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assis là sur un banc


  • carrément judith

      parler s’immisce. les autres ont le corps nu
      extensibilité du néant, réduction des déficits, parler s’amenuise
      une fille est une fille – toute cette chair inutile, cette âme prise en défaut

      une tuile faiseuse d’anges, de gazeuses réflexions
      je te suce la main, je te suce les palmes entre les doigts je te suce
      les ongles. c’est vrai que je n’ai rien d’autre à foutre, en semaine
      ni le dimanche
     

      casser le coude. se remémorer
      d’assez peu nombreux.
      j’ai mal à ma chambre. c’est vrai qu’elle pousse à reculons, ma chambre
      c’est vrai qu’on ne va pas plus loin, depuis que nous sommes ce loin
      que le lieu ne déborde plus

      j’ai crotte la misère. alors je t’embrasse sur les lèvres, t’embrasse avec mon bec de lièvre à moi
      j’appuie sur ton anus comme sur le bouton
      d’un ascenseur en panne, d’un
      destin en faillite je suis heureux je crois :
      sans rien à perdre, et qu’un dieu inutile…

      pur sang de celle, et les bras qui m’en broutent
      tu pues d’ l’aisselle, lieu commun de toute dé-nomination
      je baisse mon short – ou en tout cas c’est ce que je ferais si l’idée me prenait un jour de
      porter un short

    10 septembre 2024

  • mourir dans l’tas

      parce qu’avant, il n’y avait rien
      ni après, comme par un fait exprès
      quand l’existence tourne à l’halloween, les petits carrés de sucre que l’on s’enfonce dans l’cul
      je me suis encore endormi
      à la moitié du film…

      chanter ne nous rendra pas la voix, mais a-t-on seulement besoin d’une voix
      quand on a déjà le chant ?
      face à moi tout s’illumine, comme par enchantement. et derrière moi quelqu’un toujours
      repasse avec la balayette

      je ne suis plus une fille. j’avale la bouche vide, la bouche froide
      si tu pleures entre deux croix, c’est que la tienne n’a pas poussé du bon côté
      ou le ressort tordu

      balcon sans maître, frêle structure – je baisse la vitre
      on sait jamais, je baisse la vitre
      j’ui fais pas des enfants, ni dans le dos
      ni sur le ventre
      tristement incongrues, ces pompes et flexions en plein naufrage…

      dans l’tas n’est pas compris, dans l’tas dort dans la chambre
      d’à côté. il ferait mieux de rentrer chez lui, lui qui n’en est
      jamais sorti – juste une fois faire un tour, deux tours, trois tours,
      l’impasse tous azimuts

    7 septembre 2024

  • quand un contraire veut vivre

      par terre c’est la mer. et l’on n’existe plus
      on se sent comme à la maison, sauf que ne se trouvent plus de maison ni de ces très
      hautes demeures en soi.
      j’habite une perte de vitesse, une rame  sur trois, la vie malgré la mort consiste en cela précisément : la vie
      malgré la mort. ou toute autre incartade je ne sais pas j’ai per-
      du l’habitude…

      avant tout je suis un homme, avant tout. un genre d’être humain ce qui
      doit bien signifier quelque chose après tout – quelque chose ou autre chose qu’importe, après tout. quoi qu’il en soit on fait ça : on
      s’enfonce, on décolle, on rame dans le vide, on prend le tram direction porte, fenêtre ou mairie
       des lilas

      le chemin frileux. le chemin
      de toute évidence. et tant pis si mes doigts
      ne te touchent pas, mes doigts
      n’entrent pas dans ta danse, je crois que j’ai perdu mes os – je détecte
      un horizon sans substance, et si vide
      qu’idéalement je m’y projette

    5 septembre 2024

  • pic-nic du gros

      des yeux comme le plus petit dénominateur commun. la vie comme une crasse dont on ne se dépare pas
      le relatif du relatif et les mains dans les poches – on ne supporte plus de se tenir
      par la main, la taille, l’argent
      alors on se tient par la fiente

      je n’ai pas de tanière. je ne dispose même pas de la plante des pieds
      pour un tel désert. j’ai le numéro d’un bus à l’esprit, d’une ligne de bus. je m’accuse de vivre
      je n’en ferai rien
      je ne bougerai pas le petit doigt
      je ne rendrai rien – ni l’âme ni les coups
      j’habiterai ce vide, jusqu’à ce qu’il m’en chasse

      dans ma boule de cristal j’ai vu un rat
      et ce rat semblait heureux, quoique supposé incarner mon profond désespoir
      je lui propose un café, il décline le café. je lui propose une tisane, il dit va pour la tisane
      j’ai failli l’égorger mais je me suis retenu – non : simplement je n’ai pas pu

      on ne caresse pas les fesses du rat. le rat mord
      nul n’est l’être qui convient

    2 septembre 2024

  • le trou tel qu’il s’assoit

      le trou tel qu’il s’assoit
      dessus. moi j’ai pleuré la mort dans l’âme, moi j’ai dormi
      dedans.
      puis, quand tout s’est arrêté, j’ai plongé – j’ai plongé j’ai plongé – quand tout s’est arrêté j’ai plongé je
      ne sais où, en quoi

      quand un chien se regarde dans le miroir, c’est le miroir qui baisse les yeux
      on ne se souvient d’absolument rien, on le pur produit d’un défaut de réminiscence
      on embrasse un ballon sur la bouche : paf ! éclate le ballon
      on se gratte la cou-couille : paf ! éclate la cou-couille

      il y a quelque chose qui fait que nous ne disparaissons pas : notre faculté d’adaptation à notre propre disparition
      on lève les bras guili guili. on tombe les bras – bon, les bras m’en tombent
      ce qui nous mène nous mène – enflent nos chevilles en conséquence…

    31 août 2024

  • le mur s’est arrêté là, juste à ma porte

      il y a lieu comme il y a chant, à l’ouest de mon temps. un pas de côté nous sépare de la route. on durera bien jusqu’à novembre.

      tu couches avec le cheval mais le cheval lui ne jouit pas, il pense à autre chose. tu rentres par le chemin le plus long, celui qui ne sort pas de la cour.

      une minute d’intense silence, pendant laquelle tu te regardes tant que tu finis par ne plus te reconnaître. si tu tombes à terre un ciel se relève.

      je ne sais plus sur quelle ombre je me brise, à quelle vision je me raccroche. il fond. tu lui laisses ou lui gardes une place, lui fond quand même.

      il ne se passe rien, d’un ton pluvieux. j’attache les doigts à d’autres doigts ne ferme pas la corde. l’apesanteur finira par l’emporter.

    28 août 2024

  • manger une pomme

      je me range du côté
      des morts, de leur maison.
      à un moment donné je fais sécession, à un moment donné je pose
      ma démission. je me range du côté
      de l’absence monumentale, du non-lieu résiduel
      je pleure bitume

      histoire d’un blanc, d’un silence en
      rupture de ban.
      manger une pomme
      trognon, pépins compris – toutes les guitares
      se sont éteintes et de mon âme, oh de mon âme
      se retire à jamais l’âme

      bord de l’ombre. le paradoxe
      éclate la dualité. pencher seul au-dessus d’un
      succédané de café. la bruine misanthrope
      – quelque part quelqu’un
      revient

    25 août 2024

  • peau de ballon

      terre au goulot, chien au poteau. l’amour
      au piloris.
      quelque part me tape sur l’épaule
      ai-je une nuit, suis-je une nuit
      si profonde que je ne
      m’en réveille pas ?

      tue mon homo-, tue mon syno-
      nyme. la gare, le réfectoire. je quitte mon
      destin. par la fenêtre
      tombe
      tombe et retombe
      en vain : la fenêtre défini-
      tivement
      ne s’en relève pas

      plus tard tu tapes dans tes mains
      plus tard tu te lèves pour
      aller pisser. plus tard, tu ne dors pas
      dormir lâche les ballons
      le reste creuse, et creuse – peau de ballon, conditionnalité d’un
      l’orgasme inopiné
      pour tout dire exaspéré

    23 août 2024

  • genèse de l’indigence

      ce qui ne
      signifie rien – les belles dents blanches de ce qui
      ne signifie rien, sans espoir de ne
      jamais rien signifier
      d’autre qu’attendre, devant la boîte là
      éventrée, la bouteille cassée
      jolis tessons

      mourir ne dira pas son nom. mourir
      abandonnera son nom. mourir abandonne tout
      abandonne les ombres, les pétards mouillés les
      cinglants les
      étincelants. mourir
      rentre dans la tombe, et meurt
      sans fin meurt
      et meurt

      au doigt mouillé
      à la couche trempée
      au banc de sable.
      il y a eu un accident
      l’homme s’est relevé
      d’entre ses os
      – le néant même
      ne l’a pas reconnu

    21 août 2024

  • demain d’un long voyage

      tout dépend de comment on s’y prend, et là comme on s’y prend – pas mal, pas même de travers, mais pas. on ne s’y prend
      carrément pas. on
      dépose les armes, approximativement alignées et une fois
      les armes déposées, on respire un bon coup, un bon coup
      on respire bien à fond

      tu fais tout un printemps d’une hirondelle, tandis que moi depuis trois jours au moins je pèle de l’âme
      je suis tout huis
      j’attends que ça passe, sachant pertinemment que ça ne passera pas, vu que c’est déjà
      passé, l’année dernière déjà ou peut-être même avant
      déjà

      ensuite il est trop tard. trop tard pour se réveiller. trop tard pour se rendormir, également
      la chute, suspendue jusqu’à nouvel ordre. se dire que ci se dire que ça, le vide à moitié plein du sentiment de soi ou
      l’x d’une équation sans résolution alléluia, parfaite inadéquation

      demain d’un long voyage. enfin… d’un voyage
      une grue à l’optimale. à l’optimale de la verticale, perçant le reflet
      crevant le nuage. enfin… le nuage
      lourd d’inconséquence. si lourd. camion citerne. semi-remorque ne
      remorquant rien. rien d’un voyage à vide

    18 août 2024

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