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assis là sur un banc


  • j’avais vacances

      quelque chose à dire. rien à dire
      quelque chose à penser. rien à penser
      quelque chose à souffler. oh, le souffle dur
      j’avais vacances alors quant à ce qui s’est passé, c’est pas vraiment ma faute…

      je n’ai mal nulle part. même le trou n’a pas de fond
      une guitare sans corde, plus propre, pas de fausse note
      je m’attache à ton mollet, à ta cuisse. plus haut c’est suspension
      le nette suppression

      je ne m’habitue pas. on ne s’habitue pas au néant
      le reste tombe en désuétude
      claudique entre deux jambes grêles
      on épile on épile, mais ça repousse toujours
      tel le vide après chaque

      il ne pleut pas grand chose. juste là derrière l’oreille
      ou l’amour vérolé
      on penche sur le côté, sur le côté seulement
      sinon il y en aura d’autre, et de bien plus beau
      quand personne et moi ne ferons qu’un, et ce un moins que rien
      toute classe ouverte

      la ballade à deux mains. la nuit qu’on lance
      comme ça en l’air, quand elle retombe
      j’orgasme entre deux os, deux os ne
      s’en souviennent peut-être pas
      trop tard en effet pour se souvenir
      de quoi que ce soit
      deux os à moelle

    11 novembre 2025

  • travailler quel soupir

      la nuit laisse-moi tomber. et dans la mort et demie m’ensevelisse
      j’ai changé de lunettes, j’en ai pris des vertes. ça n’a aucun sens
      la vérité perd ses poils – tous ses poils
      c’est la vérité nue

      je me jette dehors, avec la pluie
      avec ou sous la pluie
      le jour d’avant le jour d’après, le trou bien calé entre les deux
      l’oreille attrape un son. ou le son percute une oreille. dans un sens comme dans l’autre c’est rien
      t’en fais pas simple rupture, le cortex c’est rien

      quand on y va on y va. on n’y va pas quand même
      maria s’assoit dessus
      les caresses restent accrochées au granit. la peau s’écaille. pèle le doudou
      quand on y va on n’y va pas. c’est quand on n’y va pas
      ça ne se discute pas

      travailler quel soupir. je ne fabrique rien
      la terre prend mon visage. il ne restera rien
      rien c’est déjà beau
      beau c’est déjà trop
      j’aboie, j’aboie quoique je ne sois pas un chien
      ni un autre, chien ou pas

      on verrouille les issues. bon, les issues sont verrouillées
      chacun reprend sa place, puis occupe sa place
      les déserteurs désertent
      on leur caresse la queue jusqu’à ce qu’ils la crachent

    8 novembre 2025

  • sous les radars exactement

      généralement j’ai pas. je parle comme on se touche pas grave géné
      ralement j’ai pas, je saisis une
      poignée d’air au-dessus de ton
      chignon – ton chignon c’est non. taisons-nous ne
      culbutons pas nos dortoirs ne
      chahutons plus le silence

      quelqu’un ne dormait pas quelqu’un
      gardait un œil ouvert. un œil ouvert sur la séquence, l’inconséquence
      on parle de l’au-delà, de l’au-delà c’est doux, on parle de là-bas
      ici les pieds mouillés, les pieds mouillés le cul trempé. ici le chant très bas, le chant si
      profondément bas

      que personne ne m’approche, que personne… je m’appelle va
      ce qu’il est urgent d’accomplir avant de trépasser je m’appelle va
      les déserts ne se corrompent, ni les mousses, quand bien même cela ne
      mènerait à rien je m’appelle va

      on pourrait se dire quelque chose on pourrait
      mais à quoi bon ? on n’ose pas
      se tenir par la langue on n’ose pas, voilà
      avec la mer sous tension, mais la mer hors-réseau
      d’autre part tout n’est pas mort – je ne comprends pas pourquoi
      une histoire de flexible, sans doute…

    5 novembre 2025

  • et les carences, bébé!

      c’est le soir. il est néanmoins temps que ma mémoire se vide, se vide
      de l’angoisse du soir en premier lieu. or outre-mémoire
      ne plonge ni ne m’élève. me barrer – je me contenterais bien de
      me barrer maintenant

      petit être fragile, petit être – nique ta queue
      mon sommeil est mort, mon sommeil
      ne me regarde pas même en rêve. rien
      ne me regarde et moi-même ne
      regarde rien, du slip dans la tempête. un vent châtain
      raccommodera mes os

      si une femme, ou si le doigt d’une femme.
      je ne vois pas d’autre lien. le sacré cœur n’existe pas
      ni le doigt ni la femme, de surcroît. je n’arrive pas
      à me faire à l’idée que je suis mort déjà
      pas plus qu’à celle où je suis là encore, malgré tout respirant
      mais si une femme – imagine – ou la langue d’une femme…

      j’abandonne
      je ne sais pas ce que j’abandonne mais quoi que j’abandonne, j’abandonne
      c’est un trou de caracture
      je marche à vide. dès que je cesse de marcher les murs
      s’aplatissent il faudrait faire attention
      aux murs, à soi, au large éventail d’existences en faillite au mieux – il
      faudrait faire attention un peu

    2 novembre 2025

  • hommes comme des pierres, jouets comme des pommes

      chacun de son côté, moi de mon angle, mon angle mort
      depuis trois quarts d’heure je ne meurs plus, je ne meurs plus trop souvent
      j’avais un spectre, un spectre s’est déplacé
      le miroir a fait semblant

      tout au bout de moi il y a toi, soi, un orgasme mécanique
      quantique aérobique
      j’ai peur de soi j’ai peur de moi. je m’appuie sur dieu et voilà qu’il déconne – ça me
      fait pas rigoler. je ne rigole plus
      je dors en travers soi

      j’ai une ballade j’ai trois ballades, j’ai toute l’éternité pour me regarder
      passer. j’aurais voulu te sentir de plus près j’ai bavé sur tes lèvres
      je sais pas à qui c’est, cette tôle, cette dent d’insagesse…

      il y a un homme et il est libéré
      on ne sait pas comment il s’y est pris, parler d’une résurrection sans permis
      on fait ce qu’on a pu, on est ce qu’on aura été
      entre temps se faufile le temps. s’il savait durer il durerait
      s’il pouvait passer il resterait

      entre dieu et moi, ne reste qu’à souffrir
      je marche dans les blés. les blés sont fauchés, il n’y a pas de blé
      je construis un pavé, je construis une vitre – comment ne pas s’y reconnaître ?
      quand je marche n’importe où, n’importe où dis-moi tu

    30 octobre 2025

  • cheval cheval, cymbale cymbale

      chacun va sans son guide, tenant par la main
      son schleu, son véritable schleu 
      quant à moi la nuit est morte, la nuit véritablement morte
      c’est pas grave, on enjambera son corps on enjambera
      notre propre cadavre

      je m’appelle un jour sans toi, mais qui est toi
      sinon l’absence, pensant les ruines ?
      pas de rail pas d’orchidée – qu’une douche
      froide et nocturne
      un wagon vagabond

      je m’appelle comme je veux, et d’ailleurs je ne veux rien
      le temps grésille ça mouille partout, de toute éternité les corps
      lèchent les corps, et s’évanouissent

      je ne mérite pas un nom je ne mérite rien
      sauf-conduit pour un ciel dégradé
      tu m’apportes un cheval moi je t’apporte la selle, percée
      le cheval lui aussi, passablement troué
      plutôt l’allure d’un âne en fait, d’un mule
      d’une robe de mal-mariée

      j’arbitrai – donc je n’arbitrai pas grand chose
      à cheval sur un disque, et il tourne, et il tourne…
      mourir ne ressemble t-à rien si seulement mourir
      n’ouvre pas grand les yeux

    27 octobre 2025

  • moi pas

      il va vers le corps, et le corps vers le vide
      il déclenche une guerre, la guerre se met en grève
      il dit qu’il rentre chez soi mais reste là, chez soi
      il ne bouge que lorsque la maladie, à bout de lui venue
      l’achève enfin

      je ne parle pas de mes vacances, mes vacances
      s’enlisent mes vacances
      se carte-postalisent – j’aspire au même, à l’obstinément même
      bref un vide en substance

      il recourt au subterfuge. recourir est un style qui lui convient
      il dit qu’une hirondelle ne dure pas longtemps. or elle dure
      lettre après lettre, des femmes lui ont arraché son nom
      une personne un destin, c’en est déjà trop pour lui – il prétend fuir de soi
      pour enfin fuir tout court

      je me pose là, au centre de gravité de la chambre telle
      une mouche sans danser, une prise sans courant
      il fait beau dès qu’on n’y pense plus, je n’imagine rien et le rien peu à peu
      lumineusement m’envahit

      il s’adresse à sa droite, il s’adresse à sa gauche
      puis leur tourne le dos, lumineusement leur tourne
      le dos.
      il emporte son verre. son verre transparent. transparence le
      trouble, le traverse

    24 octobre 2025

  • le soi est la valeur. marie est une voleuse

      tous ces vendredis peu saints, à ronronner au soleil du dedans
      silence cousu aux lèvres
      l’inférieure soutenant la supérieure, tandis que la langue
      chasse au milieu
      elle chasse, la langue
      elle est à l’affût
      tiens, là tout à coup elle fuit

      elle fugue trois jours sur quatre, elle fugue
      elle rentre le vendredi. en général, c’est le vendredi qu’elle rentre – chez nous le vendredi
      tombe tous les trois ou quatre jours, parfois cinq
      parfois jamais. alors elle ne rentre pas. on ne la voit plus
      et ça me rend malade

      donne la patte de devant
      soulève celle de derrière pour pisser
      c’est bien, comme ça c’est bien. c’est même mieux
      tu marches devant à quelques mètres de distance, comme mu par une inspiration livide
      tu manques de souffle
      après avoir manqué de souffle, tu manques de poids
      et du coup ni t’envoler ne puis, ni retomber
      – on n’est pas dans la merde…

      le lundi je pars en vacances
      chaque lundi, et je n’en reviens pas
      c’est comme ça que j’ai réussi à ne pas lever le moindre petit doigt, à ne pas le passer
      par le chas d’une aiguille
      depuis que je n’aime plus les mouches, depuis que l’eau sans bord, les lèvres sèches
      je n’sais pas, je l’ignore – je n’ l’imagine même pas

    21 octobre 2025

  • alors on s’est dit

      mange de la paille
      en attendant mange de la paille
      essuies-toi bien les pieds, ne touche à rien
      surtout ne touche à rien, que rien n’en vienne à te toucher
      à part les mains
      les mains
      de celle qui n’a souffert

      planche d’accord, mais planche d’abord
      ce n’est pas le même sceau, ce n’est pas la même anse, ce n’est pas la même eau
      ce n’est pas aujourd’hui encore
      qu’on ira se noyer, se noyer
      au fond du lac ou
      entre les clous

      du nord au sud, un peu plus bas peut-être
      du sud au sud, et puis du sud au puits
      et ce jusqu’au bout des ongles – attention à ne pas sous-estimer
      le muscle sous la dune
      la marée sous la ch’mise

      pas d’enfant, pas d’récré
      qu’un lourd sommeil sans rêve, un jour sans soi
      personne n’ouvre, personne ne sort
      entre un mort, ou une morte, cherche sa chaise, une chaise
      un bout de banc, un coin de
      tabouret.
      un verre, rien qu’un petit verre : se liquéfier enfin…

      tu nous ennuies. tu nous as
      toujours ennuyé au fond
      au fond et à la limite de n’importe quoi au fond
      on se dit, laisse-moi tranquille on se dit, et si dieu n’était
      qu’à un mendiant de là
      ou la marge si proche du bord ?

    18 octobre 2025

  • avec un trou par en-dessous. c’est pour faire les bébés

      porter comme un corbeau dans son ventre. se dire adieu soi-même à tout instant, je n’au-
      rais jamais du revenir – c’est simplement que partir
      n’arrivait plus à rien, et revenait donc au point d’un
      hypothétique originel départ

      plancher travail plancher, et le ciel au milieu
      pas de cœur juste un ciel, la vide immensité. elle
      ébranle le menhir, lequel fond dans sa main
      ou son sommeil

      partager quoi en deux. à deux. les sœurs
      ne seront plus jumelles, les âmes
      regretteront de s’être laissées prendre
      au piège d’une naissance. du vide sous roche certes – c’est juste que
      je voulais pas te décevoir…

      chacun sa plume, et chacun son maillet. c’est pas l’heure
      et d’ailleurs ça n’a jamais
      été l’heure. on appuyait dessus et puis
      rien n’en sortait – ce rien a fini
      par absorber tout l’univers
      tout l’univers c’est grand

    15 octobre 2025

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