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assis là sur un banc


  • cheveu qui saigne, cheveu semblant, rouge / ou d’une autre couleur

      il y a des gens tristes, et il y a moi, déambulant entre les rangées de petits pois
      marmonnant en langue antique, ou ne marmonnant pas
      je vois un orchestre, tout un orchestre, rester là silencieux
      parfaitement immobile

      toutes mes femmes sont mortes, ou quasiment
      même si je ne vois pas vraiment ce que « quasiment mortes » pourrait signifier. j’accorde mon violon
      à mon violon – quoi d’autre. je m’accorde
      à mon propre désaccord – quoi d’autre

      la route est partie sans moi, à l’heure des éboueurs
      l’heure d’un déraisonnable demi-sommeil, demi-sépulture
      t’embrasser sur la bouche m’a laissé sans voix. sans dents
      c’est pas tous les jours si méchant

      Troie sans cheval, trois sans galop, on s’attellera demain
      on s’attellera au vide qui pleure
      à quoi sert d’être aveugle par une nuit si noire ? à quoi sert la nuit noire quand t’es de toute façon aveugle ?
      à avancer, entre les pattes du loup, droit sur le chien

      mes femmes sont toutes quasiment mortes, comme si quasiment faisait la différence
      j’emprunte une gomme. ça ne suffira jamais pour tout ce qu’il y a à effacer
      donc en priorité je m’efface. je me tourne de l’autre côté, du côté sans miroir je m’efface
      je m’efface

    8 janvier 2026

  • ils ne servont à rien

      la nuit se lève bientôt, c’est par le bout qu’on fixe
      la chèvre de M. Seguin sur notre barbecue, on a  bien ri avec cette histoire
      après, t’enlèves ton masque, mais pas sûr qu’on te reconnaisse…

      changer ses pneus ne tiendra pas la route
      en fait, rien ne retiendra rien si ne ce n’est le souvenir, vraisemblablement fictif, d’un homme en jupon frais
      remplacer jupon frais par mort, homme par algue
      algue par femme pourquoi pas
      la mort par étranger

      sous le hangar des ancêtres – tu manques de bois sec
      je m’arrête à chaque trou, j’interroge une source, la source fait plouf
      l’amour, plouf plouf
      on se parle entre nous, on se dit des trucs. certes on se fatigue vite

      est-ce la vanité qui libère, la reconnaissance de celle-ci, ou la vanité à partir du moment où elle se reconnaît comme telle ?
      j’en sais rien. j’ai fait un trou dans la terre en y enfonçant le doigt
      le doigt comme un ver, l’anus comme un trou
      le temps est au désarroi

      il fait si froid chez toi. il n’y a plus d’eau potable
      on ne peut rien contre la pluie je veux dire, on ne peut l’empêcher de tomber
      alors on la regarde, tomber
      ça ne nous rappelle rien
      et c’est ce qui nous fait du bien

    5 janvier 2026

  • un froid dominical

      mourir gratuit. mourir me gratte
      on se console en disant bon, on se console en disant certes

      mon nourrisson n’va pas trop bien. mon nourrisson a des ennuis
      débarrassons-nous du nourrisson, d’une manière et le monde

      une guirlande électrique et la chienne en dessous, jambes croisées
      on ne sait pas pourquoi

      n’importe quelle vie n’importe
      qu’elle soit pourrie qu’elle soit jolie, sexy ou pure folie, n’importe quelle mort on s’en
      contentera

      les cordes rabougrissent
      on se touche la main – on se toucherait le sexe s’il grinçait encore. en attendant on se
      touche la touche, le pas-touche

      j’épouse un zénith pâle, le zénith pâle me dit :
      kisse ton ombre

      mare dans la mare, crapaud honni tout en
      testicules et le plouf
      suspendu

      noémie sors de ce lit – elle n’i-
      ra pas très loin : je ne
      serai jamais assez morte pour toi

      dieu si tu es tout oubli, oublie -moi et moi d’abord
      jarretelle en bandoulière

      vivre d’ennui, mourir précaire – on s’amenuise, on s’agrandit pourtant
      l’âme en creux quelque part

    2 janvier 2026

  • va te faire voir, miroir

      ton sol d’une seule vague, infiniment
      et dont rien n’a jamais émergé

      l’échafaud sur le billot, la vie à petites dose – la vie
      de rose épine

      l’un chemine l’autre chemise
      l’un ne sait plus où il a
      rangé son doigt

      l’avenir décroît, pétard mouillé
      fumée sans feu

      une fois qu’on chante on n’dit plus rien. un fois qu’on chante
      on n’chante plus

      dieu n’a pas d’anus – c’est ce qui en fait dieu
      à l’état pur

      j’ai beau m’acharner sur l’interrupteur, rien ne s’éteint
      l’illuminé par défaut

      sans jamais suivre tes oies
      – elles pincent –
      je retourne à la chambre

    30 décembre 2025

  • misanthropocène. l’heure muette

      dieu sans un sou, mais comme un sou seulement
      huître sans perle

      rien qu’un bleu sur le crâne et au-dessus :
      l’immensité vierge…

      tu dors ou tu t’éteins. tu t’éteins je présume – honnis soient
      tous les yogas du monde

      je m’approche de toi que me dis-tu ?
      tu pues me dis-tu, viens en moi, précisément
      et douloureusement

      pas de passion – seule comptent les coups fourrés
      croire que quoi que ce soit nous soit du et là j’m’énerve

      ton clébard, ton tout petit clebs de malheur, donne-lui à
      manger
      un aboiement sec, radical

      je nous aime et en grand nombre
      les pauvres font la queue, la queue fera le reste
      suivant de peu

      seul me termine, et me termine seul
      sourire du coin de l’œil, décline à contre-jour

      d’une vie étrangement lumineuse
      ton ennui parle à sa chienne

    27 décembre 2025

  • unité sans nom, infini sans effort

      ventre là-dedans
      c’est déjà mieux qu’un mur, en papier tout de riz
      je ne me reproche rien, ni de mal ni de loin
      je voudrais juste une maison pour dormir
      un accès définitif à l’endogène

      un jour je m’arrache une dent, un jour je m’arrache tout net
      et tout ça le même jour. je n’en peux plus de rien
      mourir ne fera pas de toi un ennemi juré. promis

      nasreddine maigre pension, permafrost en sursis. je te suce un cornet
      loin d’habiter je flotte. flotte l’immobilité, sans encombre. suivra le reste
      j’aurais juste voulu te border de larmes chaudes

      sauf que je ne pleure pas
      strictement défendu, et donc je ne pleure pas
      dimanches et fêtes: s’abstenir
      shabbat et vénus-day: se retenir. des vis et des écrous. des vis
      et des écrous sur toute la ligne

      raide mais de quel congé ? les mains pleines de cancer
      j’abuse d’une peau, cramoisis ton sexe renégat. j’arbore une chute
      pourquoi tomber, mais dans quel sens ? j’amoure une corde et elle
      me casse dans l’autre sens. final

    24 décembre 2025

  • Shéhérazade en accès libre

      je reviens d’un retour, d’un retour à deux doigts, d’un retour
      à la case dérape, non mais dérape de là
      traîne quelque part et d’ailleurs, traîne où tu peux mais traîne – et sinon traîne encore
      un petit peu

      j’avais un racine, pas forcément de dent gâtée, pas forcément carrée
      le champ miné de bienveillance – on y laisse un bras, un vague remords parfois
      et toujours ce corps qui me dit surtout
      évite le sport
      quant au yoga, n’y pense même pas

      on n’s’entend pas parler, on n’s’entend plus s’entendre on se
      quitte la partie, ou l’on se quitte tout court
      l’essentiel n’est pas là, ni li. écarte-toi
      d’un bord à l’autre écarte-toi

     je n’y pense pas. ou seulement si on me le demande – mais pour quelle raison me le demanderait-on ?
      je vois ma boîte aux lettres un peu comme un ferry, et j’en oublie de voir la mer
      pourtant c’est vaste la mer, et ça console de soi

      crever un dimanche, le ventre à l’air la gueule en cendre. trouver quelque chose d’ouvert, un dimanche
      pas toujours évident
      évident n’est pas toute l’évidence
      je me rapproche, de tellement quoi que je n’en sais pas plus, mais je me rapproche
      inexorablement, et de plus en plus loin

    21 décembre 2025

  • né sous y

      un deux trois je tremble pour toi. j’ai tellement peur pour toi
      que je creuse ta tombe, ton trou
      où t’enfouir dedans, dedans ton trou à moi, puisque c’est moi qui l’a creusé
      le plus dur reste à le recouvrir ah ça, le recouvrir on sait pas, on n’a jamais pu
      je n’ai jamais vu de trou autre que moi

      ta mère est une misère
      toute mère une misère
      toute misère mère
      et nous l’orphelin. le tout petit. orphelin. de la sinistre.
      si on s’achète c’est qu’on se vend. le prix sert d’alibi
      si on sourit c’est qu’on déraille. on déraille. ça se passe comme ça entre nous

      j’crawle dans la mare. j’crawle en pleine mare. elle m’arrive là
      c’est à dire qu’elle m’arrive nulle part, et moi pas plus que ça
      rien au milieu rien à l’entour, du milieu où rien ni milieu. ça crève les yeux pourtant
      qu’on les lève ou qu’on les baisse, ça crève les yeux tout pareil

      le seuil franchi. courant d’air et claquement d’morte
      en attendant j’habite là. là où j’attends, ou fais semblant seulement
      de faire semblant seulement. seulement pour faire semblant – semblant
      d’être vrai pour de vrai
      ou de faux je n’sais plus. ô mon amour

    19 décembre 2025

  • cligner des cieux

      si je réfléchis je travestis
      eh bien travestissons

      mon allumette, ton souffle
      s’éteindre et s’allumer
      passe un coup d’chiffon sur le miroir et voilà

      quand j’habite une cruche je dis j’habite une cruche
      – eau, poussière, araignée –
      mais là vraiment j’avoue, je ne loge qu’en
      ma propre absence

      la mer au bord du fond, la vague en train de fondre
      – t’éjacules un
      grain de sable et voilà

           personne ne m’a dit alors comment tu
           vas non vraiment t’as l’air de rien main
           tenant tu manges du rat bon, ça pourr
           ait être pire

      j’ai récupéré un manteau
      j’ai recousu le manteau
      puis remixé l’hiver

      qui nage pend. au bout d’un moment, qui nage pend
      qui s’lave les dents s’lave les os – de toute évidence les dents sont du squelette et en quoi
      cela nous concernerait-il ?

      qui meurt dedans meurt dehors
      c’est comme ça que ça se passe que veux-tu : qui meurt dedans
      meurt dehors

      j’ai foiré ma naissance
      je croyais que c’était ma mère la fautive mais non, j’ai vraiment foiré seul ma naissance
      ça ne prédisait rien de bon, et rien de bon n’arrive pas seul :
      il bave sur ma cuisse

      depuis ce jour-là, ce dernier jour des temps,
      lui par terre et elle debout…

    16 décembre 2025

  • alléluia vertige tranquille

      ton chacal ma rate, le garde-chiourme universel
      en silence – et si seulement on faisait silence si seulement on
      se brossait en silence la dent, creuse en ces temps
      de disette d’infamie, dure en substance

      quand tu grandis tu grandis, vu du ciel tu rétrécis
      vu du ciel l’amour est sombre, le sexe ténardier
      vu du ciel que j’ai l’air bête. ça me va comme ça
      tu me diras ça m’va comme ci aussi

      il y a un gouffre et de ce gouffre s’est retirée la mer
      s’est retirée toute chose, jusqu’à nous confondre le gouffre et moi
      je me pensais issu d’un croisement entre un oursin et une chaussette de foot mais non, je ne suis issu de rien
      de rien de rien de rien
      ainsi fut-il

      lève un bras. allez, un bras seulement
      le reste du corps pend en dessous
      pendouille, comme si c’était tous les jours dimanche
      chou-rave et illuminations de noël. non je ne suis pas mort. on peut pas être mort. être mort n’existe pas
      pourtant y a pas long à creuser pour tomber dans le trou

    13 décembre 2025

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