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assis là sur un banc


  • les dépossédées

      étrangement allumées. elles castrent le père
      avec un vieux couteau d’boucher.
      la nuit leur fait serment – il n’en reste que
      pollen au vent mauvais

      il y aura suffisamment
      de ciel pour tous, ne vous affolez pas.
      à ceux du fond, recroquevillés sur leur
      maigre radiateur, reviendra comme en ultime écho
      une voix frolova

      chagrin pomme chagrin. parmi celles qui tombent on gardera
      la fille aux seins-gondole, la pluie à l’entrejambe je ne
      me souviens pas vraiment du temps que cela prit, elle refit son chignon
      et le loup la mangea

      toutes les gares ne pleurent pas. les gares
      désaffectées par exemple ne pleurent pas.
      le vent leur brosse les dents.
      j’en appelle à la compassion du néant – toute autre
      puerait d’la gueule, d’la chatte ou d’ je n’sais quoi

    13 octobre 2025

  • sortir du bois

      je n’aime pas les surprises. les surprises
      ne me surprennent pas – me surprend la mort lente, le réflexe de rien,
      le regard que l’on plonge dans des yeux qui
      ne nous voient pas

      il y a un temps pour rien, pour ainsi dire le seul habitable. je relève
      ma manche à mi-bras. c’est bizarre un bras nu
      un bras nu, seulement nu
      tout juste sorti de l’océan

      puisque sauvé définitivement, ne me reste plus qu’à être damné c’est à dire
      privé de bonbon en quelque sorte, privé
      de doudou et que l’attente est longue. le loup
      défèque tel est son rôle, sa fonction, son rôle ou sa fonction de
      loup défécateur

      un homme qui tombe c’est déjà dieu qui
      se relève. le pouce sur ta joue il ne fait rien – peut-être
      qu’il frotte un peu il se dit tiens, frottons cette joue
      – mais cela suffira t-il à te consoler ? va savoir…

      de moins en moins noir, voire quasi tirant sur le bleu, encore que de
      plus en plus précaire – l’éternité d’une certaine façon contre-productive. j’attends un bébé, un bébé
      ne viendra pas
      il séchera en chemin. les chemins précisément sont faits
      de bébés desséchés

    10 octobre 2025

  • Jinro is back

      la pierre en mon jardin
      marque-la d’une croix, d’un cercle
      ou d’un brin de muguet.
      des années que j’attends là, pendu à un fil au-dessus du
      néant

      et la lumière fut. moyennement éclairante. il pleut
      ou c’est tout comme
      tellement tout comme que rien n’est vraiment soi.
      le trottoir ne garde trace des pas qui s’y commettent

      je suis revenu sans vraiment l’avoir voulu, comme un dos se raccroche aux épaules
      le retour ne change rien au lieu ni au revenant. il a pourtant soulevé
      une pierre (n’était-ce une simple feuille ?), juste au cas où…

      regarde-moi vivre. regarde-moi vivre maintenant. ce n’est pas
      si difficile que ça après tout. il suffit d’ouvrir les yeux, de fixer le regard sur
      n’importe quel point de l’espace similaire
      puis prier pour que ça ne
      se reproduise pas

      on ne va pas se mentir
      ou alors un peu seulement, histoire de passer le temps comme on dit
      quand on n’a rien à dire…
      tout est clair dorénavant, d’une clarté n’éclairant rien – mais qui s’en plaindra ?
      qui s’en souciera ?
      Jinro a posé son bâton

    7 octobre 2025

  • sûrement une douille

      il n’y avait pas de dieu avant moi. j’étais tout seul, les pieds trempant dans une bassine d’eau froide
      la bite en berne
      et attendant le jour

      un ciel vaut mieux qu’une sclérose en plaques, mais on n’a que ce qu’on trouve. bon
      bon je lorgne le monde de travers, bon je m’y fais chier, bon je
      n’abandonne pas, faute d’avoir quoi que ce
      soit à abandonner

      ton travail mon travail, et toutes ces futilités
      allez j’arrête de glander ; désormais je me consacrerai exclusivement à
      regarder passer le temps
      sans même un clignement sans la
      moindre hésitation non plus

      j’avais un homme pour seul métier, j’avais un homme
      interchangeable avec la mort or maintenant, je ne sais plus
      quoi échanger contre la mort – le slip du christ
      tombé sur ses chevilles…

      le temps d’approfondir la relation et me voilà tout rond, tout compte
      fait j’en reprendrais bien un p’tit, histoire de décoller sans me bouger
      le fion – il disait ça le vieux : le fion…

    4 octobre 2025

  • à la sérénité mortuaire des grands fonds

      glisser sur dieu, souffle sur la paupière sensible, ultra sensible
      le degré zéro de ma vie d’avant, sans la boue de ma vie d’après
      c’est l’instinct de monter, vois-tu
      ou l’instinct-tournesol

      si dieu empêche de voir dieu, on supprime le nom
      ou on regarde ailleurs, là où les murs tombent et les noyaux
      refont surface.
      je suis surface

      être compris ne sert à rien – mieux vaut ne pas tirer sur les nœuds, les nœuds
      finiront par se fatiguer, la pluie
      finira par remonter. au ciel. avec les morts. dans les yeux des morts.
      être compris nous barre la route

      j’ai mal à mon humanité. mon seuil
      de tolérance piétiné. de la boue sur le tapis
      un tache sur l’iris.
      je pensais à ma mère et je me disais qu’elle m’avait tout pris certes mais que, maigre vengeance et dignité minimale, je ne
      lui donnai jamais rien

      toute la nuit j’ai battu la campagne
      battue et rebattue jusqu’à ce qu’elle cède, se rende et qu’enfin
      refasse la mer surface
      enfin
      entre deux galets peints

    1 octobre 2025

  • à partir d’une vérité, j’ai collé mes bonbons

      sauter dans le vide, c’est un peu finalement retomber sur ses propres pieds
      ses sable-pieds
      ses pieds ne nez

      un pigeon fatigué. une mort qui n’en peut plus de servir de tremplin
      et quelques graines là, alors que le slip si distendu qu’il ne retient plus rien et peine
      à recouvrir la honte

      c’est l’histoire d’un poisson s’étranglant d’une arête
      on a ressuscité tous les morts on n’a plus une goutte d’eau quelqu’un
      a pissé dans le vin. dès l’origine, dès le baiser du pendu à la corde, quelqu’un
      a pissé sur les morts

      toute la journée j’ai mangé mon ticket. mon ticket.
      je ferme les rideaux et je m’enfonce. je m’enfonce.
      la nuit j’engraisse la nuit. la nuit je perds du poids

      une fois parvenu tout au bout de l’univers, il n’y a pas lieu de faire demi-tour
      on reste là, café aidant
      on compte ses dents

    28 septembre 2025

  • petite pluie petite merdeuse, me sens-tu m’émouvoir ?

      ça part de rien et ça n’aboutit nulle part – ainsi peut-on attester de son inutile perfection
      mais qu’est-ce que t’as mis dans ta culotte, et en désespoir de quoi ?
      des feux s’allument des feux s’éteignent. je ne m’y reconnais toujours pas

      la situation assise par rapport à la table est primordiale. tenant celle-ci à proximité du coude droit, la jambe gauche par-dessus la droite se glissant sous cette même table. l’œil droit se dilatant dans la vision de l’incommensurablement bas
      et la peur de crever là en plein vide, caddie abandonné sur un dimanche de parking

      et si l’amour ça ressemblait à ça. tu vas pour t’envoler et quelqu’un ou quelque chose s’accroche à tes pieds, te tirant vers le bas. alors tu sacrifies tes bottes (tu les aimais bien ces bottes, elles t’avaient coûté une blinde) et tu t’envoles malgré tout
      enfin je veux dire, tu décolles tout juste. enfin je veux dire, tu ne tombes pas. tu ne retombes plus
      ou seulement sur tes deux oreilles. tes deux oreilles mortes

      mon dieu n’a pas de prise. je veux dire, il est comme débranché
      son silence n’a pas d’accent
      raconter, n’est-ce pas creuser encore et encore l’inconséquence, cette ultime recours
      contre l’hospice
      les fausses couches
      et le croque-monsieur …?

    25 septembre 2025

  • lévitation du moribond

      à la manière d’un tournesol. mais qui me gratterait
      le dos ? me masserait le
      clito ?
      donc. à la manière d’un tournesol (nous en étions restés à), tandis que fait inexorablement défaut
      un soleil
      un soleil sur les bords
      un soleil de plein champ

      l’écume ne fait
      pas la mer. parler ne fera qu’entériner le gouffre que les mots
      prétendaient combler. jeter son filet à l’eau par ailleurs
      ne repêchera pas la mer
      ça tombe bien, je n’ai pas de filet

      je ne cherche pas
      et même sans chercher, je ne trouve pas
      et si la nuit soudain s’illuminait, comme tirant la lumière de l’intérieur de soi, n’appellerions-nous pas ça le jour ou
      plus que le jour encore, la première innocence ?

      je me promène comme ça, tournant autour de moi comme d’un pot, parlant d’appui à ma béquille – j’espère que
      tu ne m’en veux pas trop. si tu m’en veux veuilles m’en d’abord par le flanc gauche
      et à partir de là direct sur le néant, premier sorti du rang, premier servi
      dernier repu

    22 septembre 2025

  • de si haut, et cepndant si près du trou

      solstice à la radio, solstice partout
      les pieds dans l’mazout et fredonnant, d’un accent slave ou du québec, qu’importe
      le milieu en tout lieu
      en tout lieu sauf ici, la marge
      l’écorné
      l’épaule déboîtée

      c’est pas comme si la compassion avait tout envahi, littéralement nous étouffant
      mauvaise graine mauvaise herbe, et la soupe de lentilles
      on meurt à bon escient, et puis on ressuscite, faute de mieux…

      la vie nous cinq trois huit, ou je sais pas
      je t’écoute chantonner dans ta tête, mi-consciente mi-
      chantonnante
      je m’appelle vase, vase parce qu’on s’y enfonce
      vase parce que lèvres y fanent, et vagin tout du long

      répare un cheveu, répare tout le fil d’une
      pensée, si saugrenue soit-elle. répare
      demain il n’y avait rien. je me trouvais sur le pont du départ
      un trou dans le rêve, rien qu’un trou par lequel s’échapper
      – s’échapper ne fournit pas les ailes

      dans le plus grand silence, peut-être pire encore, à la croisée des lendemains
      un seul détour, une seule ambiance
      lève une lèvre, habite un nu-destin
      n’y pense plus…

    19 septembre 2025

  • d’un sol à la dérive

      j’y vais
      sur une seule danse. et le pied bot
      notre douleur nous rend sensible à celle d’autrui, dieu est au fond du puits
      je sais pas comment le dire autrement : j’y vais
      tout simplement, j’y vais

      dans la nature et depuis quelques atomes (faut dire que je me trouvai là par hasard, déambulant sans foi
      j’émerge
      d’un sommeil neptune ou du rêve d’un naufragé, j’émerge
      il ne s’agissait peut-être que d’un coquille vide…

      l’automne m’alourdit, quoiqu’il y ait bien longtemps déjà
      que ce soient confondues en moi les idées du fond et de la cime
      on n’y pense pas vraiment, on respire l’odeur des tamaris
      qu’il ne se trouve ici nul tamaris n’y change rien

      ne t’emballe pas, non ne t’emballe pas. dors dans le foin
      n’apparaît qu’une femme par siècle, qu’un siècle tous les mille ans
      et ceux en équilibre sur une jambe qui surplombent leur marais
      ne captent à la surface que le reflet d’un ciel
      mouvant, autant qu’inamovible

    16 septembre 2025

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