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assis là sur un banc


  • le jour où il a fait beau, je rentrai les chevaux

      je ne me souviens de rien si ce n’est
      la mer en bout de piste. elle me pose
      un doigt sur la bouche, seulement un doigt
      on n’en saura pas plus

      il y a un dieu et en même temps il n’y a pas de dieu – je ne sais pas quoi faire
      alors je ne fais rien
      j’attends que la mer passe
      se passer de soi fera mouche
      une mouche

      on s’embrassera comme on pourra
      avec les lèvres, la bouche, les éléments-clés
      je m’aperçois, de loin en loin. je m’aperçois de peu en rien
      mais tranquillement, tout à fait
      tranquillement…

      une âme oui mais par les deux coteaux
      la berge à perte de vue
      je ne travaille à rien
      on se caresse le pouce, on s’attrape un segment
      s’il te plaît, ne me vide pas

      vaccin contre la rage, quand même
      je ne m’aime pas : aimer c’est se noyer
      mais de là où je parle, on se noie de toute façon
      de là où je parle, christ ne sait plus où se cacher
      il se replie sur soi

    13 septembre 2025

  • on se met à fumer quelque chose exister nous perturbe

      quand on se baisse on se lève, vers le bas
      et c’est ainsi que se mesure la distance nous séparant de nous-mêmes, comme si
      nous n’étions que fond et ciel et qu’égarés dans
      l’intermédiaire, nous fredonnions une berceuse, une
      simple berceuse

      une femme se tenait là, elle parlait sans bouger je crois que
      j’aurais pu me pendre devant elle qu’elle ne se serait
      pas interrompue, immobile, toute habillée je crois même
      qu’elle me voyait déjà comme un pendu, un absurde pendule et c’est pourquoi

      avec mes allumettes je cherche une flamme, une flamme pas comme les autres bien que rien
      ne l’en distingue vraiment. personnellement ça me rend dingue, en mal d’humain je te le dis, ça me rend dingue
      voilà. on se console comme on peut à coups de pieu dans la poitrine,
      de gousse dans les narines…

      chaque fois que je t’aime je perds un peu de ma roseur, de ma rosée. je ressemble
      de plus en plus à un âne, avec ou sans le hoquet. tout me parle
      du jour où j’ai failli être. après c’est vrai que ça pue la marée basse
      et même extrêmement basse

      à force d’être mort on finira bien par
      éjaculer quelque chose, accoucher d’un fossile, d’un printemps momifié
      resté coincé dans l’attente
      répondre absent, alors même que nul ne fait l’appel
      le plat qui se mange froid et tout et tout, on ne sait plus de quoi

    10 septembre 2025

  • se dire qu’on s’aime et se déshabiller

      je mange du phoque à tous les repas. cela m’allonge, cela m’allonge
      rien entre moi et mon rêve que le flou du temps mort, la trouble profondeur de l’inachevé
      à tâtons à reculons, ne manque que le vertige pour se rendre compte qu’il s’agit d’une chute
      pure et dure

      du plomb dans la semelle et dans l’aile : attendre l’impossible fait partie de l’ennui
      de l’angoisse de l’ennui
      alors je me tourne le dos, de façon définitive bien
      que saccadée

      je m’enfonce dans ma nuit
      un pas et c’est le vide – du moins ce qu’on pense être le vide, par excellence l’impensable
      la mémoire fera le reste, habillera les morts ou les déshabillera. je mourrai en-dessous, légèrement en-dessous
      d’une image en suspens

      du fond de l’œil je me scrute le fond de l’œil. l’air du large rafraîchira nos fronts
      nos bouches
      et on fera semblant de s’embrasser. seules nos lèvres trembleront
      la nuit remplacera la nuit. on appellera ça comme on voudra – simple refus
      d’obtempérer, par exemple..

    7 septembre 2025

  • l’heure et la date

      l’amour malade.
      l’alignement des tombes – elle reste étrangement vide, vase à la fleur fantôme
      se lever, se coucher. marcher, se rallonger. raccrocher l’abîme à la fenêtre
      manquent le jour, la date et l’heure
      j’habite ce manque-là

      quelle frontière ? quel bras cassé de la frontière ? le pouce retourné
      je me cache. surtout éviter les regards. de croiser les regards
      les regards sont verts
      d’abord ils inondent l’espace
      puis le rongent de l’intérieur

      sans humeur. personne ou presque
      presque une personne
      du jour entre les dents. pour une pensée tu tombes, il est l’heure
      on ne sait laquelle ni de quoi, juste qu’il est l’heure
      à chaque instant l’heure
      ne me condamne pas : contente-toi de me
      rendre la montre…

      pense la même chose. pense la même chose de moi
      chemise déchirée bouton sauté. et que rien ne me transforme en
      autre chose qu’un chien qui pleure. la bouche sèche la
      langue pâteuse par conséquent. mais si sèche, et si pâteuse
      alors pense. continue de penser
      la même chose de moi. que la mort dure en moi

    4 septembre 2025

  • le plus souvent des filles

      les doigts dans les stations. les doigts ne servent à rien
      les trous à ras. on élève le niveau
      et quand on retire les doigts, alors les trous à cran
      c’est tout pour le moment

      elle s’ennuie. toute la journée elle s’ennuie. la nuit lui tombe dessus
      la nuit lui passe dessus
      fuir ouvre le néant. ne se trouve parfois d’autre issue qu’un
      labyrinthe, désespérément intérieur
      une roue de naufrage…

      légère brèche faite à l’anonymat. nauséabonde
      c’est plus court comme ça. nauséabonde
      des filles le plus souvent. des filles sans rien
      on en dirait quelque chose si on en pensait quelque chose
      mais on n’en pense rien

      rien de précis. de l’incolore
      38m². plus déborderait sur l’océan
      quoi qu’il en coûte, protéger le pleureur. lui
      raconter une histoire, chaque jour une version, à peine différée d’une
      seule et même histoire. rien
      de précis. de l’inodore
      plus déborderait sur l’océan

    1 septembre 2025

  • mon chagrin ta chagrine

      mon chagrin ta chagrine on pourrait
      recommencer ça indéfiniment ça ne ferait
      toujours pas un destin – alors à quoi on joue, à quoi on joue debout
      sur une jambe fraîchement coupée ou une herbe couchée à quoi on joue
      quand déjà le temps s’essouffle et qu’on ne sait désormais
      plus compter jusqu’à deux ?

      une seule fois dans ma vie, pas une seule fois et donc
      une seule fois quand même. pisser de travers rattrapera le coup.
      on dit pouce. quoi qu’il se passe nous on dit pouce, on n’a
      absolument rien à voir avec tout ça on ne l’a même
      pas vu venir. ce qui ne présage rien de bon

      ne supportant pas d’être une fin en soi, une fin pour
      quiconque, fuyons. fuyons tant il est encore temps. regarde-moi
      ne me vois pas certes, mais cependant regarde-moi, jusqu’ à ce que
      je fonde ou je n’sais quoi, me transforme en roue libre, m’imagine
      tel que je ne suis pas, juste là sur la cime de l’entre ou tout
      au bout d’un cercle

      crie partout hors l’évidence
      or l’évidence ment, à l’évidence, et rien
      ne me plaît tant que mourir dans tes bras.
      j’ai changé de radiateur. le mien est resté froid
      le mien perd tout son sang. mon état naturel de
      sidération
      ayant bloqué toute issue

    29 août 2025

  • l’arbitre des deux lèvres

      un dieu un seul, et la mer au milieu.
      remplace le sexe par un air triste, là juste à
      perdre son temps
      côté pile perdre son temps, côté face le
      laisser filer, pour l’exemple ou encore par sentiment de
      pure déréliction

      les vacances sans fin. je marche dedans
      ou disons je glisse dessus. ça arrive
      tout arrive – par exemple que je
      glisse dessus. les vacances sans but
      sans repos, à la visibilité déficiente
      ou défaillante, comme tu voudras du moment que ça sonne faux puisque
      ça ne sonne que sonnant faux

      ne me parle pas non plus ce jour-là
      d’un ciel malingre. je le sais bien, dieu
      n’est pas un cerf-volant
      pierre tombale ni chamboule-tout – il me
      roule dessus. tant et tant qu’à la fin il n’y en a plus, de fin
      ça ne mange pas de pain

      je savais bien que tu
      finirais par en rire, crevant l’abcès, saignant du coude
      ou d’ailleurs, selon les circonstances
      plus ou moins décisives par nature. en l’occurrence rien
      ne me retient de rien rien ne me
      pousse à rien, on dirait un briquet
      oublié sur une chaise. bref je n’insiste pas

    26 août 2025

  • du côté pauvre de l’horizon

      marche sur moi, marche comme on marche
      sur des œufs, des coquilles d’œufs. avec la mer au-dedans
      – crois-tu seulement qu’elle
      respire encore ?

      dormir sans filtre, croiser les jambes
      les décroiser. tellement mort qu’on ne
      s’en rend plus vraiment compte. il va falloir
      rev’nir un peu, de temps en temps
      rev’nir bredouille un peu

      au niveau de la terre je rate la marche – et alors ?
      un peu plus haut me mords la queue, c’est une
      question d’optique, on se croit vieux puis on
      ne se croit rien du tout

      je me roule dessus
      à toute allure très tendrement je me
      roule dessus. par manque de chance ou le long de
      l’hibiscus aux menstrues. nul besoin de parler
      à ses voisins, à son doudou – simplement rem-
      baller sa joie, au cas si peu probable où elle
      affleurerait
      écoute ça, effleurerait…

    23 août 2025

  • un jour on s’aimera. ou pas. probablement pas

      la vie c’est compliqué
      alors on ne vit pas
      faire semblant déjoue les résistances, atténue la pesanteur faire semblant
      rend supportable la douleur. je pars donc,
      un animal sous le bras peut-être mort peut-être
      pas encore quoi qu’il en soit je ne
      le lâche pas

      bébé qui danse debout, genre un tambour de lave-linge en pleine lévitation mais faut pas croire, faut pas
      croire pour autant : un compteur linky en lieu et place du cœur, elle carbure elle
      carbure au compte-gouttes…

      en fait l’hygiène je m’en fous
      je voulais dire l’esthétique. je voulais dire en fait l’esthé-
      tique je m’en fous
      finalement l’hygiène non plus ça ne
      m’intéresse pas, les pinces ou les fesses à vélo
      – seul importe le retour, le retour désormais
      au nulle part. le retour à vau-l’eau

    20 août 2025

  • on se marie dans le temps, on se marie sur le champ

      je ne parle qu’aux étrangers, qu’aux
      gens de passage, d’ailleurs je ne parle
      qu’en langue étrangement étrangère, tant je n’ai pas de mère
      pas de prune
      pas même un noyau
      de prune, ou la racine étriquée
      d’un triste prunier

      mon corps est
      à l’abandon. j’ai payé mon bavoir, maintenant qu’on me rende
      la soupe, l’os dans la soupe
      le poisson de l’arête
      le christ de mon corps
      la petite étincelle là, tout au creux de l’œil
      qui ne tremble pas, qui ne connaît ni
      le doute, ni le froid

      la misère va à dieu, l’homme au trou
      ou contre la haie, s’il vit à la campagne
      et qu’il ne pleut pas trop
      personne ne sait ce que fait dieu les jours de pluie
      les jours sans pluie quant à moi je n’existe
      simplement pas

      une fois dans l’année, rien qu’une fois, j’oubliai de m’oublier, je me
      regardai droit dans les yeux avec les doigts
      on n’aime qu’une fois, puis l’on se noie, et ce jusqu’à en
      épuiser l’océan, ressortant nu de l’anus
      du poisson-rat

      un jour je n’étais pas comme ça, pourtant pas
      si différent que ça, non plus
      j’attrape un ch’val, je mords le ch’val, on ne
      meurt qu’une fois après tout, quand bien même cela
      doit durer toute une éternité
      – et l’éternité j’étais pas prêt
      l’éternité j’étais pas né

    17 août 2025

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