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assis là sur un banc


  • pleurer d’un seul bébé, d’un seul bébé c’est mort

      pour ne pas cesser de parler sans trop parler non plus, répétons
      répétons, dit le tertre

      je suis la maison vide, la maison quand il souffle la maison quand il
      ne souffle pas
      et c’est charnière
      et c’est charnière aussi, tout le temps
      comme à chaque fois

      je n’aime que dieu, et pourtant rien ne va
      rien n’embrasse
      rien ne s’embrasse, sinon la lèvre supérieure
      et les dents de devant – celles
      que l’on range sur un cintre

      j’avais envie. j’avais envie vraiment
      pourtant la mort fut celle à dire non
      mon jumeau squatte ma tombe, c’est pratique d’un côté
      un jour il ne pleuvra pas. un jour il ne pleura
      plus jamais

      plus qu’une douille, plus qu’une vaine al-
      terophilie, avec les mouches qui s’y collent
      je n’aime rien, lequel me le rend bien – finirons-nous
      moi et le rien
      par nous entendre malgré nous ?

    7 février 2026

  • tandis que la mer bande

      aux trois quarts dieu – le reste se partage en os, tripes, urbains ou périurbains
      vagabondages
      à ce rythma-là l’éternité fait du surplace, piétine-goudron ou tourne en rond
      ce qu’on appelle danser dans le jargon, canin comme clandestin
      clandestin ça sonne bien. ça sonne chien
      christ et chien

      de là s’attendre au pire
      et puis on perd son âge. on n’a plus besoin d’âge on se contente, croix de bois croix de chair,
      d’être simultanément ici, ailleurs et nulle part – esprit par ouï-dire, esprit par abstention
      christ d’os, de tripes
      d’errances inconséquentes

      pétole plein les voiles, Nagarjuna traînant ses tongs à Pattaya – cet intime décalage
      entre la chose et son image, fantôme en quelque sorte
      réel inadéquat, pensée furtive
      lève l’interdiction ne reste plus d’amour : c’est dans la rupture
      que jaillit, se déplace, se déroule et se suicide
      l’esprit. l’esprit du Banc-donné

      mon
      petit chien se fait vieux, petit chien se fait vieux
      il marche avec une canne. il titube
      tu grattes la croûte, t’espères le sang – en vain
      une chose est sûre : siège obscur, mort lente…

    4 février 2026

  • si le vent faisait rage, il s’envolerait c’est tout

      de nuit
      comme d’ennui
      le bec
      cassé
      cassé dans l’sable

      quelque chose n’est presque rien
      c’est à dire pas vraiment rien, mais pas vraiment non plus
      voilà pourquoi on l’aime, et que lorsqu’on appuie dessus
      ça fait pschitt

      que les lignes de ta main soient claires, nettes et sans poussière.
      j’imagine mourir
      comme un pur acte d’amour
      avec un cheval au milieu
      un cheval on ne sait pourquoi
      qui braie

      la nature ne connaît la pitié
      elle invente, elle se fraye
      je n’aime pas la nature. j’en reste à la pitié
      à la répétition
      du vide sur béquille

      partir m’abeille
      un radeau, cadeau du père-noël
      l’amour en forme de bouche, de trousseau d’clés
      tout n’est pas mort loin de là
      loin de là mais près d’ici

      caresser les genoux
      de jésus sur la croix
      simple évidence, extrême inconséquence
      si le vent faisait rage, il s’envolerait c’est tout

    1 février 2026

  • de chemin creux en chemin creux la vie réelle, la vie / sous la dentelle

      montre-moi donc le champ
      où les morts, les tenant par la main, promènent leurs vivants.
      mon cheval est fatigué – tellement fatigué qu’on n’y voit plus qu’un âne
      étrogné de naissance, alerte en rase campagne

      les morts ne me parlent plus. ou pas
      ou pas plus que ça.
      j’avance à reculons cela
      n’intéresse personne je sais, ni le fait
      qu’être mort ou prier dieu finissent par se confondre
      dans un sens comme dans l’autre, à la triste fenêtre

      si tu veux j’ai soif de dent, j’me suce la langue
      si tu veux j’ai mal en point, de me sentir
      si peu digne du haut, ou d’un quelconque de ses
      provisoires substituts, amen amen

      pour les reines, je me déguise en fève. je meurs chaque fois
      à contre-temps
      mais raconte-moi un jour heureux, un jour
      qui ne fasse de mal à personne
      pas de boussole, pas de bilan carbone : rien que l’amour
      à tire-larigot

    29 janvier 2026

  • près des pôles peut-être, où les enfants naissent vieux

      l’éternité déjà présente
      te tapote l’épaule te la tient
      lorsque tu sors pisser, va même jusqu’à
      te la secouer, à l’heure du berger

      j’avais pas fait attention à ça à tous ces oiseaux morts
      jonchant le parvis
      de l’église ou le fond
      bleu de ma valise
      – doux jésus bras croisés…

      sur les g’noux de jésus à dada à dada, on n’se nourrira plus
      que de baies noires, d’anisette et de
      faire semblant une fois pour toutes
      de ne plus faire semblant

      petit chien tu te retournes, et tu trouves plus ton maître
      petit chien t’urines partout, la nuit ne guérit pas
      et pourtant et pourtant, elle nous sauve du jour
      de la roue qui nous broie

      aucune mort
      n’interrompra l’éternité. une bille a glissé d’dans
      d’dans sans faute, on ne lui fera pas de mal
      on lui arrangera même les ch’veux

    26 janvier 2026

  • le livre dans lequel il était question d’un dindon picorant tous les dix pas

    dieu n’est plus qu’à une lieue. je remonte mes lunettes, l’autre main crispée sur la boîte de vitesse

      je ne mourrai pas debout. debout manque de confort
      entre radars et alcootests je me fraye un chemin

      spectre ou squelette, du moment que la main est chaude, moi je la serre très fort

      chérie s’attrape par les ch’veux, chérie se suce dedans. survivre
      n’est pas donné à tout le monde, hélas

      une bande d’amour, une bande de chauves. les feux se succèdent, rouges fluo
      manche ou du nord, la mer se sent si seule

      dehors ne fut la joie, en dedans l’indigence – j’ai le sang délabré
      me prends-tu sur le pouce ?

      la caverne du plancton, comme un anus en ruine

      m’arrache une dent. me coupe le courant
      je pleure pour une raison mais je sais plus laquelle

    23 janvier 2026

  • à genoux sur son vol, plané soit-il

      par-delà la ville
      sais-tu que la ville
      les floues limites
      le cordon qui s’enroule autour de
      autour du

      travailler dure. or ne durent
      ni l’éternité ni le poignant
      écho des mares
      tu me regardes en face. je sais, je ne ressemble à rien
      rien, ce moment fragile

      tracter l’amour. le bout du rat le fond du cul
      on s’en souviendra crois-moi on s’en souviendra
      on se rasera de près en attendant
      ou de plus loin, si affinité

      le ras-bémol. imagine évoluer hors décor
      la ville à vide
      le champ d’un mat
      imagine encore vivre, tandis
      que tu respire à peine

      il suffisait d’une montre
      à son poignet
      pour se noyer
      mais d’un coup tiens, la mort rétropédale
      sain sursis

    20 janvier 2026

  • on n’sait plus qui navigue, ou bien la guerre ou bien l’abîme

      répondre absent. s’asseoir sur un trou
      je te tire les cheveux tu me sors le rasoir
      le rasoir
      suivi d’un matin calme

      rien dans les poches dont
      seuls les yeux débordent
      on apprend son nom
      par chœur. faudrait chanter je sais
      mais je chante pas

      petite vulve, sulfureux raccourci
      finir à poil penché sur le viaduc
      à l’heure indue
      – c’te crevure d’âme

      t’amour et des limaces, ma pauvre
      l’inextinguibilité des feux, alors tu mendies, tu marches
      t’appuyant sur l’épaule ou le souffle de ton propre cadavre
      propre cadavre

      une nuit j’ai le sommet, le sommet pur
      penche-toi sur moi, susurre-moi un brouillard. un chien se répandra en larmes
      et puis la gale, on chope la gale – on vit
      comme à contre-suicide

      quand le présent meurt t’achètes un r’pas. un r’pas te tiendra chaud
      il n’y a pas de raison
      à ceci à cela, à quoi que ce soit tu ne
      trouves point de raison
      l’amour est fait comme ça. l’amour est fait de ça

    17 janvier 2026

  • à l’évidence, on s’y rend mal. on s’y rend certes, mais mal

      la nuit je ramasse tout. éboueur mental
      cela va bien au-delà des caresses, on se regarde entre les nœuds
      on s’crache dedans
      puis on retourne à soi, comme si de soi n’étions…

      il y a des hommes il s’aiment debout, debout les hommes s’augmentent
      accroupis se commentent
      – le diable emporte les hommes, et leurs compagnes !
      il pleut à verse
      on ne s’en relève pas, voilà tout
      simplement, on ne s’en relève pas

      échanger un mort contre un mort ça n’se fait pas. ou plus. alors on les enfonce dedans
      enfonce dedans
      un poète tombe tous les trois pas – c’est moins qu’un ange ou la caissière
      d’ailleurs ça n’existe pas les anges. en tout cas c’est ce que prétend la caissière

      que faire dedans ?
      et sinon, que faire dessus ?
      je colmate. je colmate avec mes dents, avec mon peu de savoir faire, je colmate
      la mer n’est pas si loin, pas si loin néanmoins si frileuse
      et pourtant la mer, l’hiver…
      toujours à l’œil, parfois au doigt

      du fond du champ, d’la culotte et toujours ce vide là, énorme
      et quasi rassurant
      alors j’me mange les g’noux – les cuisses les couilles j’me bouffe les couilles
      et malgré ça je reste affamé
      de rien, j’ai sans cesse faim

    14 janvier 2026

  • on se réveille avec un mauvais pressentiment, une légère pression sur le côté, sœur mamelle

      à chacun sou zoulou, à chacun son doudou. l’équilibre en surchauffe
      je ne me grandis pas, ni d’une mort au combat, ni d’une pousse de bambou
      j’espérais arriver jusqu’à vous, et que vous ne fussiez pas dieu
      plumitif en chute libre

      la terre fait sa vidange – pourquoi ce léger soulèvement de cœur ?
      j’arrête de chanter. chanter sonne faux. sonner faux chante juste
      alors lèche-moi le coude, desserre le testicule. on ne se revoit pas
      on passe le temps à ci, on passe le temps à ça, bref on ne se revoit pas

      je selle mon ch’val, le selle d’mon cul. j’apporte mon soutien
      à toute forme de disgrâce, à mon sournois à mes
      glandes, dans la mesure où je serais doté
      de glandes. mon dieu est un dieu sans moi, un dieu sans dieu, un dieu qui tente de
      se frayer un passage à travers nos chairs téléscopées

      derrière mon homme se cache mon ombre, je n’ose respirer
      un serre-tête, un dépresse-briques, on en est réduit là, à ça
      et le large non plus n’existe pas
      on appelle ça comme on veut – quoique décidément, on ne veuille pas des masses

      on ne se souvient jamais de ce dont on se souvient vraiment
      et qui nous hante jusqu’à faire de nous
      d’effarés, de désœuvrés fantômes…

    11 janvier 2026

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