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assis là sur un banc


  • la nudité prise à revers

      il n’y a plus de serpents chez moi, je leur ai tous broyé la tête, broyé le gland
      guirlande de queues mortes, petit souper aux chandelles essoufflées…
      j’ai peur des morts, mais guère plus que de moi-même
      d’ailleurs je nous maudis bien fort, que dis-je, je nous pisse à la raie

      symbole à quatre pattes, drap que l’on tire à soi quand le désert s’enlise
      j’ai crié une deux trois – il était trop tard certes et déjà, mais j’ai crié quand même: une, deux, trois, et ça m’a rassuré
      quant à ce qui fut trop tard, et à jamais perdu…

      mourir assis, mourir assis c’est mieux. il n’y a
      que dalle à becqueter c’est pas grave il n’y a
      que dalle à ramasser – et se dénouant les becs tondirent ras
      les sexes hérissés c’est pas grave, les sexes à pile ou face

      ma fin ne produit rien, ce qui n’enlève rien
      à sa beauté crachée, son sexe ouvert sur la nuit translucide, j’éjacule tout chaud
      dans
      le vide inconsistant
      de notre insignifiance, j’y discerne mon profil éteint, j’y redessine mon
      profil ardent

      il y a quelque chose qui s’en va
      et dont rien ne revient, ni l’ombre, je n’ai lors plus la force
      d’aimer, plus la force de rien, je jette la pierre au ciel et même lui, taudis,
      ne me la renvoie pas
      – on ne se sortira de là que par
      une folie exemplaire, un pas fiche de travers…

    23 juin 2019

  • collapse

      la porte a tout détruit la porte
      a chié sur la lumière, je me promène là, mains trouées dans les poches
      je me promène c’est beaucoup dire, disons plutôt que
      le vent me pousse, le vent m’expulse
      vers les déserts sans dent, ni langue

      toute vie ratiboisée, tout amour défiguré, je jette
      les pelures par la f’nêt’ je jette
      les pépins dans la cendre, le cendrier le vieux mégot, le vieux mégot cramé, seul le mort
      saigne encore

      ma mère m’a dit va te faire foutre, sors de mon trou, maudit
      je voudrais bien mourir, me manque
      le pissenlit – j’imagine pas ça avec
      une corde ou une flaque. ça sent bizarre, le pissenlit…

      arrête avec ta chatte, arrête!
      à cheval sur un âne, je viens si près, si près de toi que
      j’en toucherai jamais la ligne, d’horizon de flottaison, ni le premier atome
      de l’haleine à ta bouche, j’ai le sang vermoulu

      j’envie ma mort, j’envie ma mort en tout
      je respire à contre-temps, une baise d’amour en guise de langue chaude
      ou de queue de cerise – c’est à dire que
      je ne pense à rien, esthétique cadavre, petite dent raclant
      le cercueil vivant…

    collapse
    21 juin 2019

  • comme un titre de roman

      souffle après souffle j’arrache
      à la matière de pauvres lambeaux d’âme, on croirait qu’il fait beau or
      il ne fait rien
      de beau ni d’autre, il se touche entre deux arbres en écartant les branches
      où deux arbres se touchent…

      chien de moi, poker menteur ou
      pouilleux déshabilleur – les vacances arrivent
      de plus en plus tôt chaque année, jusqu’à la recouvrir toute et dissoudre le temps dans
      un non-être fragile, chignon mélancolique…

      ta bulle est ainsi faite, elle crève à deux fois l’nord
      : une pour l’enfance éradiquée, la pire en plan et les bouquets pantelants
      au cimetière communal – l’autre pour ce rire gluant, éjaculé à la face
      d’une fille édentée et sans autre pouvoir
      que celui ras d’en jouir…

      rescapé de rien, mais franchement de rien – je te touches tu me touches, à tâtons et en vain recherchons-nous
      l’anus, et d’anus bouche cousue: pire que rien fleurit partout
      un amour sans espoir

      le chien philosophal, celui que l’on attrape
      par les oreilles et auquel on crie: alors tu les entends les cloches, hein, tu les entends les cloches qui
      ne sonneront jamais, ni jamais ne sonnèrent – le piteux goutte à
      goutte d’une chatte, rigole amère…

    19 juin 2019

  • l’homme la taupe

      les ongles enfoncés
      dans le vif de l’air, je perds mes eaux, je te dis que
      je perds mes eaux

      éternel broussaileur, débroussailleur des sentes, rappelle-moi ton nom, rappelle-
      moi hors la saison – cela devrait se faire, cela devrait faire sens, faire sens dessus dessous

      je suis un homme sans pisser d’sus, je suis un homme sans tromper d’femme, je suis un homme
      en marche arrière

      tout est venu
      d’un homme en marche arrière ne ris pas regarde-
      moi dans les bleus, pardonne aux innocents pardonne leur
      les crimes de leurs bourreaux

      le maigre baluchon, le maigre
      le sexe droit d’une éolienne – brasse, ronron brasse
      à remonter le temps qui ne remonte rien: la chute sans tomber…

      et voguent les cercueils. ma mère appelle un chat un chat – où donc m’y retrouver?
      à la verticale d’un homme, l’arête tout en travers la
      gorge de plain chant

      tire-toi, juste tire-toi, et du coup n’oublie pas
      les larmes de ton corps, la larve d’un tombeau n’oublie pas, non surtout n’oublie pas
      de n’être personne en refermant le nord, en claquant des talons
      – pauv’ bête va, pauvre chantier…

    l'homme la taupe
    18 juin 2019

  • la pluie sur mon chemin

      et si nos deux langues n’en formaient qu’une, inextricable, comment délier le mot du suc, la pierre de la marelle – nos affections libidinales
      de nos pulsions limite carnassières…

      tu te couvriras de honte et ce tout en marchant, seul dans la rue, en pleine rue, en plein milieu de la rue
      le mur d’en face et l’âme en rade…

      prétendre asseoir une vie sur ce trottoir béant, cette marche qui glisse… où tout a commencé convergent mes débris, lambeaux de cerf-volants
      – la lumière dure hier

      mon dieu comment peux-tu abandonner l’homme à ce point, tant le priver de ton esprit et de ta grâce qu’il ne sache plus se reconnaître, ni toi à travers lui? aveugle à son propre destin, il ne ressemble à rien, et face à son naufrage ne peut réprimer un pathétique « merci pour le spectacle… »

      je ne prends pas la parole. d’ailleurs que ferais-je de la parole, que ferais-je de la robe envolée, des motifs à douleur? ou chuchotée au mur, intimement friable: de quel côté la ruine, et de quel côté l’ombre?…

      peut-être dieu n’est-il que l’expression ultime de notre instinct de survie, pris par le bout mauvais de la lorgnette. peut-être dieu est-il
      la caresse essentielle et sensible nous extirpant du néant – ce qui ne revient pas
      au même exactement, mais tout de même…

    16 juin 2019

  • chien méchant mord pas l’gitan

      ils ont construit leurs maisons pour habiter la rue
      et la rue leur demeure…

      on ne passe pas à gauche d’un homme blessé, d’un homme à terre
      on lève les yeux le plus haut possible, sans même penser au bonheur
      on raserait les murs, quand bien même il n’y aurait plus de murs…

      on finira bien par trouver
      la pendule ou le lieu, la borne ou la marge bref, quelque part où mourir, une berge
      où accoster notre naufrage…

      bref ils s’aimèrent à plusieurs
      le temps leur parut long, le temps leur parut court
      ils partageaient l’idée, mais gardèrent la monnaie…

      par le chemin le plus long, l’allier de lents détours
      de méandres échappant à toute nécessité, broutant à même la fleur l’illustre
      futilité d’être,
      d’aller…

      tu te couvriras de mort et tu ne diras rien. tu ploieras sous le vide
      et nul ne te plaindra.

    chien méchant mord pas l'gitan
    15 juin 2019

  • ce qui fait qu’un dieu s’absente

      à la tombée-merci, tu es tellement… tu es tellement… à la tombée-merci
      et puis on s’y est mis – à un, à soi, à tout seul on s’y est mis
      à la fin se tenant
      déjà loin derrière soi

      tu t’adresses à qui donc, dans le silence du son
      je m’apprête à quoi donc, à qui que quoi, à y a pas d’quoi – je m’apprête à sortir
      pas nu non, mais de nuit tout de même
      de nuit c’est plus que nu
      et à peine moins que moche

      quatrain, et pas d’ami en route
      juste le sens, tout somme inné, de la désorientation
      on apprend à se mentir – même pas: on apprend
      à ne pas
      se prendre en compte et caetera

      je m’infrarouge. dorénavant
      dorénavant les branches ploient
      tout contre moi – je n’entends faire naufrage, ni rede-
      venir racine. dorénavant
      dorénavant je
      m’infrarouge

      le doigt sur le coccyx, tu prétends à quoi, que je ne puisse
      assumer. les larmes d’un homme
      tombent
      de ce côté-ci seulement, grège,
      du mur

    13 juin 2019

  • ou la vision d’un homme sa femme

      la pluie tombe dans ses bras
      pas autre part oui, juste dans ses bras
      à demi ouverts
      à peine de quoi
      se mouiller, oui, je crois
      lui caresser les dents

      paix à son âme s’il y a une âme
      s’il y en a une et s’il y a
      une paix
      et sinon rien
      sinon dis-lui que moi non plus, je n’existe pas
      et sinon rien

      un mur de cendres
      un autre mur, à la place
      et celui-là de cendres aussi
      d’usure, si la peine s’usait
      de peau, si la peau
      s’estompait

      je m’oppose à la venue, la venue rude
      – flotter
      à la surface d’un trou, fébrile
      y laisser tomber quelque chose, quelquefois, se donnant ainsi l’air
      de perdre quelque chose, peut-être même
      de souffrir

      la nuit des temps
      la nuit des temps n’y compte pas
      d’ailleurs je
      ne compte plus
      à rebours de toute intention, si innocente fut-elle
      or innocente elle ne fut

      proche, très proche
      d’une absence de but, le slip à la renverse
      et j’en passe… j’en passe comme à travers les fi-
      lets de la maraude
      …

    ou la vision d'un homme sa femme
    12 juin 2019

  • nos prêches candélabres

      déchaussé la littéralité et je m’en suis allé
      les pieds gelés le bec en suie
      et je m’en suis allé

      terre j’y touche pas, je te promets que j’y touche pas
      terre j’y pose pas l’orteil, le genou, terre où tout entier j’ensevelis
      mon corps en son nombril

      je ne couche pas dans ton cerceau
      je ne couche pas, je ne coule pas sous ton arceau, j’ai d’autres vues, visées visions
      un genre de vérité sans le papier, sans le cadeau
      : le cerceau pur

      la soupe sans ami, le mistral sans vent
      qu’on touille à la cuillère c’est tout, la soupe sans ortie
      le mental radical

      quand il fait beau comme ça on se croirait vivant, presque vivant t’entends
      quand il fait beau comme ça sur la
      pelouse ébouriffée

      détenu pas détenu, sur vos genoux j’ai pas tenu
      de mon loin oh si loin, et de plus loin encore je ne suis
      revenu
      . sur les g’noux

    nos prêches candélabres
    10 juin 2019

  • la dame était-elle prise

      tout par terre a ses yeux. tout par terre
      ne sait comment y vivre: elle va sucer son pouce, elle va
      parler aux animaux dans la langue des sourds, jamais personne
      n’eut le cœur de
      la démentir

      elle sait pas comment faire avec les doigts, où se placer les dents, elle se lave
      tous les deux ou trois jours à l’eau froide, à l’eau chaude quand’ y en a – ça fait longtemps
      qu’elle a perdu le talent
      elle ralentit un peu
      elle ralentit depuis

      on passe énormément
      de temps à s’abriter, à s’épouiller la nuque et sous les bras, pour pas dire davantage
      mourir heureux cela n’existe pas, il faudra revoir mon poème – on passe énormément
      de temps à quasi rien

      ça ne mène à rien, tu vois bien que ça ne mène à rien
      elle se retourne d’un air mi-
      amusé mi-inquiet, elle me dit ça va pas? elle me dit que dis-tu? comme ça, avec l’accent aigu
      à l’étroit dans le creux ne remue
      donc pas trop

      les boules de neige dans le gris absolu, je ne les ai pas inventées
      les boucles d’oreille ont roulé jusque là, et si les morts entendent ils ne t’entendront pas, qui cherches en toi le doigt
      qui cherches en soi le toi

      on se repasse de l’un à l’autre le mouchoir, l’anneau, l’envie
      de faire quelque chose avec rien, de faire l’amour depuis
      cette zone trouble entre les jambes, et un peu au-dessus, toute honte bue
      aux lèvres du cloporte…

    8 juin 2019

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