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assis là sur un banc


  • gogol champagne, gogol ardennes

      à la fin des temps je me tais
      face au paysage verglacé je  me tais
      je me tais dans mon slip, je me tais dans ma mort
      paysage en trompe-l’œil. j’arbitre une balance
      pèse pas lourd à la balance

      je m’jette de là
      je m’jette de partout mais là de là et pis c’est tout
      autrement dit je rêve, là tandis que je rêvasse
      le fleuve trempe devant moi – le fleuve trempe devant quiconque, et leurs pieds mous
      leurs pieds sont mous

      la mort donc la mort. moi est un autre déchirement encore
      même mort, un autre déchirement soit dit
      on ne m’enlèvera pas ça
      je soulève une mouette, j’inhume un jour de vent – non : je ne fous rigoureusement rien
      et tant que je ne fous rien, m’aime le trèfle
      qu’à plat de couture me batte le temps, m’aime le trèfle

      j’aurais pu déborder. d’un lit par exemple, de quelque part en tout cas
      quelqu’un pénètre dans la demeure. quelqu’un la porte à clé
      on finit tous en croûte, à un moment donné. malheureusement en croûte, d’un autre côté
      moment donné c’est déjà ça

      j’avais un mort et il m’a gueulé d’sus. je ne veux pas du mort j’aspire
      au plus profond silence tu sais
      et si personnellement j’ai rien compris, ne rien avoir compris
      m’offre des fleurs tu sais
      des fleurs à s’en décrocher la narine

      on s’envole dès qu’on s’envole, à partir de maintenant allez hop, on s’envole
      et sinon on survit. tant qu’on vit on survit. qu’on survit on meurt pas
      on a les boules d’ennui, les boules d’envie – on sait pas quoi choisir
      on n’sait plus quand dormir. alors on s’envole.

    10 décembre 2025

  • dans ton duvet cent ans, dans ton duvet puant

      dans le trou du chien ou pour qu’on parle un peu, j’ai dit mon nom. un nom. le premier qui me vint à l’esprit. shabbat à deux jours près.

      non contente d’aller là où tu vas, mais soulagée de partir d’où tu pars. allez va nourris tes puces, ne me regarde venir de ce côté-ci, ni d’aucun.

      toujours là pour qui te trouve, sauf que nul ne te trouve, fleur de ronce après tout. et dans ta tête à rabâcher inlassablement le suivant mantra : selon qui chante, danse qui peut.

      perte de connaissance pour un gain d’ignorance, tu baisses ton pantalon. tu baisses ton pantalon et alors quoi, tu voudrais que je fasse quoi. nous n’héritons de rien, pas même l’un de l’autre.

      si jamais on demande tu diras que je suis parti aux mûres. aux mûres c’est pas trop tôt, et pas si loin d’ici. à l’autre bout de soi par exemple, sans vouloir minimiser.

      douce misère sociale hop on s’en va, dans la misère astrale. blanc bémol et tu bégaies sur l’ultra-vide, l’ultra-vide à la manière d’un Carolles-plage.

    7 décembre 2025

  • chewing ta gomme, me briser sur ta cuisse

      je dire adieu, sans conséquence
      j’ai tellement hâte de rien
      ou comment se débarrasser – les uns des autres, les autres de soi, calmer ses nerfs
      chanter faux, afin de rester au plus près du réel
      du réel à soi
      du réel borgne

      j’ai cherché ton nom dans le butin noir
      n’y ai même pas trouvé le mien
      le sable dur et froid de décembre, la vague méchante. je souffre un peu pour rien
      parce que pour rien, un peu
      trois fois pour rien
      et puis te faire plaisir

      je porte des bas rouges désormais. j’y fais des trous de cigarette. je ne pleure plus debout
      délaissées, les postures. inarticulées, les larmes
      et sous de lourdes paupières les pupilles ont fondu
      comme par désenchantement

      il y a un pull et sous ce pull il y a une peau
      sous cette peau la piste noire, à dévaler pommettes en feu
      je m’entraîne à mourir mourir est encore
      ce que j’imite le mieux
      avec un sexe au milieu

    4 décembre 2025

  • volée de bois noir

      je marche le long
      le long de quoi le long de soi, marche manquée
      le vide écarte les cuisses, je n’ai toujours rien à dire
      avec un goût bizarre dans la bouche, un goût de baiser moisi
      une haleine de cendre froide

      transporter des petits bouts, de ci de ça, de ci de là et vice versa
      ramasser les débris, de ci de soi, s’en faire une soupe
      je n’ai jamais été qu’une âme, sans comprendre, sans saisir
      une âme n’a pas les pinces pour ça

      je t’embrasse sur la joue, laquelle s’interpose entre mes lèvres
      et tes molaires
      t’aurais l’air de quoi sans joue ? et moi sans lèvres ? nous serait-il encore permis de nous aimer ?
      sans faire exprès tu me marches sur l’ombre. l’ombre n’y est pour rien. ce n’est pas elle qui est visée
      mais l’enthousiasme. disons une forme d’enthousiasme

      recevoir une lettre de condamné.
      il pose sa tête sur mon genou. sa tête rien que sa tête
      de phoque, de mal-aimé
      ce moment où on lâche, où on abandonne, se laisse tomber
      chute ne faisant aucun son, ne déplaçant pas
      un gramme d’air

      chien beige, mais seulement si tu le désires
      caresser l’arête, saigner pauvrement du coude – j’ai toujours peur de me déchirer le sein
      ne pense à rien, ne pense à rien – à force de ne pas y penser peut-être finiras-tu
      par ne plus penser du tout

    2 décembre 2025

  • la mort m’a tué

      chien avale chien. le reste est du ressort du destin
      du vide à combler, mais à combler c’est flou
      je me balade. et donc je me balade. que faire d’autre que me balader. je me balade en pleine immobilité
      parce que l’immobile éclaire. l’immobile s’attend
      en plus il perd du poids

      cachemire et la misère, cela ne regarde que moi
      créer un vide, une bulle de sans-gêne ou je n’sais quoi. s’éjaculer dans la bulle. peinard le vide
      il n’y aura plus qu’à penser, à vide, retirer le doigt du nez de son profil
      redessiner des yeux sur le masque atterré

      tout est mal qui finit mal, soit, mais de là à vouloir à tout dé-commencer…
      mon poil se rebiffe, bon, on ne parle que d’un poil après tout. mais quand c’est  le pelage en entier qui s’y met…
      à force de suspension sautent les points. l’aléatoire au bout des doigts, au coin du dé je m’imagine
      je m’imagine sans, définitivement

      deux trois quatre, et le sol qui décolle
      je ne lui ai rien fait moi, à ce sol. pas craché pas pissé, et pas d’alcool on a dit
      on a dit, jacadi, on n’sait plus qui dit quoi, et qui n’en pense pas moins
      et puis on se réveille, au creux du coin ou par inadvertance, on se réveille
      en pâture dans les marges, on se réveille enfin

    29 novembre 2025

  • à ch’val sur rien, clop clop clop

      j’arrête tout, la soupe et le boucher. je vole un mort, un mort seulement
      quand j’arrive y a plus personne. y a plus personne alors j’arrive. je me pointe, d’un doigt mineur
      tant de froideur humaine. faut mettre un pull. un sous-pull en-dessous

      voiture macabre. à quoi sert un printemps finalement ? restons-en là
      je squatte une vieille souche. on n’attend pas la fin du monde, un départ d’éternité nous laisserait de marbre
      de marbre, entends-je dire
      si la voiture tombe en panne, nous continuerons à dos d’âne, à peau d’âne la pauvre

      chacun cherche son bouddha, et ne trouve qu’un mouchoir, avec tout ce qu’on peut faire d’un mouchoir je te laisse imaginer
      sauf peut-être du patin – on ne glisse pas sur un mouchoir. d’après moi on ne glisse pas
      même si ça revient au même
      au même rien
      au même même

      dehors la tête, dedans les bulles.
      on a l’air sentimental comme ça, quoique de nature suspensive
      à tort ou à raison, plus vraisemblablement à tort, ai-je changé les lampions
      des rouges des jaunes et cetera – tout pour tenir le coup, encaisser le contre-sens
      on dirait une poupée, alors que c’est même pas une poupée, qui pleure ou qui ronchonne

    26 novembre 2025

  • tramadol ô tramadol, dis-moi qui est la plus belle en cette carriole

      on a des chauds violons là, vraiment, on a des chauds violons
      ne leur manquent que les cordes, et le couteau à faim
      depuis qu’on se pose des questions, depuis qu’on s’abstient de réponses regarde, les chats crèvent par milliers
      regarde-les-moi, tous ces chats crevés…

      j’atteindrai jamais l’an deux mille bon ben tant pis
      ni même l’an un, ni même l’an trois mille
      j’errerai seul parmi les décombres de ma pauvre mémoire, ma sinistre fantaisie
      et si quelque chose s’enflamme regarde, il ne s’agit pas de mon cœur mais de celui
      de l’arbre d’à côté

      dieu m’arrache une boule. tu me diras ce n’est qu’une boule, et non pas de cristal
      j’avance avec un salut par devant. s’ensuit la pente, rectiligne. s’ensuit la longue quiétude
      la quiétude. je te parle de la quiétude. ce n’est qu’une bombe à soi

      vivre me demeure tapi
      j’achète une grosse. une grosse fait bien dans ma demeure. nourrit les coins
      j’ai mal à ma douleur, mais seulement un jour sur deux et ça tombe bien : cela concerne en effet le jour où
      je ne boite pas, ni même ne tremble

    23 novembre 2025

  • la bouche du néant sur l’orteil qui dépasse

      plus maritime que ça tu coules
      heureusement : ferme le large, stable le flou
      écornée malgré tout, l’apparence

      ne pas être impliqué c’est tout ce que je demandais
      dans quoi que ce fut quitte à finir écrasé sur
      une langue de verre, le frigide fragile

      plus loin plus près c’est comme tu voudras, mais surtout pas ici
      ici l’ailleurs me lâche
      ici le nœud coulant, le lieu croulant
      – dommage…

      arrache-toi une dent elle ne repousse pas
      une cigarette ne renaît pas de ses cendres
      avec toi tout s’en va : les combles, les fondations
      un mur n’a pas saisi l’message

      sous quelles latitudes, à quel moment
      m’as-tu vu redescendre ?
      une mer m’oppose. tout ce que tu sauras c’est qu’enchaînée, déchaînée,
      une mer m’oppose

      tu me gaves. partout où tu vas tu me gaves
      je n’ai pas d’ennemi, mais ce sol pourri
      ce malencontreusement banal
      et spiritus punky

      un jour on va mettre tout dans une boîte et on dira (peut-être en parlant de la boîte) : ceci
      n’est pas un visage
      il n’a pas pris une ride, regarde, ceci
      n’est pas un visage

    20 novembre 2025

  • circus bonheur, l’enfant perdu

      je ne suis pas tout le temps mort des fois, je fais semblant d’être mort
      je regarde par le fenêtre ou je
      fais semblant de regarder par la fenêtre histoire de
      histoire de rien, de fuir sous un semblant de ciel, de trouver un appui de ne
      pas retomber dans le vide en pluie fine, même s’il paraît que l’on
      ne s’élève qu’au-dessus de sa chute

      en avoir marre de cette vie-ci, de cette vie-là, en avoir marre et marre de tout
      soulage.
      tu dors couvre la nuit. c’est ce que je me dis. ou du moins ce que je me dirais si seulement j’avais
      les mots pour le dire, le verbe de l’égrener, la moindre envie de signifier…
      mais je reste là comme je reste là, effroyablement distant
      quoique d’une distance nulle

      je ne savais plus quoi faire avec tes cheveux alors je
      les ai coupés court, ou jouis dedans je ne me souviens plus. en tout cas plus osé les toucher.
      quelqu’un se tait au bout du fil. cela finit toujours ainsi
      par un abrupt claquement de silence
      puis on s’en va. ou c’est tout le décor qui s’en va, au-dehors comme au-dedans

      carrément dans le trou, quand tu tombes, c’est que tu tombes encore
      rien qu’une mauvaise habitude, me diras-tu si jamais l’envie te prenait de me dire quelque chose
      en attendant nous voilà bouffant des toasts dans de tristes appartements
      on rase les murs, sachant bien que ceux-là repoussent d’autant plus
      tout comme repoussent les chutes

      le reste du temps on se rate, on se rate pour de bon
      on se rate à domicile, on se rate à l’extérieur, on se rate à rebours
      c’est pour dire, dans mon truc, y a un truc qui n’va pas
      et pourtant que mon bonheur est grand, ô dieu, mon bonheur de ton bonheur
      et toue honte bue…

    17 novembre 2025

  • tombe dans le trou allez vas-y, tombe dans le trou

      les gens d’à côté, mais d’à côté de quoi, de qui? toi le ballon, moi la dégonfle
      j’aimais un seul Courseulles-sur-Mer – ou plus loin au large je ne suis pas certain
      bref on n’en saura pas davantage. on se contentera
      de ce qui ne suffit pas

      un chien ça me retient de quoi? de pas grand chose, ou de rien que l’on puisse décemment dire
      décemment c’est important. presque autant que dire
      décemment dire soit déjà mort. il faudra
      mourir sans passer par tout ça, ces rites dégénérés

      en dehors de dieu je n’ai pas de femme, et vice versa
      je m’appuie sur une épaule, une épaule s’affaisse. je m’appuie sur l’idée d’une épaule
      sur l’idée d’un appui
      et puis je tombe sans coup férir
      sans coup férir insinue davantage

      je t’aime comme tu veux, mais comme tu veux vaut davantage
      on se supporte comme ça, toute une vie durant, moi et soi, soi et lui
      quelle plus belle preuve d’amour que de tuer son amour
      de lui enfoncer des bulles tout au-dedans de soi?

      et puis tu me rencontreras. nous prendrons alors la mort
      en son flagrant délit

    14 novembre 2025

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