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assis là sur un banc


  • les habitants qui s’demandent quoi

      les chemins m’emmènent loin mais guère plus loin
      que ne m’emmènent les chemins, et quand pleurent les hommes, les bêtes les nourrissons
      et quand pleurent à leur tour par exemple les femmes, les chevaux les sangsues, reprenant le
      flambeau veuf – chacun son tour c’est comme ça, comme ça la ronde, la ronde tourne c’est comme ça et
      tout au milieu, seul au milieu:
      le mouchoir mouillé…

      je pars comme je pars, comme toute histoire en queue d’poisson
      se tranche une veine, aspire un cachet libre j’entonne
      un petit requiem, un soupçon de mouron, il ne m’arrivera plus
      de crier sous les toits, bassement sous les toits

      fuir ne se commande pas – la mort s’improvise, à fond elle s’improvise
      cet espace infini où nul ne m’attend décidément me tente, je pars sans couche
      sans carte interactive
      :je sais que je vais mourir
      d’un soleil en plein cœur

      je me détache, de dieu même je me détache, l’ivresse en toute chose explose toute chose
      j’ai des tout petits patins à roulettes pour naviguer sur le grand océan – je suis un homme
      sans garantie, sans certitude, un homme n’est pas coutume il va sous
      la pluie qui pleut quand pluie il pleut

    les habitants qui s'demandent quoi
    7 juin 2019

  • tu montes d’un ton, un ton seulement, tu redescends la pente

      je ne supporte sur mon corps d’autre poids que celui de l’air
      déplacé par l’esquive d’un regard je suis l’amour impur, forcément impur
      impur puisque amour, je ne supporte sur mon corps que l’ombre
      de ce qui n’a pas été, n’aurait pu être combien même
      il l’eut du

      sous le seuil de pauvreté mais
      fenêtres grand’ouvertes au bénéfice du doute, au bénéfice
      de toute dent chancelante, le poumon déchaussé et les chemins de ronde
      sur l’œuf fragile
      fragile existentiel

      hors-mode un chien crachait ses dents, poil hérissé, bavant de rage
      la pureté sans antécédent n’existe pas, le mal
      me lave, lave mon dos
      lave mes pieds
      lave mon sexe
      – ne reste qu’une voix, innocente à force de n’être
      qu’une voix, auréolée

      y a t-il seulement un espace où grandir, la hauteur d’être grand – non de soi mais de l’être, quel que soi?
      les ailes au dos
      du plongeon dans le vide, la merde au cul d’la vache, m’entends-tu camarade?
      camarade m’entends-tu?
      comment survivrons-nous sans défaillir
      dans les bras l’un de l’autre?

      c’est à la marge que tout bascule, la part occulte, en ce temps où rien ne passe
      que le temps: il m’attrape la main, il me lâche la main c’est dans la marge
      que tout vacille et que chacun, socle d’un pas, clé d’un possible, rebrousse poil
      poil et chemin…

    6 juin 2019

  • cracher tout mon sport

      une fois pour
      s’écrabouiller d’amour, c’est la main bleue. une fois pour
      crever comme un chien au fond d’une cour sans air
      et une fois pour partir loin, loin, toujours plus loin vers
      le centre exorbité de soi

      basiquement : survivre – c’est le nord-sud, le b-a-ba de toute convulsion
      et de surcroît si on veut : sauver sa peau, l’arracher à toute
      cette misère dont on s’imprègne en regardant par ci, en regardant par là
      en serrant les yeux très fort et tant pis si il pleut

      tout amour me dégoûte, tant que tout amour
      n’est pas mon amour.
      mais là encore, dire ne dit rien, dire
      bourre l’oreille de cire, dire
      brouille l’horizon
      et demande pardon

      la soif
      n’a plus envie de boire
      plus envie d’eau de pluie de vie plus envie
      de soif
      mais d’abreuvoir

      il nous faudra au moins mourir pour retrouver l’innocence
      jusqu’alors la coupe est pleine, jusqu’alors la coupe est vide, j’ai cet instinct de nudité
      de nez cassé de fée toute
      cabossée

      cracher dans l’vide, cracher, sur mon petit cheval mort.
      cette universelle défection, désertion de toute vérité, matelas gonflable
      matelas gonflable matelas crevé, caresse-moi
      la joue. le reste ça compte pas caresse-moi
      la joue…

    cracher tout mon sport
    4 juin 2019

  • prête-moi ta maison, ta couverture, ton odeur âcre

      miracle au bout du chemin: un chemin.
      et un miracle encore, tout au bout du miracle.
      rien ne se passe
      tu as beau le remuer dans tous les sens, rien ne se passe
      les morts sodomisent les morts, les vivants font la queue
      la queue plutôt basse, ceci dit

      soi-disant qu’ils s’en foutent, qu’ils clament loin devant le chant rauque ou le rire
      fou de leur innocence.
      moi aussi je m’en fous: je suis atemporel après tout
      atemporel pas pour longtemps, un semblant d’éternel
      avec un doigt d’honneur en forme de souvenance, adressé
      pour tous ceux qui s’ensuivent
      pour tous ceux qui s’enfuient
      à mon singe mécanique

      la balle hors de tout camp, le registre défunt
      j’assassine ma mémoire et me retrouve le pantin de ma mémoire
      je coupe les fils – mon dieu que la mer est mauvaise
      la mer est mauvaise, la mer sent mauvais, la mer
      me rabâche-mémoire, boucle teigneuse

      je n’ai pas d’âme non plus. il faut bien
      faire avec
      faire avec sans, il faut bien
      descendre dans la rue, hurler
      ou simplement déambuler: il n’y a pas de rue sans marcher – marcher
      invente la rue, redresse un spot
      s’assied là sur un banc, en suspens sur un banc, se réfutant
      à mesure qu’il avance…

      une deux trois je suis mort
      une deux trois non, finalement je ne suis
      pas mort, pas tout à fait encore – juste assez pour
      qu’on appelle ça vivant, et d’autant plus
      d’autant plus vivant que je suis mort, une parodie
      d’être humain, mon je est une parodie
      d’être humain et pourtant
      – non, pourtant rien

      mon petit frère
      les oreilles décollées
      de mon tout petit frère
      gisent en paix les toutes petites
      oreilles décollées de
      mon tout petit frère
      là en paix

    3 juin 2019

  • leur penchant guillotine

      j’admire un portrait tout craché, je suis
      l’homme qui ne te ressemble pas or l’homme
      ne se ressemble pas:
      un vase lacrymo
      un peu plus encore
      un graal lacrymo, ta vie
      vient d’être couronnée dame-lacrymo
      à l’humain sans pareil…

      j’encule un ch’val, mais quand je dis j’encule un ch’val, c’est que le ch’val
      n’y est pas.
      au garde-à-vous tu te rends compte, au garde-à-vous tu t’imagines – j’ai
      les mains sales d’un SDF, j’ai
      les pieds sales d’un SDF, j’ai
      la queue sale d’un SDF, j’ai
      le cœur de tout le monde je te jure, le cœur
      de tout le monde ad nauseam

      un pays qu’on enterre, un pays
      au ras des pissenlits – les gens
      n’y dansent point
      et c’est pas la tête dans l’guidon qu’on verra l’horizon, se consolent-ils
      trépignant sur leur chaise
      et levant le verre vide
      à leurs lèvres gercées
      toutes sèches
      toutes creuses
      toutes mortes à présent et si sèches
      incroyablement sèches
      et en larmes

      poison d’avril, poison de mai, poison de juin
      tu ne me détourneras pas
      de la voie sans issue, l’impasse majestueuse
      j’ai le coude fragile, tu le sais
      j’ai le coude fragile, et la soif en roue libre

      la mort avait la joie, et la joie le lui rend.
      je marche toujours à l’envers toujours, je marche encore
      et encore, on croirait
      que je ne dors plus, tellement j’ai les ongles, les cors
      qui dépassent, dépassent de mon corps
      et d’un puits si profond
      qu’il ne renverse rien

    leur penchant guillotine
    1 juin 2019

  • vox parturientis

      à ciel ouvert
      à ciel, désespérément
      ouvert
      sans crier gare
      ni famine
      les gens s’arrêtent, quelqu’un s’arrête
      sans crier gare ni famine
      à genoux sur un rail
      deux rails
      entre
      les rails

      dieu sans descendance, condescendance
      pulsion morbide, erratique méandre, un sexe
      en transe
      dans la bouche lactée du néant
      et il n’en reste rien, rien
      qu’un refrain sans les notes
      les paroles
      ni le timbre

      ma p’tite machine mais elle t’a dit comment elle marche ma p’tite machine – je mets un
      jeton dedans la fente, un jeton c’est parti, reparti, l’accor-
      déonisation d’une âme en la mineur et c’est parti, c’est reparti
      avant même que d’avoir
      décollé

      mariée, pas mariée
      mariée ou pas mariée
      mariée ou pas –
      un homme, parfois
      se sent si seul
      qu’il se rêverait femme
      animal
      petit vent froid contre n’importe quoi, contre la porte
      d’une grange pour souffrir, ou sur les tombes serrées
      les unes contre les autres comme si les morts
      entassés, alignés, se caressant la joue, le tibia
      pouvaient se tenir chaud…

      tu ne me pleures pas – quelle veuve
      es-tu donc devenue
      et rebelotte. j’ai envie
      de sourire malgré tout, et cela même
      et en raison duquel
      je m’apprête à mourir, relativement et m’apprête tant et tant
      que j’en suis toute nue
      et si nue devenue
      que j’y passe mon temps – c’est dire
      à quel point je suis lâche

    31 mai 2019

  • tiens va, selon ton bâton va

      que le vent souffle fort, et que la vie en tant que telle.
      un certain jour je tremble, un certain autre, j’en tremble encore. un millier de verges
      ne feront pas la forêt sur le dos, global et perméable
      de la toute, mais toute petite
      fille
      que je fus à l’instant

      la pluie
      tombe de mon honneur. la pluie
      tombe
      de mon bonheur la pluie
      n’a pas de fosse, je me couche dedans
      je me couche dedans et j’attends
      sous la pluie
      que la pluie tombe.
      ou bien qu’il pleuve

      je vous fait, de tout mon cœur inconséquemment vide, un immense non-cadeau.
      et parce que j’aime un peu, je souhaiterais que le temps
      change, même quand il ne change pas
      et qu’il ne change pas, même
      quand il change – sauriez-vous me rejoindre, madame,
      à ce non rendez-vous?

      l’étranger nous ouvre un chemin vers l’au-delà
      l’au-delà: là où à force de ne pas ressembler à nous-mêmes, nous finissons par
      nous y confondre sous la forme d’un temps
      plus ou moins suspendu.
      d’une pomme

      j’aime au quart de tour comme j’aime à
      360°.
      la vue large et l’effort vain, sans objectif
      le zoom à l’envers de la vie oh la vie, oh dis-moi comment tu sens
      la vie toute à l’envers
      et comme à contre-jour

    29 mai 2019

  • si maigre en ce temps-là

      mon dieu je ne suis d’une seule
      digitale
      et j’ai peur que tu me manques alors s’il te plaît
      ne me manque pas, laisse-moi tanguer sur la croix
      ou un peu au-dessous

      ma chienne elle perd ses poils, il faudra bien un jour
      crever sa chienne, je veux dire l’euthanasier – quelle bonté m’eu-
      thanasiera, me sucera d’entre les jambes
      l’infini nauséeux?

      qu’on ne me diverge pas, qu’on ne me tonde pas – on lave les morts
      parce que les morts puent, les morts se chient dessus, ne me délabre pas retire ce pieu
      de dans mon œil, laisse-moi pleurer dans les larmes des autres, laisse-moi pleurer
      tout court

      un chien s’aggrave. faut dire qu’il n’aboie plus, et que la haine désormais, ni la raison
      ne lui serviront de boussole – donne-moi un toit
      donne-moi un toit sous lequel ne plus être ni ressembler à
      un chien, une bête courante, un homme qui ne sait plus où il va tant il sent que s’y glisse
      un ver chemin de boue

      je te touche du bout
      des doigts de la mémoire, je ne sais plus pourquoi
      un nombre est un nombre qu’on dévisse, un chiffre réduit
      à l’inessentiel – mon âme à l’abandon, mon âme c’est quelque chose,
      c’est quelque chose de cru

      d’ailleurs le reste du temps, je danse sur un seul pied
      même pas: je danse
      sur aucun pied

    28 mai 2019

  • en marge

      tu niques le bateau
      je sais, c’était pas vraiment un beau bateau, mais tu niques le bateau quand même
      et la mer trinque

      je survis, c’est tout
      n’est-ce pas suffisant
      je ne comprends pas
      comment la mort a pris tant de place, je crois bien
      m’être pincé pour rien

      un homme ne vaut pas un homme, on l’a donc déguisé en femme, on lui a fait croire
      que c’était de sa faute
      alors que sa faute à lui
      le cherche encore, et lui la cherche encore, on lui a fait croire
      que l’homme n’était qu’un homme, quoiqu’en fait
      ce fusse d’abord une femme

      tout l’art de n’être rien, j’ai mis
      des rideaux à ma fenêtre, des fenêtres à mon mur
      pour mieux voir au travers, au cas où
      je n’aurais pas d’enfant

      l’amour ne me rend responsable de rien, je ne crois
      qu’en un seul dieu, un dieu paraplégique, un dieu si torturé qu’il ne sait
      plus comment s’appeler – je lui prête ton nom, je lui prête mon nom, je lui prête
      tout ce que je n’ai pas, tout ce que je
      ne serai jamais
      la perte de mes sens…

    en marge
    27 mai 2019

  • le vent les amaigrit

      j’arrive à temps perdu, à temps perdu j’arrive enfin – zoom sur la faille du temps perdu
      : un bout de lard au bout d’une pique…

      il y a l’art de vivre, et cel océanique de crever
      entre les deux, juste au milieu, coït annexe, tu me demandes et l’heure et le cadran
      l’aiguille défaillante…

      chien de merde et chien qui ne renonce à rien, quel jour fait-il?
      quel mort se souvient-il de moi, le veuf universel, l’éploré
      veuf de compagnie…

      j’arrache mot à mot les os du nuage – marie nue vêtue d’un simple gilet jaune
      l’innocence déborde, nous n’avons plus de bouche pour vous, nous n’avons plus de sein, cancéreuse amazone
      en nous plus le remous
      du jour tant attendu…

      mourir debout c’est plus sportif – maudites soient
      les immortelles d’un jour. j’ai des jonquilles, et des jonquilles en touffes – maudits soient
      ceux qui n’ont que leurs bras
      pour rames et d’ici-là
      le vent les amaigrit

    25 mai 2019

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