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assis là sur un banc


  • l’antidote

      la douleur nous a humanisé. allez on rentre le ventre. allez on sort la langue

      les yeux qui ne parlent qu’aux yeux n’auront jamais ma mort sur la conscience

      à force de soif, à force de gens croisant les bras…

      je ne parle pas d’une chose qui a eu, aurait pu ou pourrait avoir lieu, mais du lieu pur et dur

      on se met à sept comme ça, tout nu devant la télé, et on rit. à sept

      la porte sent quelque chose, d’affligeant, d’irresponsable. j’ai toutes mes clés dedans

      la pluie sous les radars. il faut faire quelque chose, dans le profondément rien

      éteindre encore, éteindre, jusqu’à ce que la lumière fut

      récidiviste, ou les pérégrinations d’un vide dans le saut. seul le vide supportant le vide…

      chinoise était la clé qui me servait de tête. chinoise à toute épreuve, sortant par où l’on rentre et vice-versa

      si je ne me souviens de rien, c’est que rien ne me contredit, rien ne me contre-sense et c’est bien là le seul

      le ventre prend la photo. abrogeant le devant comme l’arrière, ne demeure que l’espace entre soi et le rien, soit l’espace en soi du rien

    je meurs d’une même amertume, d’une picrate égale, nombril où l’horizon se love

    1 mai 2025

  • jeudi d’enfant

      sans souvenir de soi, parti cacher
      la voix ne sort pas, elle reste
      tue en soi, lie de la soif
      j’ai parlé mon grand patron, mon grand patron il a dit non

      je compose ma propre oraison funèbre, à diffuser en différé lors de mes rhétoriques obsèques
      tué à la naissance, et pourtant même pas mort

      le temps de s’y habituer on est déjà passé
      de l’autre côté
      l’autre côté où rien. ménage à un. même pas un

      l’heure à lui tout seul. requiem pour un n’importe quoi
      on s’abaisse à tout moment, on s’abaisse, sans la moindre disgrâce
      alors que l’on refait surface : disparue la surface…

      vivre du bout du pied, s’alarmant sans support
      décombres de demain – seul salut le néant quand il devient margot
      bonjour à reculons

    28 avril 2025

  • mauvais départ et happy end

      on n’sait pas. on n’sait pas qui navigue, ni de quel bord
      on meurt avec ce qu’on a : nos faux-cils nos tarots, nos clous nos
      intimes contradictions
      et d’ailleurs on n’meurt pas

      et puis plus rien. comme s’il n’y avait exactement
      plus rien
      la lumière en son sein
      moi je m’en fous après tout, pour nulle autre raison que
      moi je m’en fous, subissant l’attrait perfide d’une vacance
      définitive et hors-saison

      j’avance la corde retroussée. on pourrait se dire je t’aime, pour une fois
      remballer sa tombe dans son slip, pour une fois
      mélanger le noir et le blanc, ou au moins le gris et le gris, se dire
      qu’on n’a rien vu, rien compris, gentil coquelicot

      étrange liberté que celle au bout du désespoir, petites couilles frileuses
      je me suis rangé là, entre zéro et l’infini, profondément des-
      tabilisé. tout ment
      la vérité ment
      vider mes poches. toutes mes poches

      la nuit au moins rien ne m’astreint, côté pile
      côté pôle tout redevient comme avant, peine perdue
      on se prend pour l’incomestible, voire parfois pour le ver
      – n’est que lumière
      même éteinte

    25 avril 2025

  • flémmard est mort, il faut qu’il se réveille

      un homme n’est homme que debout maintenant c’est un peu compliqué
      on traite un chien de chien on lui balance des croquettes il n’y a pas
      de mort digne, qui nous consolerait de l’absence
      de résurrection, et j’en passe

      mourir exige de renoncer à tout, mûr pour le four
      je n’ai nul besoin de toi, dieu – je ne peux juste pas me retenir d’aimer
      pour rien. même pas. sachant que moins que rien font déjà plus que rien
      ou à peu près

      la perte voilà la perte, ça ne finira donc jamais
      se retrouver là nu face au néant et attendre, attendre parce que rien
      et faire n’importe quoi, parce que n’importe quoi

      l’éternité me manque, tout autant au moins que le présent, on s’appelle comme on peut
      parfois on ne peut pas
      alors on se trompe de nom, de voix
      on ne résonne pas

      on s’embrasse par millions
      quoi qu’il en soit entre moi et soi on s’appelle comme ça
      on s’appelle comme ci
      on n’y comprend rien, aucune utilité cependant à ce qu’on
      y comprenne quoi que ce soit – c’est comme vivre hors soi
      hors sol
      hors sujet

      quoi que je sois, qui que je suis
      on ne meurt pas on tombe là par hasard, ce qui ne veut rien dire
      parfois ça saigne du nez, parfois rien du tout
      on s’aimera, tu verras
      tu verras qu’on s’aimera

    22 avril 2025

  • survivre à soi

      la nuit ça n’ s’arrange pas. la nuit
      ça n’ s’arrange toujours pas. on est mort sans être vraiment mort, alors comment on fait
      à quel station descendre, quel changement prendre
      – du boyau la déjection

      le fond de l’abysse est rempli de trous, ou je m’abuse ?
      c’est pas une vie, ça
      même s’il n’y en aura pas d’autre, à première vue
      ou alors à cheval, sur ses deux pauvres sabots

      au centre de la mort il y a la mort, on n’y fait pas trop attention
      au centre de moi un miroir vide, en lequel personne
      ne se reconnaît vraiment
      sauf à vomir

      dieu ne serait qu’un homme parmi moi, j’ai pas compris la suite
      on ne meurt qu’une fois à la fois – entre-temps on se ballade, la corde au cou
      le chemin de travers

      un tiens vaudra toujours mieux que deux nique-ta-race. j’ai rien vu venir
      juste vu s’enfuir
      plus que deux jours à manger, trois jours à respirer, j’ai fini par détester
      mon bite, mon style
      et tout ce désordre commémoratif

      la mort n’est pas la mort elle fait seulement semblant – tout comme nous
      faisons semblant de vivre, d’être vivant sauf en fumant, hurlant tout bas tout bas
      bavant du front, puant d’ l’oreille

    19 avril 2025

  • la lente antiquité du texte

      je ne parle plus
      je ne parle pas de la grande mosquée qui
      somnole en moi je ne parle pas du
      jour qui baisse tandis que le jour croît
      ni du grand soulagement que de se savoir rien

      je ne me suis
      mêlé de rien, de rien jusqu’à la lie
      lorsque je rouvris les yeux le monde s’était évanoui
      manquait l’arbre au milieu

      on n’est pas à un attentat près, je ne suis qu’un jour férié,
      une bête sans corne et
      ce qui n’arrange p)as les choses, le regard
      vide de soi…

    16 avril 2025

  • la dernière fois que je suis mort

      sans ça, il n’est rien
      il ne chien pas beaucoup. si les morts
      se relèvent la nuit ce n’est pas pour aller pisser, je crois
      nos tristesses surnagent, de fonds de verre en
      rases campagnes. quelqu’un dans le lointain, et de tout temps
      ne m’appelle pas

      le rien qui m’occupe
      regarder le ciel et y déceler comme la trace d’un
      en-deça de tout, petit miroir flottant, page qu’on tourne
      café bouillu
      un jour lever la main un jour la voilà
      retombant inerte le long de cette
      absence qui me démange

      me dire les choses sont comme ci, les choses sont comme ça ou me
      raconter tout un tas d’histoires alors que moi je demeure
      éperdument amoureux de ton nombril, ton seul et unique
      nombril, poser le doigt dessus dedans, sentir en moi
      refluer le vide et remonter
      l’éternité…

      hors de. au bord de. en marge de. penser à mon nom,
      à chaque lettre qui tombe de mon nom,
      à Jésus qui s’ennuie loin de sa croix, mais si près
      de mon ennui à moi, plus bas, plus bas se contorsionne

      la dernière fois que je suis mort je n’ai même
      pas pris la peine de descendre de vélo, le reste à charge, le
      temps qu’on passe à le semer, je me suis habitué
      j’ai pris mon poumon entre les deux mains et j’ai soufflé dessus, je me suis habitué à
      me rater de peu, de si peu de si
      énormément peu

    13 avril 2025

  • un homme, une valise

      des anges parmi nous
      se tenaient par la main – un autre jour encore
      à Wuhan, les ailes un peu rognées
      fusaient à contretemps
      d’un amour pur jus

      une
      tombe en plein jour
      sans trace de pluie, ni d’aucun autre fluide une simple
      absence de dimension
      on range les osselets, on ressort les osselets, rien ne revient
      ou alors seulement par oisiveté ou nostalgie, se retrouvant soudain
      face à ce vide
      terminal

      un homme
      une valise
      et la trajectoire minée menant
      de l’un à l’autre
      une vie en apnée, rien si ce n’est
      du sel de mer, et la mer à côté

      abattre cette distance gigantesque
      entre soi et soi-même, un trou dans la flaque, un poteau
      n’indiquant rien. ma montre me regarde et c’est moi qui
      tourne à l’envers. l’obscurité
      ne projette pas d’ombre. le ciel
      n’accomplit pas de miracle – il
      reste coincé

    10 avril 2025

  • allez viens souper, chien

      vieillir fait l’enfant gâté. je n’aime pas partir du milieu j’évite de
      traîner dans les allées. j’avais un coing
      j’ai balancé le coing. il ne me reste rien, ni toit ni fenêtre, rien
      qu’un peu de rue, de trottoir verglissant
      d’apnée sans conséquence…

      petite nouille couleur nature – j’ai maigri ces derniers temps
      maigri jusqu’à ne plus pouvoir, maigri jusqu’à ne plus vouloir. laissé pousser le vide aussi, pour rien
      ne me reconnaissant par ci, ne me reconnaissant par là, naviguant à – très mauvaise – vue, m’endormant sur le pont tant sous le pont la place était prise, tant sous le pont
      la place était grive…

      un anneau me tourne le dos – je sais pas comment il s’y prend
      le nid brûlé, la route embuée. quelque chose au fond de moi se tait, comme une
      mer en suspens, une mer dure, un claquement sec
      si je ne sors de mon cerveau, où donc me retrouvé-je ?

      allez viens souper, chien
      mets pas les coudes sur la table, attends que
      je sois servi
      et la serviette blanche…

    7 avril 2025

  • à l’hargneux paysage

      au cours du lent, du très lent
      aspirant goulûment l’air de bulles éclatées, ne tenons pas la liste de nos
      atermoiements – on clamse à l’heure pile, le reste du temps que veux-tu on se la coule fébrile sous ce
      dieu d’une attente lumineuse…

      au plus près de la surface, les dents raclant le vide la racine
      traînant au ras de l’air – j’ai peur de n’avoir pas compris, de n’avoir pas saisi
      les mains libres enfin, le pénis en
      pleine inaction, je n’ai pas fini mon café je ne finirai jamais
      mon café – le temps déambule comme ça, sans foi ni lieu sans
      feu ni loi

      j’accroche un wagon de travers – déjà que
      je louche des rails, mais passons… un jour un homme
      a bavé sur mon jupon, mon blouson, ou toute autre vertu finissant en « on »
      que c’est moche un homme, ça sent l’moisi on croirait la marée énervée
      de surcroît y a plus de gare, plus de gare plus de canard flottant à la
      surface de nulle part

      chaque jour une comète
      m’approfondit. j’ai la touche au milieu, la raie du cul sur le côté. il pleut
      un peu plus chaque jour, même quand cela ne se voit pas même quand cela
      ne mouille pas – on est trempé ça remonte du dedans tandis que
      la croûte tout autour elle résiste, la croûte tout autour elle
      fait ce qu’elle peut pour ne pas succomber
      à l’hargneux paysage

    4 avril 2025

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