Aller au contenu

assis là sur un banc


  • si loin que je manche

      pays de brumes et de mulots, campagne environnante, mes cheveux teints en bleu
      absorber le vide de dieu tout en consultant
      le menu d’la cantine. j’ai peur d’un monstre par hasard, d’un lézard
      poussant en moi, poussant
      jusqu’à m’expulser tout entier

      femelle du moribond, la moribonde, la veuve aux trois tampons
      je m’achemine mais lentement, de plus en plus lentement, vers l’extrêmement lent
      je me rappelle quelqu’un. d’autre part je me souviens d’un gant, d’une fille vomissant sur son
      élégant tablier
      . la mort nettoie tout ça

      on s’assoit quelque part, on sort son p’tit pique-nique, déplie
      son mouchoir à carreaux
      devant s’écoulant gris, le fleuve à reculons
      ai-je été jamais si seul – si seul que j’en oublie d’exister, oublie de m’appeler, me rappeler et pourtant,
      tant que nul ne me répond je sais que je suis là, les bras croisés les bras ballants
      la calotte à l’envers

      plus ment la vérité, plus sincère l’ignorance. j’appuie sur le bouton
      j’appuie sur le bouton, il ne se passe rien. quand je m’éteins non plus il ne se passe rien – on dirait bien
      que j’ai raté quelque chose
      mais peut-être pas après tout, peut-être n’ai-je fondamentalement
      rien raté
      à ceci près
      . et là quoi ?

    14 octobre 2024

  • il y a peu de temps encore, debout devint contraire

      se résoudre à n’être rien, ne serait-ce que pour se débarrasser de l’idée, inféconde et futile, de n’être rien
      pierre, tombe, cisailles…

      pas grand chose à attendre du trou qui dure. la réalité a mis trois jours
      à se manifester
      sous la forme d’un quille, ou d’une pierre en suspens au
      dessus d’une marelle moitié nue, moitié mangée par la poussière

      tout va bien – l’éternité
      suit son chemin. j’ai dans mon corps un âne, un braiment retenu, retentissant silence
      mais à part ça tout va bien – l’éternité
      tourne en boucle, saute à pieds joints
      dans le vide de l’homme

      une biche et pas s’en faire. je me crache
      dans les mains, que je frotte
      l’une contre l’autre, et l’autre contre soi, je m’inscris aux abonnés absents, encore mon nez qui saigne
      pour rien, ou par pur sens
      de l’inàpropos

    11 octobre 2024

  • silence saigné à blanc

      une vache blêmit. un chien pue la pitié. je n’ai rien à faire, nulle part
      je m’arrange pour que les cheveux tiennent droit, prends soin des os afin qu’ils présentent bien blanc au jour
      de la résurrection. je me brosse les dents

      dormir tout cru. je tends la main le loup la mange. je reste frileux quant à l’avenant
      un mort s’interpose entre moi et la vie – il s’étend, occupe toute la place, prenant ses aises
      vite un crucifix, que je le lui plante dans le ventre
      c’est si mou, le ventre

      quelqu’un m’est tombé dans les bras, de très haut et depuis je le porte, partout l’emporte
      seul importe mourir, mais comment s’y prend-on ?
      dès le départ avec la bouche, on s’embrasse – mais où s’embrasse t-on ? de quel lieu s’élance t-on ?

      bidule amorphe. se contenter d’être né un jeudi
      tu t’adresses à moi comme à quelqu’un qui de toute façon n’a pas les moyens de répondre et se trouve
      condamné à écouter
      tant et tant qu’il finit par ne plus discerner aucun sens dans ce qu’il entend et en est réduit à
      s’écouter écouter, silence saigné à blanc

    8 octobre 2024

  • lundi sans faire de bruit

      j’ai la mort de tout un paquet de chewing-gums en moi et je m’emmêle dans le nom
      des roses, des orties, les horaires à l’aller, les horaires au retour
      je m’emmêle

      personne ne dure aussi longtemps. j’ai rage de dent
      je m’empresse tu t’empresses, on finit par s’empresser mutuellement
      ce n’est pas qu’il soit incompétent, mais je trouve mon dentiste
      un peu fatigué ces derniers temps. un peu triste même

      tu dégommes un lièvre de pure vérité
      sans l’attraper pour autant. j’ai l’intention de demeurer idiot, de ne pas
      ouvrir les placards, ni me retrouver
      en tel ou tel endroit, fauché comme le gel, empaillé de circonstance

      un homme est mort dans mes bras. lui a manqué la force, voire l’idée
      de me confier son nom, celui de sa mère ou de je ne sais qui encore
      je ne sais qui encore
      qui encore
      je ne sais qui

      une première vague, acrobatique, m’est tombée sur la gueule
      puis un silence étale, un silence qui
      prend son temps, prend tout le temps. c’est le temps du silence, du renard
      de la faim qui se nourrit de la faim

    5 octobre 2024

  • caillou

      untel a ses garçons
      untel a son mouron
      et s’endort sur le foin

      au-delà de toute
      confusion. prêt à parier le contenu
      de ma tirelire. simplement ne faisant pas
      le premier pas

      sous les décombres maman
      petit miroir fêlé
      la porte du milieu définitive-
      ment condamnée

      mettre son casque, enfiler
      ses grosses lunettes noires
      et sortir faire le mort. le saut
      sans parachute, la chute sans
      péridurale

      à perte de vue, l’océan gris
      et ce petit caillou qu’on y
      jette et qui jamais n’en
      touchera le fond

    2 octobre 2024

  • pigeon assis, caca debout

      ma vie rouge à terre. sauf que la terre sens dessus
      dessous. on n’y comprend que dalle, on n’y voit moins que goutte
      je tire sur le téton, le rêve
      me reste entre les doigts, légèrement collant, délicatement sournois

      un jour je n’apprends pas à nager, un jour
      je ne sais pas nager
      sauf que je coule pas. un jour je n’ai pas appris à couler, un jour
      j’encule l’air autour de toi, je ne crie pas
      toi non plus tu ne cries pas

      la nuit elle marche comment, la nuit elle marche comme ça – il suffit
      de ne pas y penser il suffit
      de ne penser qu’à ça
      d’ici-là tout va béat
      c’est à dire, d’ici-là tout va béant, c’est comme si on pendait
      à un arbre sans branche
      à un poteau sans lampe
      un arbre ou un poteau

      le petit robinet
      le léger goutte à goutte
      on met les voiles sur cherbourg. un dos c’est toujours un dos
      d’abord tu oublies de me demander, ensuite tu oublies de ne pas me demander
      attendre, est-ce encore être là ? ou attendre
      est-ce enfin être là ?

    29 septembre 2024

  • le banc bouge

      il y a des gens, aime la mort. aime la mort, il y a des gens
      pas triste pour deux sous, trois sous. suce les seins
      de l’otarie. et dire qu’on aurait pu danser même si
      sur un seul pied, sur un seul cor

      je me suis retrouvé la langue entre tes je me suis retrouvé
      du gras dans l’homme, des têtards dans la vase
      je ne parle plus à mes amis. mes amis ne sont plus mes amis. c’est comme ça
      que tout a commencé

      quand dieu ne pénètre pas dans la maison, la poussière a du mal
      le ventre mou d’une femme. on donne ce qu’on peut on ne
      récupère guère plus
      on éjacule malgré le froid

      brève éclaircie cosmique – j’ai même sorti le doigt du trou
      de nez de qui, silence on dort ou du moins
      on fait semblant de dormir
      comme on fait semblant d’avoir faim. semblant de jouir. d’être soi
      fermement accroché au sol dérobé

    26 septembre 2024

  • tout ce qu’un soleil bancal

      diatribe contre son camp
      il y a mieux il y a pure : je me suis fait un croche-patte, un porte-
      manteau en guise d’écharpe. demain si je suis mort ou malheureux apporte-moi un
      bouquet de fleurs séchées

      petit esprit grandes enjambées, tout le mystère sourit de moi
      la coupe d’un aigre champagne
      on se croirait encore en vacances, alors qu’il ne s’agit que d’une absence de but
      d’une défection du sens

      les petites vieilles, caresser les petites vieilles
      ou bien les renverser, leur faire chausser du 36, ou même du 38
      à force de n’être rien le rien finira t-il peut-être
      par prendre des couleurs

    23 septembre 2024

  • je préfère un caillou

      et c’est toujours en la lumière qu’on creuse, qu’on s’enfonce, qu’on s’aveugle…

      dieu de tous les trous, de toutes les retombées
      dieu non de vérité, mais de l’épuisement du mensonge
      brève éclaircie unijambiste éternité, espace bienfaisant sous mon ombrelle tachée

      mourir, simple accident de parcours
      blanche irrévélaltion d’un défaut de contour
      je me sens un caillou sur le chemin sans fin – toujours tenir
      un caillou dans sa main, faute d’orange

      chien n’attrape pas mouche
      comparer un homme à son néant produit de la pitié – et que pourrions-nous éprouver d’autre que de la pitié, nous à qui l’amour est défendu ?
      qui s’y colle n’en décolle

      prendre congé de soi, la main piochant machinalement dans le sachet de cacahuètes
      rester muet – tant d’années rester muet, et jusqu’au bout muet
      ressusciter à la moindre goulée, ne perdre le nord que pour de redécouvrir l’espace enfin,
      l’espace avant toute chose…

    19 septembre 2024

  • l’impersonnel en transe

      on va dormir quand, on va dormir comment ? le vide et la bougie
      je me suis tranquillement pas bougé – je, l’univers en position assise
      assise quoique inquiète
      verticalement inquiète

      j’ai réalisé mon absence de rêve, me voici mort à présent
      je le dis couramment
      je l’énonce en diagonale
      un horizon bancal, une histoire de zizi

      on s’habitue méchamment, on s’habitue à rien
      on berce dans ses bras l’os de son ombre, au moins ça
      on tue le temps pour rien, radieuse redondance

      on ne s’embrasse qu’une fois, le temps de voir tomber ses lèvres
      l’anus en fleur, il n’y a plus de banc il n’y a plus
      le tréteau d’un corps mal calé
      on s’achemine vers le rien le plus net, d’un genre
      idéalement féminin

      tant qu’il y a le langage il y a de l’homme, or l’homme se déclare non nécessaire
      on ne meurt jamais : on ne fait que mourir. le fruit
      définitivement rouge

    16 septembre 2024

Page précédente Page suivante