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assis là sur un banc


  • comme si une croix

      me rapproche. doucement me rapproche. du non-but final. la part de maison vide en moi grossit
      et ce qui se passe autour, et ce qui se passe en dedans, aux alentours et en dedans, ce qui se passe en outre. de commentaire aussi
      j’accorde mon ballon. allez. et mon ballon s’envole

      fut un temps où la nuit. d’accord. la nuit me garde partout. la gueule grande ouverte du sommeil
      fut un temps où jamais. et jamais comme jadis se tient, inflexible, droit dans ses tongs
      partir ne reviendra plus. mêle à se fracasser la tronche en plein miroir, crois-moi

      crois-moi ne me crois pas. n’être personne ne dure qu’un temps. en juin les coquelicots – le sexe à l’avenant
      l’avenir aux pigeons, ça tu le sais, hein, dis-moi que ça au moins, tu le sais, l’avenir au ras-volant
      au bout du bout on cherche un âne, ou n’importe quoi à chevaucher. un âne vraiment ça le fait

      je m’habitue à ça – à quoi, à la route sonnante, et trébuchante. en attendant je m’froisse la chatte. je m’froisse la chatte c’est rien
      rien ni que dalle, en attendant je m’torche la foune, que ça respire entre le murs or trop c’est trop, allez moi j’abandonne
      j’abandonne c’est clair

    15 juin 2025

  • pluie dans l’heure

      je ne parle pas du bonheur d’éteindre je ne – mais qu’est-ce que tu fous dans ma ville ?
      du bonheur d’étreindre mais t’inquiète, tout se passe comme prévu, la tête au nord l’es-
      pace aux pieds. ou plutôt les pieds dans l’espace. aérien l’espace

      une marée verte. verte en plus d’être noire. je la sens remonter. en moi. hors moi joue d’un autre jeu
      hors moi d’une autre paire de manches, regardons les choses en face. c’est à dire légèrement de biais
      dans un monde à l’oblique

      tu danses, tu danses pas – quelle importance au fond, puisque de toute façon
      de toute façon tu tournes en rond, gamelle ouverte. plus jamais je ne rejoins
      je crois que plus jamais ne me souviens. ni ça de moi

      j’enseigne ma mort. une fois sur deux je tombe dedans. une fois sur un je tombe debout
      caresse-moi la jambe droite, pendant que je fais le guet. de loin en loin vient le silence
      et se rapproche, comme s’il n’avait nulle part où aller

      où dormir. les yeux paniquent la tête. il m’arrive de boire à tue-tête. et parfois non
      colle le sable, les poupée-muqueuses. colle tout ce qui vient à l’esprit. passe par. n’en déloge pas
      le reste du temps la terre gondole. t’as déjà vu ça toi, la terre-gondole ?

    12 juin 2025

  • masque d’être tombé

      le bois est mort
      et si le bois est mort, il ne repousse pas
      s’il repousse, c’est qu’il n’était pas assez mort
      étrange frère…

      le bas du visage, c’est toujours ça qu’on vise, le bas du visage
      comme s’il y avait jamais eu
      quelque chose à faire, en un monde ou en l’autre
      lesquels, comme chacun sait, n’existent pas

      de quel salut parles-tu, s’il ne s’agit de celui des morts
      des morts couchés, des morts debout
      de ceux qui, le cul assis entre deux fosses, espèrent y échapper
      et se voient y tomber

      il se tient là debout, et il doute
      il doute debout
      une échelle ça se descend aussi, et à quoi sert un sexe
      même un sexe debout

    9 juin 2025

  • un jour où y avait pas grand monde

      les heures sont les heures
      on les voit se promener parfois
      pieds dans les poches

      l’odeur de géranium
      pisser sur ses godasses, à cause du vent entre autres
      les bons souvenirs de mon vivant

      aller les yeux bandés
      rester assis, les yeux froissés
      les yeux grand ouverts du mort

      penché sur le côté
      accrédité d’un souffle
      il dérive sur place…

      maintenir le son, la forme
      et piétiner le fond
      de rage et d’impuissance

      j’caresse mes bleus. la salle de sport
      impeccablement vide
      – où couler dans le dur, quand sous le dur dort le dur ?

      un monde inhabité
      par exemple un mardi
      il ne se passe jamais rien, le mardi

    6 juin 2025

  • ou d’un virage à froid

      le pire je le garde pour moi, rien que pour moi, le pire je l’aime rien que pour moi
      pour-moi c’est mort – mort c’est vrai m’entraîne là, à ça
      je sais plus comment dire et oh mon dieu, je sais plus
      comment le taire non plus

      j’ai tout niqué
      du nord au sud j’ai tout niqué, et du soir au matin, pareil
      tu peux pas savoir la douleur d’être étranger, la douleur
      de cette émancipation-là
      un trou dans le trou surplombant la fosse

      j’avais un trou
      j’avais même peut-être un fond du trou, maintenant je n’sais plus
      je n’sais plus qui du trou, ou de l’homme
      se pencha le premier

      le vent c’est quand il souffle – le reste meurt avec nous
      il fait si froid dehors, dedans dehors, le reste meurt avec nous
      on ne fait plus semblant, ni même de faire semblant : le reste
      meurt avec nous

    3 juin 2025

  • le rasoir à la rasée

      on n’en a plus
      on n’en a plus pour très
      pour très longtemps
      je ne parle pas de moi, ou seulement de moi
      de mon slip
      des horizons limpides, vertigineuses verticales
      on n’en a plus
      pour très longtemps je crois
      et j’en ai hâte

      le ciel demeure
      quoi que tu fasses, quoi que t’en penses, le ciel demeure
      sans doute ne sert-il
      qu’à ça au demeurant, ne signifie-t-il
      que ça
      les racines sont contraignantes sinon bon, on vit comme ça
      on vit comme vie nous vient

      je ne me sens pas, ce soir, accablé du monde donc je n’en ai rien à dire
      la mort non plus, ce soir, ne m’inspire rien qui vaille
      et si un chemin, ce soir, s’ouvrait devant moi je prendrais bien garde de n’y
      enclencher le pas…

      qu’est-ce qu’il fout, non mais qu’est-ce qu’il fout là, à quoi se puise-t-il
      je ne pénètre rien – pas la peine de me résister, je ne pénètre
      strictement rien. des algues sèches
      ne l’ont pas toujours été mais sur le tas là elles ont séché
      on sait plus quoi c’est mort on sait plus quoi ne l’est pas

    31 mai 2025

  • nuit j’en bourre la crèche

      tout ce temps-là je suis resté chez moi, comme si rien de chez moi n’avait eu lieu


      et que seuls les morts ne froissaient pas l’espace agacé du moindre poids, de la moindre extension
     

      tout compte fait, au-delà même de l’ailleurs simplement détachant, rattachant
      indéfiniment mes lacets

      ça ne marche pas. ni dans un sens ni dans l’autre, ça ne marche pas. tambour percé
     

      de quoi vit-on quand il ne reste rien à dire. faisant la planche sur un silence inexpressif
     

      la mer ne nous ressemble pas, si c’est à quoi tu penses. sinon à dresser là ton absence
      en un genre de totem…

    28 mai 2025

  • à la marelle

      tu ne te rends
      pas compte
      c’est pourtant le ciel revenu
      d’on ne sait où
      l’amour mais sans
      péridurale

      tout ce qu’on raconte
      à la marelle
      au bar des sports –
      je reviens de si loin, l’anneau au nez
      l’anus en cœur

      ne pas trouver de
      quoi dire bonjour
      lécher le sol, le sol des morts
      débrancher le costaud, et surtout ne plus jamais
      rien foutre

      la nuit durant, chenapan
      tu t’enfuis, à la fois
      du monde et de l’oubli
      ciel sans vague
      ou mort sans âme

      je n’ai plus
      de lumière, je dépote, j’arrache les joncs
      – d’un soleil délabré, opportunément
      je fais un arc libre

      finir en piéton
      en geste qu’on aggrave
      j’ai retiré le trou
      du doigt, ne m’est resté
      que l’ongle à gratter l’ombre
      sous le pas…

    25 mai 2025

  • s’extraire du chien

      tout ce que je suis, c’est comme si moi je l’étais
      prenant humblement la place de la pluie
      entre deux murs

      vivre donc, sans vergogne
      mouillé certes, mais à l’heure précise où
      il ne se passe, précisément
      rien

      venir tout court
      dès le départ commence le retour
      le retour vers quoi le retour vers rien
      le retour tout court
      soit le retour sans fin

      à la fenêtre, j’oubliai
      et la fenêtre et l’accoudoir
      à la coudée franchement m’oubliai-je
      – qu’avais-je donc à faire en effet
      avec tout cela, là
      et ce qui sans pudeur s’ensuit ?

      vivre parce que pas le choix, alors même
      que tomber nous élève
      et que le square un peu plus bas, subliminal
      rassemble nos absences…

      il faut bien commencer quelque part, et quelque part ne résout rien
      j’attache ma licorne
      je me gratte le téton
      je n’arrive donc, résolument
      à rien

      un cheval s’est cassé
      la patte devant moi – derrière moi :
      immensément, la fuite
      et cependant je restai là, ne cédant ni à l’un
      ni à l’hôte…

    22 mai 2025

  • elle prunelle seule

      pas le temps pas la craie d’une marelle, je m’en couche une
      je m’en couche une je tombe des nues, ça n’arrive peut-être pas à tout le monde mais en tout cas
      à n’importe qui, plus ou moins n’importe qui oui ça peut, un jour que ci, un jour que ça
      ça dépend

      ça dépend de ci ça dépend de rien, disons que
      ça coule de soi, on a fait ce qu’on a pu, et même si non, même si
      on n’en a pas fait tant que ça même si on
      n’a rien foutu en fait, vu le ciel bas et qu’on
      n’en avait plus rien à battre en fait, tant au fond
      qu’en surface

      j’attends toujours
      certes je me tourne les pouces mais n’empêche, j’attends toujours
      j’attends tout l’temps pour ainsi dire, j’attends sans trêve
      – rien. pour rien. si bien que le temps a fini par
      se confondre à l’attente. ça s’agglutine au coin de l’œil

      ciel mystère comme ça, sensible mais d’un seul œil
      que dire de plus sans dire de trop, ou peu s’en faut
      on restera la dalle au creux, le plaisir nu
      la mort quelque part croisant entre les deux omoplates

    19 mai 2025

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