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assis là sur un banc


  • un gilet jaune pour deux, l’horizon du partage

      tu as rompu l’alliance
      maintenant l’air passe en dedans, le chardon en travers
      il n’y a qu’un homme, un brave, pour mourir sans bavure…

      je n’accepte que les cadeaux
      mais les cadeaux désargentés, les cadeaux sans ruban
      vivre par exemple, jusqu’à demain ou se bourrer la gueule
      afin d’aller plus loin derrière la gueule, tout au fond du chenil
      et d’un air repenti…

      un chien ne me vend rien. je n’ai pas de chien parce que je ne veux être le maître de personne
      du coup pleure le chien, le chien sans maître, le frère de tous les hommes sans homme
      girouette énucléée

      je ne nourris plus d’exception, j’espère m’avoir compris
      la peur est entrée dans l’autre camp, profondément à l’intérieur du mien, l’immatériel
      du mien, où rien ne me retient

      tout est tellement beau que cela nous interdit d’y vivre, ou seulement d’y
      participer – la gare fermée, le train ne s’arrête plus chez nous
      d’ailleurs il n’y a plus de chez nous, et je ne loge pas
      chez moi ni dans le cercle froid

    un gilet jaune pour deux, l'horizon du partage
    23 mai 2019

  • la caricature d’un enfant du départ

      pluie d’en-soleil connais-tu le soleil, ou crèves-tu gratos
      bouche ouverte et raison close?

      je n’m’appelle plus personne, au congé de toute race – j’en perds la trace, j’en perds l’intime sentiment
      de légitime décence

      et si mourir entrait mon âme, mon âme, profond
      et si profond en extrayait l’essence, au fond, l’essence
      – j’ai bâtis tout un rond à en faire le tour…

      j’accouche de mes mains, puis j’accouche d’un silence-crachin – que l’une ou l’un se tienne à l’autre
      et sautent en riant

      entre elle et soi. entre elle et soi tu m’abandonnes, à la merci d’un autre temps, triste incommode où l’aléa
      d’une idée fumigène…

      venir de loin ne nous résume à rien, tandis qu’y revenir
      n’en verra pas le bout

      j’ignore par quelle douleur, par quel secret douleur, elle est en paille
      et l’y mis-je le feu, le feu d’un doigt éteint

      plus loin je m’en souvienne, plus loin n’était plus rien. plus rien n’y était pas, non plus
      sans peine un peu plus loin
      …

    21 mai 2019

  • one man zone

      la vérité n’est pas seulement le fond, la vérité meurt aussi
      de quelque chose

      non, je ne veux pas en dire davantage. je veux en dire moins, et moins, et toujours moins
      jusqu’à en épuiser le souffle

      un œil parfois me rouvrira la terre. un œil en trop
      un œil en verre

      racine voyageuse, en poudre et à diluer
      dans un peu d’air vivant – vivant de quoi ça on ne nous le
      dira pas

      la putride elle boit son âme, elle boit son âme en lapant fort. elle en bave
      l’autre part du temps

      l’arbre qu’on abat repousse sous mon vêtement. j’en appelle au cœur tendre. j »en appelle à la paume légendaire
      j’en appelle à l’air libre

      tu creuses un vide et te blottis dans ce creux, je veux dire dans ce vide. tu penses vider comme ça tout un instant
      de son éternité

      à mirabelle, tu peux compter comme ça jusqu’à trois, trente ou treize: elle ne
      tombera pas
      …

    one man zone
    20 mai 2019

  • l’étranger à ta porte

      enfin il y eut le jour, enfin il y eut la nuit – seuls les entre-deux présentant un quelconque intérêt
      et quand j’allais à la pêche, je prenais soin de n’aller nulle part, afin qu’on ne
      retrouve pas ma trace
      ni mon arête

      on pleurait ainsi, on pleurait tout bas, une fille te fourrait sa langue dans la bouche, puis trouvait ça dégueulasse
      chacun sombre à son tour
      il y a plein de lunes autour de nous – ne manque qu’une terre
      où nous aurions pu non pas nous aimer (cela ne compte pas), mais conserver sa langue
      dans la poche électrique

      un chien me regardait soucieux – il n’avait qu’une tête de chien
      le reste suivra, tentai-je de le rassurer
      j’ai toujours fui les miroirs – ainsi faisant ne parvenant qu’à attiser
      leur obsession à me poursuivre

      ma glaise est un peu demeurée, alors je lui ai creusé une fenêtre à même le mur de ma propre chair
      je demande pas à ce qu’on m’en congratule évidemment, mais j’aimerais pas qu’on me laisse crever de froid, une allumette à la main
      à l’autre le néant…

      je pisse dehors, je pisse dedans par tous les temps
      soit, mais quand je pisse dedans, on me dit mais non mais où tu pisses, là
      alors je dis je pisse dedans
      finalement je dis rien. je préfère ne rien dire. juste
      je dis rien, et je pisse dehors…

    18 mai 2019

  • éternité coma zéro

      petit trou du cul vas-y, petit trou du cul monte au créneau
      ta famille te dit, allez casse-toi d’ici, casse-toi de là, moi j’aime la police
      la raison d’être n’a pas toujours tenu
      ni la femme nue, la mal-venue
      enceinte de ses règles

      j’avais couché avec ta sœur, j’avais couché avec ton frère, j’avais couché
      avec chaque bâton de la roue
      c’est triste
      c’est triste quand on y pense
      alors on s’efforce d’y penser
      encore et encore

      ta nuit c’est une crapule, et aux crapules on leur fout
      des gouttes dans les yeux. on leur verse du poison parce que le poison elles aiment ça
      je me remets debout. je me remets à marcher. la tête haute
      seule m’aime la mort

      un petit coin tranquille, très tranquille, là au bord du cloaque
      rien de très compliqué – un abcès rudimentaire
      on ne vaincra pas le temps
      la mort ne nous bernera bien longtemps
      on fera les cent pas. les cent pas ça sert à rien. on fera les cent pas pour rien

      toute la vie je t’ai aimée
      et toute la mort aussi
      maintenant que finissent l’une comme l’autre, je ne sais plus quoi faire
      mais ne-sais-plus-quoi-faire ne me laissera pas tranquille pour autant
      alors je perds mes bras. d’abord mes bras
      puis mes jambes. ensuite mes jambes
      : je n’accepte qu’une vérité en laquelle nul ne peut croire…

    éternité coma zéro
    16 mai 2019

  • et la marée morte, dead morte

      ils travaillent entre eux – ils appellent ça bâtir, baiser untel, ou rétablir les liens
      ma vieille a la migraine
      je ne cuisine plus. je ne cuisine plus d’un œil trop mauvais. d’une poêle cramée
      un homme résiste. un homme résiste certes, en moi
      mais pas moi

      je voudrais tourner et retourner ma langue sur ce lange de mélancolie
      j’abîme sûrement la grâce, pensant qu’un petit garçon soit né, cela me donne l’imposture
      tu ressembles à quoi à la fin, quand toi ne comprend plus
      et réciproquement?

      il se plaint d’un si vieux parapluie
      il a tort: une vieille pluie ne sait se faire entendre
      alors il reste là, sans bouger, recroquevillé dans son petit corps malingre
      il attend que la chatte jouisse toute seule
      il s’enterre debout – enfin… il s’enterre jusqu’au g’nou

      ceux que j’ai humiliés… je voudrais me tuer pour ceux que j’ai humiliés, leur rendre mon néant
      je voudrais leur perdre mon corps
      les remercier de me perdre mon corps
      je poserai des petits cailloux dessus
      je traiterai ma vie entière de pisse-couchée

      un petit ciel en bleu, un tout petit ciel
      en tout petit bleu
      j’en demandais pas tant. en fait je demandais pas tant du tant – je rêvais dans ma bouche d’un chewing gum
      mâché par la licorne…

    15 mai 2019

  • péninsule arabesque, le trou dedans

      le quignon.
      je me suis rangé du côté de la mort et ça tu ne me le pardonnes pas. personne. jamais.
      le quignon.
      la mort servait de tremplin vers dieu mais il y avait des trous dans ce tremplin. ces trous portaient des noms.
      pas tous.
      le quignon…

      et comme je ne suis la voix de personne, personne
      ne me caresse la joue…
      je me suis embrassé sur le genou de ton père
      je me suis vu mort dans le miroir inversé de ta vulve, et qu’elle était ancienne
      j’ai failli en crever

      il n’y a que dieu, le reste pue par derrière
      te souviens-tu des cheveux longs, des boucles brèves, le corps blessé du logis délesté
      j’en meurs d’envie
      je meurs d’envie de toute cette absence me
      percutant, me
      persécutant

      j’irai à contre-genou, touché au vif
      tu me rendras jaloux – jaloux de quoi jaloux de rien, juste de quoi raviver toute la haine de soi, l’héritière en sursis
      je ne bandais pas: je savais qu’il suffisait
      de lire le poème à l’envers…

      ne te présente pas à moi sous tel ou tel nom, pseudonyme ou prétexte – il n’est plus temps
      de trahir ni de travestir, de simuler une jambe là où plus rien plus de jambe
      qu’une jupe trop courte
      sur une touffe trop drue
      un rien
      succédant à un rien

    péninsule arabesque, le trou dedans
    13 mai 2019

  • cela me détourne de la peur obscure

      c’est la même bête, tu sens, tu souffres
      c’est le verbe être: il adore quand tu marches
      il adore comme tu marches, indolente, cérémoniale
      immémoriale

      dors tu dors, dans ton tout petit lit, à l’en-tête
      dors demain, ne lui ressemble goutte
      le miroir à cagoule

      punition maigre filet, maigre filet c’est tout
      c’est la mort tendre
      la mort qu’on tend, un bout de sein aussi
      il la rase muette

      singulièrement
      ça n’a pas d’importance, il lâche la rampe
      c’est la mort rampe
      elle baise un peu ses cheveux, elle se bai-
      se un chewing gum dans les ch’veux

      partir c’est l’hécatombe, mourir se garde
      je n’ai plus le sommet de ma pelouse, je n’ai plus rien
      décimé, délabré, extradé – j’accouche d’un g’nou
      un g’nou c’est trop, j’accouche d’un os

      mal inséré dans le temps, il en fuit de partout
      chacun pourrait le nommer selon son herbe à lui, son tempérament
      jusqu’au jour où… changeant de son, changeant de sens,
      être n’en épuise le verbe…

    12 mai 2019

  • il ne s’habite pas, ni son esprit

      on avance
      on avance et pourtant on avance, on sent rien on avance
      à reculons
      et pourtant

      on se casse les dents, les gencives le bonbon
      on se casse la tuile, on se casse partout
      on se casse
      jusqu’à la bout du monde

      l’amour c’est le sonne complet, est-ce que le sonne complet? l’amour
      lui tire un coup, deux coups – c’est l’amour
      en personne.
      que dalle

      il me parle tout bas
      d’un écrasé que toi – allez tape, tape l’hiver tape
      le nez qui saigne, le nez qui pue
      le nez qui goutte, allez tape
      tape t’en trou

      la sphère
      céleste, elle est céleste. la sphère
      je cerf-volant, mon âme
      mon âme et par grand vent, haut et grand
      vent.
      haut

    il ne s'habite pas, ni son esprit
    10 mai 2019

  • gruau se sentir bien

      que lui mordrait le creux, et qui voudrait s’en plaindre?
      j’ai remballé ma langue, rembourré le chemin vénéneux sur
      toute la longueur du chemin et même la douleur
      en perd ses écailles, j’me taille
      à l’autre bout d’la nuit j’me taille

      crevé va! crevard! eh pars donc en vacances!
      puis panse le bonheur, le si simple
      bonheur d’être, en-deçà ou au-delà même de toute existence, de toute
      efflorescence, une touffe sous chaque bras, rien qu’un brin
      d’herbe au centre du panier

      minuscule vent debout
      lettre oui mais ne sachant qu’y lire, froissant
      le sentiment de ne tenir
      qu’à un fil, d’encre fétide, un accent gravement penchant
      du côté où ça blesse, car cela blesse au corps et sous couvert, ça ne l’oublions pas
      ça ne nous oublie pas

      à chaque tour
      de manège, de magie compulsive, de manivelle ta queue
      et par-dessus l’appel fuse, l’angoisse claire le vaillant clou rouillé: sauve-moi
      sauve-moi, ministre chargé du salut public privé, demoiselle tombée du pont, tombée des nues raide sur le cul
      sauve-moi, de rien mais sauve-moi quand même
      s’il te plaît

    8 mai 2019

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