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assis là sur un banc


  • subitement si grave

      c’est ainsi que me manque, dès trois heures du matin
      dès trois heures du matin, on recommence tout ( l’amour entre parenthèses, le vide entre deux sauts)
      la pré-mort arabesque

      ce qu’il nous faut participe d’un courant chaud – nous les hivers, nous les manches d’hiver
      on marche sur notre ombre, qu’on le fasse exprès ou non on lui marche dessus
      et après on s’étonne, on s’étonne
      puis, ne sachant plus de quoi on s’étonne, s’étonne à vide

      d’une nuit le bien trempé, je me suis ramassé
      j’ai mis le doigt dans le trou, le trou n’a pas bronché, mal garé – l’engrenage l’a bouffé
      les faiblesses qu’on ne se pardonne pas, les faiblesses qu’on a la faiblesse de ne pas se pardonner – on s’en va
      on ignore où, mais on s’en va

      un chien vaut mieux qu’un train, c’est pourtant le train que je prends
      pour un autre genre de voyage, une autre ligne de conduite. un rapport plus secure au paysage
      à tout moment du paysage, flagrant délit d’absence, un mort nous observe

      qui sait si la main part en ballade. le temps s’achève
      j’ai mis mon short des dimanches, le temps s’achève
      un ami dans la boîte, la boîte dans la terre, à moi seul l’éther
      je pense à l’autre bout, aux ciseaux définitifs, à l’agrafe
      du soutien-gorge, je pense à l’infini
      subitement si grave

    18 mars 2025

  • la mort du petit bonhomme

      l’amour par sms
      dommage que j’aie quitté terre vraiment dommage et là où je pisse ça coule encore. je décolle et ça fuit
      encore, panier percé
      aller à contre-nuit
      hébété, médusé face à la machine en panne, en panne forever
      forever dead, la crampe à toute épreuve

      je me lève la nuit. la crampe
      la mort du petit homme, du tout petit
      bonhomme
      je me lève la nuit, psiou psiou. grâce à la crampe, je vis. je m’entraîne, me calvairise. alors s’abat le jour
      d’un coup comme ça, sans prévenir ni s’expliquer, le jour s’abat
      sur moi s’abat le jour

      demain je pars. demain je rentre. demain, partir et rentrer ne se distinguent pas. moi non plus ne me distingue pas
      il y a un cours, et il y a un cours dans la nuit, ne te retourne pas. ou si
      ou si retourne-toi, sur toi retourne-toi et retourne-toi encore, sous toi
      il n’y a rien à comprendre – rien qu’un chien le cou coincé dans le chas, s’étranglant se lamentant : « mais pourtant je suis pauvre, pauvre pauvre je suis pauvre… »

      pauvre comme jésus, le slip sale et la gourde à moitié pleine, aux trois quarts vide toutefois
      or de tout temps je rentre, et de tout temps je pars, de nulle part à nulle part l’aiguille lâchant le fil
      ariadne lessivée. littéralement éreintée
      j’encule un objet lourd. il a beau rester en suspens dans l’air, ne pas se différencier de l’air, j’encule
      un objet lourd

      un peu plus tard je vais me recoucher, parce qu’il est l’heure de se coucher, comme à toute heure l’heure de se
      coucher, à la verticale comme à l’horizontale cela n’importe pas cela
      n’importe plus. pareillement

    15 mars 2025

  • trou dans l’néant, j’m’achète une dent

      les urnes se vident. dieu s’en va. bientôt l’homme tombe
      et son histoire suivant de près, dans un même oubli
      imagine : sans limite sans fin, sans attache ni, comble du désintéressement, conscience aucune
      qu’un chien aboie. qu’un chien, sous la pluie, ou toute pluie cessante
      seul contre l’immensité
      aboie

      je n’ai pas beaucoup d’appareil, admettons que je tremble sur place
      m’abonne à l’absence drue
      carrément m’abandonne
      une austère tuile de vie
      tu me demandes où aller comme si je savais moi, étendant les bras vers toute direction
      direction creuse et ventre vide – où va le chien,
      tombe la crotte du chien

      ne pleure pas contre moi, laisse au moins
      un centimètre d’espace par où goutte et coule
      le liquide lacrymal, les jambes et la crème épilatoire, le rasoir
      j’m’enfonce un pieu dans l’cœur. j’ai rien à faire, alors j’m’enfonce un pieu dans l’cœur

      la chemise en lambeaux, les trois petites sœurs de la miséricorde
      je m’achète une dent. l’aide à la complémentaire ou je m’achète une dent
      tremplin vers le néant
      la prescience du vide
      on s’amuse comme on peut – bon, ici on ne s’amuse pas, on respire. on écoute
      on écoute un chien ne pas aboyer. l’énormité de cette absence d’aboiement
      et puis on s’endort. on finit toujours par s’endormir. on s’endort sans y penser

    12 mars 2025

  • l’unité par le vide

      marcher sur le dos, s’attendrir sur l’essentiel – je tombe d’accord
      ou je tombe dedans, c’est selon, selon quoi je n’sais pas, c’est selon
      l’un meurt devant l’autre derrière quand pour l’un comme pour l’autre mourir
      ne fait jamais que commencer

      attaché à sa montre, à son odeur d’emprunt, on ne rigole plus
      quelqu’un frappe à la porte il n’y a pas de porte quelqu’un frappe
      à la non-porte – le non-vent ?
      ou la vague vacance peut-être, à laquelle tout se rapporte

      je mange pas quelque chose de mort, quelque chose d’une nature en l’occurrence, d’une nature profonde
      quand j’avance toi tu recules, cela prend la forme de petits monticules, je n’y peux rien
      toi non plus tu n’y peux rien
      disons que nous n’y pouvons rien
      seuls à entretenir le souvenir du vide, droits poteaux d’un rugby verglacé – l’arpège en rade…

      tomber montre la voie. abandonner l’ouvre en grand. il a cessé de
      pleuvoir sur notre-dame, ce qui n’a nullement débouché sur
      un meilleur quelconque
      si quelconque d’ailleurs
      qu’on n’en voit plus l’utilité

    9 mars 2025

  • extrait de la joie pure

      une fois que j’ai tout dit, je rends mon âme
      et une fois mon âme rendue, je ne fais rien : je reste là, les bras ballants
      le cœur tondu
      une fois le cœur tondu je n’attends rien. j’attends donc là, rien mais sans plus
      pire que de n’avoir aucune raison d’être serait encore d’en avoir une, ou d’y prétendre
      ce qui n’est ici pas le cas, on l’aura bien compris

      on parle mais à travers, ou comme sous le tapis
      quand je pense qu’il va me falloir retraverser paris – par les souterrains certes, et seulement d’une gare à l’autre certes, mais avec quelque bagage
      ce grand vide. ce vide énorme. là. vraiment là. énorme. j’en fais quoi ?
      comment je fais, là ?

      mon dos de cuillère à moi il creuse et creuse, mais creuse à vide
      où mourir, et surtout que mourir ?
      j’attrape un abri anti-atomique, je le serre dans mes bras. je le serre très fort. contre moi
      il me soulève à son tour
      nous retombons tous quelque part, en cendres ou en enfance – à genoux quelque part

      pas plus qu’un mort sur terre. je te sèche la mine
      je te mouille le verre. pas plus d’un mort sous terre. il s’agit de ton œil – il faut faire attention où je crache
      éjacule
      me suicide
      promis, je ne me tuerai pas hors de l’écuelle tu n’auras pas
      à essuyer
      à ramasser
      rien à raccommoder

    7 mars 2025

  • alléluia l’amour limpide

      en voie de, en voie d’im-, la personnalisation vois-tu
      d’être mort mais vivant, ou alors plutôt vivant mais quand même mort, mort et peut-être mort qui sait, quoique provisoirement respirant
      on s’attache les poignets et on s’abstient de respirer. on essaie de se toucher du sexe, de se nouer l’un à l’autre par tout ce ou le
      peu qu’il nous reste

      dieu se cambre. et dire que nous subissons tout ça
      elle pleure dans son coin. qui, elle ? je, tu, nous vous ils, il mouille sa manche, crame sa bille
      son stylo bille
      sa patience par les deux bouts
      j’aimerais tant lui sucer les seins, je rêve qu’elle me montre ses seins, des vrais seins
      on ne sait jamais. on ne sait jamais sur quoi on tombe, ni de quel côté on penche

      je me couche tôt. toujours très tôt. ça me laisse plus de temps la nuit
      je me lève tôt. toujours plus tôt. du coup je me lève seul
      seul entre en deuil – cette forme particulièrement pure de la joie
      je n’habite nulle part. au très cœur de ma chambre je n’habite nulle part. à nouveau nulle part. dieu trop grand ou trop profond c’est à dire moi
      trop petit
      tout en surface

      ce qui se passe après tout ne me regarde pas. et j’ai même cessé
      de contempler le paysage. de me dire allez bon ça va, et malgré tout ça va, que ça n’aille ou pas ça va, ça va pas et alors, et alors quoi
      un homme n’a que deux bras – un pour le verre un sous le coude, éventuellement la rixe
      un homme n’a que deux jambes, au cas où il se lèverait pour aller je n’sais où moi – quelque part en échange
      part en échange de rien

    4 mars 2025

  • un chien

      un chien m’a battu dru. ou le degré zéro de mon rescapage
      il pleure sans cesse. sans cesse on lui tape sur la gueule, et lui ne cesse de larmoyer
      je ne m’appelle plus rien. même pigeon, je ne me souviens pas. ne pas se souvenir constitue la limite
      au-delà de laquelle
      je ne suis plus que rien, enfin, et l’admire de plein pied

      dis-moi la gravité de l’âme, du cœur, et de la chose en soi
      de la radicalité, de la verticalité, toute cette gentillesse
      le mûrier qu’on n’empêche pas, l’orgasme au bout des doigts
      – quel poids de larmes supporte t-il, celui qui jamais n’a pleuré ?

      un chien s’est introduit dans mon bain. disons qu’il n’aboie pas
      mon corps s’est tout décomposé. il ressemble à ma mère, il ressemble à mon père, ainsi qu’à leurs pères et mères, pères et mères de ceux et celles-ci…
      j’ai soif d’un rien qu’on ne commette pas, ni n’entame
      un peu comme le gland qui pourrissant sur place évite le porc, évite la mort
      quitte à puer d’la truffe

    1 mars 2025

  • cet étranger-là

      un chien ne marche pas. tu a beau le battre et tout ça, il ne marche pas
      il s’en va quelque part, du moins dans l’idéal or dans la réalité réelle, en boule dans sa niche quoi qu’on en pense, un chien ne marche pas
      il emmerde ta race
      il emmerde ton peuple
      il chie sur tes valeurs, sur ta personnalité
      il chie sur le piémont, la bourgogne catalane, et les autres pays

      cet étranger-là, cet usurpateur se prétendant moi tandis que moi, définitivement engagé dans un processus d’impersonnalisation, j’ai déjà perdu mon menton, mon regard se défausse, ma vue se dissémine et puis il pleut, il pleut
      jusqu’à la fin des temps

      je les ai supporté tant que je les ai supporté, mais maintenant sur les cendres tièdes de ma mère…
      et lorsque dans notre ignorance de dieu, indistincte de son ignorance à lui de nous, littéralement nous jubilons, nous jubilons
      littéralement nous jubilons
      sans un sourire, sans rien, nous jubilons hors jubilance

    27 février 2025

  • les lianes

      et toujours où la nuit tombe, je tombe dedans
      : elle sème le ventre

      allez, cette fois je vais dormir, et jusqu’au bout
      ou plus profond encore, là d’où l’on ne se réveille pas
      où même la tombe ne nous rattrape pas
      quelques secondes avant jamais, plus très loin de la mer…

      j’habite un sommeil crachin, un coma méthodique
      je ne ressens pas, n’éprouve pas, ne pense pas, sujet hors-je
      les lianes, bien entendu les lianes, mais les lianes sans lien

      cache la tête dans le tiroir
      enfonce-la long
      perce le fond
      on se gratte une route, la route refait surface
      une surface limpide, impeccable, où le rien qui s’y reflète semble égal
      au rien qui le reflète…

    25 février 2025

  • embrasser dieu sur la bouche

      nuit après nuit, ce qui tient par un bout
      je casse les cordes, dénoue les creux, tu pourras toujours prétendre trouver du bon en moi le bon m’est tout ennui, le bon au goût de terre
      de terre terreuse, c’est malheureux

      de l’amour tel qu’on le fronce, bas débris de miroirs
      je n’arrive pas la vie, la vie me passe sous le nez, je me mouche
      je me mouche à la manche, rien n’y fait, me mouche en tout sens, rien ne se passe
      rien ne se passe et caetera

      on se regardera comme on s’est toujours regardé – sans jamais vraiment se voir…
      on a des yeux pour ça, on a des yeux pour rien – et le reste attendra
      j’ai déjà un pied dans l’eau, l’autre hélas enrayé, puis l’eau vient à manquer
      le pardon tombe en panne. un peu comme on se retrouve en slip dans un rêve de foule
      on n’se caresse plus

      marcher pieds nus. on ne
      marchera plus pieds nus
      on s’en ira, c’est certain on s’en ira. pas loin. en tout cas pas plus loin
      qu’ici-même. ici-là pas plus loin, on ne marchera plus on ne
      marchera pas. pieds nus
      pieds nus certes mais on ne
      marchera plus
      ou alors à vide. d’accord mais à vide on marchera soit mais alors on
      à vide

    22 février 2025

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