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assis là sur un banc


  • de mort s’il ne s’endort

      prête-moi l’ombre, le taux d’ombre, l’amour sans le sport
      prête-moi l’abîme au creux de mon bras, mon bas, mon inconsé-
      quemment bas
      et jette le reste. allez vas-y jette
      le reste et on verra

      ta nuit n’est pas ma nuit, au cœur du semblable miroir
      tout noir est vraiment dur. vraiment dur quoiqu’
      il s’aplanisse avec le temps

      j’ai mal où tu voudras. en général
      j’ai mal où tu voudras mais pas à cet endroit-là, où précisément s’accumule
      le nulle part
      et d’où le nulle part rien ne renaît

      en chemin malfaisant, largué la bouche ouverte
      tu crois que j’y suis pour quelque chose or je ne compte pour rien
      pour rien
      pour trois fois rien. à sauts de puce. à faire le tour du quartier nord

      jamais je ne suis mort plus mort que mort de mes vies antérieures
      et là présentement j’ai soif d’un truc présentement qui n’obtempère
      on lui fout une balle dans le crâne, toujours rien – il n’obtempère
      les cheveux dans le flou

      seulement quand il ne dort
      le reste du temps seulement, quand il ne dort
      se tient debout sur son lit
      de mort s’il ne s’endort

    9 mars 2026

  • si l’un des deux ma bouche ouverte

      n’est réellement que auquel on succombe
      ainsi m’abstiens-je de succomber
      – que ce qui fleurit fleurisse
      et panse les pansements

      plus qu’une cloche insonore, un truc qui tourne avant même toute indication
      d’une quelconque direction. une
      subtilité en moins, penserions-nous si jamais nous venait
      l’idée saugrenue d’y penser malgré toutes les
      précautions d’usage

      je ne vis rien, au quart de tour.
      d’atténuer autant qua faire se peut entre le mort et le vivant
      le trauma de mourir, ou même de
      voir le jour mais ça j’en sais trop rien :
      j’étais bien trop petit pour me rendre compte

      n’avoir rien à dire ne constitue pas qu’un devoir moral,
      c’est aussi une tare à assumer, une finalité en soi un peu
      comme on fume une clope avant même que
      de l’avoir allumée. j’y suis pour rien. on n’aime qu’une fois
      et à jamais
      ou pas

      ta gueule bouffe la poussière, entre autres
      entre autres rien. poussière de rien.
      entre le rien croît la
      mauvaise herbe ou rose trémière, je n’en sais rien
      – croîs, croîs, stridule le rien

    6 mars 2026

  • un trou ne fera que passer

      il fait grand. il fait haut. les choses tremblent en surface
      je n’ai pas le mot de le taire. je me serre contre moi
      j’achète un jouet. avec un jouet peut-être ça le fera

      puits à l’envers. la tête en nage. je niche
      un rêve et du grillage, faits l’un pour l’autre
      j’ai peur de l’eau. j’essaie d’en dire le moins possible

      mets-toi nulle part. nulle part se met en branle
      congèle la nuit. vivre se regarde mourir
      se regarde mourir, la pupille dilatée

      planque-toi d’abord, et planque la route
      ne remets pas le pied dans la flaque. n’en retire pas la flaque, non plus
      un jour ne fera que passer

      un tour ne fera que tourner. dont la nuit traversante
      elle s’installe. sans un son, sans un pas, elle s’installe
      il faudrait avoir une raison de ne pas la regarder

      de haute volée. de haute volée ronde
      un homme que l’on prend pour une poignée de main
      c’est dégoûtant. du coup on retend le silence

      ce qui fit et ce que fut ma vie me sont dorénavant
      quasi indifférents. un trou tombe dans le trou
      à moins qu’il ne bute sur, à moins qu’il ne flotte sous
      le trou

    3 mars 2026

  • nombril

      une branche tombe. remonte la clameur
      des morts pour rien

      grave volupté du deuil, tristesse par-devers
      et dedans soi

      là où seuls s’attardent
      d’aucuns ne suivront plus, enlaçant leur écueil

      ce que tu ne peux rendre beau te détruit
      te détruire te rend beau

      je n’mange pas. je n’bois pas. ma terre vibre
      de toutes ses rides, de toutes ses lubies

      j’ai mort partout, chemin faisant
      bouffer du ch’val, bouffer de l’herbe – fumer, tant que c’est chaud

      la pluie contourne les formes. les gens se baissent
      ne meurent pas tous en même temps

    28 février 2026

  • pompon funèbre

      de quoi je m’aperçois, je m’aperçois de rien. je rentre chez moi
      chez moi comme un trou vide, je m’aperçois de quoi, une route en déshérence
      puis passe l’amour. l’amour crade. le crade
      l’espoir d’un non-retour

      on se rend bras ballants, manches larges, flottantes
      on se mange un bouton. tellement facile un bouton – on le tire on le bouffe
      on se frotte
      plus ou moins durement, plus ou moins tendrement, on s’y frotte
      quelque chose alors se passe. ou pas

      mort contre un arbre. heureux rien qu’à l’idée qu’on aurait pu l’être. gentil
      gentil marche avec moi. gentil grève pour tous. je mens
      on dirait que j’ai perdu un bouton
      un bouton me rassure

      chaque fois j’appréhende. cette fois fois de trop
      j’embrasse ma nuit sur la bouche mais pas trop fort, pas trop fort
      on ne chante plus après une certaine heure, après une certaine heure la berceuse et la mort on leur
      retire le slip

      t’arrêtes, mais t’arrêtes quand ?
      laissé dieu vivre. j’ai toujours détesté le goût, la consistance
      de la barbe à papa
      si j’étais mort je me tiendrais droit, debout. on n’se lève plus
      ni pour soi ni pour personne, on n’se lève plus – la mort
      ne nous appartient plus

    25 février 2026

  • pas d’guirlande pas d’lampion : rien que la peau sur le sucre

      victime collatérale d’un destin tout en
      eau de boudin. on fera d’un homme un puits
      à l’identité circonflexe

      ta race fait deux bonbons. on n’aura pas d’enfant c’est tout
      atlas miniature soutenant la raison

      et moi qui n’avais rien vu, qui n’avais rien senti
      si ce n’est sous le gris l’in-
      traverti pissenlit

      ta mort un ennui qui s’immisce
      shalom ta race
      et leurs repères enfouis

      ma pitié
      se retrouve sans objet. dévisage-la :
      elle saigne pour deux

      quitte à s’arracher les dents on s’embrassera, on s’embrassera la langue, la tongue
      jusqu’à la plante des cieux

      ne plus avoir
      la foi de croire. sautiller sur
      marelle qui coule.
      inspirer. inspirer profondément

      les gens
      les gens comme s’ils n’étaient pas morts, comme si on
      pouvait enfin les voir
      les regarder en face

      deux chemins mènent à rien :
      celui qui effectivement mène à rien
      et n’importe quel autre

    22 février 2026

  • l’aumône d’une mort sûre

      porte à côté, miel délabré – j’entre par ci j’entre par là, pour encore me trouver hors
      plus de jour devant moi, plus de jour à me
      gratter le dos. minimal hivernal.
      hiberner rentre à pied, toujours à pied
      gloire au petit canard boiteux

      qui rêve d’un autre, qui rêve de soi
      d’un autre soi, soquettes au vent. rien ne répond
      à rien rien ne répond.
      ma gueule d’un autre bois, le trou du cri mais sans le cri. on m’attache
      par un bout. par un bout c’est tout

      me mentir à soi, ivre de non-moi
      le non-ivre, chute forcée. le trou-mère.
      il part de quoi, le sans issue ?
      mon cheval s’arrête à toute gamelle, rétrécit
      puis s’appuie sur son ombre, laquelle ne cède
      que sous l’aveugle

      je me parle tout seul, je me parle à personne. quiconque est mort
      attend le jour ne se
      rendorme plus. mon ver, malade. mon arbre, tari.
      un chant court entre les dents, s’assied devant l’Elbe
      le regarde filer, distraitement

      tout cela ressemble à un bras. le duvet sur le bras.
      peu de neige cette année, partout minimalisme. le temps minimaliste.
      je me cherche à tâtons, je me cherche un nombril, caillou à bout de souffle.
      rien que pour me perdre encore, me perdre plus loin encore…

    19 février 2026

  • genre un homme.une tête de moule. un ver de mare

      entre moi coule l’Huisne ou l’Iton, l’Huisne ou l’Iton mais dis-moi, émergé d’un dimanche bancal
      qui viendra (qui viendra ?)
      et ne te trouvera ?

      une pluie sans volonté. une pluie
      hors essentialité
      bref un jour comme un autre, dans ta seule mémoire
      ton obstinément seule
      mémoire

      je ne transporte rien, ni dedans ni dehors
      je ne transporte rien dedans coule
      en dehors ou en soi. en soi peine perdue – il a fallu tendre le bras
      comme ça, pour rien

      petit crachat de rien du tout
      à la face du vide. du vaste vide sans face
      du vaste vide sans vide si ce n’est
      ce tout petit crachat, de rien du tout

      le fait d’être à soi sa propre lumière, sa propre obscurité
      n’y changera rien
      il y a un mirage et à l’intérieur de ce mirage, une simple pensée
      définitivement
      privée d’miroir

    16 février 2026

  • la mort du mammifère

      éteins la lampe
      quelle que soit l’heure, quel jour qu’il nuite, éteins
      la lampe
      et si elle perdure, n’y sois pour
      strictement rien

      une nuit n’est pas possible. sauf qu’elle respire
      d’habitude je ne dis rien. ne rien dire s’est habitué à moi
      d’habitude je me dis tu. tu ne me
      désormais répond plus

      quel tort ça fait d’être debout d’être cassé, quel tort ça fait ?
      un rapport de faiblesse, de plus en plus grande faiblesse – quel amour triste, quel changement
      d’horaire triste fuseau
      horaire

      une fois que je fus moi, et rien d’autre que moi, soutenu seul
      par l’incroyable rien, l’évidence à laquelle
      on ne peux se résoudre
      alors en boucle
      on se la tourne

      dieu d’un seul trottoir. alors qu’il y en a deux
      avec la rue traversante au milieu, sous la pluie verglaçante
      séparer soi de soi et malgré tout continuer
      à mort d’aimer, avec ces petites mains affolées, s’agitant
      de chaque côté…

      un mammifère m’a cru mais il n’a
      pas couru assez vite, du coup il m’a perdu, du coup il m’a raté
      un mammifère est mort je laisse
      le mammifère mort

    13 février 2026

  • c’est comme une utopie en moi, c’est comme un corps fébrile

      on ne parle pas plus à un sourd que l’on déflore une puce, ou que l’on se suce la main – pense donc à autre chose
      à un autre quelqu’un, dans le genre meurs si j’y fus
      me manquent la pluie, la douleur d’être là sans issue

      soit tu parles soit tu ne parles pas
      que tu te taises ou non par contre, cela ne change rien
      rien au profond silence
      qui t’envahit
      dès que…
      rien

      j’enjambe un trépassé – me regrette t-il déjà ?
      quand l’amour atteint ses limites, quand je me noie même sans une goutte d’eau
      dis, répare-moi
      et sinon répare-moi

      suicide-moi, ça ira plus vite. ça paraîtra plus conséquent
      dis, suicide-moi. ce doit être si simple pour toi
      comme de relever un sourcil, de froncer un souvenir
      mais nique le souvenir

      vivre n’est pas vivre si mourir ne fait que semblant
      mais après tout je n’en sais rien
      on s’est donné du temps, le temps n’a pas suffi
      on s’est donné l’éternité, ça ne suffisait toujours pas
      alors on s’est pissé dessus, en toute inconséquence

    10 février 2026

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