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assis là sur un banc


  • la nuit c’est quand même mieux

      dieu d’un sol et d’une terre que l’on prend soin de
      ne pas confondre. dieu d’un ciel et d’une aile on finit
      le zizi rabougri à force de, à force de ne
      – n’étant que ce qui
      reste de soi…

      j’appelle ça une vache, j’appelle ça une vie – ça dépend d’où qu’ça tombe et quand ça ne tombe de
      nulle part
      qu’en la tranchée
      la tranchée haute
      ‘cré nom d’un chien

      mourir n’aime personne, ça tue raide le fantasme
      ta main mais je n’ai plus de sexe, ton cul mais je n’ai plus de feutre – j’appuie sur
      le contour de l’espace neutre un mort
      se relève et crânement m’adresse un
      maigre doigt d’honneur

      je n’arrive pas à
      me demander pourquoi
      d’un sens ou de l’autre me
      demeurant égaux, et ma vie de plus en plus ne
      ressemble qu’à ma vie, c’est à dire rien, de vide
      et d’ultra doucement vide

    29 octobre 2024

  • l’amour par ricochet

      et moi je n’en sais rien, et moi je n’en peux rien – j’ai vécu là-bas, plus bas encore, comme
      un âne en pâte, une courroie de transmission en panne de
      transmission, ou simplement d’inspiration

      j’ai derechef
      planté un arbre en toi, une substance sub-
      tilement chimique
      un dieu m’a tiré les oreilles, une veuve amidonnée me les a
      retirées. j’ai pour un jour comme tout un chacun
      été le maître, ippon sur glace

      la mer si lointaine – aussi dedans que l’on y plonge, si lointaine la mer
      par exemple, je vis à bout – de souffle de gland pire: je
      ne vis pas
      le pactole que chaque génération lègue à la suivante
      se rabougrit, carrément tend à
      queues de cerises

      cheval qui monte. en un quart d’heure che-
      val qui monte
      on aura tout entendu
      on aura même tout vu
      une main sur l’épaule du vent et les miettes pour tout festin – bref on aura
      tout menti, tout
      perverti

      dieu balle perdue
      ça commence comme ça, ça
      finit n’importe comment. ça ne
      finit même pas, tellement déjà fini avant même
      de commencer. dieu trou de balle perdue – et merci
      pour la vidange

    26 octobre 2024

  • tendresse ma silhouette, tendresse le reste

      il y a une nuit
      il y a une nuit où je n’suis rien
      un mec sans flamme, sans bois
      tu me parle d’un moteur et je n’écoute pas, je
      n’écoute rien

      et tout ce qu’un homme dit de soi on l’a
      oublié on l’a
      jeté par-dessus bord tant au
      bord se tenait le bord, et le vide influent
      stable dans l’informe

      le néant fleur spontanée – j’aurais pu dire autre chose j’aurais pu
      penser à mère en cendres, à la
      matérialité de la cendre
      d’être né quelque part, brèche à tout vent
      et le petit poucet

      vendre un animal ne m’a pas rapporté grand chose – le poids des os
      le point zéro d’un saignement de nez d’un
      éternuement métaphysique
      à pieds joints sur le ventre d’une grosse et pourtant je
      ne meurs pas davantage

      à force de changer, les choses finissent
      par se ressembler. définitives bien qu’allogènes
      je porte à bout de bras mais même ça je lâche
      je lâche les bras

    23 octobre 2024

  • le temps qu’il faille

      les choses qui passent, les mots de passe, les pass-nulle-part – un jour je ne reviendrai pas, un jour
      je ne suis pas revenu c’était le jour
      dont on ne revient pas, le jour où tu t’es coupé les cheveux par exemple
      les choses qui passent, laissant veuves et orphelines celles qui
      ne passent pas
      ne le peuvent plus

      il m’éblouit, le néant – il m’éblouit par toutes les pores. l’odeur de la…
      passer par là. repasser, voir si l’on y respire encore, si l’on n’a pas bougé
      bougé ça ne risque pas, ou alors seulement histoire de
      se retourner, changer de côté. prendre une aspirine, une aspirine ça ne
      règle pas tout

      non je n’sais rien. je n’y habite même pas
      je laisse mes bottes à l’entrée, et le vent à la fenêtre
      chaque jour que je m’abandonne le néant me ramasse, me ramène ma porte
      frappe, je ne t’ouvrirai pas
      demande, je ne te répondrai pas

      ça fait tellement longtemps, tellement longtemps comme ça, et jamais autrement
      je sais, il faudrait se montrer plus précis, plus concret, plus ver de terre
      un esprit à charge, trop de responsabilité – plutôt dessiner le vide courant
      sur une page blanche…

    20 octobre 2024

  • on tue pas d’animaux

      mes pieds ont perdu leurs plantes, et mes genoux leurs coudes
      hirondelle piégée par l’hiver boréal, ovide à constanza, je me suis mis à rêver
      d’une rivière tranquille…

      tiens, un mort se réveille
      finit son verre, ramasse sa cédille – un monde, se dit-il, un monde dans lequel notre pitié
      recouvrirait tout entier notre dégoût…

      vache-moi l’dos. sinon fais ce que tu veux, vas où tu veux, plie-toi en deux
      un trou entre les bras. j’ai beau serrer, serrer, ça tombe dans le trou
      puis ça mouronne
      une vie durant, ça mouronne
      une mort durant, ça vivote

      vaches, vaquons, vaquez, au bout de la mort la mort ne compte plus
      on se prend la main
      on se lâche la main, on se tient par
      la main lâchée…
      je voulais juste être payé à ne rien dire, me taire profondément
      et plus profondément encore

    17 octobre 2024

  • si loin que je manche

      pays de brumes et de mulots, campagne environnante, mes cheveux teints en bleu
      absorber le vide de dieu tout en consultant
      le menu d’la cantine. j’ai peur d’un monstre par hasard, d’un lézard
      poussant en moi, poussant
      jusqu’à m’expulser tout entier

      femelle du moribond, la moribonde, la veuve aux trois tampons
      je m’achemine mais lentement, de plus en plus lentement, vers l’extrêmement lent
      je me rappelle quelqu’un. d’autre part je me souviens d’un gant, d’une fille vomissant sur son
      élégant tablier
      . la mort nettoie tout ça

      on s’assoit quelque part, on sort son p’tit pique-nique, déplie
      son mouchoir à carreaux
      devant s’écoulant gris, le fleuve à reculons
      ai-je été jamais si seul – si seul que j’en oublie d’exister, oublie de m’appeler, me rappeler et pourtant,
      tant que nul ne me répond je sais que je suis là, les bras croisés les bras ballants
      la calotte à l’envers

      plus ment la vérité, plus sincère l’ignorance. j’appuie sur le bouton
      j’appuie sur le bouton, il ne se passe rien. quand je m’éteins non plus il ne se passe rien – on dirait bien
      que j’ai raté quelque chose
      mais peut-être pas après tout, peut-être n’ai-je fondamentalement
      rien raté
      à ceci près
      . et là quoi ?

    14 octobre 2024

  • il y a peu de temps encore, debout devint contraire

      se résoudre à n’être rien, ne serait-ce que pour se débarrasser de l’idée, inféconde et futile, de n’être rien
      pierre, tombe, cisailles…

      pas grand chose à attendre du trou qui dure. la réalité a mis trois jours
      à se manifester
      sous la forme d’un quille, ou d’une pierre en suspens au
      dessus d’une marelle moitié nue, moitié mangée par la poussière

      tout va bien – l’éternité
      suit son chemin. j’ai dans mon corps un âne, un braiment retenu, retentissant silence
      mais à part ça tout va bien – l’éternité
      tourne en boucle, saute à pieds joints
      dans le vide de l’homme

      une biche et pas s’en faire. je me crache
      dans les mains, que je frotte
      l’une contre l’autre, et l’autre contre soi, je m’inscris aux abonnés absents, encore mon nez qui saigne
      pour rien, ou par pur sens
      de l’inàpropos

    11 octobre 2024

  • silence saigné à blanc

      une vache blêmit. un chien pue la pitié. je n’ai rien à faire, nulle part
      je m’arrange pour que les cheveux tiennent droit, prends soin des os afin qu’ils présentent bien blanc au jour
      de la résurrection. je me brosse les dents

      dormir tout cru. je tends la main le loup la mange. je reste frileux quant à l’avenant
      un mort s’interpose entre moi et la vie – il s’étend, occupe toute la place, prenant ses aises
      vite un crucifix, que je le lui plante dans le ventre
      c’est si mou, le ventre

      quelqu’un m’est tombé dans les bras, de très haut et depuis je le porte, partout l’emporte
      seul importe mourir, mais comment s’y prend-on ?
      dès le départ avec la bouche, on s’embrasse – mais où s’embrasse t-on ? de quel lieu s’élance t-on ?

      bidule amorphe. se contenter d’être né un jeudi
      tu t’adresses à moi comme à quelqu’un qui de toute façon n’a pas les moyens de répondre et se trouve
      condamné à écouter
      tant et tant qu’il finit par ne plus discerner aucun sens dans ce qu’il entend et en est réduit à
      s’écouter écouter, silence saigné à blanc

    8 octobre 2024

  • lundi sans faire de bruit

      j’ai la mort de tout un paquet de chewing-gums en moi et je m’emmêle dans le nom
      des roses, des orties, les horaires à l’aller, les horaires au retour
      je m’emmêle

      personne ne dure aussi longtemps. j’ai rage de dent
      je m’empresse tu t’empresses, on finit par s’empresser mutuellement
      ce n’est pas qu’il soit incompétent, mais je trouve mon dentiste
      un peu fatigué ces derniers temps. un peu triste même

      tu dégommes un lièvre de pure vérité
      sans l’attraper pour autant. j’ai l’intention de demeurer idiot, de ne pas
      ouvrir les placards, ni me retrouver
      en tel ou tel endroit, fauché comme le gel, empaillé de circonstance

      un homme est mort dans mes bras. lui a manqué la force, voire l’idée
      de me confier son nom, celui de sa mère ou de je ne sais qui encore
      je ne sais qui encore
      qui encore
      je ne sais qui

      une première vague, acrobatique, m’est tombée sur la gueule
      puis un silence étale, un silence qui
      prend son temps, prend tout le temps. c’est le temps du silence, du renard
      de la faim qui se nourrit de la faim

    5 octobre 2024

  • caillou

      untel a ses garçons
      untel a son mouron
      et s’endort sur le foin

      au-delà de toute
      confusion. prêt à parier le contenu
      de ma tirelire. simplement ne faisant pas
      le premier pas

      sous les décombres maman
      petit miroir fêlé
      la porte du milieu définitive-
      ment condamnée

      mettre son casque, enfiler
      ses grosses lunettes noires
      et sortir faire le mort. le saut
      sans parachute, la chute sans
      péridurale

      à perte de vue, l’océan gris
      et ce petit caillou qu’on y
      jette et qui jamais n’en
      touchera le fond

    2 octobre 2024

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