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assis là sur un banc


  • faire d’une moule un soldat

      d’une terre comme de l’autre, je n’ai rien à gagner
      je demande une pause, je dis pouce, j’arrête de boire de l’eau je
      ne me reconnais plus. je pense qu’il me faut un visage où noyer
      mon regard en son trouble

      la terre à moitié pleine, la terre à moitié vide, mais ton ciel un vertige
      entraide-moi
      ou du moins, dis-lui que tu penses à lui, quand bien même tu t’en détournes
      la vie après tout, ce n’est pas l’allemagne dans son intégrité

      la vie après tout, ce n’est pas va-nu-pieds toute entière
      du miel dans les cheveux, ça ne décolle pas on se voit obligé de
      tout raser – et plus on rase, plus brusque le passage
      je voulais t’embrasser, je n’embrasse qu’un cri

      valérie, c’est le nom qu’on a donné à la voix du gps, pas vraiment de raison
      j’habite une chute de lit, je branle un hlm je me demande bien
      pourquoi la vie
      n’est que la vie ou encore moins je me demande pourquoi, sans même y réfléchir
      après tout je m’en fous

    19 février 2025

  • un homme ne s’ennuie pas – il en fume une avec sa clope

      le noir propice à la prolifération des monstres issus de mon esprit
      l’esprit vide ne produit pas le noir, ne perçoit pas le noir – l’esprit vide se révélerait-il vide d’esprit ?
      caillou dans la godasse, marche forcée, aboutir quelque part n’est ni dans ma nature, ni dans mes moyens

      je ne regarde pas à droite, je ne regarde
      pas à gauche, lorsque je traverse la rue je n’imagine même pas
      une autre rive. on ne traverse pas le néant on n’en-
      jambe pas le néant – on y coule, jusqu’à ce que ne reste en nous, dépossédés,
      rien qui puisse encore résister à dieu

      un chameau s’est faufilé
      dans le chas d’une aiguille et rien ne s’est passé, caresse-moi la tête
      le tête au moins, suivra le reste, le reste au moins, et ce ne suivant pas
      prendra une voix de gps, on l’appellera valérie
      valérie c’est rassurant

      ligne de vie, chemin pliant, je n’invente vraiment rien
      je pleure par à-coups, je bois à petits coups, je suce ça une langue
      une langue pêle-mêle
      il n’y a pas de valise pour ces menus maux-là, pas de souvenir non plus
      pour ces non-évènements

    16 février 2025

  • cheval de minuit

      il a bâti son image sur quelque chose de froid : un lundi de pentecôte, certainement
      un homme n’appartient pas aux hommes. un homme n’appartient pas à dieu. un homme
      n’appartient qu’à sa chute, au rejet inné de soi. c’est toujours le miroir qui, lui crachant à la figure,
      aura le dernier mot

      mieux vaut ne pas trop en dire : on finirait par croire
      qu’on a quelque chose à dire, ou quelque chose comme ça, quelque chose en tout cas, d’un genre particulier
      la pluie tombe à l’oblique. plus ou moins à l’oblique. rester là droit, inerte et droit ne me
      mènera pas bien loin

      ce n’est pas de la tristesse vraiment, ce n’est pas
      de la mélancolie – cette rivière sans poisson seulement, ce pêcheur sans filet
      cette rivière sans rive naturellement, ou ce chapeau sans tête
      et peut-être un peu de tristesse malgré tout, peut-être même un peu de, comment dire,
      mélancolie…

      où le maître des misères – de ma misère en l’occurrence
      comme s’il en avait mare de me voir crever la dalle, m’ôtait enfin la faim
      et ne demeurait du maître que la misère en soi, une assiette de
      topinambours
      – ils sont tout cabossés, les topinambours

      dieu d’un lopin de terre, dieu
      d’un bout de monde, jour de grève et si peu de conviction, au fond.
      j’ai bu trop d’eau. tant d’eau j’ai bu que j’en viens machinalement à
      recracher des algues, des méduses…

    13 février 2025

  • morte tête

      les oiseaux meurent. tout le temps que je passe avec eux, les oiseaux meurent ils, je
      ne savons que faire d’autre. cet après-midi par exemple ce furent deux corbeaux que le destin – le destin évidemment – avait posé là, à deux pas de ma tête, légèrement sur le côté

      un seul jour le sommeil, il ne pensait qu’à soi. en toute impunité, il ne pensait qu’à soi
      le monde se rattache à quelque chose de prudemment méchant – une racine qui déraille, une corde à nulle part pendue…

      j’arrive toujours en avance aux rendez-vous – non par crainte de les manquer ou d’être en retard, mais pour poser un vide qui amortisse le choc évènementiel
      Nîmes contre son camp. faute de mieux, je recrache le vide

      tant que le chien est mort, il ne parle pas. et ce qu’il ne dit pas résonne en ma pensée
      ceci expliquant en quoi ma pensée se résume à un aboiement sec, un muet crépitement

      je ne le deale pas, j’arpente le vide, le vide par excellence. on ne va pas
      s’arrêter à dieu, tout de même…

      de banc en banc le poisson sous la pluie
      déporte son
      immobilisme

    10 février 2025

  • du vent dans les couloirs

      il a des yeux comme le ping pong, à peine enflés sur le côté
      il se souvient avoir été – ce qui, réalise t-il, n’est encore qu’une forme du sentiment présent d’être
      un souvenir de n’être pas me décrirait mieux, pour autant qu’il soit concevable, pensa t-il
      pensa t-il en effet, car il faut bien penser quelque chose, admit-il

      dieu ne s’incarne plus – disons par lassitude…
      ceux qui s’embrassent sur la bouche nourrissent sans doute un espoir fou, mais qu’en est-il alors de ceux ne pouvant plus se contenter de la mort ? ceux dont la mort ne vient
      finalement pas à bout ?
      j’ai mal à mon nuage –  est-il encore envisageable, quelque part, de se dissoudre ?

      la frontière ne se pose là que pour en suggérer le franchissement – et donc pourquoi demeurés-je ainsi devant elle atone, sans velléité quelconque…
      nu de tout appareil, essentiellement penchant bien que de nul côté, parlant comme se parle
      un homme déjà mort
      un homme presque mort
      un homme presque déjà mort

    7 février 2025

  • morituri no satori

      les gens portent de longues robes, de longues robes
      avec les pieds qui dépassent par en-dessous, collés l’un à l’autre, indécollables indécrottables
      la mort les fauche, la mort en hécatombe – alors ils prennent leur café du matin ils pensent
      juste à autre chose

      le chien chinois est mort de faim il a
      pris possession de mon corps, rabattu ou tendu mes oreilles, selon le timbre
      dieu aujourd’hui ne me parle pas. pas plus qu’hier ni demain. dieu en fait ne me parle pas, et face à son silence je suis toute ouïe
      je réponds à son silence par un autre silence
      ou parfois, comme ici, par une poignée de mots

      les gens se disent comment vas-tu ça va les gens se disent, ils préfèrent ça ainsi plutôt que de
      se toucher le sexe. c’est plus propre, plus digne. les gens ne se
      reniflent pas l’anus, ils ont autre chose à faire les gens ont
      toujours quelque chose à faire. même quand ils meurent

      la pluie frappe à la fenêtre – ça me rassure
      ça veut dire que je me trouve du bon côté des choses, du moins de la vitre
      du côté sec, du côté chaud
      et tant pis si je ne suis pas beau, si ce luxe-là
      me fait défaut

      j’ai dormi comme il faut, à l’endroit à l’envers. un peu d’huile pour me réveiller moins souvent
      ouvrir la fenêtre pour laisser le chat sortir, chaque nuit vers quatre heures. n’avoir rien à penser
      rien à exister
      à cristalliser
      un départ de non-feu
      une année bissextile, comme si l’on ne savait plus se contenter d’un
      un c’est à dire soi moins le tout

    4 février 2025

  • l’amour chien

      ils me disaient toujours, blanche ton œil – et je blanchais mon œil
      ils me disaient toujours, range ton bite – et je rangeais mon bite
      ils me disaient toujours mais ils ne me disaient pas car je
      ne les écoutais pas. j’écoutais la voix, la voix pure atonale
      sans mot, sans joie, message ni adresse, la voix
      la voix moyenne, mitoyenne, inessoufflée

      quelque part un pont s’effondre. il est en moi
      en moi repousse l’espace vacant, la bruine des lundis matin
      il faut au moins le rien pour supporter cette pierre qui coule, la prendre en soi, en absorber la chute
      les vacances au lit, toutes les vacances, en un seul et même lit

      on essaie pas de savoir. on ne veut pas recevoir. la nuit parfait outil. l’horizon tous azimuts
      je m’habille. je me
      déshabille. ce que l’histoire ne nous dit pas creuse un peu de cette inconstance obstinée, de cet amour bâtard

      il n’y a rien là. on n’y voit rien. rien ne s’y passe et c’est tout comme.
      un fond de vin
      nitrates
      et l’amour chien

      j’ai mangé mon matelas
      j’ai mangé
      mon matelas
      puis me suis allé promener
      sur le môle.
      défaite. grande ou petite défaite
      à laquelle on survit, accessoirement

    2 février 2025

  • le jour d’en face

      trouver des trous à creuser, puis, une fois fini de creuser, trouver des trous à r’boucher – dieu finira par
      nous tomber dessus, sous forme de grâce
      ou de crachin

      n’étant que ce que nous sommes dans ce qui n’est que ce qu’il est, homme flottant au-dessus de
      ses tongs, danseur claqué à côté de
      son tango

      pas d’histoire sans son loup, oui mais le loup sans histoire, celui n’ayant jamais croisé
      de chaperon – ce loup-là, cette faucille
      à cours de blé

      s’il y a quelqu’un, s’il y a quelque chose, c’est que quelqu’un déjà, c’est que quelque chose en soi
      ou que la mer en-bas
      à pas feutrés…

      s’il y a un homme c’est bien qu’un homme n’a
      pas fait la différence entre chercher un dieu, lui dérober quelques
      lauriers de sa couronne, et la patte arrachée
      de mon premier nounours

      les pieds sur terre, la tête en l’air, je perds
      sur tous les fronts – dieu n’est qu’un dieu de rechange je ne
      mange pas de ce pain-là je ne
      bois pas de cette eau-là. d’où que je sombre il émerge

    30 janvier 2025

  • la bête entre deux sommes

      qui ne soit ni l’ordre ni le désordre – une page blanche par exemple
      ou plus exactement la marge
      sur laquelle elle s’adosse

      ne manquait plus que ça. quoi ? rien. je n’ai rien dit. pas plus que ça. on n’a pas
      gardé les bêtes ensemble, que je sache. on s’endort les yeux moites

      je fais don de mon ensemble. je fais don de mon détail
      c’est une vue de l’esprit c’est une
      voix sans appel

      se laisser mourir, par pitié
      par pitié quémander son chemin
      au jour qui passe
      qui repasse
      se repasse
      la mort en boucle

      jamais m’entends-tu, jamais ne compte.
      cette sorte de vol suspendu
      prenant son ombre au sol
      pour une proie…

    28 janvier 2025

  • l’hiver en pire

      on a beau s’y promener, il pleut

      la frontière entre un homme et son chien : il pleut

      tire à la barre et ne te mêle pas de ça
      en fait, ne te mêle de rien.
      des brosses, des sceaux, de l’eau en quantité pour laver
      les pieds crades de dieu

      pleut, pleut, pleut tant que tu veux, petit bonhomme de terre
      femme de mer plutôt, avec sa jupe énorme
      et son teint de noyée

      je reste chez moi au sec
      au sec ne coule pas : il nage
      à reculons

      quand le cheval est mort il a bien rangé tous ses os. et la mâchoire crispée
      on n’y peut rien d’ailleurs on ne fait pas le poids
      ni en os, ni en ch’val

      on n’en meurt pas. de quoi des crèmes ni du passé
      terne et lumière se retrouvent quelque part
      en toute innocence évidemment

      notre dame des foireux paysages, ramasse mes
      jours en miettes, et souffle sur
      l’encre qui ne sèche…

      on a fait de soi un homme et son chien / il pleut
      on garde les dents propres c’est un peu kaliningrad un autre
      jour de pluie…

    25 janvier 2025

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