      il y a un chien et j’écrase ce chien-là : pas de chien sur mon ch’min

      trois fois le ventre une seule fois un bébé. je nage à l’envers du monde
      quelqu’un me rattraperait-il par la main, la main s’enlise, la main s’internalise. on dirait un chewing-gum en apnée
      bref un sexe, sous l’angle mort

      quand il n’y a plus de lieu où mourir, l’exil perpétuel
      un chien aboie un chien
      lèche le trou du chien, ça finit par se voir, ça finit par se savoir, ça
      finit par se sentir, un chien
      a pissé de travers, et c’est arrivé là, pas plus tard qu’en mon cœur

      mourir est un trou trop dur, il faut pousser pour l’enfoncer
      je n’ai plus les dents de te mordre, la langue de te subjuguer, d’un bras droit je soulève
      au bout de cent fois ça retombe : à cours de sperme, à cours d’orgasme
      – traverser le temps en pale suicidé…

      se tenant par la chatte, se tenant par la queue, on s’agrippe
      à une mort plus sûre que l’autre, plus propre que l’autre
      on se coupe les aigles on se coince le bec pour être bien certain
      de ne pas repousser…

     

    cardamone single date

    19 août 2023

  • la femme qui ne se racontait pas d’histoire

      y a un truc sans cesse qui me lèche la langue, y a un truc
      une forme de dénégation
      une femme entre deux, douanière en fond de cale
      y a un truc sans cesse qui me lèche la langue, un os à vif

      au-dessus d’un homme explose un feu d’artifice, véritable en quel sens
      je me sens comme chez moi là-haut, je me sens… rivière dansante, courant sinuant
      j’ai presque malgré mes pertes, j’ai presque malgré mes tempes – je
      suis une femme à part

      et de poumon cancer-poumon, j’attrape une fessée, une fessée mal calottée
      mon père est mort d’un cancer-poumon, pour la bonne cause
      et à l’éternité près
      – il n’a jamais fait soif que d’une âme

      chemin creux du milieu
      faire l’amour à contre-sens, à contre-courant, faire l’amour comme une bouche à sa langue – je n’ai plus peur
      de toi, de moi, je suis
      mort à moi-même désormais
      en quelque sorte mort à soi-même

      on s’est tous arrosé d’une façon ou d’une autre, on s’est tous arrosé, j’en ai les pieds trempés
      si un homme meurt au milieu c’est qu’il meurt, droit au milieu
      où les marges fluctuent
      et n’y sachant que faire

      dieu dans la tête d’une auto-tamponneuse, et pourquoi pas moi
      je me suis assis sur tes genoux, tes genoux profonds et lourds, tes cuisses larges
      au troisième étage de la méditation, j’ai donc lâché un jet

    16 août 2023

  • quelqu’un

      depuis si longtemps, parti. qu’il ne se reconnaît plus. même en gare. de novi sad ou d’ailleurs. il vient d’ailleurs. d’ailleurs et d’encore. plus ailleurs.

      s’emmêle les palmes. s’emmêle nos palmes. et ne distingue plus. le mien du sien. le lien du chien. vêtu de sa seule ombre. et profonde. sa seule et profonde. ombre.

      me rappelle à soi. comme si j’avais jamais. vu, su. comme si j’avais jamais été. là, ailleurs que là. on s’embrasse sur la joue, faute de mieux faute de. bouche.

      se souvient de moi ou si ce n’est de moi. de mon absence. absence laquelle illimitée. potins en forme de requiem. elle s’abrutit. quelqu’un. délicatement s’abrutit elle finira bien par. boire d’un trait.

      veut bien mourir à ma place. prendre la place du mort. s’écarter pour faire place, celle ou s’, je, m’achève. quelqu’un consent à ce que je. vole sa vie. son âme. sa substance. et me répond c’est pas bien. et alors quoi.

     

    quelqu'un

    13 août 2023

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