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assis là sur un banc


  • afin d’atténuer la joie en soi

      m’assaillant de partout, les puces sur le corps
      je rouvre le coran
      je m’assène le coran
      mes ailes craquent
      ma tombe transpire

      pitié perd la page
      je range mon crayon
      dont la mine usée
      demain on entend personne
      pleurer, demain rien
      ne pousse

      marche à contre-courant
      tache dans l’œil du rétro
      mourir fatigue, un dieu
      ruine tout espoir –
      toute ressemblance, pure coïncidence…

      genoux râpés d’un homme sans vérité
      ce soir l’arbre a pissé
      contre ma jambe
      : il a vaincu sa peur

      un corps sec, rien qu’une
      chute de conscience
      en abrégé la nuit, je sais même pas
      comment j’ai pu. la porte s’est abattue
      tel un mal qu’on ne
      sait plus nommer…

    23 juillet 2024

  • de mourir le chien / n’aura servi à rien

      on ne s’arrange pas une vie
      on fait son bagage et on le regarde là, posé au milieu de la cuisine
      inapte à décoller

      juste un lépreux qui dit bon, je remplace la porte, j’occupe tout un rectangle
      juste un lépreux, perte abyssale de temps, infranchissable
      absence de seuil

      on ne se pose pas la question – quelle question, d’ailleurs ?
      une croix dans le dos, ça fait mal mais d’un autre côté ça
      garantit un certain équilibre

      une tête de
      ville-fantôme, un appareil à redresser les dents, j’avorte
      (de) quoi que ce soit, j’avorte
      nulle part où tomber, la chute néanmoins raide

      je me ronge le soleil, je me ronge la nuque, rien ni destin
      la grâce me tue
      et ces petites oreilles, pliées en quatre…

    21 juillet 2024

  • éternellement me meurt en joie

      l’éternité n’offre pas la possibilité de l’espoir, il va falloir se débrouiller sans
      jouir en continuité, c’est dur
      creuser des trous réveille les crabes, marcher le long de rien les
      déserts à tout-va

      je hais les morts, même en enfants, même au volant de
      petits cercueils blancs
      plus je me rapproche de l’éternité plus elle me semble inaccessible, je n’ai pas la chanson – la chanson
      de l’attirer, ou de la rattraper

      le poids des mains, mais aussi celui des pensées. et pour un monde sans poids
      un nuage en abîme
      une truelle en grève
      la gamine me jette des sorts sur de petits bouts de papier, je me retrouve face au vide et me demande :
      mais d’où cette lumière émerge t-elle ?

      je m’frappe avec la pierre
      je m’frappe avec les essaims, avec la boue, rien ne vivra de moi et
      rien ne mourra de ce qui ne naît pas, tout cela me traverse
      je te tiens la main

    18 juillet 2024

  • le verset versant tu

      seules me distinguent de l’animalité qui me submerge ces quelques lignes, d’intense désarroi
      d’espoir décompressé
      un suicide élégant, alternative fictive à ce ras de nausée

      s’acheter un clou, un seul clou, j’ai pas pour plus d’un clou
      et se demander comment exécuter et venir à bout de la crucifixion avec un seul et
      malheureux clou

      par fidélité, on ne lève pas le deuil, sauf à crever son âme
      la résurrection assassine. pas de sapin pour noël, pas de printemps pour gaza
      l’éternité comme mémoire et innocence simultanément – que font donc les chiens
      au cœur de notre famine ?

      je n’ai plus d’homme, plus de milieu urbain
      ça ressemble à une conserve en l’absence d’ouvre-boîte
      une vie d’entre les murs, le couteau affûté, la veine crispée
      n’attendre rien, du fait d’espérer tout

    15 juillet 2024

  • rasant les murs

      le ruisseau est à sec
      c’est une pente pour rien, une pente pour la pente
      et dévaler
      au nulle part de mon être répondra un soleil inextinguible, mais à l’instant
      une ombre halal se pose sur mon épaule

      mon vieux n’est pas content. mon vieux
      n’a jamais été content
      quand on meurt prétend-il, c’est seul face à dieu, ou seul contre le néant
      j’ai pris mon billet, payé liquide
      tout ce qui me reste désormais : passer la nuit en mer

      mais quel être pourrait supporter la mer, et ce que supporte la mer ?
      je me suis mis nu devant toi
      depuis, j’ai perdu ma nudité
      seule en demeure la honte…

      pas dormi de la nuit. pas veillé de la journée. je m’coupe un bras
      je ne sais par quel chemin rejoindre la mer
      je m’imagine mort, tout desséché
      que faire d’ici mourir ?

    12 juillet 2024

  • méshumaine condition

      j’ai quitté la ville
      je crois même avoir pris un ferry – une vague idée de mouette…
      la seule urgence désormais, celle de l’éternité
      de n’avoir plus le choix, je suis enfin libre
      faudrait peut-être que je me remette à fumer

      y aller
      revenir au commencement ne recommence rien, mais essentialise celui-ci
      ou abat la chute à la racine
      l’univers aurait-il donc froid ?

      crève la bulle
      crève le temps quand ne reste que le temps
      je pose une photo sur ma vie, je caresse un certain rivage dans le sens du large
      je crois avoir vécu je n’en suis plus si sûr
      glissé sur une faille mémorielle

      oser mourir – qu’enfin la vie, ne nous concernant plus, cesse de nous effrayer
      ronger l’os, à défaut de chair, de nerf, de cercle
      prendre un car, n’importe quel car, patauger dans les balkans
      d’une méshumaine condition

    10 juillet 2024

  • balance la vague

      petite fleur au bercail, zombie dans la force de l’âge
      nuage exhalé du cul d’la bouche, l’appel à rien
      je monte sur mon dos, la main bien en visière : rien au-dessous, rien au-dessus
      une vue large et dégagée, sur le devant sur les côtés
      le plâtre s’effritant d’un miracle mé-
      taphysicien

      genoux râpés. aboie l’absence de quoi
      et quand enfin, embrassant son intime raison de n’être pas, j’accouche d’un dieu un
      d’une épingle à nourrice
      m’achète une autre dimension, ovationné mécaniquement par une salve irrépressible
      de dents claquées

      j’ai repeint ma chambre : un gros trait de pinceau sur le bord gauche de la fenêtre
      je n’aurais jamais cru être à ce point possédé par une fenêtre
      la fenêtre aux abois
      un ciel se ferme il va falloir creuser ailleurs, plus profond encore en soi
      allez à trois, j’balance la vague…

    7 juillet 2024

  • mon poisson a la chiasse

      on survivra, t’inquiète – même à la mort on survivra. on n’a rien d’autre à faire après tout…
      un jour je l’avale tout cru, une nuit le recrache tout aussi cru, que s’est-il donc passé ?
      dos au mur, poitrine offerte à la mitraille, le vois-tu tout là-haut, le pigeon à même le vide ?

      pas parler. d’abord, on ne parle pas. on laisse
      le rêve s’écouler, banal saignement de nez, de chatte ou de colon
      un jour après le rien, larme à l’œil de dieu, muette épitaphe
      un petit chien perdu. il pisse dans les cendres, le petit chien perdu

      rester tranquille. bon, rester tranquille
      se réveiller incongru dans un espace de semblable et infinie futilité, ou
      se gourer de résurrection
      marée montante, marée descendante – rien de plus glauque, de plus désespérant que ce barème fatidique, marée montante, marée descendante
      connard d’océan

    5 juillet 2024

  • cassé le jouet

      mon pied gauche est allergique au plastique, ça le rend tout violet
      tandis que mon pied droit, lui, l’est à mon pied gauche
      d’où cette démarche étrange, telle qu’on peut l’observer notamment chez certains animaux, certains animaux étranges, animés
      d’intentions mal définies, voire d’aucune intention du tout

      il y a un homme en moi qui me dit non. que répondre à cela ?
      il y a un homme en moi qui ne dit rien. qui se tait depuis que le monde est monde. et ne répond de rien, à rien
      d’ailleurs on ne lui demande rien
      il y a un homme en moi qui n’est plus que l’idée d’un homme en soi, le corps de l’idée d’un homme en soi
      et mal branché

      adopté, cela veut dire en fait ne dépendre pour sa survie que des bons sentiments d’un tel ou tel
      plus vraisemblablement d’une telle
      autrement dit d’un cœur, sable palpitant d’une humanité fluctuante
      adopté cela veut donc dire ne retourne pas chez toi, car là ne saurait être vraiment chez toi
      : l’amour ne suffit pas

      on est l’enfant de gens cassés. l’enfant cassé de gens cassés. émigrent les enfants
      jouer au yoyo avec les âmes ne les ressuscitera pas
      elles ne ressusciteront pas
      tels des jésus morts pour rien
      que d’autre nous reste t-il alors que de vivre pour rien…

    3 juillet 2024

  • on ne retient plus les bords

      j’ai chialé du gravier, j’te jure, ma nuit si peu profonde
      j’me touche la joue, c’est directement l’os – et pour atteindre la mer, faudra t-il se toucher la queue ?
      quelque chose pue : le fond des choses, dieu en pays pauvre ?
      ou bien les pièges à taupes, un soir de grande banlieue ?…

      l’usurpation du fruit. j’ai perdu le sommeil
      plus je creuse et moins y a d’fond, la surface livide
      l’absence en évidence
      graver au doigt mouillé des poèmes en l’air – on meurt avec ce qu’on a
      même pas les paumes, même pas le poches : on meurt avec ce qu’on est

      les enfants volés, on ne les déragera pas. on ne retient plus les bords, à la fin tout s’envole
      un cheval a henni, à la fin tout s’envole
      on ne retient plus les bords

    1 juillet 2024

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