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assis là sur un banc


  • land of none

    plus grand chose à faire : regarder devant soi, voir
    le vide croitre, tout avaler
    sur ma chaise siège un étrange personnage
    un dilemme sans objet, une pensée tout à fait
    inappropriée

     

    on abroge le ciel on abroge la terre. on coupe les ponts
    pas de chemin – un léger vent peut-être, chamaillant le visage
    mais pas de visage, ni grimace ni baiser. nulle encombrante parole
    une légère brise peut-être, démentant le néant…

     

    l’amour penche de côté
    on lui prend les mains, on lui caresse les pieds – il penche encore
    il penche davantage
    pencherait-on avec lui, en perdant l’équilibre
    ou déclarant forfait

     

    vingt fleurs par jour, elle m’apporte
    vingt fleurs par jour je mange
    à peine ai-je le dos tourné qu’elle me ment
    elle me ment. n’empêche :
    vingt fleurs par jour elle m’apporte…

    8 avril 2026

  • on dirait que seule la cendre ne fait pas semblant

      à la fin tu me rencontres et tu me tends la main
      effroi à l’idée de saisir cette main, ne sachant si je dois m’attendre à la froideur moite d’une main de chair ou au spectre d’une pure abstraction
      l’affectif fait dans son slip. un accident. ça arrive
      ce rapport oppressant entre le vide d’une part, et l’indéboulonnable de l’autre…

      rien ne s’arrête. le décor change.
      la pluie d’abord tombe sur la pluie, c’est triste
      on s’y fera
      qu’il reste des choses auxquelles on ne se fasse pas prouve que nous n’avons  pas totalement disparu, cela nous   résumant à un
      toujours-ça-de-pas-perdu

      mon chien a une mémoire, mais alors une mémoire de ouf
      pas qu’il ait quoi que ce soit à se rappeler, simplement le temps sur lui
    semble glisser, ou du moins n’avoir pas prise
      ça m’arrive je l’avoue, je me lève la nuit et je pisse sur la tête de mon chien
      rien que pour déceler en son regard l’expression sincère de sa dédaigneuse pitié

      mon corps dit à mon corps eh, respire, détends-toi, crache le sang
      va au diable, lui répond le corps – son corps
      c’est sans fin. il obéit. se rebelle puis finit toujours par obéir. littéralement se chie dessus
      il se rêvait un ange, littéralement

      et je me suis mis à téter, à téter comme un fou, sans pouvoir m’arrêter
      moi qui n’ai jamais été au sein, et même sous-biberonné, parait-il
      dans le cylindre que forme la serviette il y a un cul, des parties génitales, une honte ou plus précisément, une douleur muette
      une douleur muette c’est à dire une paire de rames quand manque la barque, un genre de Troie qui n’aurait
      jamais vu la voile du moindre navire grec
      pointer à l’horizon…

    5 avril 2026

  • enfant cassé

      des oiseaux sont passés au-dessus de ma maison. enfin… de la maison que j’occupe actuellement, que j’occupe provisoirement, bien que suffisamment pourvue en fenêtres
      j’ai pas vraiment fait attention quel genre d’oiseaux

      c’est la voisine de mon chien qui m’a appris à compter jusqu’à dix en géorgien. pauv’ chien. tendre voisine. je creuse la terre mais toujours pas d’os
      je creuse le ciel et toujours pas d’ange…

      plus tu le cherches moins tu le trouves, et même sans le chercher tes chances de tomber dessus restent minimes. minime n’est pas rien. entre la vaine obstination et ne plus s’en remettre qu’au miracle, je renonce, j’abandonne
      ma foi, je la définirais exactement comme ce qui survit à cet abandon

      j’ai vécu dans un monde où la gambie remportait la coupe du monde. c’était aux billes. quoi de plus contre-nature qu’un enfant qui dépérit. vivre fait mal
      c’est pas le seul

    2 avril 2026

  • mourir en vol et ne pas retomber

    un banc n’a pas de frère
    la mer recule, la mort n’est pas
    quelque chose qui t’envahit, mais quelque chose qui
    se retire de toi
    comme on se retire de soi
    sans même se débattre

    un chien
    m’a accompagné jusqu’au bout
    et puis je l’ai mangé
    ça n’a servi à rien
    je n’ai servi à rien
    je suis parti le ventre
    plein d’os

    je rentre
    dans un dehors mort. je rentre
    en un strict excès d’absence
    je me tiens je me tire
    par la barbichette
    je ne ris pas, je ne
    souris pas non plus

    l’enveloppe vide, la mort à bas
    tranquille, d’un service compris
    l’appel à l’aide, enregistré
    un mur se dresse là
    et derrière: l’océan
    le pire est d’être soi

    arriver quelque part
    faire le méchant
    n’être que trou
    trou dans le trou
    chute dans la chute
    on s’endort malgré tout
    sur les clous on s’endort

    30 mars 2026

  • vache brebis, mort cheval

    un homme en moi
    allant venant
    de la corde au bu
    rreau de tabac
    un homme en soi comme
    dans un livre d’enfant

    son visage s’est dessiné
    sur son visage et là
    on croirait voir un homme une
    rude misére
    on croirait une vierge une
    rude misère, pareil

    de la hauteur
    encore de la hauteur
    et de ce point là-haut
    si haut
    crever oui mais de haut
    maigre conso
    lation

    dieu d’un seul homme
    et le vieux dort encore
    son nu bleu
    ne tremble plus
    il dort encore – un rêve en lui
    ou lui en rêve on ne sait pas
    rebrousse chemin

    27 mars 2026

  • même pas mort !

      un jour d’entre les tombes
      je ne sais pas, je n’y suis pas
      allé me promener, comme on se promène quand
      on ne sait où aller, ni que foutre
      que foutre, surtout

      mon chien rafle les restes
      enfin, c’est ce qu’il ferait si seulement j’en avais un, seulement en avait des
      mais pas de clebs, pas d’os – rien qu’un
      joli petit tas de cendres rien qu’un
      ultime téton de braise

      un lieu, source à vide
      un lieu, pomme moite
      je me reconnais dans le miroir bien plus que dans l’image
      qui désespérément s’y raccroche, béante étreinte
      sauf si un grain, de beauté frelatée
      enraye tut un homme, de beauté frelatée

      une fois qu’on y succombe on y
      succombera encore, principe du trauma. j’ai mis
      mon tee-short à l’envers, j’enfile un vide
      faut le dire à personne: j’enfile
      un vide

      la dernière fois que je me suis vu, je me suis
      définitivement reconnu comme n’étant
      pas moi. les sports d’hiver.
      sans ça on n’a qu’à faire comme si de rien, sachant qu’au fond vraiment
      vraiment de rien

      un homme me tombe des mains, une existence, un jo-
      li pot de fleurs.
      que j’aime rester là, comme ça éveillé jusqu’à
      la fin des temps, même sans les fleurs

    24 mars 2026

  • exhumation de la rame

      toute la terre mais toute la terre
      et pas seulement le cœur, capitale extra-
      territoriale. elle meurt
      n’en dis pas plus: elle meurt

      tu t’obstines à
      piétiner sur place, rien n’y fait: elle meurt
      alors tu meurs avec toi, -même
      comme un vieux saule peut-être, un vieux
      saule pleurant debout
      dans la cour triste

      y a plus de
      place assise, plus de siège confortable
      alors tu meurs debout, définitive-
      ment debout. de l’un vient l’empathie
      d’un autre le bouchon

      ton vieux crève la matrice, c’est le
      privilège du vieux vois-tu, ou bien
      de la matrice – elle pleure encore un peu
      sur les bords
      sur les bords mais pas trop, la matrice

      depuis que l’homme est homme, c’est à dire 
      hier au soir, un peu avant la pluie
      tout au nord de l’ennui – elle rame
      elle a beau ne rien tenir
      entre les mains, elle rame

      et quand de par la courbe, et quand de sur l’échine, il pleut un peu
      ou à la f’nêtre
      la f’nêtre qui d’une part soutient les murs
      de l’autre retient le paysage, et qui cède quand même
      quand même sous
      le regard métronome

    21 mars 2026

  • nonobstant rien

      n’attendre plus rien accroît la peur, écartant les diversions
      personnellement, je me fatigue à ne pas divulguer
      poser à la fenêtre, c’est déjà ça
      quelque chose, ça

      d’avant la fin le cœur s’éloigne. le reste stagne, en avarié
      une blague ne réduira pas la cendre en poudre, fut-elle de perlimpinpin
      on n’a plus de prétexte: ne servir à rien ou ne rien servir
      jaunit d’un côté les dents, de l’autre les blanchit

      ce qu’il faut d’oubli pour ne serait-ce que se maintenir
      à la surface du vide, du vide sans autre
      surface que nous-mêmes, portés par notre propre idée,
      clapotis de la fausse évidence

      plus qu’un sommeil levant
      au-dessous de nous bâille la mort, nausée ambiante
      quelqu’un se retourne et s’étonne: tiens, t’es encore là, toi
      ce qui se tient debout ne le fait que sur une seule jambe
      je n’aurais néanmoins rien appris…

      avoir à être là, pénible procédure
      à faire face, trou contre trou
      j’ai fini par manger l’aquarelle. le sable est dans la tête
      la tête est dans la tête
      en sortir reste dans la tête
      et j’ignore comment tout cela finit donc

      je m’en fous je tombe de l’autre côté, frontière instable
      miroir sans surface
      il paraît même qu’un jour sans dent, plutôt frileux
      rien ne m’empêche, rien ne m’empêche et cependant rien
      ne m’autorise

      quelque chose entre dormir debout et se coucher assis
      va et vient, de long en large, tangue entre soi et s’interroge:
      tout ce qui n’est pas soleil serai-il
      donc déjà mort ?

    18 mars 2026

  • la pluie mange mon doudou

      j’apporte mon ennui. et toi dis-moi, qu’apportes-tu ?
      j’apporte mon ennui, ce vaste espace où t’accueillir, si vaste
      le reste je l’écarte. d’un revers de la main j’écarte tout le reste

      ma porte s’ouvre. malgré mon peu de bienveillance, ma porte s’ouvre
      à qui n’entrera pas, à qui se laissera
      pousser les ongles, les cheveux, n’éjaculera qu’au creux
      de son sommeil. c’est important le sommeil

      je m’approche de ta bouche jamais rien ne m’aurait prédestiné, ni même préparé à ça
      je m’approche de ta bouche donc et ta bouche fait de drôles de mimiques,
      émet de drôles de sons je sais pas trop comment interpréter tout ça il m’arrive moi-même, parfois,
      de faire de drôles de mimiques, d’émettre de drôles de sons

      tes cheveux font gratte les cheveux, c’est l’iode qui les différencie
      de la liane
      j’ai le cul tout mouillé, je sais plus où m’asseoir du coup, j’ai le cul tout mouillé
      je dois tenir debout

      la pitié sent les pieds, je me retourne
      de l’autre côté. on s’abrite la nuit tombée, sous un préau par exemple
      mourir n’est pas donné à tout le monde, s’entend-on dire en rêve

    15 mars 2026

  • l’ange de pique

      parce que mieux vaut mourir que faire semblant de vivre, je bouffe mon ver
      par petites bouchées ou à la petite cuillère, je bouffe mon ver

      la vue est moche, certes la vue est moche, mais elle respire encore
      plongeante en soi

      dieu ne m’a pas embrassé sur les lèvres dieu n’a pas daigné
      fricoter avec mes chiales ou mes chiures il a gardé
      le sens du rouge je me souviens, de l’hors-propos

      mon panier cru, mon panier comme quand on le retire, avec une mare dedans
      une mare juste en surface du rien, lui-même collatéral

      le deuil pas si méchant, je roule
      je roule tranquille et selon toute apparence, je fonds dedans je fonds
      d’un dur métier

    12 mars 2026

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