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assis là sur un banc


  • pigeon assis, caca debout

      ma vie rouge à terre. sauf que la terre sens dessus
      dessous. on n’y comprend que dalle, on n’y voit moins que goutte
      je tire sur le téton, le rêve
      me reste entre les doigts, légèrement collant, délicatement sournois

      un jour je n’apprends pas à nager, un jour
      je ne sais pas nager
      sauf que je coule pas. un jour je n’ai pas appris à couler, un jour
      j’encule l’air autour de toi, je ne crie pas
      toi non plus tu ne cries pas

      la nuit elle marche comment, la nuit elle marche comme ça – il suffit
      de ne pas y penser il suffit
      de ne penser qu’à ça
      d’ici-là tout va béat
      c’est à dire, d’ici-là tout va béant, c’est comme si on pendait
      à un arbre sans branche
      à un poteau sans lampe
      un arbre ou un poteau

      le petit robinet
      le léger goutte à goutte
      on met les voiles sur cherbourg. un dos c’est toujours un dos
      d’abord tu oublies de me demander, ensuite tu oublies de ne pas me demander
      attendre, est-ce encore être là ? ou attendre
      est-ce enfin être là ?

    29 septembre 2024

  • le banc bouge

      il y a des gens, aime la mort. aime la mort, il y a des gens
      pas triste pour deux sous, trois sous. suce les seins
      de l’otarie. et dire qu’on aurait pu danser même si
      sur un seul pied, sur un seul cor

      je me suis retrouvé la langue entre tes je me suis retrouvé
      du gras dans l’homme, des têtards dans la vase
      je ne parle plus à mes amis. mes amis ne sont plus mes amis. c’est comme ça
      que tout a commencé

      quand dieu ne pénètre pas dans la maison, la poussière a du mal
      le ventre mou d’une femme. on donne ce qu’on peut on ne
      récupère guère plus
      on éjacule malgré le froid

      brève éclaircie cosmique – j’ai même sorti le doigt du trou
      de nez de qui, silence on dort ou du moins
      on fait semblant de dormir
      comme on fait semblant d’avoir faim. semblant de jouir. d’être soi
      fermement accroché au sol dérobé

    26 septembre 2024

  • tout ce qu’un soleil bancal

      diatribe contre son camp
      il y a mieux il y a pure : je me suis fait un croche-patte, un porte-
      manteau en guise d’écharpe. demain si je suis mort ou malheureux apporte-moi un
      bouquet de fleurs séchées

      petit esprit grandes enjambées, tout le mystère sourit de moi
      la coupe d’un aigre champagne
      on se croirait encore en vacances, alors qu’il ne s’agit que d’une absence de but
      d’une défection du sens

      les petites vieilles, caresser les petites vieilles
      ou bien les renverser, leur faire chausser du 36, ou même du 38
      à force de n’être rien le rien finira t-il peut-être
      par prendre des couleurs

    23 septembre 2024

  • je préfère un caillou

      et c’est toujours en la lumière qu’on creuse, qu’on s’enfonce, qu’on s’aveugle…

      dieu de tous les trous, de toutes les retombées
      dieu non de vérité, mais de l’épuisement du mensonge
      brève éclaircie unijambiste éternité, espace bienfaisant sous mon ombrelle tachée

      mourir, simple accident de parcours
      blanche irrévélaltion d’un défaut de contour
      je me sens un caillou sur le chemin sans fin – toujours tenir
      un caillou dans sa main, faute d’orange

      chien n’attrape pas mouche
      comparer un homme à son néant produit de la pitié – et que pourrions-nous éprouver d’autre que de la pitié, nous à qui l’amour est défendu ?
      qui s’y colle n’en décolle

      prendre congé de soi, la main piochant machinalement dans le sachet de cacahuètes
      rester muet – tant d’années rester muet, et jusqu’au bout muet
      ressusciter à la moindre goulée, ne perdre le nord que pour de redécouvrir l’espace enfin,
      l’espace avant toute chose…

    19 septembre 2024

  • l’impersonnel en transe

      on va dormir quand, on va dormir comment ? le vide et la bougie
      je me suis tranquillement pas bougé – je, l’univers en position assise
      assise quoique inquiète
      verticalement inquiète

      j’ai réalisé mon absence de rêve, me voici mort à présent
      je le dis couramment
      je l’énonce en diagonale
      un horizon bancal, une histoire de zizi

      on s’habitue méchamment, on s’habitue à rien
      on berce dans ses bras l’os de son ombre, au moins ça
      on tue le temps pour rien, radieuse redondance

      on ne s’embrasse qu’une fois, le temps de voir tomber ses lèvres
      l’anus en fleur, il n’y a plus de banc il n’y a plus
      le tréteau d’un corps mal calé
      on s’achemine vers le rien le plus net, d’un genre
      idéalement féminin

      tant qu’il y a le langage il y a de l’homme, or l’homme se déclare non nécessaire
      on ne meurt jamais : on ne fait que mourir. le fruit
      définitivement rouge

    16 septembre 2024

  • errer l’dimanche

      même si ça veut dire quelque chose, ça ne veut rien dire – et c’est exactement ce que
      cela sous-entend
      ou pas

      chôme dans ta douleur, au printemps de ta mort
      c’est quand tu dors que tout remonte de ta mémoire dure – les petites courges entre enfants
      les infiltrations digitales entre grands

      ma mère m’a tout appris, un verre d’eau à la main
      carrément méchant. je me suis fait tout minus
      entre une rame et son ombre

      quelqu’un mène au combat – dire qu’une vie rétroactive…
      puce ta chatte. tellement peur qu’on m’enlève
      le peu que j’aime et de retour
      fuite en avant les jambes néant

    13 septembre 2024

  • carrément judith

      parler s’immisce. les autres ont le corps nu
      extensibilité du néant, réduction des déficits, parler s’amenuise
      une fille est une fille – toute cette chair inutile, cette âme prise en défaut

      une tuile faiseuse d’anges, de gazeuses réflexions
      je te suce la main, je te suce les palmes entre les doigts je te suce
      les ongles. c’est vrai que je n’ai rien d’autre à foutre, en semaine
      ni le dimanche
     

      casser le coude. se remémorer
      d’assez peu nombreux.
      j’ai mal à ma chambre. c’est vrai qu’elle pousse à reculons, ma chambre
      c’est vrai qu’on ne va pas plus loin, depuis que nous sommes ce loin
      que le lieu ne déborde plus

      j’ai crotte la misère. alors je t’embrasse sur les lèvres, t’embrasse avec mon bec de lièvre à moi
      j’appuie sur ton anus comme sur le bouton
      d’un ascenseur en panne, d’un
      destin en faillite je suis heureux je crois :
      sans rien à perdre, et qu’un dieu inutile…

      pur sang de celle, et les bras qui m’en broutent
      tu pues d’ l’aisselle, lieu commun de toute dé-nomination
      je baisse mon short – ou en tout cas c’est ce que je ferais si l’idée me prenait un jour de
      porter un short

    10 septembre 2024

  • mourir dans l’tas

      parce qu’avant, il n’y avait rien
      ni après, comme par un fait exprès
      quand l’existence tourne à l’halloween, les petits carrés de sucre que l’on s’enfonce dans l’cul
      je me suis encore endormi
      à la moitié du film…

      chanter ne nous rendra pas la voix, mais a-t-on seulement besoin d’une voix
      quand on a déjà le chant ?
      face à moi tout s’illumine, comme par enchantement. et derrière moi quelqu’un toujours
      repasse avec la balayette

      je ne suis plus une fille. j’avale la bouche vide, la bouche froide
      si tu pleures entre deux croix, c’est que la tienne n’a pas poussé du bon côté
      ou le ressort tordu

      balcon sans maître, frêle structure – je baisse la vitre
      on sait jamais, je baisse la vitre
      j’ui fais pas des enfants, ni dans le dos
      ni sur le ventre
      tristement incongrues, ces pompes et flexions en plein naufrage…

      dans l’tas n’est pas compris, dans l’tas dort dans la chambre
      d’à côté. il ferait mieux de rentrer chez lui, lui qui n’en est
      jamais sorti – juste une fois faire un tour, deux tours, trois tours,
      l’impasse tous azimuts

    7 septembre 2024

  • quand un contraire veut vivre

      par terre c’est la mer. et l’on n’existe plus
      on se sent comme à la maison, sauf que ne se trouvent plus de maison ni de ces très
      hautes demeures en soi.
      j’habite une perte de vitesse, une rame  sur trois, la vie malgré la mort consiste en cela précisément : la vie
      malgré la mort. ou toute autre incartade je ne sais pas j’ai per-
      du l’habitude…

      avant tout je suis un homme, avant tout. un genre d’être humain ce qui
      doit bien signifier quelque chose après tout – quelque chose ou autre chose qu’importe, après tout. quoi qu’il en soit on fait ça : on
      s’enfonce, on décolle, on rame dans le vide, on prend le tram direction porte, fenêtre ou mairie
       des lilas

      le chemin frileux. le chemin
      de toute évidence. et tant pis si mes doigts
      ne te touchent pas, mes doigts
      n’entrent pas dans ta danse, je crois que j’ai perdu mes os – je détecte
      un horizon sans substance, et si vide
      qu’idéalement je m’y projette

    5 septembre 2024

  • pic-nic du gros

      des yeux comme le plus petit dénominateur commun. la vie comme une crasse dont on ne se dépare pas
      le relatif du relatif et les mains dans les poches – on ne supporte plus de se tenir
      par la main, la taille, l’argent
      alors on se tient par la fiente

      je n’ai pas de tanière. je ne dispose même pas de la plante des pieds
      pour un tel désert. j’ai le numéro d’un bus à l’esprit, d’une ligne de bus. je m’accuse de vivre
      je n’en ferai rien
      je ne bougerai pas le petit doigt
      je ne rendrai rien – ni l’âme ni les coups
      j’habiterai ce vide, jusqu’à ce qu’il m’en chasse

      dans ma boule de cristal j’ai vu un rat
      et ce rat semblait heureux, quoique supposé incarner mon profond désespoir
      je lui propose un café, il décline le café. je lui propose une tisane, il dit va pour la tisane
      j’ai failli l’égorger mais je me suis retenu – non : simplement je n’ai pas pu

      on ne caresse pas les fesses du rat. le rat mord
      nul n’est l’être qui convient

    2 septembre 2024

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