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assis là sur un banc


  • délocalisation du paysage

      tu me parles oui mais moi je ne te parle pas. tu me regardes mais moi je ne te regarde pas. j’ai du muet partout dans mon corps et je ne comprends pas – je refuse
      de comprendre quoi que ce soit

      le mort n’est pas mort de porter tous ses os sur son dos : le mort est mort, étrange banlieue, de s’être vu tel qu’il est dans le seul miroir que rien ne brise

      il y a tant d’heures et les heures ont passé, on dirait qu’en chaque pas s’effondre le héron. tu ne me reconnais pas et c’est tant mieux, si las je suis de ces allers-retours entre Gijόn
      et le lilas

      la moitié d’un corps double ne me suffirait pas – je vogue au large de moi-même, respire en marge de mon propre poumon. le néant ne résonne pas : lui manque en effet
      un mur où rebondir

      la Llorona dort de mon côté. elle pisse dans son sommeil je dois tout essuyer. la rue sans fin, la rue sans moelle, et mon sursis fragile emprunte. la Llorona dont rien ne sort, il vaut mieux s’enfoncer maintenant…

    9 janvier 2025

  • je n’ai plus envie

      seigneur du doute, seigneur aux grandes oreilles, seigneur
      aux oreilles qui saignent

      marcher, marcher, jusqu’à trouver
      un lieu où s’asseoir, se disculper

      une autre vie ne suffit plus, ni davantage la folie
      la mort n’est qu’un début

      je flotte dans
      mon lit de mort
      mon sommeil de cent ans
      mon linceul mité comment s’avouer
      qu’on aime un trou ?

      l’orée du bois
      n’aura pas lieu – elle se dandine à proximité
      des grands baisers manqués

      dormir debout, s’étendre sur le vide, appuyé contre sa propre
      colonne vertébrale, avec les doigts bien enfoncés
      dans les trous de l’adieu les trous
      monumentaux

      aspirer tout un écran de fumée, avoir tellement mal qu’on ne sait
      plus par où commencer à souffrir, ni dans quel sens la fin – abandonnant
      le tout au rien, récapitulant
      dans un dernier sursaut la main, les lignes obstruées
      de la main

    6 janvier 2025

  • si je pleure qui me lèche la joue ?

      la mort n’intéresse personne. la mort, ça ne raconte rien
      fin de l’histoire commencement de
      la non-histoire, celle sans fin, on courbe l’échine, on approche nos lèvres, si près, trop près
      de la vitre givrée

      overdose de quoi, overdose
      de n’importe quoi, et qu’importe de quoi. le dos congelé
      les bras en forme de navigation à vue. le slip qui tombe
      on finit toujours comme ça, le drapeau en berne, la nuit férocement atone
      si je pleure qui me lèche la joue ? si je lèche qui me pleure ? une tondeuse
      tondeuse, la bouche

      finir vivant
      raccourcir d’un poil. ou deux. se sentir épilé
      on vit pas comme des bêtes
      on dort pas comme des bêtes
      on baise pas comme des bêtes
      train ne passe, ni ciel en laisse. dieu
      ne revient pas, et si on s’enfonce quelque part ce n’est qu’en
      notre propre insuffisance
      – bénie la tache au fond d’la chute…

    3 janvier 2025

  • ces petites baskettes

      dieu tout au milieu, au milieu tout autour
      entre le milieu et l’autour, ce terrain vague, ce ras de ciel, mécréante banlieue
      on s’arrange comme on peut, des fois on met ses petites baskettes
      on lace ses petites baskettes
      ces petites baskettes
      nous font si mal aux pieds

      l’univers atrophié
      une tombe sans plaque, ni stèle
      juste le tas de cendres des morts entassant leurs cendres sur le tas de cendres
      entre la mort et le discours sur la mort, règne la mort
      les bouchons n’y peuvent rien, qu’on les retire qu’on les enfonce, ou qu’ils flottent à la surface
      à la surface de quoi, tout compte fait ?

      j’écris un mot tant pis si
      je n’ai où le déposer, à qui l’adresser – un mot c’est gros, un mot c’est gras, si doux soit-il
      j’arrache un bouton, un bouton arraché – on finit toujours par jeter
      la mer avec le bouton, et tout l’espace en sus
      avec moi tu ne t’amuseras pas. je te pisserai dessus sans discontinuer non avec moi
      on ne s’amuse pas

    31 décembre 2024

  • et que se creusent

      prenant ce qui tombe ou tombant
      plus loin encore, dans le sans-fond – l’histoire qu’on ne se
      raconte plus, comme à cours d’argument
      de guirlande
      de conviction quelconque

      il n’y aura rien, au final
      que bouts d’homme ne sachant comment se démêler de leurs sinistres bribes d’histoire, avec une ixe, avec deux ixes, sommets d’incertitude. trouée, percée, tranchée
      de plénitude

      la danse elle la tente comme ci. la danse elle la tente comme ça. on ploie de ces menus drames-là. on débande cul sec
      remonte ton bavoir, n’oublie pas d’être mort – un jour à la moitié regarde-
      moi passer

      souligner l’insoupçonnable, invoquer l’irrévocable – entre les deux mon cœur balance
      je marche haut, littoral intérieur genre djizeus on the flots
      tant mais tellement intérieur, retour à la famine nourricière
      plus rien ne rase : ni lame ni piaf – on se gratte l’amertume…

      dormir déjà une miette de trop
      de trop la miette, de bras le corps, je n’y vois goutte
      or n’y vois goutte, du point du jour la place s’offre
      au vent perdu, aux souffles qui s’y creusent
      on se gratte l’épaule allons donc, on se gratte l’épaule, et que se creusent…

    28 décembre 2024

  • le ver, le fidèle

      j’ai gardé le ver, juste jeté la pomme – le trognon de la pomme, la pelure de la pomme
      Jourdain, Pyrénées et Lilas. la mort au bout et la mort en chemin. la même. variantes d’une seule et même
      je manque de bouche. pas de creux, seulement de bouche – lèvres langue, consistance
      se jeter dans le vide et alors ? alors rien. se jeter et puis rien. même pas

      rentrer à la maison. quand bien même vide. tant pis la maison vide. acculé à ce vide qu’ont quitté les fantômes. je me touche le
      bout du monde – pourquoi le bout du monde. septembre et les canaux
      tombent à l’eau. décembre on se retrouve
      à la rue. avec ses dents. rien que ses dents

      et lorsque soufflera, tombera le vent je ferai comme si
      je n’en saurais rien, n’en aurais jamais rien su. le vent ou autre chose
      autre chose ou soufflera, tombera. profond poumon. verge déchue

    25 décembre 2024

  • un ciel en accès libre

      faire l’huître. rentrer à la maison. n’importe quelle maison. celle où la lampe veille. où l’attente inconditionnelle. où la solitude comprend un espace (à peine) plus large, se déborde un minimum
      quelques photos du fils exilé. un animal en blotissement. rien qu’un bout de mouchoir nous procurant l’illusion, le temps de s’y moucher, de n’être plus l’étranger global, irréconciliable, collé telle une tique au cul d’un éphémère nuage
      le genre qui butte en touche

      je sais dès lors que survivre ne suffira pas, qu’un insecte en initiales se repaîtra de notre larme (tant deux n’en couleront pas)
      sentir en plein sommeil la jambe de l’aimée déborder sur la nôtre nous maintiendrait à flot, à l’abri dans le flot, le flottant flot

      rien à montrer, à démontrer, simple comme un sursaut minuit sonnante. petite passion muette. cette histoire bancale que je me raconte, à l’issue incertaine
      et qui manque un peu de sexe, de scènes de sexe

      mon cheval à trois têtes – ce qui vaut toujours mieux qu’un cheval sans tête. qu’un acéphale sans selle
      je meurs donc à équidistance, c’est donc
      à équidistance que je meurs. et cèdent les distances
      ça n’a pas l’air comme ça, mais qu’elles sont parfois longues, les distances…

    23 décembre 2024

  • rien de personnel

      je n’arrivais pas à pleurer. je ne ressentais rien. et quand l’angoisse perçant me réveillait en pleine nuit, je criais d’instinct « dieu, mon dieu, oh mon dieu », et ça passait. tout finissait par se dissiper à l’heure d’un petit-déjeuner fait des restes de la veille – toujours des restes
      et toujours de la veille

      tenir longtemps. combien de temps peut-on
      tenir encore ?
      il vente sur mes dunes il vente
      effroyablement. il n’est pas nécessaire
      quoi qu’on en pense, de quoi qu’il s’agisse, il n’est
      pas nécessaire

      je rentre à pied. chaque jour, je rentre à pied
      je prendrais bien le tram, si j’avais un ticket, si seulement j’avais de quoi
      me procurer un ticket. du coup je rentre à pied. du nord au sud je rentre à pied
      entre soi et la mer, de tout temps se dresse un mur

      je n’aime pas les gens. rien de personnel là-dedans, je t’assure
      on essaie malgré tout de dormir. ou de dormir un peu. on y arrive, parfois
      comme un truc resté coincé entre les dents, on passe la langue on la repasse, on ne s’en débarrasse
      il a toujours été l’heure de rentrer, et toujours manquait le lieu où rentrer, par le chemin aveugle

    21 décembre 2024

  • étrange côté que toujours le même côté

      pleurer indéfiniment on peut
      se retourner dans sa tombe on peut
      débordant de son lit, pleurer indéfiniment
      – quelque part
      luit
      quelque chose

      perdu en chemin – triste et béante
      sortie de route…

      et ce qui ne passera pas on l’appellera dieu, maison commune
      l’esprit des lieux

      je me porte disparu
      me dépote, poumon nu

      mère en détresse, allô, mère en détresse. même pas. avoir
      toute la mort devant soi. ainsi soit-il
      ou pas

      la mort dénude dieu, la mort
      ouvre une brèche en dieu

      serais-je l’ancêtre des morts ? non
      l’ancêtre des yeux qui bougent ?

      je ne me souviens de rien. non
      des yeux qui bougent

      demain l’éternité
      à laquelle je réponds
      évidemment absent

      ou le petit bonhomme rouge dont on attend, absurdément
      qu’il passe au vert…

    19 décembre 2024

  • alléluia machine arrière

      tant que dans mon cœur battait un homme. je ne disais pas grand chose ça ne
      me disait pas grand chose

      notre terre commune, le ciel en embuscade. tandis que je
      sensiblement passe à l’inaction, derrière
      ou dans le parc

      le peu d’yeux émergeant du peu de trou restant, il faut bien le brosser
      jour et nuit le brosser

      je ne m’en vais pas
      je pense au piquet tapé sur la matière. j’entrevois.
      ricochant sans un son, sans une éclaboussure sur
      l’océan minimal

      si peu font un homme
      j’ai cessé d’être nécessaire, c’est à dire de servir d’alibi au destin
      serrer le nœud d’un contentieux
      – est-ce que ça soulage pour autant ?

    16 décembre 2024

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