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assis là sur un banc


  • j’me gratte la mort

      la pluie
      me sert de chien à la fenêtre
      et voilà gueule ouverte, le sang qui monte
      puis redescend
      cela s’est spiritualisé au point que
      plus rien n’a d’importance

      on s’embrasse à pleine bouche
      on recrache nos dents
      je ne veux rien savoir, de qui je suis ni du pourquoi
      je me sens seulement mais tellement
      indigne de mourir

      c’est la rupture
      entre l’amour, ses fluides déjections c’est la rupture – entre
      la mer et le poisson, l’homme et l’idée qu’il s’en fait
      il tombe : c’est la seule manière qu’il ait trouvé de
      ne ps se mentir tout à fait

      n’ayant plus d’histoires à
      se raconter, cœur défrisé
      il n’y a pas qu’un trou dans la vie, il y a tout ce qui borde ce trou, aussi
      – ce vertige, cette nausée
      ces fleurs attifant une tombe
      ce plastique-là

      néant fait place nette
      j’abrite un jardin
      un tout petit jardin
      je lui cherche un rose
      mais n’y trouve que chardons…

    15 mai 2025

  • de l’inhabitabilité des mondes

      personne ne m’a parlé, personne ne m’a dit allez, rentre chez toi va
      un siècle de poussières, et les petites myrtilles
      envers et contre tout, les petites myrtilles…

      mourir se rappelle mon nom – moi non
      je ne crève pas tous les matins mais tous les matins
      soupirent en moi. à partir de là n’importe quel
      dieu, ou quelle absence de dieu
      fera l’affaire

      temps le pont
      je ne
      ressuscite de rien, et pourtant
      tout ce qu’on n’embrasse pas tombe, dents
      effroyablement creuses
      c’est comme ça

      on se range de côté, punk à mes côtés
      froid sur les bords, les bords froids
      je n’habite plus ma vie, au compte-goutte
      bretelle pétée

    13 mai 2025

  • sauter d’œil en œil

      assis là sur un banc
      pommettes ébréchées
      dan quel sens le vent
      quelle absence de vent
      ?

      assis là sur un vide
      immense miniature
      l’équilibre imposture
      je serre
      les dents

      je reçois quelqu’un
      puis je ne reçois rien
      quelqu’un devenu rien ou
      un rien devenu quelqu’un
      sous le gond silencieux

      en fond d’écran l’éternel
      le poisson sans filet
      l’accent ni circonflexe

      je ne m’étrangle
      pas d’un mot dit de travers
      bientôt la mort
      aux dents, bientôt le mors
      au banc

      poisson c’est un délit
      dans l’espace limpide
      il pleut même après soi il pleut au
      plus près de soi
      plus près de soi c’est mort

    10 mai 2025

  • θεός ελάχιστος

      j’ai ma gamelle
      j’ai ma paillasse
      ne me manque que
      la mort

      monter
      descendre
      ramasser, soulever
      un coin, une feuille
      à la fin du jour, ou au début de rien
      un coin, une feuille
      ils ne nous le
      pardonneront pas

      c’est ainsi qu’on se parlait, sans s’embarrasser de longues phrases, de pensées tortueuses ni de palets saliveux
      tout juste de quoi se maintenir à la surface, sans but précis si ce n’est celui de ne pas s’éloigner
      du lieu commun, et presque familier…

      d’un côté le mur qui enfle, de l’autre le cercle qui
      rétrécit. le jour ne se lève que sur le jour et si l’on pratique ainsi la vanité, ce n’est pas par plaisir futile mais en vue d’un simple
      réconfort. ne pas glisser trop loin

      qu’elles qu’en soient les conséquences, fumée blanche
      parler n’avale rien, tristes échafaudages
      – à marée basse la nudité
      refait surface…

    7 mai 2025

  • genre un kiwi

      la pluie c’est selon les saisons mais chaque saison
      te glisse dessus. j’adore comment tu fuis j’adore comment
      sans élan même tu prends ton envol tandis que moi dessous
      moi largement dessous je me
      pisse dessus

      on ne gagne pas à tous les coups on prend juste le temps
      de te voir décoller
      de te voir pédaler, flotter dans l’air limpide et hors piste
      tu me démontres ainsi que je ne suis nulle part chez moi et tu t’enfuis
      je reste seul alors, la queue entre les jambes, les jambes à plat
      toutes dégonflées

      les arbres. quelque sujet qu’on aborde, ne pas oublier de mentionner les arbres
      toujours le beau rôle, les arbres
      or chez moi pas d’arbre, pas même de paysage ou alors dépourvu d’arbre mais imagine, imagine seulement une
      vie sans paysage…

      la mort ne me ressuscite pas – imposture de l’été
      tu me siffles faute de nom, de mon côté penche l’aiguille – l’éternité quant à elle
      se rase les aisselles, s’épile le nombril et c’est tant pis pour moi, tant pis si
      finalement mary can’t fly
      j’ai dit tant pis

      c’est la fin
      et la fin le début de tout – du
      vide sans contrainte, de l’insouciance végétative
      genre un kiwi

    4 mai 2025

  • l’antidote

      la douleur nous a humanisé. allez on rentre le ventre. allez on sort la langue

      les yeux qui ne parlent qu’aux yeux n’auront jamais ma mort sur la conscience

      à force de soif, à force de gens croisant les bras…

      je ne parle pas d’une chose qui a eu, aurait pu ou pourrait avoir lieu, mais du lieu pur et dur

      on se met à sept comme ça, tout nu devant la télé, et on rit. à sept

      la porte sent quelque chose, d’affligeant, d’irresponsable. j’ai toutes mes clés dedans

      la pluie sous les radars. il faut faire quelque chose, dans le profondément rien

      éteindre encore, éteindre, jusqu’à ce que la lumière fut

      récidiviste, ou les pérégrinations d’un vide dans le saut. seul le vide supportant le vide…

      chinoise était la clé qui me servait de tête. chinoise à toute épreuve, sortant par où l’on rentre et vice-versa

      si je ne me souviens de rien, c’est que rien ne me contredit, rien ne me contre-sense et c’est bien là le seul

      le ventre prend la photo. abrogeant le devant comme l’arrière, ne demeure que l’espace entre soi et le rien, soit l’espace en soi du rien

    je meurs d’une même amertume, d’une picrate égale, nombril où l’horizon se love

    1 mai 2025

  • jeudi d’enfant

      sans souvenir de soi, parti cacher
      la voix ne sort pas, elle reste
      tue en soi, lie de la soif
      j’ai parlé mon grand patron, mon grand patron il a dit non

      je compose ma propre oraison funèbre, à diffuser en différé lors de mes rhétoriques obsèques
      tué à la naissance, et pourtant même pas mort

      le temps de s’y habituer on est déjà passé
      de l’autre côté
      l’autre côté où rien. ménage à un. même pas un

      l’heure à lui tout seul. requiem pour un n’importe quoi
      on s’abaisse à tout moment, on s’abaisse, sans la moindre disgrâce
      alors que l’on refait surface : disparue la surface…

      vivre du bout du pied, s’alarmant sans support
      décombres de demain – seul salut le néant quand il devient margot
      bonjour à reculons

    28 avril 2025

  • mauvais départ et happy end

      on n’sait pas. on n’sait pas qui navigue, ni de quel bord
      on meurt avec ce qu’on a : nos faux-cils nos tarots, nos clous nos
      intimes contradictions
      et d’ailleurs on n’meurt pas

      et puis plus rien. comme s’il n’y avait exactement
      plus rien
      la lumière en son sein
      moi je m’en fous après tout, pour nulle autre raison que
      moi je m’en fous, subissant l’attrait perfide d’une vacance
      définitive et hors-saison

      j’avance la corde retroussée. on pourrait se dire je t’aime, pour une fois
      remballer sa tombe dans son slip, pour une fois
      mélanger le noir et le blanc, ou au moins le gris et le gris, se dire
      qu’on n’a rien vu, rien compris, gentil coquelicot

      étrange liberté que celle au bout du désespoir, petites couilles frileuses
      je me suis rangé là, entre zéro et l’infini, profondément des-
      tabilisé. tout ment
      la vérité ment
      vider mes poches. toutes mes poches

      la nuit au moins rien ne m’astreint, côté pile
      côté pôle tout redevient comme avant, peine perdue
      on se prend pour l’incomestible, voire parfois pour le ver
      – n’est que lumière
      même éteinte

    25 avril 2025

  • flémmard est mort, il faut qu’il se réveille

      un homme n’est homme que debout maintenant c’est un peu compliqué
      on traite un chien de chien on lui balance des croquettes il n’y a pas
      de mort digne, qui nous consolerait de l’absence
      de résurrection, et j’en passe

      mourir exige de renoncer à tout, mûr pour le four
      je n’ai nul besoin de toi, dieu – je ne peux juste pas me retenir d’aimer
      pour rien. même pas. sachant que moins que rien font déjà plus que rien
      ou à peu près

      la perte voilà la perte, ça ne finira donc jamais
      se retrouver là nu face au néant et attendre, attendre parce que rien
      et faire n’importe quoi, parce que n’importe quoi

      l’éternité me manque, tout autant au moins que le présent, on s’appelle comme on peut
      parfois on ne peut pas
      alors on se trompe de nom, de voix
      on ne résonne pas

      on s’embrasse par millions
      quoi qu’il en soit entre moi et soi on s’appelle comme ça
      on s’appelle comme ci
      on n’y comprend rien, aucune utilité cependant à ce qu’on
      y comprenne quoi que ce soit – c’est comme vivre hors soi
      hors sol
      hors sujet

      quoi que je sois, qui que je suis
      on ne meurt pas on tombe là par hasard, ce qui ne veut rien dire
      parfois ça saigne du nez, parfois rien du tout
      on s’aimera, tu verras
      tu verras qu’on s’aimera

    22 avril 2025

  • survivre à soi

      la nuit ça n’ s’arrange pas. la nuit
      ça n’ s’arrange toujours pas. on est mort sans être vraiment mort, alors comment on fait
      à quel station descendre, quel changement prendre
      – du boyau la déjection

      le fond de l’abysse est rempli de trous, ou je m’abuse ?
      c’est pas une vie, ça
      même s’il n’y en aura pas d’autre, à première vue
      ou alors à cheval, sur ses deux pauvres sabots

      au centre de la mort il y a la mort, on n’y fait pas trop attention
      au centre de moi un miroir vide, en lequel personne
      ne se reconnaît vraiment
      sauf à vomir

      dieu ne serait qu’un homme parmi moi, j’ai pas compris la suite
      on ne meurt qu’une fois à la fois – entre-temps on se ballade, la corde au cou
      le chemin de travers

      un tiens vaudra toujours mieux que deux nique-ta-race. j’ai rien vu venir
      juste vu s’enfuir
      plus que deux jours à manger, trois jours à respirer, j’ai fini par détester
      mon bite, mon style
      et tout ce désordre commémoratif

      la mort n’est pas la mort elle fait seulement semblant – tout comme nous
      faisons semblant de vivre, d’être vivant sauf en fumant, hurlant tout bas tout bas
      bavant du front, puant d’ l’oreille

    19 avril 2025

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