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assis là sur un banc


  • à partir d’une vérité, j’ai collé mes bonbons

      sauter dans le vide, c’est un peu finalement retomber sur ses propres pieds
      ses sable-pieds
      ses pieds ne nez

      un pigeon fatigué. une mort qui n’en peut plus de servir de tremplin
      et quelques graines là, alors que le slip si distendu qu’il ne retient plus rien et peine
      à recouvrir la honte

      c’est l’histoire d’un poisson s’étranglant d’une arête
      on a ressuscité tous les morts on n’a plus une goutte d’eau quelqu’un
      a pissé dans le vin. dès l’origine, dès le baiser du pendu à la corde, quelqu’un
      a pissé sur les morts

      toute la journée j’ai mangé mon ticket. mon ticket.
      je ferme les rideaux et je m’enfonce. je m’enfonce.
      la nuit j’engraisse la nuit. la nuit je perds du poids

      une fois parvenu tout au bout de l’univers, il n’y a pas lieu de faire demi-tour
      on reste là, café aidant
      on compte ses dents

    28 septembre 2025

  • petite pluie petite merdeuse, me sens-tu m’émouvoir ?

      ça part de rien et ça n’aboutit nulle part – ainsi peut-on attester de son inutile perfection
      mais qu’est-ce que t’as mis dans ta culotte, et en désespoir de quoi ?
      des feux s’allument des feux s’éteignent. je ne m’y reconnais toujours pas

      la situation assise par rapport à la table est primordiale. tenant celle-ci à proximité du coude droit, la jambe gauche par-dessus la droite se glissant sous cette même table. l’œil droit se dilatant dans la vision de l’incommensurablement bas
      et la peur de crever là en plein vide, caddie abandonné sur un dimanche de parking

      et si l’amour ça ressemblait à ça. tu vas pour t’envoler et quelqu’un ou quelque chose s’accroche à tes pieds, te tirant vers le bas. alors tu sacrifies tes bottes (tu les aimais bien ces bottes, elles t’avaient coûté une blinde) et tu t’envoles malgré tout
      enfin je veux dire, tu décolles tout juste. enfin je veux dire, tu ne tombes pas. tu ne retombes plus
      ou seulement sur tes deux oreilles. tes deux oreilles mortes

      mon dieu n’a pas de prise. je veux dire, il est comme débranché
      son silence n’a pas d’accent
      raconter, n’est-ce pas creuser encore et encore l’inconséquence, cette ultime recours
      contre l’hospice
      les fausses couches
      et le croque-monsieur …?

    25 septembre 2025

  • lévitation du moribond

      à la manière d’un tournesol. mais qui me gratterait
      le dos ? me masserait le
      clito ?
      donc. à la manière d’un tournesol (nous en étions restés à), tandis que fait inexorablement défaut
      un soleil
      un soleil sur les bords
      un soleil de plein champ

      l’écume ne fait
      pas la mer. parler ne fera qu’entériner le gouffre que les mots
      prétendaient combler. jeter son filet à l’eau par ailleurs
      ne repêchera pas la mer
      ça tombe bien, je n’ai pas de filet

      je ne cherche pas
      et même sans chercher, je ne trouve pas
      et si la nuit soudain s’illuminait, comme tirant la lumière de l’intérieur de soi, n’appellerions-nous pas ça le jour ou
      plus que le jour encore, la première innocence ?

      je me promène comme ça, tournant autour de moi comme d’un pot, parlant d’appui à ma béquille – j’espère que
      tu ne m’en veux pas trop. si tu m’en veux veuilles m’en d’abord par le flanc gauche
      et à partir de là direct sur le néant, premier sorti du rang, premier servi
      dernier repu

    22 septembre 2025

  • de si haut, et cepndant si près du trou

      solstice à la radio, solstice partout
      les pieds dans l’mazout et fredonnant, d’un accent slave ou du québec, qu’importe
      le milieu en tout lieu
      en tout lieu sauf ici, la marge
      l’écorné
      l’épaule déboîtée

      c’est pas comme si la compassion avait tout envahi, littéralement nous étouffant
      mauvaise graine mauvaise herbe, et la soupe de lentilles
      on meurt à bon escient, et puis on ressuscite, faute de mieux…

      la vie nous cinq trois huit, ou je sais pas
      je t’écoute chantonner dans ta tête, mi-consciente mi-
      chantonnante
      je m’appelle vase, vase parce qu’on s’y enfonce
      vase parce que lèvres y fanent, et vagin tout du long

      répare un cheveu, répare tout le fil d’une
      pensée, si saugrenue soit-elle. répare
      demain il n’y avait rien. je me trouvais sur le pont du départ
      un trou dans le rêve, rien qu’un trou par lequel s’échapper
      – s’échapper ne fournit pas les ailes

      dans le plus grand silence, peut-être pire encore, à la croisée des lendemains
      un seul détour, une seule ambiance
      lève une lèvre, habite un nu-destin
      n’y pense plus…

    19 septembre 2025

  • d’un sol à la dérive

      j’y vais
      sur une seule danse. et le pied bot
      notre douleur nous rend sensible à celle d’autrui, dieu est au fond du puits
      je sais pas comment le dire autrement : j’y vais
      tout simplement, j’y vais

      dans la nature et depuis quelques atomes (faut dire que je me trouvai là par hasard, déambulant sans foi
      j’émerge
      d’un sommeil neptune ou du rêve d’un naufragé, j’émerge
      il ne s’agissait peut-être que d’un coquille vide…

      l’automne m’alourdit, quoiqu’il y ait bien longtemps déjà
      que ce soient confondues en moi les idées du fond et de la cime
      on n’y pense pas vraiment, on respire l’odeur des tamaris
      qu’il ne se trouve ici nul tamaris n’y change rien

      ne t’emballe pas, non ne t’emballe pas. dors dans le foin
      n’apparaît qu’une femme par siècle, qu’un siècle tous les mille ans
      et ceux en équilibre sur une jambe qui surplombent leur marais
      ne captent à la surface que le reflet d’un ciel
      mouvant, autant qu’inamovible

    16 septembre 2025

  • le jour où il a fait beau, je rentrai les chevaux

      je ne me souviens de rien si ce n’est
      la mer en bout de piste. elle me pose
      un doigt sur la bouche, seulement un doigt
      on n’en saura pas plus

      il y a un dieu et en même temps il n’y a pas de dieu – je ne sais pas quoi faire
      alors je ne fais rien
      j’attends que la mer passe
      se passer de soi fera mouche
      une mouche

      on s’embrassera comme on pourra
      avec les lèvres, la bouche, les éléments-clés
      je m’aperçois, de loin en loin. je m’aperçois de peu en rien
      mais tranquillement, tout à fait
      tranquillement…

      une âme oui mais par les deux coteaux
      la berge à perte de vue
      je ne travaille à rien
      on se caresse le pouce, on s’attrape un segment
      s’il te plaît, ne me vide pas

      vaccin contre la rage, quand même
      je ne m’aime pas : aimer c’est se noyer
      mais de là où je parle, on se noie de toute façon
      de là où je parle, christ ne sait plus où se cacher
      il se replie sur soi

    13 septembre 2025

  • on se met à fumer quelque chose exister nous perturbe

      quand on se baisse on se lève, vers le bas
      et c’est ainsi que se mesure la distance nous séparant de nous-mêmes, comme si
      nous n’étions que fond et ciel et qu’égarés dans
      l’intermédiaire, nous fredonnions une berceuse, une
      simple berceuse

      une femme se tenait là, elle parlait sans bouger je crois que
      j’aurais pu me pendre devant elle qu’elle ne se serait
      pas interrompue, immobile, toute habillée je crois même
      qu’elle me voyait déjà comme un pendu, un absurde pendule et c’est pourquoi

      avec mes allumettes je cherche une flamme, une flamme pas comme les autres bien que rien
      ne l’en distingue vraiment. personnellement ça me rend dingue, en mal d’humain je te le dis, ça me rend dingue
      voilà. on se console comme on peut à coups de pieu dans la poitrine,
      de gousse dans les narines…

      chaque fois que je t’aime je perds un peu de ma roseur, de ma rosée. je ressemble
      de plus en plus à un âne, avec ou sans le hoquet. tout me parle
      du jour où j’ai failli être. après c’est vrai que ça pue la marée basse
      et même extrêmement basse

      à force d’être mort on finira bien par
      éjaculer quelque chose, accoucher d’un fossile, d’un printemps momifié
      resté coincé dans l’attente
      répondre absent, alors même que nul ne fait l’appel
      le plat qui se mange froid et tout et tout, on ne sait plus de quoi

    10 septembre 2025

  • se dire qu’on s’aime et se déshabiller

      je mange du phoque à tous les repas. cela m’allonge, cela m’allonge
      rien entre moi et mon rêve que le flou du temps mort, la trouble profondeur de l’inachevé
      à tâtons à reculons, ne manque que le vertige pour se rendre compte qu’il s’agit d’une chute
      pure et dure

      du plomb dans la semelle et dans l’aile : attendre l’impossible fait partie de l’ennui
      de l’angoisse de l’ennui
      alors je me tourne le dos, de façon définitive bien
      que saccadée

      je m’enfonce dans ma nuit
      un pas et c’est le vide – du moins ce qu’on pense être le vide, par excellence l’impensable
      la mémoire fera le reste, habillera les morts ou les déshabillera. je mourrai en-dessous, légèrement en-dessous
      d’une image en suspens

      du fond de l’œil je me scrute le fond de l’œil. l’air du large rafraîchira nos fronts
      nos bouches
      et on fera semblant de s’embrasser. seules nos lèvres trembleront
      la nuit remplacera la nuit. on appellera ça comme on voudra – simple refus
      d’obtempérer, par exemple..

    7 septembre 2025

  • l’heure et la date

      l’amour malade.
      l’alignement des tombes – elle reste étrangement vide, vase à la fleur fantôme
      se lever, se coucher. marcher, se rallonger. raccrocher l’abîme à la fenêtre
      manquent le jour, la date et l’heure
      j’habite ce manque-là

      quelle frontière ? quel bras cassé de la frontière ? le pouce retourné
      je me cache. surtout éviter les regards. de croiser les regards
      les regards sont verts
      d’abord ils inondent l’espace
      puis le rongent de l’intérieur

      sans humeur. personne ou presque
      presque une personne
      du jour entre les dents. pour une pensée tu tombes, il est l’heure
      on ne sait laquelle ni de quoi, juste qu’il est l’heure
      à chaque instant l’heure
      ne me condamne pas : contente-toi de me
      rendre la montre…

      pense la même chose. pense la même chose de moi
      chemise déchirée bouton sauté. et que rien ne me transforme en
      autre chose qu’un chien qui pleure. la bouche sèche la
      langue pâteuse par conséquent. mais si sèche, et si pâteuse
      alors pense. continue de penser
      la même chose de moi. que la mort dure en moi

    4 septembre 2025

  • le plus souvent des filles

      les doigts dans les stations. les doigts ne servent à rien
      les trous à ras. on élève le niveau
      et quand on retire les doigts, alors les trous à cran
      c’est tout pour le moment

      elle s’ennuie. toute la journée elle s’ennuie. la nuit lui tombe dessus
      la nuit lui passe dessus
      fuir ouvre le néant. ne se trouve parfois d’autre issue qu’un
      labyrinthe, désespérément intérieur
      une roue de naufrage…

      légère brèche faite à l’anonymat. nauséabonde
      c’est plus court comme ça. nauséabonde
      des filles le plus souvent. des filles sans rien
      on en dirait quelque chose si on en pensait quelque chose
      mais on n’en pense rien

      rien de précis. de l’incolore
      38m². plus déborderait sur l’océan
      quoi qu’il en coûte, protéger le pleureur. lui
      raconter une histoire, chaque jour une version, à peine différée d’une
      seule et même histoire. rien
      de précis. de l’inodore
      plus déborderait sur l’océan

    1 septembre 2025

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