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assis là sur un banc


  • la lente antiquité du texte

      je ne parle plus
      je ne parle pas de la grande mosquée qui
      somnole en moi je ne parle pas du
      jour qui baisse tandis que le jour croît
      ni du grand soulagement que de se savoir rien

      je ne me suis
      mêlé de rien, de rien jusqu’à la lie
      lorsque je rouvris les yeux le monde s’était évanoui
      manquait l’arbre au milieu

      on n’est pas à un attentat près, je ne suis qu’un jour férié,
      une bête sans corne et
      ce qui n’arrange p)as les choses, le regard
      vide de soi…

    16 avril 2025

  • la dernière fois que je suis mort

      sans ça, il n’est rien
      il ne chien pas beaucoup. si les morts
      se relèvent la nuit ce n’est pas pour aller pisser, je crois
      nos tristesses surnagent, de fonds de verre en
      rases campagnes. quelqu’un dans le lointain, et de tout temps
      ne m’appelle pas

      le rien qui m’occupe
      regarder le ciel et y déceler comme la trace d’un
      en-deça de tout, petit miroir flottant, page qu’on tourne
      café bouillu
      un jour lever la main un jour la voilà
      retombant inerte le long de cette
      absence qui me démange

      me dire les choses sont comme ci, les choses sont comme ça ou me
      raconter tout un tas d’histoires alors que moi je demeure
      éperdument amoureux de ton nombril, ton seul et unique
      nombril, poser le doigt dessus dedans, sentir en moi
      refluer le vide et remonter
      l’éternité…

      hors de. au bord de. en marge de. penser à mon nom,
      à chaque lettre qui tombe de mon nom,
      à Jésus qui s’ennuie loin de sa croix, mais si près
      de mon ennui à moi, plus bas, plus bas se contorsionne

      la dernière fois que je suis mort je n’ai même
      pas pris la peine de descendre de vélo, le reste à charge, le
      temps qu’on passe à le semer, je me suis habitué
      j’ai pris mon poumon entre les deux mains et j’ai soufflé dessus, je me suis habitué à
      me rater de peu, de si peu de si
      énormément peu

    13 avril 2025

  • un homme, une valise

      des anges parmi nous
      se tenaient par la main – un autre jour encore
      à Wuhan, les ailes un peu rognées
      fusaient à contretemps
      d’un amour pur jus

      une
      tombe en plein jour
      sans trace de pluie, ni d’aucun autre fluide une simple
      absence de dimension
      on range les osselets, on ressort les osselets, rien ne revient
      ou alors seulement par oisiveté ou nostalgie, se retrouvant soudain
      face à ce vide
      terminal

      un homme
      une valise
      et la trajectoire minée menant
      de l’un à l’autre
      une vie en apnée, rien si ce n’est
      du sel de mer, et la mer à côté

      abattre cette distance gigantesque
      entre soi et soi-même, un trou dans la flaque, un poteau
      n’indiquant rien. ma montre me regarde et c’est moi qui
      tourne à l’envers. l’obscurité
      ne projette pas d’ombre. le ciel
      n’accomplit pas de miracle – il
      reste coincé

    10 avril 2025

  • allez viens souper, chien

      vieillir fait l’enfant gâté. je n’aime pas partir du milieu j’évite de
      traîner dans les allées. j’avais un coing
      j’ai balancé le coing. il ne me reste rien, ni toit ni fenêtre, rien
      qu’un peu de rue, de trottoir verglissant
      d’apnée sans conséquence…

      petite nouille couleur nature – j’ai maigri ces derniers temps
      maigri jusqu’à ne plus pouvoir, maigri jusqu’à ne plus vouloir. laissé pousser le vide aussi, pour rien
      ne me reconnaissant par ci, ne me reconnaissant par là, naviguant à – très mauvaise – vue, m’endormant sur le pont tant sous le pont la place était prise, tant sous le pont
      la place était grive…

      un anneau me tourne le dos – je sais pas comment il s’y prend
      le nid brûlé, la route embuée. quelque chose au fond de moi se tait, comme une
      mer en suspens, une mer dure, un claquement sec
      si je ne sors de mon cerveau, où donc me retrouvé-je ?

      allez viens souper, chien
      mets pas les coudes sur la table, attends que
      je sois servi
      et la serviette blanche…

    7 avril 2025

  • à l’hargneux paysage

      au cours du lent, du très lent
      aspirant goulûment l’air de bulles éclatées, ne tenons pas la liste de nos
      atermoiements – on clamse à l’heure pile, le reste du temps que veux-tu on se la coule fébrile sous ce
      dieu d’une attente lumineuse…

      au plus près de la surface, les dents raclant le vide la racine
      traînant au ras de l’air – j’ai peur de n’avoir pas compris, de n’avoir pas saisi
      les mains libres enfin, le pénis en
      pleine inaction, je n’ai pas fini mon café je ne finirai jamais
      mon café – le temps déambule comme ça, sans foi ni lieu sans
      feu ni loi

      j’accroche un wagon de travers – déjà que
      je louche des rails, mais passons… un jour un homme
      a bavé sur mon jupon, mon blouson, ou toute autre vertu finissant en « on »
      que c’est moche un homme, ça sent l’moisi on croirait la marée énervée
      de surcroît y a plus de gare, plus de gare plus de canard flottant à la
      surface de nulle part

      chaque jour une comète
      m’approfondit. j’ai la touche au milieu, la raie du cul sur le côté. il pleut
      un peu plus chaque jour, même quand cela ne se voit pas même quand cela
      ne mouille pas – on est trempé ça remonte du dedans tandis que
      la croûte tout autour elle résiste, la croûte tout autour elle
      fait ce qu’elle peut pour ne pas succomber
      à l’hargneux paysage

    4 avril 2025

  • les pannes existentielles

      non, je ne suis personne, un mur
      se dresse au fond de la cour, une échelle
      dépourvue d’échelons, pour un glacial éden je
      ne suis personne vraiment – pleuvra t-il, pleuvra t-il pas, je n’en sais rien, un vent d’hiver
      court sur mes échasses

      j’ai planté mes serres dans le dos, les omoplates d’un amour irréductible
      et je me fous des nuages croisant au large de mon esprit – un café, noir de chez noir
      affûtera ma voix, fourbira ma colère, faut-il ici mentionner mon aversion viscérale
      pour les piscines, moches bassins et autres liquides équations…

      souvent je me traite
      d’animal, de planche pourrie de terre brûlée – bref j’avance, sur mes moignons j’avance
      pire que soi un homme alors
      se réfugie sous mon ombre, un ballon
      me porte si haut mais que faire si haut, que chanter
      d’une voix si obstinément fausse…?

      partir ne me ramènera pas chez moi – à force d’empiler les mensonges je ne parviens plus à me
      retenir de pisser, j’ai l’impression chaque soir de m’allonger près d’une
      croix gammée, m’endormir dans une chambre pleine de
      rêves écorchés, de mémoire suppliciée. heureusement m’aiment les chiens, les enfants,
      les pannes existentielles

    1 avril 2025

  • intuitivement le paysage

      tout ce qui a un sens agonise à côté de moi
      tout ce qui a un sens existe et simultanément n’existe pas
      raison pour laquelle tout ce qui a un sens n’en a finalement pas
      et meurt à côté de moi, ou moi-même allongé meurt près de moi, par conséquent en-dehors, extradé
      chié par l’esprit

      soulève-toi marie-jeanne, et ne redescends pas
      ne réalunis pas
      si tu manges les figues c’est que les figues sont bonnes. si tu vois un homme je serai cet homme-là,
      en perte de je ne sais quoi, le ski sans conviction

      à ma vue se dérobe
      intuitivement le paysage
      – ce sera bien la dernière fois que j’habite.
      du front me tombe une maigre pensée, presque honteuse
      – le bout du monde contient la totalité du monde
      tandis qu’au dessous, le vide
      grandit à toute allure…

      on parle là de l’effet boomerang
      du cil qui vrille
      d’une chambre sans miroir.
      des bleus qu’on retourne dans tous les sens ne débleuissent pas.
      finalement le coffee s’accompagne fort bien de cacahuètes, trouve t-on
      sans aller chercher trop profond

      la nuit lave
      cesser d’exercer une fonction, d’être en fonction, en fonction de, lave
      je crains la nudité, je crains la propreté. la pureté me terrorise
      si je fais un trou dans le trou, c’est encore moi que j’y vois, transi mais sans limite
      transi de sans limite
      j’habite juste à côté, toujours plus loin

    29 mars 2025

  • la mule d’un destin

      si la mule d’un destin m’a mené jusqu’ici, un âne nu
      me ramènera chez moi, me déposera
      au seuil de l’oubli, la clé sous le pot de fer, ou de terre
      servant supposément à ouvrir une maison sans mur, sans porte ni toit – seules quelques fenêtres, flottant dans l’air
      ou se rêvant miroirs…

      humanité mes couilles. avec mon quignon de pain sec je suis allé retrouver mon pigeon
      il faisait parfois sa tête de choucas, mon pigeon, mais je faisais alors semblant de ne pas le remarquer, de crainte de le vexer ou par simple politesse
      le reste du temps se passait en ballades, subtiles nécropoles,
      en robes démodées que l’on caresse comme ça, à plat sur nos genoux…

      je ne vends rien. j’attends que mort se passe, en partie patiemment
      la nuit ne dure que jusqu’à l’aube. quelque chose pousse contre toute raison, irrépressible aberration
      on évite rues et trottoirs on leur préfère les toits, mauvais coucheurs
      mauvais coucheurs mauvais payeurs, on ne pourra se contenter
      ni du néant ni de dieu
      ni de dieu ni du néant
      non, c’est impossible

      les chiens ne me supportent pas – l’odeur sans doute, du néant ou de l’origan
      je m’endors entre leurs pattes ils m’ignorent, par principe. l’un finit par me lécher la pomme ou le fion, aucune différence selon eux. et si peu selon moi
      les chiens ne me supportent pas. et ce n’est que pour ne pas avoir à me dévorer qu’ils se sont résignés à m’adopter disons
      à m’absorber

    26 mars 2025

  • il pleut des trous partout

      ça marche comme ça marche, à moitié vide tandis que l’autre moitié
      plus vide encore, sauf qu’on n’en parle pas, de celle-ci
      d’ailleurs en général on évite d’aborder cela dont seul il faudrait
      se soulager. un mur m’a rencontré. un mur a gravé
      son nom sur mes lèvres. nous n’avions plus
      la langue de nous enlacer. alors on a fait pouce. alors on s’est fait chier

      mais si le danger n’existait pas, je ne serais pas là pour en causer. je ferme la porte
      je ferme la porte à clé, enfouis la clé
      tout au fond de mon ventre. je voudrais n’avoir jamais à la retirer or
      chaque matin j’accouche d’une clé, d’un excrément en forme de clé, de fenêtre qu’on ouvre, de coq dont on
      coupe la crête. j’assure mes avants

      chien la moustique. le reste pleure avec moi
      pas besoin de larmes pour pleurer – exister suffira. suffira le temps. suffisent les chiures de piafs lambda
      exceptés ceux du large évidemment, lesquels appartiennent au large exclusivement, ont lâché prise
      ne reviendront plus becqueter du littoral, intérieur comme extérieur, ce littoral
      inversé dans la mémoire

      et à quoi m’avance ou m’avancerait-il de comprendre, de savoir ?
      les paumes appuyées sur le pavé vert de ton dos, je n’y pense pas, ne pensant néanmoins qu’à cela
      yeux, oreilles , nez, bouches – toute notre sensibilité se concentre au travers de nos trous. les trous sont dans la place et depuis que moi vivant,il pleut,
      il pleut des trous partout

    23 mars 2025

  • enfant les balançoires

      un jeûne, dont quelques croûtons d’arrache-faim. plus tu regardes les choses de loin plus elles te semblent
      petites, et inversement
      enfant les balançoires
      et d’abord vivre, pour quoi faire

      or je m’adresse à toi, d’où l’effet serpentin. l’ami de mon ami
      n’existe pas. mon ami n’existe pas. nous sommes morts
      depuis la nuit des temps morts
      on se bouscule, tels des pigeons se ruant sur des miettes de chaud
      mais tellement de chaud

      laisse-moi m’éteindre, laisse-moi
      mourir le long des notes, ne vide pas trop tôt
      l’eau tiède de mon bain. je m’appelle un jour sur deux, un jour sur deux m’abstiens
      de répondre – non par oubli : rien qu’une banale
      extinction de voix

      mon visage une flaque
      d’huile noire au milieu de laquelle surnage
      une paire d’yeux crapauïdes, immobile chahut
      c’est sûr qu’une rivière
      hante mes rêves c’est sûr qu’une rivière
      me coule sur le dos. en rêve…

      mourir quelques bornes avant saint-quentin, se sentir le poil
      durcir sous la gelée matinale. trop tôt descendu, jamais vraiment remonté
      la mort venue, j’ai marché de travers disons que j’ai
      marché en boucle. on ne rate que soi. enfin, ça ne nous
      regarde plus…

    20 mars 2025

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