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assis là sur un banc


  • n’accroche pas bulle

      de quelle absence suis-je donc le sinistre animal, le cuistre sidéral ?
      je ne me dérange plus pour rien – ce n’est pas que l’on doive s’arrêter, c’est qu’il nous faut comprendre que
      l’on a jamais bougé, quelle que vaine agitation

      s’appeler quoi, s’appeler qui – mes lilas rabougris, je ne les ai pas arrosés je n’ai
      nul besoin de mourir pour me demander pourquoi j’ai vécu
      seulement me souvenir, afin de ranimer en moi la douleur telle qu’
      elle me définit, passé simple ou présent

      la potence et une glace, à la pistache de préférence
      cela m’apaise, de ne rien toucher. cela m’apaise de ne rien m’approprier
      je caresse le clou en moi
      j’ai l’impression qu’il saigne

      un chien connaît quel bruit on mène
      dessus rivière, ou sur gazon
      revient la balle, non, ne revient pas la balle
      – never mind

    5 juin 2024

  • morte saison

      moi, le rôle et le chien tout au fond du miroir, nous n’en voulions plus, nous n’en pouvions plus
      de cette étable, de ces alignements parfaits de tombe égayant
      les cimetières militaires

      tu dors. tu dors par milliers. par dizaines de milliers. et lorsque tu t’éveilles ce n’est que pour
      te regarder dormir, comme ça de haut
      seul contre tous

      racler la gorge, et autre chose encore, de plus profond, et ne portant pas slip
      j’ai nénuphar, j’ai nénuphar en moi, quand je sors mon mouchoir
      et me mouche dedans

      tout me tombe en dedans – le vieil avec le vieil, le veuf et le cercueil
      omniprésent.
      l’ombre qui me traverse retombe derrière, puis en pâte solaire.
      zéro plus zéro constituait l’assemblée

    2 juin 2024

  • et puis on fit semblant de rentrer quelque part

      on le sait pas, on le sait peu, mais les chiens aussi
      meurent de faim, et aboient sans raison
      à la mer en surnombre.
      venir m’emporte. le reste du temps je
      m’ennuyais profondément

      l’axe solide, verticalité de la chute oblige, prenant racine dans le vide ou le vide pour racine, je
      m’achète une mauvaise conscience, avec les sous qui restent et me
      réchauffe à distance c’est comme ça, en être de
      pure timidité

      on n’est plus à ça près
      on n’est plus à rien près
      poussent les parapluies, se rident les distances
      acculés à l’infini, nous ne distinguons plus l’œil
      du jour qui s’étiole

      les humains ne font pas ça tous les jours
      la mer par contre oui, sur la roche, chaque jour comptant
      d’une éternité en faillite.
      spirituellement parlant, je joue aux osselets sur un sol
      très passablement stable

    31 mai 2024

  • à la lumière du néant

      il y a de la finesse dans les cheveux de maman il y a de la finesse
      dans les cheveux d’une morte
      il faut bien les coiffer les morts on ne peut pas laisser
      un mort échevelé
      un mort écervelé on ne peut pas laisser
      un mort sans concession

      si ce n’est un mort que mort s’ensuive. on ne se souvient pas.
      on vivra jusqu’à trois – comment faire autrement ?
      quand dieu ne parle qu’à soi il cesse de parler. ça n’a l’air de rien, dit comme ça
      la factrice non plus n’a l’air de rien, et pourtant elle est factrice

      rien, on ne fera rien de notre vie. on fera punk à part.
      je suis exactement ce qui sépare le jour de la nuit, cette frontière sous couvert, ce chavirement fétide
      littoral intérieur ou point de divergence intime
      par contre je ne sais plus où aller pisser c’est embêtant. je vis donc comme j’ai toujours vécu : de travers

      il ne restera rien que la pure joie de dieu,
      une paire de chaussettes séchant à
      la lumière du néant
      ou, tagué sur le mur du temps, le tracé sommaire d’un bite avec marqué en gras au-dessous :
      va pourrir, poésie

    28 mai 2024

  • économiser la poussière

      la vie manque de bancs
      de vrais bancs
      comme de cordes qui pendent, d’azurs imprescriptibles
      je penche du côté gauche c’est presque la mort me léchant le visage
      je penche du côté droit j’ai toujours envie de jouir
      or mais jouir ne vient pas

      la vérité, c’est ce dont la mort ne sera pas venue à bout
      alors tu empruntes le tunnel, tu enfiles un harnais
      qui ne regarde pas la mort jusqu’à s’en crever les yeux ne fait que bavarder
      eh bien bavardons

      tous les anges ne plongent pas simultanément – certains
      dont le parachute ne s’ouvre pas
      font tomber la pluie ils ne savent comment
      sans la fin pas de début, sans yoghourt pas de vache – proverbes et sentences d’un
      radieux désenchantement

      les trous qui se trouvent en moi, je les comble avec les trous que
      je trouve t-en moi
      moins plus moins égale rien, légèrement au-dessous de zéro, un jour éternellement férié, une odeur persistante de frites
      il faut se retenir de pleurer, tout comme il faut se retenir de rougir
      économiser la poussière

    26 mai 2024

  • pas d’amour dans les yeux de ma mère

      certaines oreilles se dressent semble t-il, et cela se passe vers le fond
      je ne suis jamais allé jusqu’au fond, d’autant moins au-delà du fond
      mais je le contemplais de ma fenêtre, une fenêtre
      avec des clous pointés vers l’intérieur

      j’ai posé des coquelicots sur l’intérieur, ce qui ne s’avéra suffisant ni pour le perpétuer
      ni pour l’achever, en conséquence de quoi rien
      on n’étrangle pas l’air
      on évite de renverser son verre
      on s’efforce de se maintenir à flot, et ensuite seulement d’y trouver un sens quelconque

      pas d’amour dans les yeux de ma mère
      entre ce qui disparaît de ma mémoire et ce qui jamais ne l’effleura, j’étends un horizon
      autrement dit, à chacun son bol, à chacun sa litière
      j’ai quand même fini par m’endormir

    24 mai 2024

  • compile-moi un destin

      la pluie sous la pluie, bof, et la mort sous la maison
      à respirer comme elle peut, à travers les décombres, les narines bourrées de papiers usagers
      de morve à l’ADN atrophié

      quatre fois l’amour pôles inversés, petite sirène ménopausée
      s’abriter sous un arbre si rachitique que la foudre ne daigne l’achever, le vent s’y faufiler
      parapluie dont ne resterait que le manche et les baleines
      et je fous quoi, moi, là-dessous ?

      petite misère à visage humain. trois brasses en dedans et ça ne pense déjà plus
      plus de noix à broyer, de caillou à déplacer – surplace m’a définitivement largué
      en fin d’échéancier, avec un trou dans la joue je ne sais
      à quelle fin. décrire le précipice

    22 mai 2024

  • je pose mes dents par terre

       on a du mal à rester tranquille, surtout quand pas un pète de vent sur la terre zombifiée.
      au diable les alibis.
      ne plus rien vivre, ne plus rien écrire
      – que le corps à passer

      comment connaître le fond sans qu’un trou ne le révèle ?
      j’admire le paysage, vraiment, je l’admire
      et je me fous du paysage.
      je pose mes dents par terre

      vivre sans vie, mourir sans mort, antimystiquement.
      léger sursaut de grâce, et pourtant on n’est que lundi
      à jamais lundi, mauvais cholestérol
      ou panne d’ascenseur

    20 mai 2024

  • manger le testament

      avec ma mentalité d’os, d’auditeur des pulsions mornes ou encore
      de leurs silences traversants.
      si je lance la pierre aux visages se briseront-ils – ou devrais-je seulement me contenter
      de ne plus les lécher, eux qui
      sous la dent fondent…

      la fête finie tu erres, tu erres, tu fais la tournée
      des fonds de verre
      remues la lie, fracas de vide.
      un chien reconnaît les siens. n’importe qui reconnaît les siens
      ne reste que la rage, ouvertement
      la rage même sans la dent

      dans le sens du poil non mais pis quoi encore
      la cuirasse nue, le gel à blanc, avec un genre de bite poussant au milieu
      mauvaise herbe ou lupin
      lupin-prolétariat

    18 mai 2024

  • danser du côté de loutre

      j’ai toujours mal à mon pouce, toujours mal à ma cuisse, quelqu’un meurt
      sans que l’on s’en aperçoive ou ne s’en inquiète
      si tu rigoles je te chatouille, si tu m’embrouilles je…
      entre les portes un dieu somnole

      je vais quand même repartir dans l’autre sens, je vais
      lisser avec la langue les ailes de mon passeport
      faute d’avion, choper un parachute
      tomber en grâce

      un homme me mange dans la main là, ou un pigeon
      ce genre gros de violence
      il n’y a rien ni personne entre moi et l’océan. pas même l’océan quand je fais mine de
      m’y noyer tout entier

    15 mai 2024

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