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assis là sur un banc


  • piétonne de quoi, là, déjà ?

    on s’en tirera pas comme ça, avec un hameçon qu’on traîne derrière soi dans la rue piétonne, mais piétonne de quoi ?

      je suis enfin rentré chez moi, et tout ce que j’y ai trouvé c’est un poisson en rade – et cette odeur de mer…

      et comment tu t’en sors, toi de ton côté, avec l’émotion d’exister ?

      c’était une toute petite maison : nos bras sortaient par la fenêtre. nous nourrissions notre souris de mort-au-rat périmée en légers flocons bleus

      j’ai vendu ma ville. ma ville ne valait pas grand chose. puis je suis descendu prendre un café sans sucre

      j’ai une viande qui pendouille entre les cuisses, et pourtant je ne me plains pas

      j’aime dieu. je ne sais quoi faire d’autre que d’aimer dieu, sans crier gare

      les morts ils font semblant : en fait les morts, ils se promènent tranquilles, de long en large en et hors bois

    13 novembre 2024

  • une vie de cancre

      mon appartement se situe au troisième étage d’un immeuble sans ascenseur, rue de Chaussey, derrière le réservoir

      tout est parti d’un papier-bulle. et penser que l’ultime demeure flotte toujours entre les briques…

      toute la mer a grandi là, entre l’œuf et la misère

      je l’ai tellement aimée que j »en retire encore des arêtes

      dieu comme un seul courant d’air, et les portes qui claquent…

      il a dit qu’il partait nourrir les chats, alors qu’en fait il allait caresser son rat

      rue Euripide, il n’oublie pas de remettre une pièce dans le juke-box

    10 novembre 2024

  • grosse part de mon ennui

      comme si un homme, une tour bancale
      montait la garde en moi

      une vie pas comme elle veut, une vie
      à contre-pied

      un jour sur trois osselets
      m’en tombaient deux des mains

      vérification faite, un grave-moi l’temps

      rétrécir les distances, raccourcir les délais
      ad vitam nauseam

      et puis lécher le sol, laper la mort, déterrer
      l’os véridique

      je porte sur ma verrue un bien triste visage
      une figure sans style

      la mort me lève, me brosse les dents
      mange mon pain, mes prunes

      un animal me manque, une paire de lunettes afin d’identifier
      cet animal

      le gravement futile, dis-tu
      flotte le rat, mort ou vivant

      petit cheval sans dent, regarde
      le destin s’embourber

      et la résurrection alors, c’est pour mon cul
      ou à l’instant ?

    7 novembre 2024

  • retour au tombeau

      à nouveau midi, dépourvu d’ombre
      j’enjambe un mort, deux morts, encule une verte gamelle
      quelque chose en dieu vire de l’œil
      vrille de l’aile
      cercueil en chute libre

      demain me détache
      du poteau
      lui répète après moi : arbre es-tu ? me manges-tu ?
      je repense à la seule et plurielle, je me rapproche
      – vive absence –
      de l’astre mort

      rembobiner la rame
      on se pense à côté
      on se chie par-dessus
      bord
      long ce jour ne mangeant pas
      de pain

      le retour en chimère, l’ouverture du tombeau
      au final on ne mange plus
      qu’avec les doigts
      la rage en moins, le nerf flottant
      je ne m’adresse plus la parole
      qu’en silences pesants

    4 novembre 2024

  • la nuit dormant debout et autres cochonneries

      on marchait comme on marche
      jusqu’à l’os

      quelqu’un pour dire adieu
      une tombe à tout va

      puis la mort en suspens, un jour i-
      nexorablement bleu

      partie en couille, mais partir
      sur un mode hijaz

      tout ce qui pleure compte pour du beurre
      propose le mouchoir

      j’ai peur de quoi j’ai peur de moi, ce qui
      ne m’avance guère

      dors sur ton épaule
      droite, dors sur ton turc

      je ne m’imaginais pas – d’ailleurs je ne m’
      imagine toujours pas

      haut le départ, quand si menues
      les retombées

      ta gueule en sa demeure – je me suis retenu
      de chialer

      je bois comme un troupeau
      racle le fond

      et plus personne après soi pour remonter la pluie
      ou faire comme si

    1 novembre 2024

  • la nuit c’est quand même mieux

      dieu d’un sol et d’une terre que l’on prend soin de
      ne pas confondre. dieu d’un ciel et d’une aile on finit
      le zizi rabougri à force de, à force de ne
      – n’étant que ce qui
      reste de soi…

      j’appelle ça une vache, j’appelle ça une vie – ça dépend d’où qu’ça tombe et quand ça ne tombe de
      nulle part
      qu’en la tranchée
      la tranchée haute
      ‘cré nom d’un chien

      mourir n’aime personne, ça tue raide le fantasme
      ta main mais je n’ai plus de sexe, ton cul mais je n’ai plus de feutre – j’appuie sur
      le contour de l’espace neutre un mort
      se relève et crânement m’adresse un
      maigre doigt d’honneur

      je n’arrive pas à
      me demander pourquoi
      d’un sens ou de l’autre me
      demeurant égaux, et ma vie de plus en plus ne
      ressemble qu’à ma vie, c’est à dire rien, de vide
      et d’ultra doucement vide

    29 octobre 2024

  • l’amour par ricochet

      et moi je n’en sais rien, et moi je n’en peux rien – j’ai vécu là-bas, plus bas encore, comme
      un âne en pâte, une courroie de transmission en panne de
      transmission, ou simplement d’inspiration

      j’ai derechef
      planté un arbre en toi, une substance sub-
      tilement chimique
      un dieu m’a tiré les oreilles, une veuve amidonnée me les a
      retirées. j’ai pour un jour comme tout un chacun
      été le maître, ippon sur glace

      la mer si lointaine – aussi dedans que l’on y plonge, si lointaine la mer
      par exemple, je vis à bout – de souffle de gland pire: je
      ne vis pas
      le pactole que chaque génération lègue à la suivante
      se rabougrit, carrément tend à
      queues de cerises

      cheval qui monte. en un quart d’heure che-
      val qui monte
      on aura tout entendu
      on aura même tout vu
      une main sur l’épaule du vent et les miettes pour tout festin – bref on aura
      tout menti, tout
      perverti

      dieu balle perdue
      ça commence comme ça, ça
      finit n’importe comment. ça ne
      finit même pas, tellement déjà fini avant même
      de commencer. dieu trou de balle perdue – et merci
      pour la vidange

    26 octobre 2024

  • tendresse ma silhouette, tendresse le reste

      il y a une nuit
      il y a une nuit où je n’suis rien
      un mec sans flamme, sans bois
      tu me parle d’un moteur et je n’écoute pas, je
      n’écoute rien

      et tout ce qu’un homme dit de soi on l’a
      oublié on l’a
      jeté par-dessus bord tant au
      bord se tenait le bord, et le vide influent
      stable dans l’informe

      le néant fleur spontanée – j’aurais pu dire autre chose j’aurais pu
      penser à mère en cendres, à la
      matérialité de la cendre
      d’être né quelque part, brèche à tout vent
      et le petit poucet

      vendre un animal ne m’a pas rapporté grand chose – le poids des os
      le point zéro d’un saignement de nez d’un
      éternuement métaphysique
      à pieds joints sur le ventre d’une grosse et pourtant je
      ne meurs pas davantage

      à force de changer, les choses finissent
      par se ressembler. définitives bien qu’allogènes
      je porte à bout de bras mais même ça je lâche
      je lâche les bras

    23 octobre 2024

  • le temps qu’il faille

      les choses qui passent, les mots de passe, les pass-nulle-part – un jour je ne reviendrai pas, un jour
      je ne suis pas revenu c’était le jour
      dont on ne revient pas, le jour où tu t’es coupé les cheveux par exemple
      les choses qui passent, laissant veuves et orphelines celles qui
      ne passent pas
      ne le peuvent plus

      il m’éblouit, le néant – il m’éblouit par toutes les pores. l’odeur de la…
      passer par là. repasser, voir si l’on y respire encore, si l’on n’a pas bougé
      bougé ça ne risque pas, ou alors seulement histoire de
      se retourner, changer de côté. prendre une aspirine, une aspirine ça ne
      règle pas tout

      non je n’sais rien. je n’y habite même pas
      je laisse mes bottes à l’entrée, et le vent à la fenêtre
      chaque jour que je m’abandonne le néant me ramasse, me ramène ma porte
      frappe, je ne t’ouvrirai pas
      demande, je ne te répondrai pas

      ça fait tellement longtemps, tellement longtemps comme ça, et jamais autrement
      je sais, il faudrait se montrer plus précis, plus concret, plus ver de terre
      un esprit à charge, trop de responsabilité – plutôt dessiner le vide courant
      sur une page blanche…

    20 octobre 2024

  • on tue pas d’animaux

      mes pieds ont perdu leurs plantes, et mes genoux leurs coudes
      hirondelle piégée par l’hiver boréal, ovide à constanza, je me suis mis à rêver
      d’une rivière tranquille…

      tiens, un mort se réveille
      finit son verre, ramasse sa cédille – un monde, se dit-il, un monde dans lequel notre pitié
      recouvrirait tout entier notre dégoût…

      vache-moi l’dos. sinon fais ce que tu veux, vas où tu veux, plie-toi en deux
      un trou entre les bras. j’ai beau serrer, serrer, ça tombe dans le trou
      puis ça mouronne
      une vie durant, ça mouronne
      une mort durant, ça vivote

      vaches, vaquons, vaquez, au bout de la mort la mort ne compte plus
      on se prend la main
      on se lâche la main, on se tient par
      la main lâchée…
      je voulais juste être payé à ne rien dire, me taire profondément
      et plus profondément encore

    17 octobre 2024

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