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assis là sur un banc


  • les pannes existentielles

      non, je ne suis personne, un mur
      se dresse au fond de la cour, une échelle
      dépourvue d’échelons, pour un glacial éden je
      ne suis personne vraiment – pleuvra t-il, pleuvra t-il pas, je n’en sais rien, un vent d’hiver
      court sur mes échasses

      j’ai planté mes serres dans le dos, les omoplates d’un amour irréductible
      et je me fous des nuages croisant au large de mon esprit – un café, noir de chez noir
      affûtera ma voix, fourbira ma colère, faut-il ici mentionner mon aversion viscérale
      pour les piscines, moches bassins et autres liquides équations…

      souvent je me traite
      d’animal, de planche pourrie de terre brûlée – bref j’avance, sur mes moignons j’avance
      pire que soi un homme alors
      se réfugie sous mon ombre, un ballon
      me porte si haut mais que faire si haut, que chanter
      d’une voix si obstinément fausse…?

      partir ne me ramènera pas chez moi – à force d’empiler les mensonges je ne parviens plus à me
      retenir de pisser, j’ai l’impression chaque soir de m’allonger près d’une
      croix gammée, m’endormir dans une chambre pleine de
      rêves écorchés, de mémoire suppliciée. heureusement m’aiment les chiens, les enfants,
      les pannes existentielles

    1 avril 2025

  • intuitivement le paysage

      tout ce qui a un sens agonise à côté de moi
      tout ce qui a un sens existe et simultanément n’existe pas
      raison pour laquelle tout ce qui a un sens n’en a finalement pas
      et meurt à côté de moi, ou moi-même allongé meurt près de moi, par conséquent en-dehors, extradé
      chié par l’esprit

      soulève-toi marie-jeanne, et ne redescends pas
      ne réalunis pas
      si tu manges les figues c’est que les figues sont bonnes. si tu vois un homme je serai cet homme-là,
      en perte de je ne sais quoi, le ski sans conviction

      à ma vue se dérobe
      intuitivement le paysage
      – ce sera bien la dernière fois que j’habite.
      du front me tombe une maigre pensée, presque honteuse
      – le bout du monde contient la totalité du monde
      tandis qu’au dessous, le vide
      grandit à toute allure…

      on parle là de l’effet boomerang
      du cil qui vrille
      d’une chambre sans miroir.
      des bleus qu’on retourne dans tous les sens ne débleuissent pas.
      finalement le coffee s’accompagne fort bien de cacahuètes, trouve t-on
      sans aller chercher trop profond

      la nuit lave
      cesser d’exercer une fonction, d’être en fonction, en fonction de, lave
      je crains la nudité, je crains la propreté. la pureté me terrorise
      si je fais un trou dans le trou, c’est encore moi que j’y vois, transi mais sans limite
      transi de sans limite
      j’habite juste à côté, toujours plus loin

    29 mars 2025

  • la mule d’un destin

      si la mule d’un destin m’a mené jusqu’ici, un âne nu
      me ramènera chez moi, me déposera
      au seuil de l’oubli, la clé sous le pot de fer, ou de terre
      servant supposément à ouvrir une maison sans mur, sans porte ni toit – seules quelques fenêtres, flottant dans l’air
      ou se rêvant miroirs…

      humanité mes couilles. avec mon quignon de pain sec je suis allé retrouver mon pigeon
      il faisait parfois sa tête de choucas, mon pigeon, mais je faisais alors semblant de ne pas le remarquer, de crainte de le vexer ou par simple politesse
      le reste du temps se passait en ballades, subtiles nécropoles,
      en robes démodées que l’on caresse comme ça, à plat sur nos genoux…

      je ne vends rien. j’attends que mort se passe, en partie patiemment
      la nuit ne dure que jusqu’à l’aube. quelque chose pousse contre toute raison, irrépressible aberration
      on évite rues et trottoirs on leur préfère les toits, mauvais coucheurs
      mauvais coucheurs mauvais payeurs, on ne pourra se contenter
      ni du néant ni de dieu
      ni de dieu ni du néant
      non, c’est impossible

      les chiens ne me supportent pas – l’odeur sans doute, du néant ou de l’origan
      je m’endors entre leurs pattes ils m’ignorent, par principe. l’un finit par me lécher la pomme ou le fion, aucune différence selon eux. et si peu selon moi
      les chiens ne me supportent pas. et ce n’est que pour ne pas avoir à me dévorer qu’ils se sont résignés à m’adopter disons
      à m’absorber

    26 mars 2025

  • il pleut des trous partout

      ça marche comme ça marche, à moitié vide tandis que l’autre moitié
      plus vide encore, sauf qu’on n’en parle pas, de celle-ci
      d’ailleurs en général on évite d’aborder cela dont seul il faudrait
      se soulager. un mur m’a rencontré. un mur a gravé
      son nom sur mes lèvres. nous n’avions plus
      la langue de nous enlacer. alors on a fait pouce. alors on s’est fait chier

      mais si le danger n’existait pas, je ne serais pas là pour en causer. je ferme la porte
      je ferme la porte à clé, enfouis la clé
      tout au fond de mon ventre. je voudrais n’avoir jamais à la retirer or
      chaque matin j’accouche d’une clé, d’un excrément en forme de clé, de fenêtre qu’on ouvre, de coq dont on
      coupe la crête. j’assure mes avants

      chien la moustique. le reste pleure avec moi
      pas besoin de larmes pour pleurer – exister suffira. suffira le temps. suffisent les chiures de piafs lambda
      exceptés ceux du large évidemment, lesquels appartiennent au large exclusivement, ont lâché prise
      ne reviendront plus becqueter du littoral, intérieur comme extérieur, ce littoral
      inversé dans la mémoire

      et à quoi m’avance ou m’avancerait-il de comprendre, de savoir ?
      les paumes appuyées sur le pavé vert de ton dos, je n’y pense pas, ne pensant néanmoins qu’à cela
      yeux, oreilles , nez, bouches – toute notre sensibilité se concentre au travers de nos trous. les trous sont dans la place et depuis que moi vivant,il pleut,
      il pleut des trous partout

    23 mars 2025

  • enfant les balançoires

      un jeûne, dont quelques croûtons d’arrache-faim. plus tu regardes les choses de loin plus elles te semblent
      petites, et inversement
      enfant les balançoires
      et d’abord vivre, pour quoi faire

      or je m’adresse à toi, d’où l’effet serpentin. l’ami de mon ami
      n’existe pas. mon ami n’existe pas. nous sommes morts
      depuis la nuit des temps morts
      on se bouscule, tels des pigeons se ruant sur des miettes de chaud
      mais tellement de chaud

      laisse-moi m’éteindre, laisse-moi
      mourir le long des notes, ne vide pas trop tôt
      l’eau tiède de mon bain. je m’appelle un jour sur deux, un jour sur deux m’abstiens
      de répondre – non par oubli : rien qu’une banale
      extinction de voix

      mon visage une flaque
      d’huile noire au milieu de laquelle surnage
      une paire d’yeux crapauïdes, immobile chahut
      c’est sûr qu’une rivière
      hante mes rêves c’est sûr qu’une rivière
      me coule sur le dos. en rêve…

      mourir quelques bornes avant saint-quentin, se sentir le poil
      durcir sous la gelée matinale. trop tôt descendu, jamais vraiment remonté
      la mort venue, j’ai marché de travers disons que j’ai
      marché en boucle. on ne rate que soi. enfin, ça ne nous
      regarde plus…

    20 mars 2025

  • subitement si grave

      c’est ainsi que me manque, dès trois heures du matin
      dès trois heures du matin, on recommence tout ( l’amour entre parenthèses, le vide entre deux sauts)
      la pré-mort arabesque

      ce qu’il nous faut participe d’un courant chaud – nous les hivers, nous les manches d’hiver
      on marche sur notre ombre, qu’on le fasse exprès ou non on lui marche dessus
      et après on s’étonne, on s’étonne
      puis, ne sachant plus de quoi on s’étonne, s’étonne à vide

      d’une nuit le bien trempé, je me suis ramassé
      j’ai mis le doigt dans le trou, le trou n’a pas bronché, mal garé – l’engrenage l’a bouffé
      les faiblesses qu’on ne se pardonne pas, les faiblesses qu’on a la faiblesse de ne pas se pardonner – on s’en va
      on ignore où, mais on s’en va

      un chien vaut mieux qu’un train, c’est pourtant le train que je prends
      pour un autre genre de voyage, une autre ligne de conduite. un rapport plus secure au paysage
      à tout moment du paysage, flagrant délit d’absence, un mort nous observe

      qui sait si la main part en ballade. le temps s’achève
      j’ai mis mon short des dimanches, le temps s’achève
      un ami dans la boîte, la boîte dans la terre, à moi seul l’éther
      je pense à l’autre bout, aux ciseaux définitifs, à l’agrafe
      du soutien-gorge, je pense à l’infini
      subitement si grave

    18 mars 2025

  • la mort du petit bonhomme

      l’amour par sms
      dommage que j’aie quitté terre vraiment dommage et là où je pisse ça coule encore. je décolle et ça fuit
      encore, panier percé
      aller à contre-nuit
      hébété, médusé face à la machine en panne, en panne forever
      forever dead, la crampe à toute épreuve

      je me lève la nuit. la crampe
      la mort du petit homme, du tout petit
      bonhomme
      je me lève la nuit, psiou psiou. grâce à la crampe, je vis. je m’entraîne, me calvairise. alors s’abat le jour
      d’un coup comme ça, sans prévenir ni s’expliquer, le jour s’abat
      sur moi s’abat le jour

      demain je pars. demain je rentre. demain, partir et rentrer ne se distinguent pas. moi non plus ne me distingue pas
      il y a un cours, et il y a un cours dans la nuit, ne te retourne pas. ou si
      ou si retourne-toi, sur toi retourne-toi et retourne-toi encore, sous toi
      il n’y a rien à comprendre – rien qu’un chien le cou coincé dans le chas, s’étranglant se lamentant : « mais pourtant je suis pauvre, pauvre pauvre je suis pauvre… »

      pauvre comme jésus, le slip sale et la gourde à moitié pleine, aux trois quarts vide toutefois
      or de tout temps je rentre, et de tout temps je pars, de nulle part à nulle part l’aiguille lâchant le fil
      ariadne lessivée. littéralement éreintée
      j’encule un objet lourd. il a beau rester en suspens dans l’air, ne pas se différencier de l’air, j’encule
      un objet lourd

      un peu plus tard je vais me recoucher, parce qu’il est l’heure de se coucher, comme à toute heure l’heure de se
      coucher, à la verticale comme à l’horizontale cela n’importe pas cela
      n’importe plus. pareillement

    15 mars 2025

  • trou dans l’néant, j’m’achète une dent

      les urnes se vident. dieu s’en va. bientôt l’homme tombe
      et son histoire suivant de près, dans un même oubli
      imagine : sans limite sans fin, sans attache ni, comble du désintéressement, conscience aucune
      qu’un chien aboie. qu’un chien, sous la pluie, ou toute pluie cessante
      seul contre l’immensité
      aboie

      je n’ai pas beaucoup d’appareil, admettons que je tremble sur place
      m’abonne à l’absence drue
      carrément m’abandonne
      une austère tuile de vie
      tu me demandes où aller comme si je savais moi, étendant les bras vers toute direction
      direction creuse et ventre vide – où va le chien,
      tombe la crotte du chien

      ne pleure pas contre moi, laisse au moins
      un centimètre d’espace par où goutte et coule
      le liquide lacrymal, les jambes et la crème épilatoire, le rasoir
      j’m’enfonce un pieu dans l’cœur. j’ai rien à faire, alors j’m’enfonce un pieu dans l’cœur

      la chemise en lambeaux, les trois petites sœurs de la miséricorde
      je m’achète une dent. l’aide à la complémentaire ou je m’achète une dent
      tremplin vers le néant
      la prescience du vide
      on s’amuse comme on peut – bon, ici on ne s’amuse pas, on respire. on écoute
      on écoute un chien ne pas aboyer. l’énormité de cette absence d’aboiement
      et puis on s’endort. on finit toujours par s’endormir. on s’endort sans y penser

    12 mars 2025

  • l’unité par le vide

      marcher sur le dos, s’attendrir sur l’essentiel – je tombe d’accord
      ou je tombe dedans, c’est selon, selon quoi je n’sais pas, c’est selon
      l’un meurt devant l’autre derrière quand pour l’un comme pour l’autre mourir
      ne fait jamais que commencer

      attaché à sa montre, à son odeur d’emprunt, on ne rigole plus
      quelqu’un frappe à la porte il n’y a pas de porte quelqu’un frappe
      à la non-porte – le non-vent ?
      ou la vague vacance peut-être, à laquelle tout se rapporte

      je mange pas quelque chose de mort, quelque chose d’une nature en l’occurrence, d’une nature profonde
      quand j’avance toi tu recules, cela prend la forme de petits monticules, je n’y peux rien
      toi non plus tu n’y peux rien
      disons que nous n’y pouvons rien
      seuls à entretenir le souvenir du vide, droits poteaux d’un rugby verglacé – l’arpège en rade…

      tomber montre la voie. abandonner l’ouvre en grand. il a cessé de
      pleuvoir sur notre-dame, ce qui n’a nullement débouché sur
      un meilleur quelconque
      si quelconque d’ailleurs
      qu’on n’en voit plus l’utilité

    9 mars 2025

  • extrait de la joie pure

      une fois que j’ai tout dit, je rends mon âme
      et une fois mon âme rendue, je ne fais rien : je reste là, les bras ballants
      le cœur tondu
      une fois le cœur tondu je n’attends rien. j’attends donc là, rien mais sans plus
      pire que de n’avoir aucune raison d’être serait encore d’en avoir une, ou d’y prétendre
      ce qui n’est ici pas le cas, on l’aura bien compris

      on parle mais à travers, ou comme sous le tapis
      quand je pense qu’il va me falloir retraverser paris – par les souterrains certes, et seulement d’une gare à l’autre certes, mais avec quelque bagage
      ce grand vide. ce vide énorme. là. vraiment là. énorme. j’en fais quoi ?
      comment je fais, là ?

      mon dos de cuillère à moi il creuse et creuse, mais creuse à vide
      où mourir, et surtout que mourir ?
      j’attrape un abri anti-atomique, je le serre dans mes bras. je le serre très fort. contre moi
      il me soulève à son tour
      nous retombons tous quelque part, en cendres ou en enfance – à genoux quelque part

      pas plus qu’un mort sur terre. je te sèche la mine
      je te mouille le verre. pas plus d’un mort sous terre. il s’agit de ton œil – il faut faire attention où je crache
      éjacule
      me suicide
      promis, je ne me tuerai pas hors de l’écuelle tu n’auras pas
      à essuyer
      à ramasser
      rien à raccommoder

    7 mars 2025

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