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assis là sur un banc


  • demain d’un long voyage

      tout dépend de comment on s’y prend, et là comme on s’y prend – pas mal, pas même de travers, mais pas. on ne s’y prend
      carrément pas. on
      dépose les armes, approximativement alignées et une fois
      les armes déposées, on respire un bon coup, un bon coup
      on respire bien à fond

      tu fais tout un printemps d’une hirondelle, tandis que moi depuis trois jours au moins je pèle de l’âme
      je suis tout huis
      j’attends que ça passe, sachant pertinemment que ça ne passera pas, vu que c’est déjà
      passé, l’année dernière déjà ou peut-être même avant
      déjà

      ensuite il est trop tard. trop tard pour se réveiller. trop tard pour se rendormir, également
      la chute, suspendue jusqu’à nouvel ordre. se dire que ci se dire que ça, le vide à moitié plein du sentiment de soi ou
      l’x d’une équation sans résolution alléluia, parfaite inadéquation

      demain d’un long voyage. enfin… d’un voyage
      une grue à l’optimale. à l’optimale de la verticale, perçant le reflet
      crevant le nuage. enfin… le nuage
      lourd d’inconséquence. si lourd. camion citerne. semi-remorque ne
      remorquant rien. rien d’un voyage à vide

    18 août 2024

  • mâchouille ta danse

      donne-moi le reste. le reste tu ne le vis pas, le reste tu ne le penses pas
      assiège-toi dans la foulée. par exemple ne réponds pas aux questions qu’incidemment tu te poses. rends-moi l’écuelle
      rends-moi l’écuelle, tombent les gouttes, et pour finir me voici raclant
      le dos profond d’un ciel inverse

      jamais je ne regrette. mensonge. j’ai toutes les dents qui tombent
      avant midi fait presque nuit; après midi nuit tout autant. on ne sait plus par où commencer, par où continuer
      je crois avoir avalé le miroir mais l’image semble restée coincée
      en travers de la gorge

      toute la splendeur d’un héros sans son slip. le ciel s’affaisse
      le ciel s’affaisse que veux-tu. mauvaise inclinaison. la tombe ouvre sa gueule en grand
      je te caresse la tête jusqu’à ce que, la relevant, tu me dises oui caresse-moi la tête mais demain, ou plutôt après demain
      mais maintenant laisse-moi tranquille

      mon verger donne directement de la gnôle, sans passer par les pommes
      sans même grimper aux arbres. un flic derrière chaque môme. la récré court-bouillonne
      un animal rôde par chez moi. j’ignore ce qu’il cherche, après qui il en a. un animal rôde
      je lui sort des croquettes, à tout hasard

    15 août 2024

  • l’amour sale

      quelqu’un ne me dit rien. les moutons
      fixés au sol, ne sautent que dans leur rêve
      lequel se dégonfle, se dégonfle, et à force de se dégonfler finit
      par coïncider à la forme indéfinie quoique définitive
      de l’évidence

      parler comptant. se taire tout au centre
      une vache me toise. les défunts fument
      je ne pars pas en vacances. ou si je pars c’est
      pour ne pas revenir, à mi-chemin entre jamais
      et définitivement

      marcher recule. l’espace s’approfondit sous l’effet
      de qui ne supervise. d’ailleurs j’arrête le sport
      c’est décidé, j’arrête le sport
      en long et en travers, j’alimente l’immobile

      casse-toi le gant. on improvisera
      j’ouvre ma tombe un ciel s’en échappe, on crève
      pour moins que ça. on crève même pour un rien
      or par miracle on ressuscite sys-
      tématiquement

    13 août 2024

  • s’agenouiller sur les ch’villes, les jointures les gonds

      une ombre se tient debout, debout sur
      son homme à terre
      dans la mort il y a la mort, bon, et dans le reste se noie
      un poisson, pauvre bocal. j’ai attendu, attendu que ça passe
      – en vain

      et que ce dieu ne soit plus qu’une tache au milieu, la dernière menstrue de mon émotivité. et que dieu ne soit plus
      que mon remord de n’avoir pas été, en retard d’une mare
      je t’ai embrassé les seins, je t’ai mordu la chatte – qu’aurais-je pu faire d’autre ? le sol se défausse, le ciel se défile
      la mort même n’a plus d’impact

      tant que ne crève le chien, debout se tient la croix
      je n’attends rien. je hais la pluie. que l’homme soit ivre que l’homme soit sobre, la mer en conséquence
      filet de jour entre deux eaux, pâle figure
      et dieu, que j’aurai honte oh dieu, que j’aurai honte…

      la pluie dans ce contexte
      – laisse tomber
      tomber couler…
      un jour dans la chambre
      ras de matelas
      émietté
      l’humain comme alibi

    10 août 2024

  • pulsion grave dans les dents

      ce n’est plus le corps ni l’esprit, mais le temps en soi – ouvert, férié,  intrinsèque
      le pur temps de l’attente, impuissant tant à rejoindre son objet qu’à le quitter.
      puer des pieds, surtout mort
      d’abord et avant tout mort
      crachotant

      mon chien a des dents, donc il mord
      mord le vent, le spectre, son propre aboiement
      les jours où je ne meurs pas je bois. je ris, je pleure – non, je bois.
      mon chien a perdu toutes ses dents, toute sa queue scorbuteux, alors quoi d’autre il s’est mé-
      tamorphosé en canard

      chien est la vie qui persiste dans le ventre de l’homme mort.
      m’a semblé qu’il me regardait de travers. on ne se pose pas trop de questions
      par la grâce de dieu, on s’en fout
      et on n’a toujours pas compris à quoi pouvait bien servir
      une, ou un, sexe

      pierre d’achoppement.
      l’éternité, faite femme, ne se souvient pas comment
      j’avais une autobahn devant moi ce n’était pas encore l’éternité mais ça y
      prétendait néanmoins – que ferais-je désormais de l’éternité, moi que le temps
      aborde par le côté mou, par le côté lent

    7 août 2024

  • on n’aboutit à rien, ce ciel indivis

      j’avais un trou dans la mémoire – il a grandi s’est répandu, jusqu’à ce que
      je me retrouve moi-même mémoire au fond du trou, rien que mémoire, ou frêle souvenir de soi
      dans le grand trou.
      le jour baisse les yeux

      sans mer où aller se noyer, ni dieu à qui demander pardon
      et si seul qu’à la fin on meurt
      d’oublier de mourir
      ou d’un moindre décalage.
      dernier recours, partir en couille

      nulle part, pas même là.
      demain mon chien s’emmerde, quelqu’un
      le prendra t-il dans ses bras ?
      j’ai les poches, j’ai les mains – reste plus qu’à enfoncer les unes dans les autres
      ou les laisser gambader, reste plus qu’à crever et donc
      à vivre, en attendant

      la pluie à longueur de journée – égale, l’oblique faible, obstinément
      je ne fais plus partie de
      quoi que ce soit. qui que je fusse.
      du chien n’est resté que la queue, entre moi et ma tombe : l’attente,
      sans contenu

    5 août 2024

  • la base

      c’est ici
      que ça se passe
      ici nulle part ailleurs
      mais le canard boiteux

      je ne m’intéresse pas. et lorsque je dis je, cela se réfère à ma momie, à ma dépouille, mon zombie bref à tout ce dont je dois impérativement me défaire
      afin de mourir libre

      et bien tu peines et voilà tout

      l’heure se creuse. il n’y a pas de vérité en moi. ou alors trop encore pour être énonçable

      on se contente d’être libre, préservant notre liberté de toute tentation de l’exercer, la définir, la réduire à sa simple manifestation, ou son symptôme
      l’étant évidemment plus vaste que l’actant, l’englobant, le débordant sur les flancs, le surplombant
      libre, et donc avant tout de rien, pour rien, libre de n’être pour rien, de n’être rien, c’est à dire d’être rien
      la base

    3 août 2024

  • je veux pas être recyclé

      mourir un petit homme, un petit homme seulement, secours impopulaire
      porter un ciel sur ses épaules, atlas en mode précaire
      pénible, et je ne parle même pas morse…

      j’achète un fruit
      je ne peux pas m’en empêcher, il faut toujours que j’achète quelque chose
      alors j’achète un fruit, même blet, histoire de rompre un triste sort
      machine à laver qui tourne à vide, rester crade conforte son homme
      la douleur et la haine son chien, à la contre-échelle

      rien, entre la tête et le vide, qu’un monde à la dérive
      tu parles tout bas, comme à un tibia mort, tu crois que ça suffit pour continuer, persévérer dans
      l’indigence d’être, résoudre en substance l’in(ad)-
      équation

      manger son roquet. lui enfoncer la gueule
      dans sa merde. et rêver d’au-delà, grave soupir
      marcher sur un malentendu, puis en ramasser les morceaux, bris de miroir
      ne pas savoir où les fourrer, dans l’ordre plus qu’élimé
      du recyclage…

    1 août 2024

  • précaire tu manges un rat

      changer de cordon, ombilicalement parlant
      attacher sa ceinture, mais on ne sait plus à quelle branche, à quelle défroque
      je t’ai fait la bise dans le sens du vent – tremble
      m’en est revenu seul

      plus rien à danser, plus d’yeux à cligner, caresse ta dérive
      ton hamster clamsé et tout le monde s’en fout, juste ou injuste retour des choses, qu’importe après tout
      qu’importe si la pluie, qu’importe si le banc
      : sombrer, c’est à dire aimer
      plus profondément que tout

      le taré, le dératé, le ne calcule plus rien
      le par-dessus bord
      le vivant, quoi
      le vivant par-dessus le vivant, on a retiré les piquets d’la tente
      qu’elle respire un peu, qu’elle décolle
      on ne l’appellera plus nicole

      caresser les cheveux du mort, caresser le crâne du mort
      la joue creuse
      se raser la queue, la queue ça compte un peu
      et si on se tient penché c’est que la verticale
      a légèrement changé d’optique

    29 juillet 2024

  • respire sans conséquence

      allez, je rentre le premier
      je ne me dis pas va, cache-toi, non :
      je regarde les vagues s’écraser l’une après l’autre, et le reste suivra
      j’amène un truc, un fleur de rien
      soulagé d’abdiquer

      un petit chien me gêne – je lui balance un
      coup de tatane, un geste en soi
      tout comme contempler le désespoir marin
      sans cesse et y revient
      alimenter le nôtre, le tout petit nôtre, ‘tain de tatane

      manger un veuf, écrire
      à sa petite amie. elle a chié dans sa tombe. on ne lui en voudra pas
      d’ailleurs on ignore ce que signifie montrer ses dents en étirant les lèvres
      on a tous un baise d’avance sur notre
      propre effondrement

      le jour qu’on mange, le jour qu’on mange pas
      grave déconnecté
      même si la mer au fond
      n’existe pas
      et qu’on reste là, au bord de rien, toujours au bord,
      toujours de rien…

    26 juillet 2024

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