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assis là sur un banc


  • d’autres se sont dit : toi, boomerang creux

      l’abîme l’attriste. personne ne dort
      personne derrière le paravent non plus, même si d’aucuns pour se consoler continueront à se dire
      que doudou n’est peut-être pas mort pour rien, après tout

      je ne mange plus
      j’essaie seulement de ne pas me faire tuer
      par la mort qui patrouille
      ou par l’insignifiance blette.
      selon une autre version je mange de l’herbe, des bestioles
      que l’on trouve dans l’herbe

      ,le ciel ment. c’est plus fort que lui, il ment
       je… faisais mes exercices d’aïkido comme tous les matins, quand soudain je pris conscience
      que le ciel mentait.
      mais que faire de ça, vide révélation
      anus sans perspective ?

      j’ai en ma possession une lanterne, dont j’ignore néanmoins le processus d’allumage
      il me faudrait inspirer l’atmosphère entière
      pour ne pas imploser, ou suffoquer d’un tel soupir existentiel
      zob en déperdition

      avoir mal à l’homme, au centre de gravité de l’homme
      l’angoisse en guise de moelle épinière, et cette méfiance suicidaire
      sinon c’est pas grave : je danse avec toi
      advienne ce qu’il advienne, moi je danse avec toi –
      je veux dire ton absence, ou l’absence en tant que telle

    27 juin 2025

  • enterre ta tête

      on se respecte on se vouvoie, on se touche l’intestin on se
      tâte la couille – on voudrait bien, or rien n’est moins certain,
      sortir de là
      lui dire qu’elle se lèche le frein

      quand est-ce qu’on va
      et puis quand est-ce qu’on va, envers et contre tout
      supporter c’est trop grave. supporter c’est plus possible
      mon sexe me tient par la main il me dit crache
      allez crache ton machin

      j’amoure à vide
      j’ai rêvé d’un cancer, de vacances sur la côte – pouilleuse côte…
      je m’en prends au réverbère, pauvre petite lumière
      c’est vraiment pas mon jour

      on trouve le feu où, pipe faussaire
      je m’achète un disque. je m’achète toujours un disque. toujours le même disque
      ce qui me distingue d’un mort n’est pas seulement la mort. mais mon chien n’aboie plus
      mon chien
      n’aboie pas

    24 juin 2025

  • nulle part ailleurs. manger d’la terre

      il faut mourir. la mort en soi reste secondaire
      n’être le jumeau de personne ne m’aura pas franchement aidé non plus
      l’image dans mon crâne, et son destin de poisson rouge…

      j’apporte un jour tu me remontes
      le slip.
      il y a des caresses qui se perdent – parfois pas de caresses
      du tout.
      une jambe plus basse que l’autre d’un côté et de l’autre
      un ciel un peu fébrile, par contumace

      on se parle comme ça, disons de but en blanc
      comme on se parle à soi, la voix patraque et l’oreille caverneuse
      à quoi ressemblerait donc le suicide d’une fenêtre – un genre de « déshumanération » ?

      si j’avais un dictaphone je pourrais m’enregistrer, improviser de vive voix quelque rachitique poème
      charrier l’absence ne saurait constituer un but en soi, pas plus de mon vivant que de mon mourant
      d’ailleurs tant qu’on y est, les morts se brossent-ils mes dents ?

    21 juin 2025

  • ton truc de ventre, tes pilules abortives

      les gens sont les gens, dès qu’ils marchent à l’envers
      te souviens-tu de moi, ou ne fus-je qu’embarras ?
      la misère, de ne plus savoir faire semblant

      et ceux-là quand ils courent, on dirait qu’ils courent toujours du côté moche
      on les traite comme des bêtes, et puis on monte le son
      de tout mon corps je déteste l’océan, même quand il pleure

      il ne me reste que l’éternité, ou comment la gâcher
      tu me tiens par la main, un peu comme un fantôme son mur
      les flaques sur le sol, on a beau les écraser…

      l’amoureux parmi moi, putréfaction nubile
      si j’accepte ce chewing-gum, sans devoir l’avaler ?
      et mon chien qui a perdu l’usage de son aboiement…

    18 juin 2025

  • comme si une croix

      me rapproche. doucement me rapproche. du non-but final. la part de maison vide en moi grossit
      et ce qui se passe autour, et ce qui se passe en dedans, aux alentours et en dedans, ce qui se passe en outre. de commentaire aussi
      j’accorde mon ballon. allez. et mon ballon s’envole

      fut un temps où la nuit. d’accord. la nuit me garde partout. la gueule grande ouverte du sommeil
      fut un temps où jamais. et jamais comme jadis se tient, inflexible, droit dans ses tongs
      partir ne reviendra plus. mêle à se fracasser la tronche en plein miroir, crois-moi

      crois-moi ne me crois pas. n’être personne ne dure qu’un temps. en juin les coquelicots – le sexe à l’avenant
      l’avenir aux pigeons, ça tu le sais, hein, dis-moi que ça au moins, tu le sais, l’avenir au ras-volant
      au bout du bout on cherche un âne, ou n’importe quoi à chevaucher. un âne vraiment ça le fait

      je m’habitue à ça – à quoi, à la route sonnante, et trébuchante. en attendant je m’froisse la chatte. je m’froisse la chatte c’est rien
      rien ni que dalle, en attendant je m’torche la foune, que ça respire entre le murs or trop c’est trop, allez moi j’abandonne
      j’abandonne c’est clair

    15 juin 2025

  • pluie dans l’heure

      je ne parle pas du bonheur d’éteindre je ne – mais qu’est-ce que tu fous dans ma ville ?
      du bonheur d’étreindre mais t’inquiète, tout se passe comme prévu, la tête au nord l’es-
      pace aux pieds. ou plutôt les pieds dans l’espace. aérien l’espace

      une marée verte. verte en plus d’être noire. je la sens remonter. en moi. hors moi joue d’un autre jeu
      hors moi d’une autre paire de manches, regardons les choses en face. c’est à dire légèrement de biais
      dans un monde à l’oblique

      tu danses, tu danses pas – quelle importance au fond, puisque de toute façon
      de toute façon tu tournes en rond, gamelle ouverte. plus jamais je ne rejoins
      je crois que plus jamais ne me souviens. ni ça de moi

      j’enseigne ma mort. une fois sur deux je tombe dedans. une fois sur un je tombe debout
      caresse-moi la jambe droite, pendant que je fais le guet. de loin en loin vient le silence
      et se rapproche, comme s’il n’avait nulle part où aller

      où dormir. les yeux paniquent la tête. il m’arrive de boire à tue-tête. et parfois non
      colle le sable, les poupée-muqueuses. colle tout ce qui vient à l’esprit. passe par. n’en déloge pas
      le reste du temps la terre gondole. t’as déjà vu ça toi, la terre-gondole ?

    12 juin 2025

  • masque d’être tombé

      le bois est mort
      et si le bois est mort, il ne repousse pas
      s’il repousse, c’est qu’il n’était pas assez mort
      étrange frère…

      le bas du visage, c’est toujours ça qu’on vise, le bas du visage
      comme s’il y avait jamais eu
      quelque chose à faire, en un monde ou en l’autre
      lesquels, comme chacun sait, n’existent pas

      de quel salut parles-tu, s’il ne s’agit de celui des morts
      des morts couchés, des morts debout
      de ceux qui, le cul assis entre deux fosses, espèrent y échapper
      et se voient y tomber

      il se tient là debout, et il doute
      il doute debout
      une échelle ça se descend aussi, et à quoi sert un sexe
      même un sexe debout

    9 juin 2025

  • un jour où y avait pas grand monde

      les heures sont les heures
      on les voit se promener parfois
      pieds dans les poches

      l’odeur de géranium
      pisser sur ses godasses, à cause du vent entre autres
      les bons souvenirs de mon vivant

      aller les yeux bandés
      rester assis, les yeux froissés
      les yeux grand ouverts du mort

      penché sur le côté
      accrédité d’un souffle
      il dérive sur place…

      maintenir le son, la forme
      et piétiner le fond
      de rage et d’impuissance

      j’caresse mes bleus. la salle de sport
      impeccablement vide
      – où couler dans le dur, quand sous le dur dort le dur ?

      un monde inhabité
      par exemple un mardi
      il ne se passe jamais rien, le mardi

    6 juin 2025

  • ou d’un virage à froid

      le pire je le garde pour moi, rien que pour moi, le pire je l’aime rien que pour moi
      pour-moi c’est mort – mort c’est vrai m’entraîne là, à ça
      je sais plus comment dire et oh mon dieu, je sais plus
      comment le taire non plus

      j’ai tout niqué
      du nord au sud j’ai tout niqué, et du soir au matin, pareil
      tu peux pas savoir la douleur d’être étranger, la douleur
      de cette émancipation-là
      un trou dans le trou surplombant la fosse

      j’avais un trou
      j’avais même peut-être un fond du trou, maintenant je n’sais plus
      je n’sais plus qui du trou, ou de l’homme
      se pencha le premier

      le vent c’est quand il souffle – le reste meurt avec nous
      il fait si froid dehors, dedans dehors, le reste meurt avec nous
      on ne fait plus semblant, ni même de faire semblant : le reste
      meurt avec nous

    3 juin 2025

  • le rasoir à la rasée

      on n’en a plus
      on n’en a plus pour très
      pour très longtemps
      je ne parle pas de moi, ou seulement de moi
      de mon slip
      des horizons limpides, vertigineuses verticales
      on n’en a plus
      pour très longtemps je crois
      et j’en ai hâte

      le ciel demeure
      quoi que tu fasses, quoi que t’en penses, le ciel demeure
      sans doute ne sert-il
      qu’à ça au demeurant, ne signifie-t-il
      que ça
      les racines sont contraignantes sinon bon, on vit comme ça
      on vit comme vie nous vient

      je ne me sens pas, ce soir, accablé du monde donc je n’en ai rien à dire
      la mort non plus, ce soir, ne m’inspire rien qui vaille
      et si un chemin, ce soir, s’ouvrait devant moi je prendrais bien garde de n’y
      enclencher le pas…

      qu’est-ce qu’il fout, non mais qu’est-ce qu’il fout là, à quoi se puise-t-il
      je ne pénètre rien – pas la peine de me résister, je ne pénètre
      strictement rien. des algues sèches
      ne l’ont pas toujours été mais sur le tas là elles ont séché
      on sait plus quoi c’est mort on sait plus quoi ne l’est pas

    31 mai 2025

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