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assis là sur un banc


  • le ver, le fidèle

      j’ai gardé le ver, juste jeté la pomme – le trognon de la pomme, la pelure de la pomme
      Jourdain, Pyrénées et Lilas. la mort au bout et la mort en chemin. la même. variantes d’une seule et même
      je manque de bouche. pas de creux, seulement de bouche – lèvres langue, consistance
      se jeter dans le vide et alors ? alors rien. se jeter et puis rien. même pas

      rentrer à la maison. quand bien même vide. tant pis la maison vide. acculé à ce vide qu’ont quitté les fantômes. je me touche le
      bout du monde – pourquoi le bout du monde. septembre et les canaux
      tombent à l’eau. décembre on se retrouve
      à la rue. avec ses dents. rien que ses dents

      et lorsque soufflera, tombera le vent je ferai comme si
      je n’en saurais rien, n’en aurais jamais rien su. le vent ou autre chose
      autre chose ou soufflera, tombera. profond poumon. verge déchue

    25 décembre 2024

  • un ciel en accès libre

      faire l’huître. rentrer à la maison. n’importe quelle maison. celle où la lampe veille. où l’attente inconditionnelle. où la solitude comprend un espace (à peine) plus large, se déborde un minimum
      quelques photos du fils exilé. un animal en blotissement. rien qu’un bout de mouchoir nous procurant l’illusion, le temps de s’y moucher, de n’être plus l’étranger global, irréconciliable, collé telle une tique au cul d’un éphémère nuage
      le genre qui butte en touche

      je sais dès lors que survivre ne suffira pas, qu’un insecte en initiales se repaîtra de notre larme (tant deux n’en couleront pas)
      sentir en plein sommeil la jambe de l’aimée déborder sur la nôtre nous maintiendrait à flot, à l’abri dans le flot, le flottant flot

      rien à montrer, à démontrer, simple comme un sursaut minuit sonnante. petite passion muette. cette histoire bancale que je me raconte, à l’issue incertaine
      et qui manque un peu de sexe, de scènes de sexe

      mon cheval à trois têtes – ce qui vaut toujours mieux qu’un cheval sans tête. qu’un acéphale sans selle
      je meurs donc à équidistance, c’est donc
      à équidistance que je meurs. et cèdent les distances
      ça n’a pas l’air comme ça, mais qu’elles sont parfois longues, les distances…

    23 décembre 2024

  • rien de personnel

      je n’arrivais pas à pleurer. je ne ressentais rien. et quand l’angoisse perçant me réveillait en pleine nuit, je criais d’instinct « dieu, mon dieu, oh mon dieu », et ça passait. tout finissait par se dissiper à l’heure d’un petit-déjeuner fait des restes de la veille – toujours des restes
      et toujours de la veille

      tenir longtemps. combien de temps peut-on
      tenir encore ?
      il vente sur mes dunes il vente
      effroyablement. il n’est pas nécessaire
      quoi qu’on en pense, de quoi qu’il s’agisse, il n’est
      pas nécessaire

      je rentre à pied. chaque jour, je rentre à pied
      je prendrais bien le tram, si j’avais un ticket, si seulement j’avais de quoi
      me procurer un ticket. du coup je rentre à pied. du nord au sud je rentre à pied
      entre soi et la mer, de tout temps se dresse un mur

      je n’aime pas les gens. rien de personnel là-dedans, je t’assure
      on essaie malgré tout de dormir. ou de dormir un peu. on y arrive, parfois
      comme un truc resté coincé entre les dents, on passe la langue on la repasse, on ne s’en débarrasse
      il a toujours été l’heure de rentrer, et toujours manquait le lieu où rentrer, par le chemin aveugle

    21 décembre 2024

  • étrange côté que toujours le même côté

      pleurer indéfiniment on peut
      se retourner dans sa tombe on peut
      débordant de son lit, pleurer indéfiniment
      – quelque part
      luit
      quelque chose

      perdu en chemin – triste et béante
      sortie de route…

      et ce qui ne passera pas on l’appellera dieu, maison commune
      l’esprit des lieux

      je me porte disparu
      me dépote, poumon nu

      mère en détresse, allô, mère en détresse. même pas. avoir
      toute la mort devant soi. ainsi soit-il
      ou pas

      la mort dénude dieu, la mort
      ouvre une brèche en dieu

      serais-je l’ancêtre des morts ? non
      l’ancêtre des yeux qui bougent ?

      je ne me souviens de rien. non
      des yeux qui bougent

      demain l’éternité
      à laquelle je réponds
      évidemment absent

      ou le petit bonhomme rouge dont on attend, absurdément
      qu’il passe au vert…

    19 décembre 2024

  • alléluia machine arrière

      tant que dans mon cœur battait un homme. je ne disais pas grand chose ça ne
      me disait pas grand chose

      notre terre commune, le ciel en embuscade. tandis que je
      sensiblement passe à l’inaction, derrière
      ou dans le parc

      le peu d’yeux émergeant du peu de trou restant, il faut bien le brosser
      jour et nuit le brosser

      je ne m’en vais pas
      je pense au piquet tapé sur la matière. j’entrevois.
      ricochant sans un son, sans une éclaboussure sur
      l’océan minimal

      si peu font un homme
      j’ai cessé d’être nécessaire, c’est à dire de servir d’alibi au destin
      serrer le nœud d’un contentieux
      – est-ce que ça soulage pour autant ?

    16 décembre 2024

  • niveau de transcendance

      éventuellement j’ai mon bouddha, assis là mais d’une seule
      souche

      je sombre quelquefois. pleinement somnolent je pense à avant
      qu’il n’ai été trop tard

      pas d’heure ni creuse, pas de refrain débile – qu’un cri immaculé lancé
      par-devers la mort-mange

      je ne t’emmènerai pas danser non, je ne t’emmènerai pas danser. il pleut d’en rester là non
      il pleut sur un seul pied

      tous ces bruits dans la tête où les courants s’empilent
      l’éternité n’ayant de sens, tu crèves

      d’où qu’elle m’appelle, d’où qu’elle m’appelle je fais la grue, à l’affût
      d’un reflet m’étant propre

    13 décembre 2024

  • chien chacun

      le plus vieil ami du rail – tes rideaux m’ont planté
      raide là, et nu, en position clou rouillé

      truffé de mots, s’ils ne rendent comptent, et le trou au milieu, le trou tout nu
      le trou dans l’nu

      tout mon chien comme si quelqu’un l’avait pas vu comme si quelqu’un n’était
      même pas venu

      savonne les traces, incruste les ongles dans le dos large du
      néant, le dos du néant-va

      mourir d’un côté puis de l’autre, ne plus savoir de quel côté on se trouve ne plus posséder de
      côté – mourir quand même, oui mais à quoi ?

    10 décembre 2024

  • flirting with kaho matsui

      présenté à l’atlas, ce lieu non-dit, cette absence affûtée
      et moi je me dis que

      participe du train, or le train ne passe pas
      le train ne passant pas ne s’arrête pas
      c’est la grève perpétuelle

      le moyen d’en finir or
      on ne s’habitue pas à la mort, on sombre du côté nord et voilà :
      il pleut partout sur mon corps mouillé

      je parle d’un trou bâclé, d’une bande-son grêlée. j’apporte du souci
      sur un plateau à mon ennui

      je ne me souviens plus de qui je suis, j’éjacule et c’est fini – c’est fini
      avant même éjaculation d’ailleurs l’alsace
      ne me fait plus bander

    7 décembre 2024

  • j’alléluia partout

      bu de trop bu, clairière sur le côté
      mon âme cédille, mon âme trébuche
      le son si bas que l’entité implose

      la nuit bourre-moi les poches – je m’inspire d’une fuite, d’une faillite
      la dent du haut à droite, tendre molaire, on va attendre sagement qu’elle tombe

      petit a, les crevures mortes
      petit a’ les pelures shortes, on en a plus pour longtemps
      longtemps, ça c’est un rêve de squatteur

      purule-express, j’efface dieu me reste un train
      aveugle
      à la minute près
      cette mince épaisseur de présent suffisant à nous distinguer du néant

      recule devant son ombre, traite son sexe de mignon
      j’alléluia, j’alléluia tout l’temps, partout j’alléluia
      et toujours rien…

    4 décembre 2024

  • vieux comme la vache

      pas l’ombre d’un doute sur moi planant, pas l’ombre d’une
      certitude. le présent vit du présent vit, principe de merde
      douleur aiguë

      dans ma section on pleure, dans ma section on pleure tout l’temps faut dire
      que sur ma section tombent les bombes, les assurances privées
      et autres déchirements

      la peur va dans l’bon sens, le trou s’effondre sur lui-même
      un homme meurt pour rien :
      pas de pizza pour lui ce soir

      j’avance d’un trou, déhanché du canard
      si on s’appelle comme ça c’est qu’on s’appelle comme ça, rien à y faire
      rien à y répondre non plus, déhanché du canard

      la dernière fois que j’ai dit blanc allais-je mourir, ou étais-je déjà mort ?
      trépassé pour trépassé, je caresse ma misère j’urine
      dans ma robe de mariée

    1 décembre 2024

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