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assis là sur un banc


  • le rasoir à la rasée

      on n’en a plus
      on n’en a plus pour très
      pour très longtemps
      je ne parle pas de moi, ou seulement de moi
      de mon slip
      des horizons limpides, vertigineuses verticales
      on n’en a plus
      pour très longtemps je crois
      et j’en ai hâte

      le ciel demeure
      quoi que tu fasses, quoi que t’en penses, le ciel demeure
      sans doute ne sert-il
      qu’à ça au demeurant, ne signifie-t-il
      que ça
      les racines sont contraignantes sinon bon, on vit comme ça
      on vit comme vie nous vient

      je ne me sens pas, ce soir, accablé du monde donc je n’en ai rien à dire
      la mort non plus, ce soir, ne m’inspire rien qui vaille
      et si un chemin, ce soir, s’ouvrait devant moi je prendrais bien garde de n’y
      enclencher le pas…

      qu’est-ce qu’il fout, non mais qu’est-ce qu’il fout là, à quoi se puise-t-il
      je ne pénètre rien – pas la peine de me résister, je ne pénètre
      strictement rien. des algues sèches
      ne l’ont pas toujours été mais sur le tas là elles ont séché
      on sait plus quoi c’est mort on sait plus quoi ne l’est pas

    31 mai 2025

  • nuit j’en bourre la crèche

      tout ce temps-là je suis resté chez moi, comme si rien de chez moi n’avait eu lieu


      et que seuls les morts ne froissaient pas l’espace agacé du moindre poids, de la moindre extension
     

      tout compte fait, au-delà même de l’ailleurs simplement détachant, rattachant
      indéfiniment mes lacets

      ça ne marche pas. ni dans un sens ni dans l’autre, ça ne marche pas. tambour percé
     

      de quoi vit-on quand il ne reste rien à dire. faisant la planche sur un silence inexpressif
     

      la mer ne nous ressemble pas, si c’est à quoi tu penses. sinon à dresser là ton absence
      en un genre de totem…

    28 mai 2025

  • à la marelle

      tu ne te rends
      pas compte
      c’est pourtant le ciel revenu
      d’on ne sait où
      l’amour mais sans
      péridurale

      tout ce qu’on raconte
      à la marelle
      au bar des sports –
      je reviens de si loin, l’anneau au nez
      l’anus en cœur

      ne pas trouver de
      quoi dire bonjour
      lécher le sol, le sol des morts
      débrancher le costaud, et surtout ne plus jamais
      rien foutre

      la nuit durant, chenapan
      tu t’enfuis, à la fois
      du monde et de l’oubli
      ciel sans vague
      ou mort sans âme

      je n’ai plus
      de lumière, je dépote, j’arrache les joncs
      – d’un soleil délabré, opportunément
      je fais un arc libre

      finir en piéton
      en geste qu’on aggrave
      j’ai retiré le trou
      du doigt, ne m’est resté
      que l’ongle à gratter l’ombre
      sous le pas…

    25 mai 2025

  • s’extraire du chien

      tout ce que je suis, c’est comme si moi je l’étais
      prenant humblement la place de la pluie
      entre deux murs

      vivre donc, sans vergogne
      mouillé certes, mais à l’heure précise où
      il ne se passe, précisément
      rien

      venir tout court
      dès le départ commence le retour
      le retour vers quoi le retour vers rien
      le retour tout court
      soit le retour sans fin

      à la fenêtre, j’oubliai
      et la fenêtre et l’accoudoir
      à la coudée franchement m’oubliai-je
      – qu’avais-je donc à faire en effet
      avec tout cela, là
      et ce qui sans pudeur s’ensuit ?

      vivre parce que pas le choix, alors même
      que tomber nous élève
      et que le square un peu plus bas, subliminal
      rassemble nos absences…

      il faut bien commencer quelque part, et quelque part ne résout rien
      j’attache ma licorne
      je me gratte le téton
      je n’arrive donc, résolument
      à rien

      un cheval s’est cassé
      la patte devant moi – derrière moi :
      immensément, la fuite
      et cependant je restai là, ne cédant ni à l’un
      ni à l’hôte…

    22 mai 2025

  • elle prunelle seule

      pas le temps pas la craie d’une marelle, je m’en couche une
      je m’en couche une je tombe des nues, ça n’arrive peut-être pas à tout le monde mais en tout cas
      à n’importe qui, plus ou moins n’importe qui oui ça peut, un jour que ci, un jour que ça
      ça dépend

      ça dépend de ci ça dépend de rien, disons que
      ça coule de soi, on a fait ce qu’on a pu, et même si non, même si
      on n’en a pas fait tant que ça même si on
      n’a rien foutu en fait, vu le ciel bas et qu’on
      n’en avait plus rien à battre en fait, tant au fond
      qu’en surface

      j’attends toujours
      certes je me tourne les pouces mais n’empêche, j’attends toujours
      j’attends tout l’temps pour ainsi dire, j’attends sans trêve
      – rien. pour rien. si bien que le temps a fini par
      se confondre à l’attente. ça s’agglutine au coin de l’œil

      ciel mystère comme ça, sensible mais d’un seul œil
      que dire de plus sans dire de trop, ou peu s’en faut
      on restera la dalle au creux, le plaisir nu
      la mort quelque part croisant entre les deux omoplates

    19 mai 2025

  • j’me gratte la mort

      la pluie
      me sert de chien à la fenêtre
      et voilà gueule ouverte, le sang qui monte
      puis redescend
      cela s’est spiritualisé au point que
      plus rien n’a d’importance

      on s’embrasse à pleine bouche
      on recrache nos dents
      je ne veux rien savoir, de qui je suis ni du pourquoi
      je me sens seulement mais tellement
      indigne de mourir

      c’est la rupture
      entre l’amour, ses fluides déjections c’est la rupture – entre
      la mer et le poisson, l’homme et l’idée qu’il s’en fait
      il tombe : c’est la seule manière qu’il ait trouvé de
      ne ps se mentir tout à fait

      n’ayant plus d’histoires à
      se raconter, cœur défrisé
      il n’y a pas qu’un trou dans la vie, il y a tout ce qui borde ce trou, aussi
      – ce vertige, cette nausée
      ces fleurs attifant une tombe
      ce plastique-là

      néant fait place nette
      j’abrite un jardin
      un tout petit jardin
      je lui cherche un rose
      mais n’y trouve que chardons…

    15 mai 2025

  • de l’inhabitabilité des mondes

      personne ne m’a parlé, personne ne m’a dit allez, rentre chez toi va
      un siècle de poussières, et les petites myrtilles
      envers et contre tout, les petites myrtilles…

      mourir se rappelle mon nom – moi non
      je ne crève pas tous les matins mais tous les matins
      soupirent en moi. à partir de là n’importe quel
      dieu, ou quelle absence de dieu
      fera l’affaire

      temps le pont
      je ne
      ressuscite de rien, et pourtant
      tout ce qu’on n’embrasse pas tombe, dents
      effroyablement creuses
      c’est comme ça

      on se range de côté, punk à mes côtés
      froid sur les bords, les bords froids
      je n’habite plus ma vie, au compte-goutte
      bretelle pétée

    13 mai 2025

  • sauter d’œil en œil

      assis là sur un banc
      pommettes ébréchées
      dan quel sens le vent
      quelle absence de vent
      ?

      assis là sur un vide
      immense miniature
      l’équilibre imposture
      je serre
      les dents

      je reçois quelqu’un
      puis je ne reçois rien
      quelqu’un devenu rien ou
      un rien devenu quelqu’un
      sous le gond silencieux

      en fond d’écran l’éternel
      le poisson sans filet
      l’accent ni circonflexe

      je ne m’étrangle
      pas d’un mot dit de travers
      bientôt la mort
      aux dents, bientôt le mors
      au banc

      poisson c’est un délit
      dans l’espace limpide
      il pleut même après soi il pleut au
      plus près de soi
      plus près de soi c’est mort

    10 mai 2025

  • θεός ελάχιστος

      j’ai ma gamelle
      j’ai ma paillasse
      ne me manque que
      la mort

      monter
      descendre
      ramasser, soulever
      un coin, une feuille
      à la fin du jour, ou au début de rien
      un coin, une feuille
      ils ne nous le
      pardonneront pas

      c’est ainsi qu’on se parlait, sans s’embarrasser de longues phrases, de pensées tortueuses ni de palets saliveux
      tout juste de quoi se maintenir à la surface, sans but précis si ce n’est celui de ne pas s’éloigner
      du lieu commun, et presque familier…

      d’un côté le mur qui enfle, de l’autre le cercle qui
      rétrécit. le jour ne se lève que sur le jour et si l’on pratique ainsi la vanité, ce n’est pas par plaisir futile mais en vue d’un simple
      réconfort. ne pas glisser trop loin

      qu’elles qu’en soient les conséquences, fumée blanche
      parler n’avale rien, tristes échafaudages
      – à marée basse la nudité
      refait surface…

    7 mai 2025

  • genre un kiwi

      la pluie c’est selon les saisons mais chaque saison
      te glisse dessus. j’adore comment tu fuis j’adore comment
      sans élan même tu prends ton envol tandis que moi dessous
      moi largement dessous je me
      pisse dessus

      on ne gagne pas à tous les coups on prend juste le temps
      de te voir décoller
      de te voir pédaler, flotter dans l’air limpide et hors piste
      tu me démontres ainsi que je ne suis nulle part chez moi et tu t’enfuis
      je reste seul alors, la queue entre les jambes, les jambes à plat
      toutes dégonflées

      les arbres. quelque sujet qu’on aborde, ne pas oublier de mentionner les arbres
      toujours le beau rôle, les arbres
      or chez moi pas d’arbre, pas même de paysage ou alors dépourvu d’arbre mais imagine, imagine seulement une
      vie sans paysage…

      la mort ne me ressuscite pas – imposture de l’été
      tu me siffles faute de nom, de mon côté penche l’aiguille – l’éternité quant à elle
      se rase les aisselles, s’épile le nombril et c’est tant pis pour moi, tant pis si
      finalement mary can’t fly
      j’ai dit tant pis

      c’est la fin
      et la fin le début de tout – du
      vide sans contrainte, de l’insouciance végétative
      genre un kiwi

    4 mai 2025

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