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assis là sur un banc


  • cheval cheval, cymbale cymbale

      chacun va sans son guide, tenant par la main
      son schleu, son véritable schleu 
      quant à moi la nuit est morte, la nuit véritablement morte
      c’est pas grave, on enjambera son corps on enjambera
      notre propre cadavre

      je m’appelle un jour sans toi, mais qui est toi
      sinon l’absence, pensant les ruines ?
      pas de rail pas d’orchidée – qu’une douche
      froide et nocturne
      un wagon vagabond

      je m’appelle comme je veux, et d’ailleurs je ne veux rien
      le temps grésille ça mouille partout, de toute éternité les corps
      lèchent les corps, et s’évanouissent

      je ne mérite pas un nom je ne mérite rien
      sauf-conduit pour un ciel dégradé
      tu m’apportes un cheval moi je t’apporte la selle, percée
      le cheval lui aussi, passablement troué
      plutôt l’allure d’un âne en fait, d’un mule
      d’une robe de mal-mariée

      j’arbitrai – donc je n’arbitrai pas grand chose
      à cheval sur un disque, et il tourne, et il tourne…
      mourir ne ressemble t-à rien si seulement mourir
      n’ouvre pas grand les yeux

    27 octobre 2025

  • moi pas

      il va vers le corps, et le corps vers le vide
      il déclenche une guerre, la guerre se met en grève
      il dit qu’il rentre chez soi mais reste là, chez soi
      il ne bouge que lorsque la maladie, à bout de lui venue
      l’achève enfin

      je ne parle pas de mes vacances, mes vacances
      s’enlisent mes vacances
      se carte-postalisent – j’aspire au même, à l’obstinément même
      bref un vide en substance

      il recourt au subterfuge. recourir est un style qui lui convient
      il dit qu’une hirondelle ne dure pas longtemps. or elle dure
      lettre après lettre, des femmes lui ont arraché son nom
      une personne un destin, c’en est déjà trop pour lui – il prétend fuir de soi
      pour enfin fuir tout court

      je me pose là, au centre de gravité de la chambre telle
      une mouche sans danser, une prise sans courant
      il fait beau dès qu’on n’y pense plus, je n’imagine rien et le rien peu à peu
      lumineusement m’envahit

      il s’adresse à sa droite, il s’adresse à sa gauche
      puis leur tourne le dos, lumineusement leur tourne
      le dos.
      il emporte son verre. son verre transparent. transparence le
      trouble, le traverse

    24 octobre 2025

  • le soi est la valeur. marie est une voleuse

      tous ces vendredis peu saints, à ronronner au soleil du dedans
      silence cousu aux lèvres
      l’inférieure soutenant la supérieure, tandis que la langue
      chasse au milieu
      elle chasse, la langue
      elle est à l’affût
      tiens, là tout à coup elle fuit

      elle fugue trois jours sur quatre, elle fugue
      elle rentre le vendredi. en général, c’est le vendredi qu’elle rentre – chez nous le vendredi
      tombe tous les trois ou quatre jours, parfois cinq
      parfois jamais. alors elle ne rentre pas. on ne la voit plus
      et ça me rend malade

      donne la patte de devant
      soulève celle de derrière pour pisser
      c’est bien, comme ça c’est bien. c’est même mieux
      tu marches devant à quelques mètres de distance, comme mu par une inspiration livide
      tu manques de souffle
      après avoir manqué de souffle, tu manques de poids
      et du coup ni t’envoler ne puis, ni retomber
      – on n’est pas dans la merde…

      le lundi je pars en vacances
      chaque lundi, et je n’en reviens pas
      c’est comme ça que j’ai réussi à ne pas lever le moindre petit doigt, à ne pas le passer
      par le chas d’une aiguille
      depuis que je n’aime plus les mouches, depuis que l’eau sans bord, les lèvres sèches
      je n’sais pas, je l’ignore – je n’ l’imagine même pas

    21 octobre 2025

  • alors on s’est dit

      mange de la paille
      en attendant mange de la paille
      essuies-toi bien les pieds, ne touche à rien
      surtout ne touche à rien, que rien n’en vienne à te toucher
      à part les mains
      les mains
      de celle qui n’a souffert

      planche d’accord, mais planche d’abord
      ce n’est pas le même sceau, ce n’est pas la même anse, ce n’est pas la même eau
      ce n’est pas aujourd’hui encore
      qu’on ira se noyer, se noyer
      au fond du lac ou
      entre les clous

      du nord au sud, un peu plus bas peut-être
      du sud au sud, et puis du sud au puits
      et ce jusqu’au bout des ongles – attention à ne pas sous-estimer
      le muscle sous la dune
      la marée sous la ch’mise

      pas d’enfant, pas d’récré
      qu’un lourd sommeil sans rêve, un jour sans soi
      personne n’ouvre, personne ne sort
      entre un mort, ou une morte, cherche sa chaise, une chaise
      un bout de banc, un coin de
      tabouret.
      un verre, rien qu’un petit verre : se liquéfier enfin…

      tu nous ennuies. tu nous as
      toujours ennuyé au fond
      au fond et à la limite de n’importe quoi au fond
      on se dit, laisse-moi tranquille on se dit, et si dieu n’était
      qu’à un mendiant de là
      ou la marge si proche du bord ?

    18 octobre 2025

  • avec un trou par en-dessous. c’est pour faire les bébés

      porter comme un corbeau dans son ventre. se dire adieu soi-même à tout instant, je n’au-
      rais jamais du revenir – c’est simplement que partir
      n’arrivait plus à rien, et revenait donc au point d’un
      hypothétique originel départ

      plancher travail plancher, et le ciel au milieu
      pas de cœur juste un ciel, la vide immensité. elle
      ébranle le menhir, lequel fond dans sa main
      ou son sommeil

      partager quoi en deux. à deux. les sœurs
      ne seront plus jumelles, les âmes
      regretteront de s’être laissées prendre
      au piège d’une naissance. du vide sous roche certes – c’est juste que
      je voulais pas te décevoir…

      chacun sa plume, et chacun son maillet. c’est pas l’heure
      et d’ailleurs ça n’a jamais
      été l’heure. on appuyait dessus et puis
      rien n’en sortait – ce rien a fini
      par absorber tout l’univers
      tout l’univers c’est grand

    15 octobre 2025

  • les dépossédées

      étrangement allumées. elles castrent le père
      avec un vieux couteau d’boucher.
      la nuit leur fait serment – il n’en reste que
      pollen au vent mauvais

      il y aura suffisamment
      de ciel pour tous, ne vous affolez pas.
      à ceux du fond, recroquevillés sur leur
      maigre radiateur, reviendra comme en ultime écho
      une voix frolova

      chagrin pomme chagrin. parmi celles qui tombent on gardera
      la fille aux seins-gondole, la pluie à l’entrejambe je ne
      me souviens pas vraiment du temps que cela prit, elle refit son chignon
      et le loup la mangea

      toutes les gares ne pleurent pas. les gares
      désaffectées par exemple ne pleurent pas.
      le vent leur brosse les dents.
      j’en appelle à la compassion du néant – toute autre
      puerait d’la gueule, d’la chatte ou d’ je n’sais quoi

    13 octobre 2025

  • sortir du bois

      je n’aime pas les surprises. les surprises
      ne me surprennent pas – me surprend la mort lente, le réflexe de rien,
      le regard que l’on plonge dans des yeux qui
      ne nous voient pas

      il y a un temps pour rien, pour ainsi dire le seul habitable. je relève
      ma manche à mi-bras. c’est bizarre un bras nu
      un bras nu, seulement nu
      tout juste sorti de l’océan

      puisque sauvé définitivement, ne me reste plus qu’à être damné c’est à dire
      privé de bonbon en quelque sorte, privé
      de doudou et que l’attente est longue. le loup
      défèque tel est son rôle, sa fonction, son rôle ou sa fonction de
      loup défécateur

      un homme qui tombe c’est déjà dieu qui
      se relève. le pouce sur ta joue il ne fait rien – peut-être
      qu’il frotte un peu il se dit tiens, frottons cette joue
      – mais cela suffira t-il à te consoler ? va savoir…

      de moins en moins noir, voire quasi tirant sur le bleu, encore que de
      plus en plus précaire – l’éternité d’une certaine façon contre-productive. j’attends un bébé, un bébé
      ne viendra pas
      il séchera en chemin. les chemins précisément sont faits
      de bébés desséchés

    10 octobre 2025

  • Jinro is back

      la pierre en mon jardin
      marque-la d’une croix, d’un cercle
      ou d’un brin de muguet.
      des années que j’attends là, pendu à un fil au-dessus du
      néant

      et la lumière fut. moyennement éclairante. il pleut
      ou c’est tout comme
      tellement tout comme que rien n’est vraiment soi.
      le trottoir ne garde trace des pas qui s’y commettent

      je suis revenu sans vraiment l’avoir voulu, comme un dos se raccroche aux épaules
      le retour ne change rien au lieu ni au revenant. il a pourtant soulevé
      une pierre (n’était-ce une simple feuille ?), juste au cas où…

      regarde-moi vivre. regarde-moi vivre maintenant. ce n’est pas
      si difficile que ça après tout. il suffit d’ouvrir les yeux, de fixer le regard sur
      n’importe quel point de l’espace similaire
      puis prier pour que ça ne
      se reproduise pas

      on ne va pas se mentir
      ou alors un peu seulement, histoire de passer le temps comme on dit
      quand on n’a rien à dire…
      tout est clair dorénavant, d’une clarté n’éclairant rien – mais qui s’en plaindra ?
      qui s’en souciera ?
      Jinro a posé son bâton

    7 octobre 2025

  • sûrement une douille

      il n’y avait pas de dieu avant moi. j’étais tout seul, les pieds trempant dans une bassine d’eau froide
      la bite en berne
      et attendant le jour

      un ciel vaut mieux qu’une sclérose en plaques, mais on n’a que ce qu’on trouve. bon
      bon je lorgne le monde de travers, bon je m’y fais chier, bon je
      n’abandonne pas, faute d’avoir quoi que ce
      soit à abandonner

      ton travail mon travail, et toutes ces futilités
      allez j’arrête de glander ; désormais je me consacrerai exclusivement à
      regarder passer le temps
      sans même un clignement sans la
      moindre hésitation non plus

      j’avais un homme pour seul métier, j’avais un homme
      interchangeable avec la mort or maintenant, je ne sais plus
      quoi échanger contre la mort – le slip du christ
      tombé sur ses chevilles…

      le temps d’approfondir la relation et me voilà tout rond, tout compte
      fait j’en reprendrais bien un p’tit, histoire de décoller sans me bouger
      le fion – il disait ça le vieux : le fion…

    4 octobre 2025

  • à la sérénité mortuaire des grands fonds

      glisser sur dieu, souffle sur la paupière sensible, ultra sensible
      le degré zéro de ma vie d’avant, sans la boue de ma vie d’après
      c’est l’instinct de monter, vois-tu
      ou l’instinct-tournesol

      si dieu empêche de voir dieu, on supprime le nom
      ou on regarde ailleurs, là où les murs tombent et les noyaux
      refont surface.
      je suis surface

      être compris ne sert à rien – mieux vaut ne pas tirer sur les nœuds, les nœuds
      finiront par se fatiguer, la pluie
      finira par remonter. au ciel. avec les morts. dans les yeux des morts.
      être compris nous barre la route

      j’ai mal à mon humanité. mon seuil
      de tolérance piétiné. de la boue sur le tapis
      un tache sur l’iris.
      je pensais à ma mère et je me disais qu’elle m’avait tout pris certes mais que, maigre vengeance et dignité minimale, je ne
      lui donnai jamais rien

      toute la nuit j’ai battu la campagne
      battue et rebattue jusqu’à ce qu’elle cède, se rende et qu’enfin
      refasse la mer surface
      enfin
      entre deux galets peints

    1 octobre 2025

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