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assis là sur un banc


  • alléluia l’amour limpide

      en voie de, en voie d’im-, la personnalisation vois-tu
      d’être mort mais vivant, ou alors plutôt vivant mais quand même mort, mort et peut-être mort qui sait, quoique provisoirement respirant
      on s’attache les poignets et on s’abstient de respirer. on essaie de se toucher du sexe, de se nouer l’un à l’autre par tout ce ou le
      peu qu’il nous reste

      dieu se cambre. et dire que nous subissons tout ça
      elle pleure dans son coin. qui, elle ? je, tu, nous vous ils, il mouille sa manche, crame sa bille
      son stylo bille
      sa patience par les deux bouts
      j’aimerais tant lui sucer les seins, je rêve qu’elle me montre ses seins, des vrais seins
      on ne sait jamais. on ne sait jamais sur quoi on tombe, ni de quel côté on penche

      je me couche tôt. toujours très tôt. ça me laisse plus de temps la nuit
      je me lève tôt. toujours plus tôt. du coup je me lève seul
      seul entre en deuil – cette forme particulièrement pure de la joie
      je n’habite nulle part. au très cœur de ma chambre je n’habite nulle part. à nouveau nulle part. dieu trop grand ou trop profond c’est à dire moi
      trop petit
      tout en surface

      ce qui se passe après tout ne me regarde pas. et j’ai même cessé
      de contempler le paysage. de me dire allez bon ça va, et malgré tout ça va, que ça n’aille ou pas ça va, ça va pas et alors, et alors quoi
      un homme n’a que deux bras – un pour le verre un sous le coude, éventuellement la rixe
      un homme n’a que deux jambes, au cas où il se lèverait pour aller je n’sais où moi – quelque part en échange
      part en échange de rien

    4 mars 2025

  • un chien

      un chien m’a battu dru. ou le degré zéro de mon rescapage
      il pleure sans cesse. sans cesse on lui tape sur la gueule, et lui ne cesse de larmoyer
      je ne m’appelle plus rien. même pigeon, je ne me souviens pas. ne pas se souvenir constitue la limite
      au-delà de laquelle
      je ne suis plus que rien, enfin, et l’admire de plein pied

      dis-moi la gravité de l’âme, du cœur, et de la chose en soi
      de la radicalité, de la verticalité, toute cette gentillesse
      le mûrier qu’on n’empêche pas, l’orgasme au bout des doigts
      – quel poids de larmes supporte t-il, celui qui jamais n’a pleuré ?

      un chien s’est introduit dans mon bain. disons qu’il n’aboie pas
      mon corps s’est tout décomposé. il ressemble à ma mère, il ressemble à mon père, ainsi qu’à leurs pères et mères, pères et mères de ceux et celles-ci…
      j’ai soif d’un rien qu’on ne commette pas, ni n’entame
      un peu comme le gland qui pourrissant sur place évite le porc, évite la mort
      quitte à puer d’la truffe

    1 mars 2025

  • cet étranger-là

      un chien ne marche pas. tu a beau le battre et tout ça, il ne marche pas
      il s’en va quelque part, du moins dans l’idéal or dans la réalité réelle, en boule dans sa niche quoi qu’on en pense, un chien ne marche pas
      il emmerde ta race
      il emmerde ton peuple
      il chie sur tes valeurs, sur ta personnalité
      il chie sur le piémont, la bourgogne catalane, et les autres pays

      cet étranger-là, cet usurpateur se prétendant moi tandis que moi, définitivement engagé dans un processus d’impersonnalisation, j’ai déjà perdu mon menton, mon regard se défausse, ma vue se dissémine et puis il pleut, il pleut
      jusqu’à la fin des temps

      je les ai supporté tant que je les ai supporté, mais maintenant sur les cendres tièdes de ma mère…
      et lorsque dans notre ignorance de dieu, indistincte de son ignorance à lui de nous, littéralement nous jubilons, nous jubilons
      littéralement nous jubilons
      sans un sourire, sans rien, nous jubilons hors jubilance

    27 février 2025

  • les lianes

      et toujours où la nuit tombe, je tombe dedans
      : elle sème le ventre

      allez, cette fois je vais dormir, et jusqu’au bout
      ou plus profond encore, là d’où l’on ne se réveille pas
      où même la tombe ne nous rattrape pas
      quelques secondes avant jamais, plus très loin de la mer…

      j’habite un sommeil crachin, un coma méthodique
      je ne ressens pas, n’éprouve pas, ne pense pas, sujet hors-je
      les lianes, bien entendu les lianes, mais les lianes sans lien

      cache la tête dans le tiroir
      enfonce-la long
      perce le fond
      on se gratte une route, la route refait surface
      une surface limpide, impeccable, où le rien qui s’y reflète semble égal
      au rien qui le reflète…

    25 février 2025

  • embrasser dieu sur la bouche

      nuit après nuit, ce qui tient par un bout
      je casse les cordes, dénoue les creux, tu pourras toujours prétendre trouver du bon en moi le bon m’est tout ennui, le bon au goût de terre
      de terre terreuse, c’est malheureux

      de l’amour tel qu’on le fronce, bas débris de miroirs
      je n’arrive pas la vie, la vie me passe sous le nez, je me mouche
      je me mouche à la manche, rien n’y fait, me mouche en tout sens, rien ne se passe
      rien ne se passe et caetera

      on se regardera comme on s’est toujours regardé – sans jamais vraiment se voir…
      on a des yeux pour ça, on a des yeux pour rien – et le reste attendra
      j’ai déjà un pied dans l’eau, l’autre hélas enrayé, puis l’eau vient à manquer
      le pardon tombe en panne. un peu comme on se retrouve en slip dans un rêve de foule
      on n’se caresse plus

      marcher pieds nus. on ne
      marchera plus pieds nus
      on s’en ira, c’est certain on s’en ira. pas loin. en tout cas pas plus loin
      qu’ici-même. ici-là pas plus loin, on ne marchera plus on ne
      marchera pas. pieds nus
      pieds nus certes mais on ne
      marchera plus
      ou alors à vide. d’accord mais à vide on marchera soit mais alors on
      à vide

    22 février 2025

  • faire d’une moule un soldat

      d’une terre comme de l’autre, je n’ai rien à gagner
      je demande une pause, je dis pouce, j’arrête de boire de l’eau je
      ne me reconnais plus. je pense qu’il me faut un visage où noyer
      mon regard en son trouble

      la terre à moitié pleine, la terre à moitié vide, mais ton ciel un vertige
      entraide-moi
      ou du moins, dis-lui que tu penses à lui, quand bien même tu t’en détournes
      la vie après tout, ce n’est pas l’allemagne dans son intégrité

      la vie après tout, ce n’est pas va-nu-pieds toute entière
      du miel dans les cheveux, ça ne décolle pas on se voit obligé de
      tout raser – et plus on rase, plus brusque le passage
      je voulais t’embrasser, je n’embrasse qu’un cri

      valérie, c’est le nom qu’on a donné à la voix du gps, pas vraiment de raison
      j’habite une chute de lit, je branle un hlm je me demande bien
      pourquoi la vie
      n’est que la vie ou encore moins je me demande pourquoi, sans même y réfléchir
      après tout je m’en fous

    19 février 2025

  • un homme ne s’ennuie pas – il en fume une avec sa clope

      le noir propice à la prolifération des monstres issus de mon esprit
      l’esprit vide ne produit pas le noir, ne perçoit pas le noir – l’esprit vide se révélerait-il vide d’esprit ?
      caillou dans la godasse, marche forcée, aboutir quelque part n’est ni dans ma nature, ni dans mes moyens

      je ne regarde pas à droite, je ne regarde
      pas à gauche, lorsque je traverse la rue je n’imagine même pas
      une autre rive. on ne traverse pas le néant on n’en-
      jambe pas le néant – on y coule, jusqu’à ce que ne reste en nous, dépossédés,
      rien qui puisse encore résister à dieu

      un chameau s’est faufilé
      dans le chas d’une aiguille et rien ne s’est passé, caresse-moi la tête
      le tête au moins, suivra le reste, le reste au moins, et ce ne suivant pas
      prendra une voix de gps, on l’appellera valérie
      valérie c’est rassurant

      ligne de vie, chemin pliant, je n’invente vraiment rien
      je pleure par à-coups, je bois à petits coups, je suce ça une langue
      une langue pêle-mêle
      il n’y a pas de valise pour ces menus maux-là, pas de souvenir non plus
      pour ces non-évènements

    16 février 2025

  • cheval de minuit

      il a bâti son image sur quelque chose de froid : un lundi de pentecôte, certainement
      un homme n’appartient pas aux hommes. un homme n’appartient pas à dieu. un homme
      n’appartient qu’à sa chute, au rejet inné de soi. c’est toujours le miroir qui, lui crachant à la figure,
      aura le dernier mot

      mieux vaut ne pas trop en dire : on finirait par croire
      qu’on a quelque chose à dire, ou quelque chose comme ça, quelque chose en tout cas, d’un genre particulier
      la pluie tombe à l’oblique. plus ou moins à l’oblique. rester là droit, inerte et droit ne me
      mènera pas bien loin

      ce n’est pas de la tristesse vraiment, ce n’est pas
      de la mélancolie – cette rivière sans poisson seulement, ce pêcheur sans filet
      cette rivière sans rive naturellement, ou ce chapeau sans tête
      et peut-être un peu de tristesse malgré tout, peut-être même un peu de, comment dire,
      mélancolie…

      où le maître des misères – de ma misère en l’occurrence
      comme s’il en avait mare de me voir crever la dalle, m’ôtait enfin la faim
      et ne demeurait du maître que la misère en soi, une assiette de
      topinambours
      – ils sont tout cabossés, les topinambours

      dieu d’un lopin de terre, dieu
      d’un bout de monde, jour de grève et si peu de conviction, au fond.
      j’ai bu trop d’eau. tant d’eau j’ai bu que j’en viens machinalement à
      recracher des algues, des méduses…

    13 février 2025

  • morte tête

      les oiseaux meurent. tout le temps que je passe avec eux, les oiseaux meurent ils, je
      ne savons que faire d’autre. cet après-midi par exemple ce furent deux corbeaux que le destin – le destin évidemment – avait posé là, à deux pas de ma tête, légèrement sur le côté

      un seul jour le sommeil, il ne pensait qu’à soi. en toute impunité, il ne pensait qu’à soi
      le monde se rattache à quelque chose de prudemment méchant – une racine qui déraille, une corde à nulle part pendue…

      j’arrive toujours en avance aux rendez-vous – non par crainte de les manquer ou d’être en retard, mais pour poser un vide qui amortisse le choc évènementiel
      Nîmes contre son camp. faute de mieux, je recrache le vide

      tant que le chien est mort, il ne parle pas. et ce qu’il ne dit pas résonne en ma pensée
      ceci expliquant en quoi ma pensée se résume à un aboiement sec, un muet crépitement

      je ne le deale pas, j’arpente le vide, le vide par excellence. on ne va pas
      s’arrêter à dieu, tout de même…

      de banc en banc le poisson sous la pluie
      déporte son
      immobilisme

    10 février 2025

  • du vent dans les couloirs

      il a des yeux comme le ping pong, à peine enflés sur le côté
      il se souvient avoir été – ce qui, réalise t-il, n’est encore qu’une forme du sentiment présent d’être
      un souvenir de n’être pas me décrirait mieux, pour autant qu’il soit concevable, pensa t-il
      pensa t-il en effet, car il faut bien penser quelque chose, admit-il

      dieu ne s’incarne plus – disons par lassitude…
      ceux qui s’embrassent sur la bouche nourrissent sans doute un espoir fou, mais qu’en est-il alors de ceux ne pouvant plus se contenter de la mort ? ceux dont la mort ne vient
      finalement pas à bout ?
      j’ai mal à mon nuage –  est-il encore envisageable, quelque part, de se dissoudre ?

      la frontière ne se pose là que pour en suggérer le franchissement – et donc pourquoi demeurés-je ainsi devant elle atone, sans velléité quelconque…
      nu de tout appareil, essentiellement penchant bien que de nul côté, parlant comme se parle
      un homme déjà mort
      un homme presque mort
      un homme presque déjà mort

    7 février 2025

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