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assis là sur un banc


  • morituri no satori

      les gens portent de longues robes, de longues robes
      avec les pieds qui dépassent par en-dessous, collés l’un à l’autre, indécollables indécrottables
      la mort les fauche, la mort en hécatombe – alors ils prennent leur café du matin ils pensent
      juste à autre chose

      le chien chinois est mort de faim il a
      pris possession de mon corps, rabattu ou tendu mes oreilles, selon le timbre
      dieu aujourd’hui ne me parle pas. pas plus qu’hier ni demain. dieu en fait ne me parle pas, et face à son silence je suis toute ouïe
      je réponds à son silence par un autre silence
      ou parfois, comme ici, par une poignée de mots

      les gens se disent comment vas-tu ça va les gens se disent, ils préfèrent ça ainsi plutôt que de
      se toucher le sexe. c’est plus propre, plus digne. les gens ne se
      reniflent pas l’anus, ils ont autre chose à faire les gens ont
      toujours quelque chose à faire. même quand ils meurent

      la pluie frappe à la fenêtre – ça me rassure
      ça veut dire que je me trouve du bon côté des choses, du moins de la vitre
      du côté sec, du côté chaud
      et tant pis si je ne suis pas beau, si ce luxe-là
      me fait défaut

      j’ai dormi comme il faut, à l’endroit à l’envers. un peu d’huile pour me réveiller moins souvent
      ouvrir la fenêtre pour laisser le chat sortir, chaque nuit vers quatre heures. n’avoir rien à penser
      rien à exister
      à cristalliser
      un départ de non-feu
      une année bissextile, comme si l’on ne savait plus se contenter d’un
      un c’est à dire soi moins le tout

    4 février 2025

  • l’amour chien

      ils me disaient toujours, blanche ton œil – et je blanchais mon œil
      ils me disaient toujours, range ton bite – et je rangeais mon bite
      ils me disaient toujours mais ils ne me disaient pas car je
      ne les écoutais pas. j’écoutais la voix, la voix pure atonale
      sans mot, sans joie, message ni adresse, la voix
      la voix moyenne, mitoyenne, inessoufflée

      quelque part un pont s’effondre. il est en moi
      en moi repousse l’espace vacant, la bruine des lundis matin
      il faut au moins le rien pour supporter cette pierre qui coule, la prendre en soi, en absorber la chute
      les vacances au lit, toutes les vacances, en un seul et même lit

      on essaie pas de savoir. on ne veut pas recevoir. la nuit parfait outil. l’horizon tous azimuts
      je m’habille. je me
      déshabille. ce que l’histoire ne nous dit pas creuse un peu de cette inconstance obstinée, de cet amour bâtard

      il n’y a rien là. on n’y voit rien. rien ne s’y passe et c’est tout comme.
      un fond de vin
      nitrates
      et l’amour chien

      j’ai mangé mon matelas
      j’ai mangé
      mon matelas
      puis me suis allé promener
      sur le môle.
      défaite. grande ou petite défaite
      à laquelle on survit, accessoirement

    2 février 2025

  • le jour d’en face

      trouver des trous à creuser, puis, une fois fini de creuser, trouver des trous à r’boucher – dieu finira par
      nous tomber dessus, sous forme de grâce
      ou de crachin

      n’étant que ce que nous sommes dans ce qui n’est que ce qu’il est, homme flottant au-dessus de
      ses tongs, danseur claqué à côté de
      son tango

      pas d’histoire sans son loup, oui mais le loup sans histoire, celui n’ayant jamais croisé
      de chaperon – ce loup-là, cette faucille
      à cours de blé

      s’il y a quelqu’un, s’il y a quelque chose, c’est que quelqu’un déjà, c’est que quelque chose en soi
      ou que la mer en-bas
      à pas feutrés…

      s’il y a un homme c’est bien qu’un homme n’a
      pas fait la différence entre chercher un dieu, lui dérober quelques
      lauriers de sa couronne, et la patte arrachée
      de mon premier nounours

      les pieds sur terre, la tête en l’air, je perds
      sur tous les fronts – dieu n’est qu’un dieu de rechange je ne
      mange pas de ce pain-là je ne
      bois pas de cette eau-là. d’où que je sombre il émerge

    30 janvier 2025

  • la bête entre deux sommes

      qui ne soit ni l’ordre ni le désordre – une page blanche par exemple
      ou plus exactement la marge
      sur laquelle elle s’adosse

      ne manquait plus que ça. quoi ? rien. je n’ai rien dit. pas plus que ça. on n’a pas
      gardé les bêtes ensemble, que je sache. on s’endort les yeux moites

      je fais don de mon ensemble. je fais don de mon détail
      c’est une vue de l’esprit c’est une
      voix sans appel

      se laisser mourir, par pitié
      par pitié quémander son chemin
      au jour qui passe
      qui repasse
      se repasse
      la mort en boucle

      jamais m’entends-tu, jamais ne compte.
      cette sorte de vol suspendu
      prenant son ombre au sol
      pour une proie…

    28 janvier 2025

  • l’hiver en pire

      on a beau s’y promener, il pleut

      la frontière entre un homme et son chien : il pleut

      tire à la barre et ne te mêle pas de ça
      en fait, ne te mêle de rien.
      des brosses, des sceaux, de l’eau en quantité pour laver
      les pieds crades de dieu

      pleut, pleut, pleut tant que tu veux, petit bonhomme de terre
      femme de mer plutôt, avec sa jupe énorme
      et son teint de noyée

      je reste chez moi au sec
      au sec ne coule pas : il nage
      à reculons

      quand le cheval est mort il a bien rangé tous ses os. et la mâchoire crispée
      on n’y peut rien d’ailleurs on ne fait pas le poids
      ni en os, ni en ch’val

      on n’en meurt pas. de quoi des crèmes ni du passé
      terne et lumière se retrouvent quelque part
      en toute innocence évidemment

      notre dame des foireux paysages, ramasse mes
      jours en miettes, et souffle sur
      l’encre qui ne sèche…

      on a fait de soi un homme et son chien / il pleut
      on garde les dents propres c’est un peu kaliningrad un autre
      jour de pluie…

    25 janvier 2025

  • contrefroid

      le ventre vient le ventre. après le ventre les odeurs
      toute odeur
      si l’on se retire tout au fond, tout au loin, tout au fond ou tout au loin, que trouve t-on ?
      friches, jachères, landes sans maître – revient le ventre, l’obsédant

      il me manque un oursin – un ourson plus les pépins ? qui ne pense rien s’abstient
      le tout peut-il s’abstenir ?
      j’me déguise en père-noël, j’distribue des faux cadeaux – le père noël
      n’existe pas, et pourtant je suis bien là, crevant l’évidence

      tout doucement sans faire de vague, à peine vaguelette
      devant dessous trou à fusion, à profusion, lumière intacte
      j’assimile un destin, autrement dit le fait
      de ne rien signifier

      nuit tant qu’elle tombe. je me parle en mi-tons, à mots couverts tâtant l’impersonnel, testicules en retrait
      mais quand bras grands ouverts, berceau tranquille, berceau magique…
      la peur meurt avec moi

    23 janvier 2025

  • jo fait la différence

      tout au centre de moi la mort, en mode aléatoire. je te pince par-ci s’il te plaît pince moi la par-là. on ira faire un tour, puis le tour de ce tour, essayer de durer un peu – rien qu’un tout petit peu

      les dents c’est les dents, le reste ne mord plus. le reste pleure ses dents, jo fait la différence. elle pense à ça tout l’temps ça lui remonte les choses, je sais pas quoi lui dire

      ne pas se dire méchant, ne pas se dire étrange simplement ventre à l’air, brassant l’air d’un vivant. tomber d’un jour en l’autre à s’arracher la peau du zob notamment mais si seulement, si seulement…

      si seulement t’avais pas foutu le pied dedans, je veux dire dans l’engrenage jusqu’à la cuisse si seulement. si seulement tu n’étais là que par contumace la teube en fleur, et l’esprit tout à rien…

    20 janvier 2025

  • hors du bond

      j’ai parfois du mal à croire, venant de soi, voire de plus loin encore. quelque chose dans mon dos qui se met à tourner, tourner fort – un désaccord fondamental, une magie probablement, inopérante

      esprit fossoyeur, labourant obstinément le néant afin d’en extraire soit disant, un quelconque miracle. or qui dit miracle dit le vieux, et le vieux tête au nord…

      juste la peau c’est ça, pas plus que ça. ressortant vide d’une conscience ou la braguette coincée c’est ça. plus rien que ça. un départ inanimé, effluve éperdument. c’est ça

      rescapé d’une si petite shoah, sexe tout ratatiné. et ça voudrait vous donner des leçons, d’inquiétude ou de mauvaise conduite. va falloir creuser un peu plus la douleur quand inné d’être né

    16 janvier 2025

  • perséphone en gros plan

      rien
      rien n’est pas content
      il en fait une avec sa dent
      rien pue la pisse
      c’est comme ça qu’il oublie
      de ne pas exister

      je ne m’en suis jamais approché, tellement elle puait la mort
      je t’embrasse tu m’embrasses, nous ne nous embrassons que pour mieux nous
      vomir
      c’est sur la bouse, paraît-il, que repoussent les…

      chapeau miteux, drapeau en berne, quand marée sel marée nous baise
      comment peut-on se contenter de vivre ?
      sous mon pansement la plais pullule, vérule ou je n’sais quoi

      on a beau d’ailleurs on a beau rien, je ne m’empêche pas
      je touche à la beauté du monde et la beauté s’écroule
      on rentre chez soi par derrière sachant que derrière
      creuse le vide

      j’ai pas de tuile, pas de garant en dernier recours
      tous les moi-je du monde…
      j’achète un slip, le slip ne ma va pas : mauvaise taille mauvaise couleur, mauvaise odeur peut-être
      bref toujours la même chose…

      on s’aime déjà pas trop soi-même
      on s’aime pas et c’est pourquoi
      le poison la marée, la faim la thune et cetera
      j’ai pleure d’emblée
      voilà, d’emblée j’ai pleure
      tu ne me crois pas et tu as bien raison – toutefois tu n’gis pas dans ma tombe…

      rien à se raconter
      sauf la mer, quand elle nous oppose toute sa bestiale indifférence
      j’ai un chien je tue le chien. j’ai une rose j’ravage la rose
      et cela sans cri ni froissement, tout à fait froidement

    14 janvier 2025

  • haillons, loques et guenilles

      je n’ai qu’une vie, qu’une espèce de. je m’en fous de moi, horde criant famine, pièce manquante au coin du jour – les oiseaux, misérables, ne me répondent plus

      dieu sans but, indifférent itinérant et l’on s’étonne, ou l’on s’étonne encore. de plus d’un mort la combustion et si rien ne me regarde, ne me regarde rien, définitivement

      mort avant que mort ne fusse, tout ça pour ça mais restons vains. l’instinct quasimodo, la chatte intravertie tout ça pour rien, or rien pour quelque chose. allons donc, restons vains

      dieu n’ayant qu’un habitant sur terre : son absence létale, robinson cruciforme d’un destin qui patine, même si ça ne va guère mieux en le disant

      je ne m’étais jamais imaginé être ou devenir quelqu’un ni mort. je ne m’étais jamais imaginé être untel ou tel mais juste là, radio anesthésie, genre Pilinsky sur le rivage…

      viens près de moi, tout contre mon ventre – entends-tu le géant ? et tombons si profondément dans le sommeil que l’on parvienne enfin à
      changer d’espèce et que s’estompe en nous le
      souvenir-même de la douleur…

    11 janvier 2025

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