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assis là sur un banc


  • mon chagrin ta chagrine

      mon chagrin ta chagrine on pourrait
      recommencer ça indéfiniment ça ne ferait
      toujours pas un destin – alors à quoi on joue, à quoi on joue debout
      sur une jambe fraîchement coupée ou une herbe couchée à quoi on joue
      quand déjà le temps s’essouffle et qu’on ne sait désormais
      plus compter jusqu’à deux ?

      une seule fois dans ma vie, pas une seule fois et donc
      une seule fois quand même. pisser de travers rattrapera le coup.
      on dit pouce. quoi qu’il se passe nous on dit pouce, on n’a
      absolument rien à voir avec tout ça on ne l’a même
      pas vu venir. ce qui ne présage rien de bon

      ne supportant pas d’être une fin en soi, une fin pour
      quiconque, fuyons. fuyons tant il est encore temps. regarde-moi
      ne me vois pas certes, mais cependant regarde-moi, jusqu’ à ce que
      je fonde ou je n’sais quoi, me transforme en roue libre, m’imagine
      tel que je ne suis pas, juste là sur la cime de l’entre ou tout
      au bout d’un cercle

      crie partout hors l’évidence
      or l’évidence ment, à l’évidence, et rien
      ne me plaît tant que mourir dans tes bras.
      j’ai changé de radiateur. le mien est resté froid
      le mien perd tout son sang. mon état naturel de
      sidération
      ayant bloqué toute issue

    29 août 2025

  • l’arbitre des deux lèvres

      un dieu un seul, et la mer au milieu.
      remplace le sexe par un air triste, là juste à
      perdre son temps
      côté pile perdre son temps, côté face le
      laisser filer, pour l’exemple ou encore par sentiment de
      pure déréliction

      les vacances sans fin. je marche dedans
      ou disons je glisse dessus. ça arrive
      tout arrive – par exemple que je
      glisse dessus. les vacances sans but
      sans repos, à la visibilité déficiente
      ou défaillante, comme tu voudras du moment que ça sonne faux puisque
      ça ne sonne que sonnant faux

      ne me parle pas non plus ce jour-là
      d’un ciel malingre. je le sais bien, dieu
      n’est pas un cerf-volant
      pierre tombale ni chamboule-tout – il me
      roule dessus. tant et tant qu’à la fin il n’y en a plus, de fin
      ça ne mange pas de pain

      je savais bien que tu
      finirais par en rire, crevant l’abcès, saignant du coude
      ou d’ailleurs, selon les circonstances
      plus ou moins décisives par nature. en l’occurrence rien
      ne me retient de rien rien ne me
      pousse à rien, on dirait un briquet
      oublié sur une chaise. bref je n’insiste pas

    26 août 2025

  • du côté pauvre de l’horizon

      marche sur moi, marche comme on marche
      sur des œufs, des coquilles d’œufs. avec la mer au-dedans
      – crois-tu seulement qu’elle
      respire encore ?

      dormir sans filtre, croiser les jambes
      les décroiser. tellement mort qu’on ne
      s’en rend plus vraiment compte. il va falloir
      rev’nir un peu, de temps en temps
      rev’nir bredouille un peu

      au niveau de la terre je rate la marche – et alors ?
      un peu plus haut me mords la queue, c’est une
      question d’optique, on se croit vieux puis on
      ne se croit rien du tout

      je me roule dessus
      à toute allure très tendrement je me
      roule dessus. par manque de chance ou le long de
      l’hibiscus aux menstrues. nul besoin de parler
      à ses voisins, à son doudou – simplement rem-
      baller sa joie, au cas si peu probable où elle
      affleurerait
      écoute ça, effleurerait…

    23 août 2025

  • un jour on s’aimera. ou pas. probablement pas

      la vie c’est compliqué
      alors on ne vit pas
      faire semblant déjoue les résistances, atténue la pesanteur faire semblant
      rend supportable la douleur. je pars donc,
      un animal sous le bras peut-être mort peut-être
      pas encore quoi qu’il en soit je ne
      le lâche pas

      bébé qui danse debout, genre un tambour de lave-linge en pleine lévitation mais faut pas croire, faut pas
      croire pour autant : un compteur linky en lieu et place du cœur, elle carbure elle
      carbure au compte-gouttes…

      en fait l’hygiène je m’en fous
      je voulais dire l’esthétique. je voulais dire en fait l’esthé-
      tique je m’en fous
      finalement l’hygiène non plus ça ne
      m’intéresse pas, les pinces ou les fesses à vélo
      – seul importe le retour, le retour désormais
      au nulle part. le retour à vau-l’eau

    20 août 2025

  • on se marie dans le temps, on se marie sur le champ

      je ne parle qu’aux étrangers, qu’aux
      gens de passage, d’ailleurs je ne parle
      qu’en langue étrangement étrangère, tant je n’ai pas de mère
      pas de prune
      pas même un noyau
      de prune, ou la racine étriquée
      d’un triste prunier

      mon corps est
      à l’abandon. j’ai payé mon bavoir, maintenant qu’on me rende
      la soupe, l’os dans la soupe
      le poisson de l’arête
      le christ de mon corps
      la petite étincelle là, tout au creux de l’œil
      qui ne tremble pas, qui ne connaît ni
      le doute, ni le froid

      la misère va à dieu, l’homme au trou
      ou contre la haie, s’il vit à la campagne
      et qu’il ne pleut pas trop
      personne ne sait ce que fait dieu les jours de pluie
      les jours sans pluie quant à moi je n’existe
      simplement pas

      une fois dans l’année, rien qu’une fois, j’oubliai de m’oublier, je me
      regardai droit dans les yeux avec les doigts
      on n’aime qu’une fois, puis l’on se noie, et ce jusqu’à en
      épuiser l’océan, ressortant nu de l’anus
      du poisson-rat

      un jour je n’étais pas comme ça, pourtant pas
      si différent que ça, non plus
      j’attrape un ch’val, je mords le ch’val, on ne
      meurt qu’une fois après tout, quand bien même cela
      doit durer toute une éternité
      – et l’éternité j’étais pas prêt
      l’éternité j’étais pas né

    17 août 2025

  • poisson à demi-mort, à demi-mort

      elle s’en fout. tu peux tourner retourner
      la chose en tout sens, elle s’en fout, de toute façon elle s’en fout
      et moi aussi je m’en fous, d’un côté comme de l’autre je
      m’en fous. c’est comme ça
      comme ça
      pas autrement comme ça

      raye le ciel
      d’un coup de langue d’un
      trait d’impair esprit, c’est comme quand on était petit
      avec les doigts, ou serrant très fort ces débiles fonctions. j’avais l’adresse
      j’avais l’adresse, ne manquaient que
      la ville, la rue, le nombre
      rien ne collait

      on s’apprête à quelque chose, et déjà l’on coule à pic – avant même que ne
      monte la mer, l’on coule à pic, on s’apprête à quelque chose et déjà
      quelque chose nous tue, on s’arrange comme on peut, avec ou contre
      sa conscience
      y a pas d’immunité pour ça

      un homme sera heureux, d’après moi un homme sera heureux, survolant
      sa propre tombe, vivant
      de divers expédients. on croise un ours, on dit bonjour à l’ours – bonjour,
      nous répond l’ours

      qu’aucun livre ne pourrait contenir, qu’aucune histoire
      ne saurait circonscrire. là sans début ni faim là à
      courir en vain sur des jambes pendantes, des jambes
      pertinemment arides, bref des ailes
      de poisson mort

    14 août 2025

  • vache la mer

      tout se rapporte à la mer tout revient
      à la mer
      même le piquet, le piquet nu jailli
      de quelle vase, moignon teigneux

      sainte mer l’abruti
      ssante et les douleurs, j’espère encore
      un doigt de nuit
      j’espère encore un doigt de nuit, une heure en fuite
      un tas resplendit là
      un tas resplendit grave

      troquer nos ch’mises
      contre nos ch’mises, s’échanger nos salives
      c’est pas le temps qui manque, juste une éternité ne fut-elle
      qu’apparente, le slip en transparence. j’aime
      un quart d’heure trop tard, j’aime

      y a pas d’gens parmi les gens, pas de front
      sous ma frange, rien qu’une crampe
      sous le front, un froissement de langue, la jambe qui dépasse
      d’une manche, n’importe quelle manche, pauvre manche
      pauvre pauvre manche…

      chien qui n’en est même pas un, vivant de tout bord sans
      bouger d’un seul pouce, lever ne serait-ce qu’un
      majeur vers l’indifférent, l’insen
      sible très bas, quoique déjà hors de portée, de ma portée, de mon
      soulèvement de ver
      de jarre
      d’impardonnable amant

    11 août 2025

  • strucure du deuil

      tant à pardonner que le pardon n’y suffit plus, on se débrouillera
      autrement, avec encore un peu
      de salive à la bouche, de savon
      sur le gland, et dans l’espoir de rien, que de vivre demain
      contournant ce fébrile présent

      à chaque fois que, à chaque dent qui
      dans l’arrache-douleur
      la barbe de cent jours
      rappelle-moi ton nom déjà, et le mien
      le sien
      le chien
      ainsi que tout ce qui s’emmure

      telle une lèvre en lisière d’eau
      d’eau vive
      la lèvre à vif
      on ne manque de rien ici, vraiment on ne manque de rien
      ni de silence ni
      de l’illusion du silence on se tire
      une balle dans la couille, dépérissant
      de non-envie

      un chien sur le côté, une mouette en plein crâne
      le cri qui déborde, un peu
      de la bave de nourrisson – il en fit une avec sa femme
      roudoudou gisant là, sur le gazon rituel
      synthétique erratum

    8 août 2025

  • le chêne à rempoter

      Mérédith ne m’aimait pas beaucoup, et j’en passe
      j’en passe énormément
      avec essentiellement une virgule de retard, un trou dans le
      lieu si commun, et transposable à souhait

      je reviens de Verdun. je n’ai jamais mis les pieds à Verdun
      ni passé la frontière, si fluctuante soit-elle, la frontière
      à Verdun je me suis fait un couscous, je ne sais pas pourquoi
      peut-être parce que c’était Verdun, et nulle part ailleurs
      ou bien qu’il n’y avait plus d’oursins

      silence on s’aime, et pas un autre
      un doigt vissé dans le nombril, un autre, mouillé, tâtant le vent
      tentant le tout pour le rien, prenant la circonstance pour l’ensemble
      ensemble n’arrivera jamais au bout d’un seul, je présume

      on a tout fait comme il fallait, laissant là tout en plan
      en jachère irraisonnable
      parfois le sens fuyait des choses parfois, simplement découlant du vide en ce miroir…
      – ou la fragilité du sujet dans les
      yeux d’un rat mort

    5 août 2025

  • sur un seul pied, sur une seule montagne

      l’idée du berceau, qui a eu l’idée du berceau ? le berceau tombe à l’eau
      inébranlable, l’éternité. indéchiffrable le nombre
      et pourtant y en a qu’un

      pleut et repleut, jusqu’au principe
      vague remontée du présent, inconsolable par nature
      en se rendant ici il se retrouve là, comme par hasard

      de l’exclusion et du prénom qui le porte. bien-sûr il eut fallu
      ne pas se coucher du mauvais côté, bien-sûr il eut fallu
      ressusciter à temps
      – mais cela aurait-il seulement suffi ?

      mémoire tombée du ciel. maudite nudité
      on pêche à la ligne mais cela ne va pas plus loin, à la ligne
      d’ailleurs pas de poisson dans ce ruisseau à sec, et à la ligne
      toujours plus à la ligne

    2 août 2025

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