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assis là sur un banc


  • un monde sans univers

      des insectes à l’assaut de la croix et jésus sans rien dire
      j’ai pleuré j’ai pleuré je ne savais même plus pourquoi, ni ce que je fous encore là à remuer
      au fond d’un verre résolument vide

      quelqu’un là va sans slip, évadé de son rêve
      on attrape le vent par la queue, on se donne le mauvais rôle
      en bout de laisse une crotte. personne ne tombe

      demain j’vais à la mer, si suffisamment d’essence
      et si suffisamment d’absence
      j’ouvre les bras en large afin de contenir le maximum de vide
      glisse le vide, se ramasse,
      s’éloigne en maugréant

      la vie ne se réchauffe pas. chacun baigne dans ses propres entrailles
      je ne retrouve plus la clé, ne retrouve plus la porte – je m’inquiète
      de rien, mais je m’inquiète…

    14 mai 2024

  • changer de slip

      quelqu’un n’est même pas mort. je l’ai aidé à se relever
      puis je lui ai piqué son bâton
      un bâton pour les âmes bancales, les regards fuyants
      ma contribution aux gravats : un trou

      la mer, j’ai vu la mer, et je me suis retiré
      il n’y a de la place pour soi qu’au fond de soi, de place en soi que pour un fond de joie
      le reste que veux-tu, le reste bat de l’aile
      on dirait qu’il a maigri

      rescapé allez, l’incident est clos
      on ne se réveillera pas d’un éveil si lourd, on se touchera dans les coins, on se matera en douce
      on tentera les trous

      fenêtre ouverte et porte à clé – je t’embrasse sur le boche
      le vélo toujours pas réparé
      la casquette de travers

      pas d’autre raison à la mort que la mort elle-même, le chien sur la banquise
      faut changer de slip – à un moment donné qu’on le veuille ou non, faut changer de slip

    12 mai 2024

  • retour à wuhan

      un chien d’entre les chiens a hurlé jusqu’au sang
      c’était pas moi moi j’étais allé
      voir à la boîte aux lettres si y avait pas du courrier
      y en avait pas

      la mort en marron. j’ai mis mes kickers rouges
      la mort en bout de soi la mort au fond de soi – entre les deux je bois
      ça finira bien par passer

      un cheval a grandi, un ciel rétréci – galop figé
      les crampes nocturnes, la surface qui s’éloigne à mesure
      que l’on s’enfonce

      le néant me porte sur son dos quand soudain, une envie pressée de pisser me prend
      par la main
      les cuisses
      la vessie
      – allons voir où la vision nous mène…

    9 mai 2024

  • άγονη γραμμή

      habitant des marges et régions frontalières. espaces vacants, absences non remarquées. les ailes m’en tombent

      rien-à-dire ne conclut pas d’histoire, rien-à-dire en constitue le cœur battant. sous fleur de peau battue, les caresses minées

      sautiller derrière un pauvre caillou nous mène jusqu’au ciel, par un jeu de miroirs brouillés. pour finalement nous retrouver ici-même, nommément le nulle part

      aller ailleurs, prendre un autre chemin, changer de lagune – et tout cela afin de demeurer fidèle à, et… l’absence à vif

      c’est conscient d’être conscient que je pars en vacances – de ces vacances dont on ne revient pas, vacances qui n’accrochent pas. άγονη γραμμή…

     

    άγονη γραμμή

    30 septembre 2023

  • d’une tristesse le dard

      les caresses on en fait ce qu’on veut, on se les fourre là où on veut
      il suffit de flotter, de retarder le plus possible l’instant où l’on coule
      l’on coule désolément

      j’ai peur de rentrer quelque part
      de me dire ben voilà, maintenant que t’es rentré quelque part, tu vas pouvoir te reposer
      te gratter
      jusqu’au sang
      jusqu’à l’os
      jusqu’à la moelle
      et puis quand tu auras fini de te terroriser, si tu n’arrives toujours pas à jouir, enfonce la langue

      je m’assois
      sauf que cette fois-ci, je ne m’assois devant rien, aucune eau ne coule
      aucun loup ne hurle
      les morts à la marelle, on les voit sautillant c’est ridicule
      obscène
      sont morts pour rien en plus
      et rien ne rattrapera cela

      je crois bien que c’est fini
      tu peux l’affirmer dorénavant, définitivement fini
      ce qui jamais ne cesse, une fois fini, rien ne l’arrête
      une vraie rage de dent
      un vrai mal de chien
      une fois fini, commence l’éternité, laquelle jamais ne rompt, ne cède ni ne trahit
      dimanches et jours fériés, mais vraiment sans pitié

      j’ai déchiré ma chemise
      déchiré mon torse nu
      le cœur au chien, la pâtée au zombi
      si on était équipé de bouches on s’embrasserait sans faute ni limite, de bave à peine
      si on était équipé de sexes on se niquerait le sexe, ça nous ferait du bien
      ça nous apaiserait en quelque sorte, ça nous réconforterait
      même si ça sent bizarre

    27 septembre 2023

  • d’une fois la rue montreuil gentil

      pourtant je l’ai entendue. je l’ai entendue chanter. voire fredonner. timide c’est fredonner. il faut plus qu’une oreille pour faire un homme. il faut plus qu’une intériorité inquiète, abîmée. plus qu’un rouleau de pansement. il faut un homme pour faire un homme, et puis ce quelque chose de vivant qui va avec

      je tremble des viscères. tellement j’ai peur. de je ne sais quoi, de je ne veux même plus savoir quoi. faux-semblant que de savoir. je ne marche que faute d’un lieu qui m’accueille, me retienne. je ne marche que faute d’assise. assis sur un vide mouvant

      je ne mangerai pas mes morts. je ne veux rien avoir à faire avec mes morts. je coupe les liens qui les font miens. je ne suis personne, enfin. enfin je ne suis personne. pourquoi est-ce donc si lourd encore ?

      tout ce qui s’oublie ne parle que de moi. en être réduit à la mémoire, quand ce bond soudain dans l’oubli comme un orgasme non-désiré, non prémédité. qu’on te soutire à l’improviste, en état de grimace. et se tenir en cet écart-là de l’improviste – entre la mort se lève et la tombe-tampon, d’autre part les framboisiers

      j’ai bien cru ne pas m’en relever et effectivement, je ne m’en suis pas relevé. j’ai néanmoins rampé, comme on flotte sur des débris de coquilles. ça fait mal mais c’est toujours quelque chose, avoir mal. je ne dirais pas mieux que rien, mais quand même quelque chose, de plus que rien

     

    d'une fois la rue montreuil gentil

    24 septembre 2023

  • la mort en rose

      dieu me distance. bon, je le laisse courir devant. je traîne sale, derrière. je me touche le sale. la pureté en chacun, je pleure dessus c’est tout. ou plutôt je pisse mes yeux dessus

      ça fait longtemps que je n’aime personne. est-ce cela, vieillir ? est-ce cela dont on parle quand on se dit mort ? je tire sur les oreillettes, je déplie le papier, mais pas de bonbon dedans. pas de bonbon dans le bonbon, que dalle

      je n’ai jamais rien compris à rien. ni aux premiers amours, comme s’il pouvait y en avoir de seconds, ou de suivants. je me bats contre le vide et c’est à vide que je me bats. je me bats contre le vide et c’est le vide qui me bat

      je rampe. je rampe. ce n’est pourtant pas le charnier, mais je m’enlise. j’essaie de formuler un vœu, rien ne vient. je tente un saut approximatif, le sol fait défaut, où s’écraser. mon ombre s’empale sur mon ombre

      un peu plus tard n’existe pas. un peu plus tard est déjà toujours depuis toujours, abominable perpétuité. je me sens comme dépecé. la mort sent la mort et l’air ne pénètre pas, fenêtres closes, volets croisés

    21 septembre 2023

  • brouillard sur toute la ligne

      comment se fait-il qu’on soit mort, déjà, depuis toujours, et cependant vivant ? pour quoi la chose, pour quoi la mort, pourquoi quand on rit jaunissent nos dents ?

      on est mort comme si on ne l’était pas, ou que vivre faisait seulement semblant de vivre. on est mort comme si la tache au fond n’était pas l’origine

      je n’ai pas de chien. je n’ai pas d’os de chien non plus. je ne sais pas ce que j’ai – juste la nausée qui me prend face à tout ce qui me manque, face à tout ce qui n’existe pas

      mourir ne me réconciliera pas. mourir ne me sert définitivement à rien. un plat de fèves, l’irritation de la gorge au passage de la fumée. même le bref soulagement que procurerait la mort m’abîmerait

      je suis mort comme si mourir ne m’en coûtait. je suis mort pour rester fidèle aux abandons. je marche dans la nature et oh combien je déteste la nature. quitte à trouver refuge en ma propre nudité

     

    brouillard sur toute la ligne

    18 septembre 2023

  • ουσία ξένη

      les nuits
      ne veulent plus rien dire, c’est la guerre dans les deux camps
      je ne suis pas aveugle c’est le néant total qui
      m’écarquille les yeux et s’y déverse à jeun, tiens, remplis ton verre
      tiens, vide ton verre

      nous sommes si froids parmi les neutres
      je suis un imbécile, je suis un point commun, je me faufile
      entre les jambes de femmes sans jambe, j’arrive au bout
      je suis à bout
      mourir à l’instant t

      j’transporte les vitres
      d’une rive à l’autre, passeur de chants muets
      il n’y a rien entre moi et moi que
      l’infinitude d’un néant, les traits troubles des quelques visages le composant
      le décomposant
      le questionnant perplexes : loup y es-tu ?

      d’un côté dieu, de l’autre le chemin parcouru
      et cette envie d’gerber qui me tord les boyaux, qui me tient par les couilles, un peu par l’océan
      un jour discret, un jour tout en
      haussement d’épaules, je ne m’attendais à rien, quand bien même je
      ne m’y sentais pas vraiment prêt

      la voix perce-misére, or c’est de la misère qu’on fait les tas
      je soigne mon look – tout crâne rasé que je sois, j’arrange mon ch’veu
      il y a des hommes qu’on embrasse sans trop bien les connaître
      et puis la fin du monde, une seconde à peine avant l’é-
      jaculation

    15 septembre 2023

  • portrait craché

      il a peu de peau sur les mains, et encore moins de main sur les g’noux
      cela fait transe alors transe avec moi, raconte-moi comment s’enfuir
      avec tes gestes à toi

      manque d’eau, manque de fesse, l’absence plane où s’enlise ma relique
      où prendre forme, où s’installer dans la godasse noire ?
      on va de ci on va de là, et tout lieu commémore ce départ manqué,
      ce retour sans fanfare

      ce qui manque à mon jour c’est d’être un jour tout nu, une lumière à cru
      il me semble n’avoir invité personne à mon incinération je n’ai même pas
      sorti les cacahuètes, grillées à sec, ou couché sur le dos
      je m’arrange l’ennui

      je me gratte la mésange, me voilà cerné par l’entre-moi
      s’il ouvre une porte c’est la porte qui le bat – pas moi, pas lui, ni celui qui dit moi ou celui qui dit lui, les confondant parfois, parfois les séparant, quand ils en viennent aux mains
      non : la porte, rien que la porte, toute la porte, sortie de mes gonds et prête à tout
      pour ne pas y rentrer

      comment fait-il pour ne pas s’endormir, lui qui s’endort si vieux
      sous la flaque une femme s’amenuise, il prend garde de ne
      pas marcher dedans, n’en point froisser l’image – peut-être se retient-il
      de jouir, quand l’os à bout s’y rompt

      victoire adossée à son mort, il déroute
      finir en dure beauté oui, mais finir quand même
      avec les dents du haut, avec les dents du bas, et les trous tout autour, les trous à l’évidence les trous
      à perte de raison

     

    portrait craché

    12 septembre 2023

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