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assis là sur un banc


  • eurydice au miroir

      la vie sans culotte, petite fumée de vivre, prenant refuge
      dans le grand rien, qui ne protège de rien mais qui
      écarquillant les yeux
      soulage l’esprit – quel esprit ? je n’sais pas : l’esprit
      de rien, ou l’esprit-rien, comme tu voudras

      ma maison est à vendre
      ma maison est à j’ter
      à casser à la masse
      à démolir, à raser
      maison à la dérive
      j’ai enfilé un slip et j’ai plongé
      sauf que je me retrouvai nu comme un ver
      et y avait même pas de mer (rien
      qu’une bouteille en plastique éclatée
      traînant là sous un regard
      étrangement vide…)

      quelques centimes de pourboire
      une petite caresse sur la tête et allez ouste, une…
      et allez ouste. je ne me reconnais plus, j’angoisse
      j’angoisse d’être

      avant que de mourir avant que de pendre un doigt
      sans le tendre, sans le mouiller on le fourre dans son nez, déjà ça nous dispensera d’a-
      voir à chier des drapeaux, hein
      je me retourne dans ma tombe et c’est encore toi que je vois, à jamais ahurie…

    29 juin 2024

  • le bleu d’avant l’néant

      il n’y a pas plus d’amoureux en moi que de jésus au tombeau, et pourtant…
      d’un trèfle la crémation, d’un expresso le demi-sucre, vivre déborde, vivre dégueule, vivre est en trop
      d’un doigt si long d’un doigt si triste, d’un doigt fondamentalement orphelin, j’éjaculai une pensée
      une seule pensée
      verrue sous l’aisselle gauche

      puissé-je être pauvre, si pauvre, en esprit et ailleurs, des trous au coude de la nuit résiliente
      au front ou ailleurs, je me mens comme je respire, je n’atteins rien même pas
      la surface, la surface déjà
      trop profonde pour moi, trop profonde de moi, j’embrasse un port à part

      les gens qui s’appuient sur le jaune, ou sur toute autre couleur
      ne se trompent jamais. ou alors rarement, s’ennuient le plus souvent
      meurent à jeun
      au sein d’un espace si vaste qu’un compas tel que nous
      n’y trouve ni le centre, ni la circonférence
      et quand en désespoir de cause il se touche, histoire de racler l’être au fond et que de là ne lui parvient
      que le bruit de pierres broyées d’un
      assourdissant silence, d’un vide au-delà
      de tout entendement

    26 juin 2024

  • chaque humain, chaque bête

      la mort ne ressemble à rien, sert seulement de miroir à ce qui va sans but, boit un coup, bâtit des
      châteaux de sable là-haut sur la baltique ou là-bas, plus près de chez soi si près même
      qu’on y réside, qu’on y demeure, qu’on y change de pull et de maillot
      de slip à l’occasion, afin d’y
      succomber de façon propre

      je n’arrive pas à me toucher. je lance la main à l’aveuglette dans le noir, jamais je ne m’atteins
      toujours je me retiens. le trou dans lequel je m’enfonce
      n’a pas de fond. n’a pas de bout. n’a pas de paroi. on dirait qu’il me regarde, regarde chaque humain, chaque bête
      passer, choir
      disparaître
      avant même que de naître, d’apparaître

      mon tierce sent la bête du coup je tends plutôt
      à l’abstention. en toute circonstance à l’abstention je n’ai donc pas
      posé le pied sur la lune j’ai préféré rester
      auprès du feu orange, enlacer le feu orange, les plantes nues de me veines appuyées contre
      son beau visage les plantes nues de mes veines appuyées contre
      ses fesses impeccablement blanches et me grattant le coude je me
      convertis à l’envers, à l’outrage
      à l’infrason

    24 juin 2024

  • le trou au fond des choses

      j’ai un animal dans la poche, un animal de poche, une lutte fratricide
      on a placé un miroir face à chaque animal, rien qu’un poil hérissé
      entre les immondes la vie, mauvaise herbe et béton : enfant triste
      de la déloyauté

      on s’embrasse dans les trous
      dans les trous morts de peur
      dans les trous morts de honte
      dès lors un ciel me mord, une connerie comme ça
      j’aime une planche – je suce les clous les pieds d’jésus, j’aime une planche
      je me regarde dans les yeux c’est mort, les yeux c’est mort

      okay okay, je ne m’appelle rien
      j’ai vu de verre en vrai, et j’ai vu l’horizon
      ça n’en vaut pas la peine, soit, ça n’en vaut rien la peine
      d’ailleurs je ne me souviens même
      plus de la sourate

      un chemin trompe-toi d’œil, ou s’agit-il d’une méfiance
      innée, prémonitoire
      je t’embrasse sur la bouche me manque la bouche
      c’est comme si j’avais mal sans l’organe où souffrir
      ni nerf le raccordant

    21 juin 2024

  • la tache

      je ne crois qu’au mendiant, à la sueur du vagabond, du marcheur pour rien
      j’attends que ça se passe j’ai l’impression d’avoir
      avalé l’arme, la balle et la détonation j’ai l’intuition de
      n’être né que pour mourir, comme si j’avais oublié quelque chose d’absolument essentiel
      : le sens d’une évidence, une crotte de chien

      dieu
      n’est pas mon cannibale et moi-même n’ai d’appétence
      pour le théophagie, hosties-suppositoires, suppliques ostentatoires, j’ai merdé
      au premier chemin pris, j’ai merdé
      heureusement la mer, l’immense lessiveuse, dans les bras de laquelle dieu,
      ce tout petit enfant

      au cœur d’un jeu la tache est morte, la tache
      grandit de toute part, faisant huile
      de toute foin – j’ai été aspergé une fois je me souviens j’ai été abîmé
      une fois, un après-midi d’hiver ou je n’sais quand la tache
      dont naissent les atmosphères, les formes aléatoires

    19 juin 2024

  • l’extinction du souffleur

      dieu
      n’est plus qu’une présence parmi moi, gélatineuse
      une dune et ça va mal – ça va mal, même sans la dune
      la dune s’est essoufflée, la marée n’a pas pris, dieu
      n’est plus qu’une croix en moi, une croix
      en forme de cercle

      le blabla sous toutes ses formes, le blabla dans toutes les têtes
      et les coquelicots en plein vide, lâchant les rames
      après on pourrait dire : lâchant l’océan tout entier
      ne laissant qu’un poisson creux, une aurore boréale
      la perpétuelle pause-pipi

      l’anémone aux yeux pers, au regard sad. j’aurais préféré parler de moi, de moi seulement
      mais j’avais sport, piscine, un concert de zombies
      dans le train que je n’ai pas pris les humains que je n’ai pas dévisagé, auxquels je ne me suis pas adressé
      moignons et seins à la dérive

      je me mets le temps qu’il fait, la soupe des gens près à se coucher
      puis je me couche, insensément, insensément jusqu’à la moelle
      le néant me calme, qui n’est pas le néant mais simplement
      la suspension générale, l’absence d’absence
      l’extinction du souffleur…

    17 juin 2024

  • en vrille

      j’ai marqué d’un point gé l’espace polichinelle
      et j’abuse d’un quant d’heure, j’abuse de la vie ou
      de l’illusion de la vie qu’importe
      en domaine liquide

      je n’sais pas – j’ai mangé mes meurtrissures
      la mort m’a usé, j’ai la bouche pâteuse
      je regarde devant moi sans rien voir
      en abruti mélancolique

      soleil d’un grand bazar ou frivole unité
      par temps vide
      surface lisse, comme on s’arrange
      avec son inconscience

      marcher d’un côté, tomber de l’autre
      réajuster, claudiquant par exemple
      ou volant ras

      l’appui géant un ciel, mou par endroits. étrange éloge
      de la décrépitude.
      aller tout droit m’a mené là, à la source-même
      du hasard ou de la
      coïncidence

    15 juin 2024

  • nulle part à ma portée

      quand de ce qui s’éteint s’allume dieu. je ne te promets rien – avant tout je ne me promets rien. du bleu sur tes lèvres, du bleu sur tes doigts, attendre simplement que ça se tasse. dès lors s’envole une huître. ou prend feu

      j’ai matelassé mes couilles – on ne sait jamais. dans le même ordre d’idée ai-je fait l’acquisition d’un tout petit appartement dans une ville étrangère, une ville avec des gens dedans. des gens qui sans raison apparente regardent les ferries passer

      sans poids sans masse, tout me tombe dessus. j’ai donc intériorisé pleinement l’esprit de la chute. l’univers m’écrase comme un ballon suspendu écraserait l’air. il fond. on peut appeler ça comme on veut, il fond

      je ne me cache pas vraiment, sauf derrière une translucide indifférence, impénétrable transparence. quelque chose me susurre de ne pas prendre part. à quoi que ce soit. de ne prendre part à quoi que ce soit. de replier mes orteils, mon astragale, mes cocottes en papier recyclé

    13 juin 2024

  • la vie assise

      je ne me suis rendu compte de rien. d’ailleurs je ne vivais de rien. la définition du temps perdu s’enlisait dans mon esprit affamé – affamé de quoi ? affamé de temps perdu, indispensable horizon.

      mon dieu ne parle à personne. mon dieu ne me parle même plus à moi. mon toit fuit et je ne connais personne pour le réparer.. je n’ai de toute façon pas de téléphone, circonstance aggravante.

      la laideur m’enlaidit. elle enlaidit mon esprit, elle me ronge l’existence. la laideur me colle aux yeux, par le dessus par le dessous. la laideur me désenchante, c’est vraiment grave.

      que les yeux tombent des poches, j’ai toujours l’amour en suspens. je devrais m’arrêter là mais puisque rien ne me retient, je m’écoule, je découle. certains jours même je découche. tout cela donne le la d’un silence discordant.

    10 juin 2024

  • mary can fly

      il n’y a plus d’homme. j’ai cassé ma barrette
      je n’ai plus mal à personne, ma barrette
      s’approfondit
      s’approfondit vraiment

      sombre entre quatre murs
      j’ai beau me répéter « mary can fly », « mary can fly » aux pires moments, rien n’y fait : mary don’t fly
      l’en empêchent les poux, les plafonds et les gens
      l’en empêche mon nombre
      impair à son essor

      je ne me bats plus
      contre ma tête je ne me bats plus
      contre mon sang – cela montre à quel point je suis vieux si l’on veut. la pomme finalement
      absorbera le ver

      j’ai peur que ne te répondant pas, tu ne reviennes pas
      alors du fond d’la tombe, j’ouvre
      j’ouvre mon parachute

    7 juin 2024

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