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assis là sur un banc


  • contrefroid

      le ventre vient le ventre. après le ventre les odeurs
      toute odeur
      si l’on se retire tout au fond, tout au loin, tout au fond ou tout au loin, que trouve t-on ?
      friches, jachères, landes sans maître – revient le ventre, l’obsédant

      il me manque un oursin – un ourson plus les pépins ? qui ne pense rien s’abstient
      le tout peut-il s’abstenir ?
      j’me déguise en père-noël, j’distribue des faux cadeaux – le père noël
      n’existe pas, et pourtant je suis bien là, crevant l’évidence

      tout doucement sans faire de vague, à peine vaguelette
      devant dessous trou à fusion, à profusion, lumière intacte
      j’assimile un destin, autrement dit le fait
      de ne rien signifier

      nuit tant qu’elle tombe. je me parle en mi-tons, à mots couverts tâtant l’impersonnel, testicules en retrait
      mais quand bras grands ouverts, berceau tranquille, berceau magique…
      la peur meurt avec moi

    23 janvier 2025

  • jo fait la différence

      tout au centre de moi la mort, en mode aléatoire. je te pince par-ci s’il te plaît pince moi la par-là. on ira faire un tour, puis le tour de ce tour, essayer de durer un peu – rien qu’un tout petit peu

      les dents c’est les dents, le reste ne mord plus. le reste pleure ses dents, jo fait la différence. elle pense à ça tout l’temps ça lui remonte les choses, je sais pas quoi lui dire

      ne pas se dire méchant, ne pas se dire étrange simplement ventre à l’air, brassant l’air d’un vivant. tomber d’un jour en l’autre à s’arracher la peau du zob notamment mais si seulement, si seulement…

      si seulement t’avais pas foutu le pied dedans, je veux dire dans l’engrenage jusqu’à la cuisse si seulement. si seulement tu n’étais là que par contumace la teube en fleur, et l’esprit tout à rien…

    20 janvier 2025

  • hors du bond

      j’ai parfois du mal à croire, venant de soi, voire de plus loin encore. quelque chose dans mon dos qui se met à tourner, tourner fort – un désaccord fondamental, une magie probablement, inopérante

      esprit fossoyeur, labourant obstinément le néant afin d’en extraire soit disant, un quelconque miracle. or qui dit miracle dit le vieux, et le vieux tête au nord…

      juste la peau c’est ça, pas plus que ça. ressortant vide d’une conscience ou la braguette coincée c’est ça. plus rien que ça. un départ inanimé, effluve éperdument. c’est ça

      rescapé d’une si petite shoah, sexe tout ratatiné. et ça voudrait vous donner des leçons, d’inquiétude ou de mauvaise conduite. va falloir creuser un peu plus la douleur quand inné d’être né

    16 janvier 2025

  • perséphone en gros plan

      rien
      rien n’est pas content
      il en fait une avec sa dent
      rien pue la pisse
      c’est comme ça qu’il oublie
      de ne pas exister

      je ne m’en suis jamais approché, tellement elle puait la mort
      je t’embrasse tu m’embrasses, nous ne nous embrassons que pour mieux nous
      vomir
      c’est sur la bouse, paraît-il, que repoussent les…

      chapeau miteux, drapeau en berne, quand marée sel marée nous baise
      comment peut-on se contenter de vivre ?
      sous mon pansement la plais pullule, vérule ou je n’sais quoi

      on a beau d’ailleurs on a beau rien, je ne m’empêche pas
      je touche à la beauté du monde et la beauté s’écroule
      on rentre chez soi par derrière sachant que derrière
      creuse le vide

      j’ai pas de tuile, pas de garant en dernier recours
      tous les moi-je du monde…
      j’achète un slip, le slip ne ma va pas : mauvaise taille mauvaise couleur, mauvaise odeur peut-être
      bref toujours la même chose…

      on s’aime déjà pas trop soi-même
      on s’aime pas et c’est pourquoi
      le poison la marée, la faim la thune et cetera
      j’ai pleure d’emblée
      voilà, d’emblée j’ai pleure
      tu ne me crois pas et tu as bien raison – toutefois tu n’gis pas dans ma tombe…

      rien à se raconter
      sauf la mer, quand elle nous oppose toute sa bestiale indifférence
      j’ai un chien je tue le chien. j’ai une rose j’ravage la rose
      et cela sans cri ni froissement, tout à fait froidement

    14 janvier 2025

  • haillons, loques et guenilles

      je n’ai qu’une vie, qu’une espèce de. je m’en fous de moi, horde criant famine, pièce manquante au coin du jour – les oiseaux, misérables, ne me répondent plus

      dieu sans but, indifférent itinérant et l’on s’étonne, ou l’on s’étonne encore. de plus d’un mort la combustion et si rien ne me regarde, ne me regarde rien, définitivement

      mort avant que mort ne fusse, tout ça pour ça mais restons vains. l’instinct quasimodo, la chatte intravertie tout ça pour rien, or rien pour quelque chose. allons donc, restons vains

      dieu n’ayant qu’un habitant sur terre : son absence létale, robinson cruciforme d’un destin qui patine, même si ça ne va guère mieux en le disant

      je ne m’étais jamais imaginé être ou devenir quelqu’un ni mort. je ne m’étais jamais imaginé être untel ou tel mais juste là, radio anesthésie, genre Pilinsky sur le rivage…

      viens près de moi, tout contre mon ventre – entends-tu le géant ? et tombons si profondément dans le sommeil que l’on parvienne enfin à
      changer d’espèce et que s’estompe en nous le
      souvenir-même de la douleur…

    11 janvier 2025

  • délocalisation du paysage

      tu me parles oui mais moi je ne te parle pas. tu me regardes mais moi je ne te regarde pas. j’ai du muet partout dans mon corps et je ne comprends pas – je refuse
      de comprendre quoi que ce soit

      le mort n’est pas mort de porter tous ses os sur son dos : le mort est mort, étrange banlieue, de s’être vu tel qu’il est dans le seul miroir que rien ne brise

      il y a tant d’heures et les heures ont passé, on dirait qu’en chaque pas s’effondre le héron. tu ne me reconnais pas et c’est tant mieux, si las je suis de ces allers-retours entre Gijόn
      et le lilas

      la moitié d’un corps double ne me suffirait pas – je vogue au large de moi-même, respire en marge de mon propre poumon. le néant ne résonne pas : lui manque en effet
      un mur où rebondir

      la Llorona dort de mon côté. elle pisse dans son sommeil je dois tout essuyer. la rue sans fin, la rue sans moelle, et mon sursis fragile emprunte. la Llorona dont rien ne sort, il vaut mieux s’enfoncer maintenant…

    9 janvier 2025

  • je n’ai plus envie

      seigneur du doute, seigneur aux grandes oreilles, seigneur
      aux oreilles qui saignent

      marcher, marcher, jusqu’à trouver
      un lieu où s’asseoir, se disculper

      une autre vie ne suffit plus, ni davantage la folie
      la mort n’est qu’un début

      je flotte dans
      mon lit de mort
      mon sommeil de cent ans
      mon linceul mité comment s’avouer
      qu’on aime un trou ?

      l’orée du bois
      n’aura pas lieu – elle se dandine à proximité
      des grands baisers manqués

      dormir debout, s’étendre sur le vide, appuyé contre sa propre
      colonne vertébrale, avec les doigts bien enfoncés
      dans les trous de l’adieu les trous
      monumentaux

      aspirer tout un écran de fumée, avoir tellement mal qu’on ne sait
      plus par où commencer à souffrir, ni dans quel sens la fin – abandonnant
      le tout au rien, récapitulant
      dans un dernier sursaut la main, les lignes obstruées
      de la main

    6 janvier 2025

  • si je pleure qui me lèche la joue ?

      la mort n’intéresse personne. la mort, ça ne raconte rien
      fin de l’histoire commencement de
      la non-histoire, celle sans fin, on courbe l’échine, on approche nos lèvres, si près, trop près
      de la vitre givrée

      overdose de quoi, overdose
      de n’importe quoi, et qu’importe de quoi. le dos congelé
      les bras en forme de navigation à vue. le slip qui tombe
      on finit toujours comme ça, le drapeau en berne, la nuit férocement atone
      si je pleure qui me lèche la joue ? si je lèche qui me pleure ? une tondeuse
      tondeuse, la bouche

      finir vivant
      raccourcir d’un poil. ou deux. se sentir épilé
      on vit pas comme des bêtes
      on dort pas comme des bêtes
      on baise pas comme des bêtes
      train ne passe, ni ciel en laisse. dieu
      ne revient pas, et si on s’enfonce quelque part ce n’est qu’en
      notre propre insuffisance
      – bénie la tache au fond d’la chute…

    3 janvier 2025

  • ces petites baskettes

      dieu tout au milieu, au milieu tout autour
      entre le milieu et l’autour, ce terrain vague, ce ras de ciel, mécréante banlieue
      on s’arrange comme on peut, des fois on met ses petites baskettes
      on lace ses petites baskettes
      ces petites baskettes
      nous font si mal aux pieds

      l’univers atrophié
      une tombe sans plaque, ni stèle
      juste le tas de cendres des morts entassant leurs cendres sur le tas de cendres
      entre la mort et le discours sur la mort, règne la mort
      les bouchons n’y peuvent rien, qu’on les retire qu’on les enfonce, ou qu’ils flottent à la surface
      à la surface de quoi, tout compte fait ?

      j’écris un mot tant pis si
      je n’ai où le déposer, à qui l’adresser – un mot c’est gros, un mot c’est gras, si doux soit-il
      j’arrache un bouton, un bouton arraché – on finit toujours par jeter
      la mer avec le bouton, et tout l’espace en sus
      avec moi tu ne t’amuseras pas. je te pisserai dessus sans discontinuer non avec moi
      on ne s’amuse pas

    31 décembre 2024

  • et que se creusent

      prenant ce qui tombe ou tombant
      plus loin encore, dans le sans-fond – l’histoire qu’on ne se
      raconte plus, comme à cours d’argument
      de guirlande
      de conviction quelconque

      il n’y aura rien, au final
      que bouts d’homme ne sachant comment se démêler de leurs sinistres bribes d’histoire, avec une ixe, avec deux ixes, sommets d’incertitude. trouée, percée, tranchée
      de plénitude

      la danse elle la tente comme ci. la danse elle la tente comme ça. on ploie de ces menus drames-là. on débande cul sec
      remonte ton bavoir, n’oublie pas d’être mort – un jour à la moitié regarde-
      moi passer

      souligner l’insoupçonnable, invoquer l’irrévocable – entre les deux mon cœur balance
      je marche haut, littoral intérieur genre djizeus on the flots
      tant mais tellement intérieur, retour à la famine nourricière
      plus rien ne rase : ni lame ni piaf – on se gratte l’amertume…

      dormir déjà une miette de trop
      de trop la miette, de bras le corps, je n’y vois goutte
      or n’y vois goutte, du point du jour la place s’offre
      au vent perdu, aux souffles qui s’y creusent
      on se gratte l’épaule allons donc, on se gratte l’épaule, et que se creusent…

    28 décembre 2024

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